Apprends-moi

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Raphaël Vidal et moi n’avons rien en commun, si ce n’est un passé qui pèse encore sur nos vies. J’ai accepté sa proposition sans même savoir ce qu’il attendait de moi. Mais je suis prête à surmonter mes angoisses, car il y a la promesse du plaisir à la clé. Lorsque je découvre vers quoi il veut m’emmener, je suis ravie. Cet homme, qui représente mon idéal, m’offre de participer à un jeu de rôles. Une idée qui m’enchante, parce que, durant quelques heures, je serai une autre, à mille lieues de la vieille fille timorée et mal dans sa peau que je suis au quotidien. Et pour notre première rencontre, je vais devenir Marlène, une femme d’affaires qui rêve de se détendre après une réunion en s’envoyant en l’air par le chemin le plus court...


Publié le : dimanche 22 septembre 2013
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EAN13 : 9791092634037
Nombre de pages : non-communiqué
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APPRENDS-MOI/2ÈME PARTIE
© 2013 NCL Éditions
Tous droits réservés ISBN : 979-10-92634-03-7
E-mail : ncl.editions@gmail.com
Site internet : ncl-editions.com
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Nathalie CHARLIER
APPRENDS-MOI Partie 2 : Une femme d’affaires en goguette, tu seras...
Mars 1998
1.
— Je ne voulais pas te laisser rentrer toute seule. Après tout, si tu es là, c’est en partie de ma faute ! Lorsque j’ai vu Raphaël qui m’attendait devant la grille du collège, en ce mardi soir, j’ai eu l’impression que mon cœur allait s’arrêter de battre. Depuis le temps que j’espère. J’en étais venue à croire que cela n’arriverait jamais. Si avec toutes les tentatives de rapprochement que j’ai effectuées, il n’a toujours pas compris que je suis folle de lui, c’est qu’il est complètement débilos ! Mais comment lui en vouloir alors qu’il me sourit vraiment pour la première fois ? D’un coup, ses traits que je devinais beaux s’en trouvent illuminés. Bon sang, qu’est-ce qu’il me plaît ! À mourir. Bon, je suppose que les adolescentes ont le sens de l’exagération particulièrement développé, mais là, c’est à peine le cas. Cela fait des mois et des mois que je ne pense qu’à lui. Pourtant, il y a des garçons au collège qui sont bien plus mignons que lui. Mais, Raphaël est spécial à mes yeux. D’abord, son allure. OK, il est grand et maigrichon, mais il se dégage de lui un je ne sais quoi de distingué. Les autres se fichent de lui, le traitent de tapette ! Moi, j’ai la certitude que c’est faux et qu’il n’est pas attiré par les mecs. Et puis, il y a ses habits, qui sont toujours d’excellente qualité. La plupart du temps, il est vêtu d'un jean, tee-shirt et baskets. Mais, on voit bien qu’ils ne proviennent pas du supermarché du coin. De plus, il possède une espèce d’élégance innée qui me vrille l’estomac. Je sens en lui une telle douceur, que j’ai envie de le prendre dans mes bras pour le protéger. C’est d’ailleurs pour l’avoir fait que j’ai eu droit à six heures de colle. J’espère seulement qu’il s’en est rendu compte. Debout face à lui, je ne sais pas comment réagir, gagnée par un soudain accès de timidité. C’est bizarre, ça ne m’était jamais arrivé, et surtout, ça ne me ressemble pas.  — Viens, il faut qu’on se dépêche, sinon on va rater le bus, me dit-il avant de faire demi-tour. Je suis toujours en proie à un mutisme que je ne parviens pas à surmonter. C’est dingue ça ! Mais pourquoi est-ce que je réagis aussi bêtement ? Franchement, ce n’est pas le moment. Pas maintenant, qu’il a enfin fait un pas vers moi. Mais après tout, les mots sont-ils bien nécessaires ? Pas sûr. Poussée par un élan que je qualifierais avec le recul de téméraire, je me rapproche et glisse ma main dans la sienne. Si avec ça, il n’a pas pigé, il peut être considéré comme un cas désespéré, et moi aussi par la même occasion. En moins de cinq secondes, il s’est dégagé. Et je me sens à présent mortifiée, prête à me cacher sous terre, tellement j’ai honte de mon attitude de midinette en chaleur, et tant son rejet me frappe en pleine face. Maintenant au moins les choses sont claires ! Mes sentiments ne sont pas payés de retour. Je me mords la lèvre pour ne pas éclater en sanglots. Le coup est rude, car jusqu’au bout, j’y ai cru. Encore et toujours. Ah, comme j’aimerais être contorsionniste pour pouvoir me botter moi-même l’arrière-train. C’est pitoyable. Mais aussi, quelle idée de s’accrocher à ce gosse de riches, solitaire et asocial, alors que je pourrais avoir n’importe quel autre garçon. Il faut vraiment être bête à manger du foin pour persister, quand n’importe qui, doté d’un minimum de jugeote, aurait compris depuis longtemps, qu’il n’y avait rien à attendre. Malheureusement, c’était plus fort que moi. Je me suis cramponnée lui comme une huître à son rocher. Soit dit en passant, ramollie du cerveau comme je le suis en ce moment, j’en ai également le QI ! Après ces quelques secondes d’autoflagellation silencieuse, je décrète que la plaisanterie a assez duré. Ras-le-bol de me ridiculiser ! Et clairement, c’est bien la dernière fois que je fais une tentative de rapprochement avec cet ours mal léché. Je me raccroche tant bien que mal à ces bribes de fierté sorties de je ne sais où, et accélère le pas, jusqu’à le dépasser. Arrivée à l’arrêt, je me mets dans un coin de l’abribus et lui tourne volontairement le dos. C’est puéril, je le sais, mais c'est une façon comme une autre de protéger mon cœur si malmené. Pourvu que l’autocar vienne vite ! Hélas, je ne semble pas être entendue, car les minutes s’égrènent avec une lenteur tout à
fait insupportable, et toujours pas de bus à l’horizon. — Qu’est-ce que tu attends de moi ? C’est un pari que tu as fait avec tes potes ? Quel est l’enjeu pour que tu leur prouves que je suis vraiment une tantouze ? Sa voix agressive, à la limite de la méchanceté, me fait sursauter violemment. Mais qu’est-ce qu’il raconte ? Ses paroles ont beaucoup de mal à passer de mes oreilles à mon cerveau embrumé par le chagrin. Lorsqu’enfin je prends la pleine mesure de ce qu’il vient de me dire, je sens un effroi sans nom me gagner. Alors c’est cela qu’il pense ? Mais c’est immonde ! Jamais je n’aurais osé faire une chose pareille. À lui, moins qu’à tout autre. À présent, je dois être complètement livide, car son regard, jusque là furieux et presque violent, s’apaise peu à peu. En fait, il semble se calmer à mesure que je m’énerve, écœurée par l’opinion qu’il a de moi ! Oh quel salaud ! Quel sombre crétin ! Quelle bête des Vosges ! Je me sens mortifiée, humiliée, souillée, trahie et j’en passe et des meilleures. Je n’ai qu’une envie, c’est lui envoyer une beigne. D’ailleurs, sans prendre la peine de réfléchir, au moment où le bus arrive à notre hauteur, je m’approche et lui colle une gifle magistrale, à laquelle il ne s’attendait sans doute pas, mais qu’il mérite cent fois. — Pauvre con ! dis-je sur un ton méprisant, avant de lui tourner le dos et de monter dans l’autocar, sans demander mon reste. Volontairement, je m’assieds à côté d’une femme d’un certain âge, pour être sûre qu’il ne s’installera pas près de moi. La dispute qui en découlerait pourrait ameuter tous les passagers. Or, je refuse d’amuser la galerie ! J’ai bien assez l’impression d’avoir été prise pour une poire comme ça. Au moment où il arrive à mon niveau, je ne peux, malgré tout, pas m’empêcher de lever les yeux. Il paraît complètement sonné, voire même carrément perturbé, pour ne pas dire décomposé. Bien fait pour lui ! La prochaine fois, il aura un peu plus d’égards pour la pauvre fille que je suis ! Durant tout le trajet, je ne décolère pas. Ce qui me rend le plus malade, je crois, est qu’il ait pu penser, ne fût-ce qu’un instant, que je pouvais être capable d’autant de rouerie et de méchanceté. Ça me dépasse. Après tout, à aucun moment, pas une seule seconde, je ne lui ai donné matière à supposer que je pouvais être comme ça. J’ai toujours été ouverte, gentille, serviable et pleine de bonne volonté avec lui. Et je peux dire que ce n’était pas facile tous les jours. Alors au nom de qui ou de quoi, avait-il le droit de se faire une idée aussi pourrie de moi ? C’est juste inconcevable. Puis soudain, l’évidence m’apparaît avec une clarté aveuglante. Tout ça, c’est à cause de Dora et de ce que les gens racontent sur elle. J’en suis mortifiée, à un point que je ne peux même pas décrire. Je voudrais disparaître sous terre, voire disparaître tout simplement. Parce que si son opinion est basée uniquement sur les frasques de ma grand-mère, alors c’est pire que tout. Je n’ai pas la naïveté d’ignorer ce que fait Dora pour vivre, ni l’hypocrisie de penser que ce n’est pas vrai et que toutes ces rumeurs sont infondées. Toutefois, je n’avais jamais imaginé que ces ragots, exacts ou non, pourraient m’atteindre d’une manière ou d’une autre. Après tout, mon père est un homme bien qui gagne honnêtement sa vie. Quant à ma mère, elle est pieuse et d’une droiture qui force l’admiration. De plus, elle travaille pour le prêtre depuis des années, et a réussi malgré le pédigrée qu’elle trimballe, à être respectée par les vieilles commères du village. Évidemment, si Dora ne déconnait pas autant, nous aurions sans doute bien meilleure réputation. Mais ma grand-mère s’obstine à cinquante-huit ans à vêtir des jupes si courtes qu’on peut voir ses amygdales quand elle est assise, et bien sûr, le tout, sans culotte. Combien de fois ai-je eu honte de me trouver à ses côtés lorsqu’elle m’emmenait en virée à Strasbourg ? Le jour où Géraldine, ma mère, a découvert qu’elle se rendait à la pêche aux clients dans des bars douteux avec moi, j’ai cru qu’elle allait la tuer, tellement elle était en colère. Si mon père ne s’était pas interposé entre elles, nous aurions fait la une de la rubrique « faits divers » du canard local ! Après cela, ma mère s’est toujours arrangée pour être présente lorsque j’étais à la maison ou pour m’emmener avec elle, quand vraiment elle devait travailler. Et voilà qu’aujourd’hui, parce que Dora est une nymphomane qui a simplement joint l’utile à l’agréable, je suis jugée aussi bassement qu’elle, et ce, par le seul garçon dont je sois jamais tombée amoureuse. C’est vraiment injuste. Je tente de me persuader que s'il a été assez con pour imaginer que je pouvais être comme elle, tout laisse à penser que je n’ai pas raté
grand-chose. Alors, pourquoi est-ce que je me sens si malheureuse ? Je devrais être soulagée. Mais il n’en est rien... Tête basse, et retranchée dans ma bulle, je me lève lorsque le car s’arrête devant la mairie. Je sors sans regarder personne, sans même répondre au chauffeur qui me salue. Je ne désire qu’une chose : rentrer au plus vite chez moi et me terrer dans ma chambre pour le reste de mes jours. Alors que je commence à marcher en direction de la maison, j’entends Raphaël m’appeler. Au lieu de me retourner, j’accélère le pas. Je n’ai aucune envie de lui parler, et clairement, ce n’est pas demain que je lui adresserai la parole. Il pleuvra des chats avant que ça se reproduise. Non mais ! Pour qui se prend-il, ce naze ? Et surtout pour qui me prend-il ? S’il s’imagine que je vais oublier ce qu’il vient de me dire, il se fourre le doigt dans l’œil et bien profond. S’il pousse un peu plus loin, peut-être qu’il lui ressortira par où je pense ! — Julie ! me lance-t-il à nouveau, cette fois juste derrière moi. Je refuse de lui répondre et baisse obstinément la tête. Non, je ne lui ferai pas le plaisir de montrer la tristesse qui doit se lire sur mon visage. Je me raccroche à cette colère qui m’habite toujours. Car, à la seconde où celle-ci retombera, je sais déjà que le chagrin la remplacera aussi sûrement qu’un et un font deux. — Mais attends Julie ! Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. Mais essaie de te mettre cinq minutes à ma place. Cette fois, c’en est trop. Et il aimerait que je le plaigne en plus ! Mais il est complètement maboul ce type ! Il a dû y avoir une surchauffe au niveau de ses neurones. Je ne m’explique pas ses réactions autrement... Furieuse, mais aussi, et surtout peinée, je me tourne vers lui, prête à lui tomber dessus à bras raccourcis, ou pour parler plus clairement, prête à lui en coller une deuxième. — La ferme pauvre type, je grogne, en l’incendiant du regard. Toutefois, face à sa mine déconfite, je sens mes résolutions vaciller. Il semble complètement perdu.« Dis donc Mère Térésa ! Pourquoi ne le prendrais-tu pas aussi par la main pour le ramener chez toi, et lui offrir une tasse de thé ? Et puis tant que tu y es, eh bien, excuse-toi également d’être tombée amoureuse de lui et de lui avoir témoigné de l’intérêt ! »me souffle une petite voix intérieure qui, avec ironie, me remet les idées en place. — Julie, s’il te plaît... — Non, je ne pardonnerai ni n’oublierai jamais ce que tu viens de me balancer. Pas une seconde, mon comportement ne t’a donné de raison de me juger si mal ! Et ce n’est pas parce que ma grand-mère est ce qu’elle est, que cela doit te permettre de me mettre dans le même panier qu’elle ! Ses pommettes rosissent sous l’effet d’une gêne que je devine sincère. Eh bien, comme ça, lui aussi saura ce que c’est que d’être empli de honte. — Julie, murmure-t-il d’un air suppliant, qui me stoppe dans mon élan de faire volte-face pour m'éloigner. Si j’accepte de l’écouter, je jure que je ne lui faciliterai pas la tâche. Ce serait trop simple. — Dora n’a rien à voir là-dedans, et tu le sais... Je l’interromps aussitôt. — Non, je ne le sais pas ! — Eh bien, tu devrais. Le problème, ce sont tes amis... Tous ces petits cons qui se foutent de moi à longueur de journées, et avec qui tu traînais jusqu’à très récemment. — Mais moi, je ne l’ai jamais fait ! Et je te rappelle que je viens de me coltiner six heures de colle parce que, justement, j’ai essayé de te protéger d’eux. — Bon sang Julie, pourquoi est-ce que tu t’obstines à désirer devenir mon amie ? Ça n’a pas de sens ! Je ne comprends pas... — Bougre d’âne ! m’écrié-je, frustrée et en colère. Je ne veux pas être ton amie ! Tu n’as donc pas pigé ce qui arrive ? — Non, je... bégaie-t-il, de toute évidence en plein désarroi. Je ne sais pas ce qui me pousse à agir comme je le fais, mais sans prendre la peine de réfléchir, je m’approche de lui, et là, sous la pluie battante, je colle ma bouche à la sienne. Oh cela n’a rien d’un roulage de pelle, c’est un baiser très innocent, mais qui est censé lui prouver que je tiens à lui. D’ailleurs à mon grand soulagement, il ne fait pas mine de s’écarter, cette fois. Au contraire, il presse ses lèvres contre les miennes avec une ardeur qui me fait penser que je ne lui suis finalement pas si indifférente que ça.
Lorsqu’enfin nous nous séparons, je l’observe attentivement quêtant le moindre signe d’encouragement de sa part, la plus petite étincelle qui me certifierait que mes sentiments sont réellement payés de retour. Mais il semble complètement hébété. Alors, je décide de tout lui dire. Je sais qu’il ne sera pas du genre à se moquer de moi, et au moins là, les choses seront parfaitement claires. — Je suis amoureuse de toi ! Tu m’entends ? Ça fait des mois que ça dure. Je te jure que c’est vrai, et je ne comprends pas moi-même comme ça a pu arriver, mais c’est ainsi. Je t’aime et je rêve de devenir ta petite amie. Puis, gênée par ces aveux embarrassants, je baisse la tête en attendant une réaction de sa part. J'espère encore et toujours qu’il a des sentiments pour moi. Mais, il ne se passe rien. Ou si, plus précisément, il tourne les talons et s’en va, me laissant plantée là, seule, sous la pluie, les joues baignées de larmes, en proie à mon premier chagrin d’amour.
L’AUTEUR
Nathalie CHARLIER est une romancière française spécialisée dans le genre sentimental. Elle vit en Alsace entourée de son mari et de ses quatre enfants.
Son premier roman « Un mensonge pour être aimée » est paru aux Éditions Amorosa en mars 2012. « Prisonniers de leur passé » son second ouvrage, est quant à lui paru en juin 2013. Dès le 1er septembre 2013, vous pourrez découvrir « La vengeance de Claire ». Et entre-temps, suivez les aventures de Julie et Raphaël dans la série numérique « Apprends-moi ».
Autres titres du même auteur:
* Un mensonge pour être aimée. Éditions Amorosa, mars 2012
* Prisonniers de leur passé. NCL Éditions, juin 2013.
* La vengeance de Claire. NCL Éditions, octobre 2013.
À ne pas rater !
La prochaine parution NCL Éditions
LA VENGEANCE DE CLAIRE de Nathalie CHARLIER
Comment réagir lorsque le destin vous met en présence de votre premier amour ? Celui qui vous a tant fait souffrir ? On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid, et Claire Gauthier a très envie de tester cet adage. Alors, elle ourdit un plan diabolique, visant à blesser cet homme comme elle l’a été quand il l’a abandonnée.
Mais cette machination n’est-elle pas risquée ? Saura-t-elle se préserver, alors qu’il l’attire toujours autant ? Toutefois, les apparences peuvent être trompeuses et Claire ne va pas tarder à le découvrir. De plus, elle devra agir avec prudence, car il est impératif qu’il ne connaisse jamais son secret…
À découvrir très rapidement sur www.ncl-editions.com
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