Arthur et ses amours (érotique gay)

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Arthur et ses amours

Chronique des Forests, volume n°4

Jacques Delaville
Pulp de 289 000 caractères.
Au matin, alors que le soleil n’était pas encore bien haut, le réceptionnaire, un tout jeune GO, tout plein mignon, sourcils épilés d’un coquet métrosexuel, nous a attribué à Paul et à moi la chambre 169... que nous pouvions déjà occuper. Le numéro nous a fait rigoler en présageant un séjour heureux pour les quelques jours à venir ?
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Publié le : lundi 7 janvier 2013
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EAN13 : 9782363075192
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Chronique des Forests, volume 4

 

 

Arthur et ses amours

 

 

Jacques Delaville

 

 

 

 

 

 

 

 

Note aux lecteurs :

Ce récit s’intitule – surtitre « Chroniques des Forests » – comme pour « Le monde de Lucas », « Baby-Boom », « La Fortune des Mauvoisin ». Le nouveau héros c’est « Arthur », nouveau-venu. Au fil du récit vous retrouverez en partie les personnages que vous avez découverts dans les précédents récits. L’ensemble c’est donc l’histoire de ces destins entrecroisés. Destins de personnages dont les amours s’identifient aux nôtres beaucoup comme vous le savez déjà. « Chroniques des Forests », c’est notre comédie humaine à nous…

 

Partie 1

 

Les jours-découvertes de ski du Club Med se déroulent du jeudi au dimanche en général aux premiers jours de décembre. Cette année le CE a décidé de nous y faire participer ce qui me comble, je suis né à Annecy, presque pro en surf et à skis.

Dans l’entreprise qui m’emploie j’occupe la fonction de trésorier, mon père, pour se moquer de moi, me dit que je suis caissier d’épicerie, mais je préfère parler de trésorerie que de caisse, ça fait un peu plus classe, bien que sur le fond du boulot, mon paternel a bien raison. Je m’occupe des mouvements bancaires et je suis à disposition pour les acomptes de toutes sortes ainsi que pour les avances en liquide aux représentants, cadres festoyant avec les clients, ce qui fait de cet emploi un poste stratégique, je connais tout le monde, les détails des notes de frais de mes responsables hiérarchiques et les petites combines limite malhonnêtes de certains. Discrétion oblige, je dois fermer ma gueule, mon charmant visage fait le reste pour que tout un chacun m’apprécie, qualité qui a pu, en certaines circonstances, être goûtée dans un endroit plus confortable que dans mon bureau même si quelquefois je me suis demandé ce que j’étais allé faire dans certaines galères.

Je suis dragué en permanence par Betty, une vice-directrice, divorcée, dans la quarantaine qu’on dit épanouie, elle m’a harcelé jusqu’à me traîner au resto un soir et tenter d’abuser de moi dans son appartement, moi, Arthur, jeune homo, tendron pour ses dents. J’ai été sauvé par son fils, un adolescent de 17-18 ans, qui rentrait alors qu’il ne semblait pas attendu de ma corruptrice. Comme nous n’étions encore qu’avachis dans le canapé, à siroter quelques alcools particulièrement forts, je tentais de m’étourdir pour le cas où je me serais retrouvé au pieu avec maman, il s’est installé avec nous, ne lâchant pas sa mère, et en finissant l’un après l’autre les verres que je me versais.

Pour finir je me suis tiré sur les coups de minuit et, alors que je courais vers la station du métro, j’ai été rattrapé par le môme qui avait sorti le clébard de la maison à ma suite, une espèce de york croisé musaraigne : « J’m’appelle Hadrien. » et m’a proposé sans détour de me revoir un de ces prochains jours. Ce qui fut le cas…

Dans les semaines qui suivirent, passé quelques jours à pleurer le deuil de sa partie de jambes en l’air évaporée, Betty, plus en forme que jamais, a tenté de nous retricoter un rencard en s’aidant de son large sourire et de ses nichons qui m’enserraient les joues, j’éludais chaque proposition à l’aide d’arguties plus grotesques les unes que les autres dont la plus vicieuse était que je ne voulais pas que son fils pensât de moi, à peine plus âgé que lui, je venais de fêter mes 23 ans, que je voulais commencer une carrière de gigolo. Et, regardant ses beaux yeux bleus, je pensais, très intérieurement, « Si tu savais que j’ai enculé ton diablotin de gamin ». Mon honnêteté foncière se doit de vous avouer que lui aussi, profitant d’un de mes moments de faiblesse amoureuse, m’a aussi largement baisé.

* * *

Dans l’entreprise je côtoie régulièrement deux mecs avec qui j’ai des aventures régulières pour l’un, Paul, et assez espacées pour l’autre, Guy, belle quarantaine, partenaire de squash de l’heure du déjeuner, nous nous enfilons dans les douches le cul dégoulinant de sueur. C’est terriblement excitant de penser que derrière la porte d’autres collègues passent, s’habillent, discutent. Quand nous sommes ensemble, il ne pense qu’à se faire baiser. Un moment difficile à négocier c’est la sortie de la cabine… Attendre quand c’est désert, préservatif baveux dans le creux de la main qu’on balance dans mon sac de sport. Eh… Non… ! pas celui de Guy, il est marié le bougre… C’est Paul qui m’a branché sur lui, ils se sont rencontrés par hasard dans un sauna gay… Paul est la petite tapette rigolote de la boîte, il joue son rôle consciencieusement, mais, malgré sa toujours bonne humeur, je le soupçonne de ne pas être au top-nirvana de sa vie affective.

* * *

Nous sommes un groupe d’une quinzaine de personnes à nous retrouver, en plus de celles dont j’ai déjà parlé, quelques toujours branleurs de 25-30 ans, vivant chez leurs parents, amateurs de foot et gros buveurs, dragueurs de filles, beaux gosses pour les uns, sympas les mecs malgré leur côté môme. Des nanas dont au moins deux nymphos au dire de baiseurs hétéros et une dont on pense qu’elle est lesbienne, trois jeunes couples avec enfants assez petits pour qu’on les laisse sans remord chez mamy le temps des sorties parentales dont Jean-Jacques, et Sophie son amie.

Bien que je doive voyager avec lui, je ne copine pas trop avec ce type issu de HEC, doté de plus, du diplôme d’expert-comptable. C’est le contrôleur de gestion en qui nos patrons ont une confiance absolue. Il se mêle de la vie sociale de la boîte, court-circuite la hiérarchie et impose au DRH ses points de vue sur les changements d’affectation, nomination, renvoi des collaborateurs. Les bruits de couloir disent qu’il est le protégé du président, un peu de la famille de certains actionnaires, enfin un de ceux qui n’ont pas de souci à se faire pour leur avenir professionnel. Paul, qui ne manque pas de flair, dit de lui que c’est un gros con arriviste, mais lui lèche furieusement les bottes à la moindre occasion.

C’est ainsi que nous avons quitté la capitale cette nuit-là, dans le 4x4 BMW de Jean-Jacques, Sophie à ses côtés, tandis que Paul et moi-même partagions le cuir de la banquette arrière. On a tracé une route digne de l’enfer. Sophie et JJ ont commencé par s’engueuler pour des broutilles au péage de Fleury, puis ils se sont faits la tronche pendant des heures pendant que Paul se vautrait sur moi en dormant, la bouche posée sur ma paire de couilles. Au bout d’un moment il m’a fait bander le fumier, occasion pour lui de s’apercevoir qu’un gros os peut se révéler inconfortable, utilisé comme oreiller… une découverte pour ce grand kiffeur de XXL.

Au matin, alors que le soleil n’était pas encore bien haut, le réceptionnaire, un tout jeune GO, tout plein mignon, sourcils épilés d’un coquet métrosexuel, nous a attribué à Paul et à moi la chambre 169… que nous pouvions déjà occuper. Le numéro nous a fait rigoler en présageant un séjour heureux pour les quelques jours à venir ? Se débattant avec nos bagages dans l’ascenseur, puis dans le couloir, nous avons croisé Sophie, folle de rage, car sa turne restait encore à préparer par les femmes de ménage. Elle jeta un regard furibard sur nous, marmonnant entre ses dents : « Naturellement faut être pédés pour passer en premier », associant le petit mignon de la réception à nos turpitudes de tantouse. Intérieurement j’ai plaint JJ de s’être collé à une pareille tigresse.

* * *

Paul est entré dans le petit couloir et s’est attribué le lit près de la fenêtre, celui d’où on voit bien la télé, et nous avons commencé à ranger nos fringues dans le placard, nous gênant, nous frottant, puis nous nous sommes déloqués, se guettant du coin de l’œil pour essayer, chacun, d’occuper la douche en premier. Au cours de ce déshabillage, nous re… gênant, nous re… frottant, le Paulo s’est accroché à moi. Ce n’était plus un frottement, on était littéralement collés : «  Si on s’en foutait un petit coup histoire de se déstresser ? » Et comme on est des gros pédés tous les deux, ça l’a fait… Comme ça l’avait fait déjà plusieurs fois ensemble, on a tout de suite choisi la position qui nous satisfaisait sans trop se poser de questions, c’est-à-dire lui couché sur le dos les pattes en l’air et moi lui besognant le cul.

Quand on a joui, je me suis posé sur le côté du pieu et il en a profité pour se lever et prendre possession de la salle de bain. je l’ai immédiatement soupçonné d’avoir voulu baiser parce qu’il voulait passer avant moi à la douche et que j’étais près de la porte. C’est sans doute faux, mais mon côté putassier a eu des regrets d’avoir accédé si facilement à sa demande. Mais bon, on venait de passer un bon moment, je n’allais pas gâcher son plaisir enfantin de m’avoir doublé.

Paul n’est pas l’Apollon de la boîte, je ne le vois jamais en salle de sport. Il dit qu’il dépense toutes ses calories excédentaires dans ses séances de sexe dont il est un grand consommateur. Il raconte ses soirées touze organisées dans des maisons de campagne de certains de ses compagnons. Quand il raconte, j’ai l’impression que son haleine empeste le foutre. Enfin, j’affabule certainement, mais il faut bien reconnaître qu’il est doué comme conteur et que bien des fois la seule force de son imagination m’a mis dans tous mes états.

C’est un mec plutôt sec, mince des hanches et du cul, le bas-ventre agrémenté d’une jolie petite queue et la tête surmontée de cheveux noirs qui frisent presque crépus. Le solarium lui donne un teint bronzé toute l’année. Assez mignon donc, mais que j’essaie, je dis bien j’essaie… de tenir à distance quand même, à cause de ses multitudes rencontres (avec lui, la capote est une nécessité impérieuse) et de l’absolu néant qui règne en maître dans son cerveau. Ça lui donne curieusement une capacité à vous embrouiller la tête, car à tous moments de la journée, il pense cul… vit cul… prévoit cul… pour le reste, avec lui, on a conscience du l’existence du vide…

Je me relis, je suis salaud, ce n’est pas l’abruti complet que je dépeins méchamment… Je l’aime beaucoup, c’est beaucoup moi en plus déluré… C’est tout !

* * *

Pendant qu’il s’est douché, j’ai réfléchi un peu à notre situation de gay assez décontracté, prêt à s’envoyer en l’air à la moindre occasion. C’est ce qui déconcerte mes amis hétéros, même les plus libérés. Nanas et mecs ont du mal à imaginer que deux mecs qui ne se connaissent pas, à la suite d’un simple coup d’œil, d’une main qui se pose sur une épaule, d’un regard légèrement insistant, puissent, dans les minutes qui suivent, se retrouver à se sucer et à se pénétrer, mutuellement parfois, prendre son plaisir, suivi par un… « Salut , c’était sympa », ou bien un départ en silence. Quelquefois le «  On boit un pot ? » accompagné d’une discussion un peu plus poussée. On n’en est pas encore aux questions très intimes, du genre «  Tu me files ton portable ? souvent suivies de diverses réponses en forme de découragement : « J’suis pas tout seul. » – « J’habite pas sur Paris », alors que le mec en question on l’a déjà aperçu plein de fois et que dans les prochaines semaines on le croisera comme si c’était un parfait inconnu… Jusqu’au jour où…

… Là il accepte un échange de téléphone… La rencontre débouche sur une liaison chaotique, car, naturellement, ce mec que vous adorez n’est pas libre… Il a un ami de cœur, voire une nana… parfois, catastrophe, il est marié et père de famille…

Dans ces cas de figure, il n’y pas de rupture à proprement parlé. Le temps aide à parfaire une séparation qui ne sera jamais officialisée… L’élu amoureux rejoint alors la cohorte des faux « ex », c’est-à-dire des mecs avec lesquels on a baisé, qu’on a bien aimés, pour lesquels on a même eu quelques sentiments affectifs très forts qui peuvent rester ancrés dans notre cœur… Ce sont ces garçons qui, à l’occasion d’une rencontre fortuite créant une occasion à saisir en urgence, ou à la suite d’un SMS d’un soir où on se sentait seul, se retrouveront dans notre lit à se fabriquer un bon plaisir artisanal, comme une crème caramel à l’ancienne au sucre roux, comme s’il s’agissait d’une denrée périssable dont on craint la disette dans un proche avenir.

Les faux ex… rien à voir avec les véritables ex…

Donc on déconcerte les hétéros sympas.

Et je ne raconte pas si les deux mecs en question se connaissent déjà… là, les « gay-friendly » ne peuvent absolument pas suivre question sexe, même s’ils ont une ouverture d’esprit grand angle… Un plan cul à plusieurs pour des gays… la routine mon pote… Les pas « friendly », les pas sympas… Hou là… là… au bûcher qu’on pourrait finir dans certains cas, et j’ajouterai qu’il en reste beaucoup plus qu’on ne l’imagine des intégristes de la morale du cul…

* * *

Après qu’on se fut lavé, pomponné, qu'on ait appuyé sur quelques parties du visage à la recherche d’éventuels ponts noirs et que Paul, quand je sortais de la douche, se fut précipité sur moi afin de lécher, à mon entrejambes, mes morceaux les plus intimes (c’te chiennasse qu’il est tout de même !) nous sommes descendus prendre un petit déjeuner tardif. Il était près de 10 heures. Jean-Jacques assis à une table avec Sophie pas toujours calmée à en croire son visage fermé, nous a hélés pour qu’on le rejoigne. Sur les chaises à côté d’eux, se trouvait Betty et son fils, le petit Hadrianou de mon cœur, c’est ainsi qu’il voulait que je l’appelle quand je le niquais et qu’il bramait comme une biche en chaleur écrasée par un mâle. Le visage de la dame s’est illuminé en me voyant, tandis qu’Hadrien, lui, se refermait comme une huître. Je compris que le vilain petit garçon était loin de s’être coming-outé auprès de sa génitrice et qu’il craignait que son amant ne révèle son secret. Paul et moi avons pris place à table et celui-ci commença son cirque, à ma grande confusion, flirtant comme à son habitude avec JJ, ainsi qu’il le fait avec tous les hétéros bien foutus et propres sur eux, persuadé que la chance finit toujours par tourner et qu’un mec à femme est un mec à mec qui s’ignore. Betty entreprenait à mon encontre un numéro de charme désuet, mais super-voyant, tandis que Sophie et Hadrien, côte à côte, boudaient de conserve, ne s’adressant la parole qu’en minaudant : « Passe-moi, très cher, un sachet de sucre. »… Moi et mon côté langue de pute ne pouvait contempler ce spectacle, proche du surréalisme cinématographique italien genre « Affreux, Sales et Méchant » chez les bourgeois, qu’en me disant que j’étais attablé avec une bande de cinglés, dont je m’excluais, ainsi que Jean-Jacques qui paraissait, lui aussi , à la vue de son visage étonné, dépassé par la situation.

Pour la première demi-journée j’avais promis à Paul, il me l’avait demandé les yeux dans les yeux le matin même, pendant que j’étais encore dans lui et vu le confort de la situation… j’avais promis… de skier avec lui, quasi débutant. Nous nous sommes habillés et, harnachés, nos skis et bâtons en mains avons pris possession des pistes. On a senti tout de suite que « les premières neiges » n’avaient rien de très naturelles. Les canons en fabriquaient, le soir, des mètres cubes, sur certaines pistes, que les ratracks étalaient, cachant les pierres qui réapparaissaient le soir après que les skieurs en eussent bien gratté la surface.

Je me suis bien fait chier jusqu’à 16 heures. Paul est peut-être doué pour la baise, mais sur les planches… plutôt nul… le Paulo… Heureusement pour lui, il possède un caractère plutôt joyeux et s’est satisfait de ses performances qui, d’après lui, le plaçait derechef avec ceux qui pouvaient prétendre à viser le plus haut rang des groupes, le lendemain matin, lors des sélections des cours collectifs avec moniteur. À ses affirmations de contentement, j’ai lancé : « Mon mignon, tu te débrouilles bien pour un Parisien ».

Je l’ai traîné jusqu’au local à skis. Il n’avait plus de guiboles et ses chaussures lui causaient des maux dignes, d’après lui, du supplice des brodequins de l’Inquisition. Traînant la patte, il s’est quand même enfilé quelques verres de vin chaud offert à la sortie de la pièce. Dans la chambre il s’est affalé sur son lit et m’a demandé de l’aider à le déshabiller. En caleçon, j’ai donc entrepris le dépouillage du petit lapin, un jeu qui nous amusait bien quand on se retrouvait chez lui au début de notre rencontre. Les chaussettes… beurk… le futal, son slip fumant. Cet ensemble dégageait une odeur de vestiaire de garçons qui excita l’instinct animal de mon cerveau, je l’ai bousculé pour lui arracher sa veste, son pull et son marcel trempé. Il bandait en jeune homme et a articulé d’une petite voix : « Ne me croque pas ô grand méchant loup », phrase à laquelle je dois répondre : « T’es un beau petit lapin, mais quand on a des grandes dents on a forcément une mauvaise nature… », et là, je le dévore tout cru… Ce mec est doué pour la « commedia dell'arte » et moi qui ne suis pas joueur, je l’accompagne dans ses délires… et… ça me fait bien marrer tout de même…

Je vous laisse apprécier le niveau de nos jeux sexuels… Vous nous trouvez pas un peu mômes les mecs, non ?

Je l’aime bien le Paul, petit mec sans méchanceté, mais qui n’est pas le bon partenaire pour tomber amoureux, il apprécie trop le changement . Enfin chaque fois qu’on se rencontre on passe un très agréable moment, c’est pas un faux ex, c’est pas un ex… c’est quelqu’un qui ne sera jamais dans aucune liste d’ex… car il semble toujours disponible pour ses amis de cul…

* * *

À 20 heures nous étions, après deux-trois gin-tonic, attablés pour le dîner, JJ, seul, Betty et son inaltérable sourire de céramique avait copiné avec une sorte de vieil ado attardé d’une trentaine d’années à l’allure nonchalante, cheveux noués en un catogan de loup de mer, bouche aussi rieuse que pouvait être la sienne ce qui constituait une sorte d’exploit bucalement parlant. Son fiston mangeait à une table lointaine, regard dans le regard du jeune GO réceptionniste aux sourcils parfaits, ces deux-là préparaient déjà la liste de leurs futures performances du soir, au moment où ils se retrouveraient à poil sur les mêmes draps. J’étais loin de lui, mais les yeux d’Hadrianou, futur faux ex désormais, semblaient pétiller de mille lasers. Guy vint nous rejoindre avec sa femme, Coralie, merveilleuse petite femme à l’air futé et à la conversation délirante. Entre Jean-Jacques et moi, une chaise vide que j’avais laissée en prévision de la venue de Sophie.

Une heure plus tard, Betty quitta la table, la libido aussi explosive qu’un kilo de nitroglycérine, accompagnée de son nouvel ami. Guy m’avait fait un clin d’œil en partant au bras d’une Coralie qui paraissait littéralement collée à lui. Paul s’esquiva, car il voulait absolument suivre une des dernières émissions de la Starac, avec G., supermignon à ses yeux, avec sa tête de manga… « Pour voter pour G, tapez 1, pour M. tapez 2 », pour éteindre la télé, appuyez sur le bouton rouge…

JJ semblait parti dans ses rêves, regard lointain, je tentais une conversation :

— Sophie ne descend pas dîner ?

— Elle s’est tirée. J’ai retrouvé un mot en rentrant du ski, un taxi, direction Moutier et basta.

— J’ai bien vu que ça n’allait pas trop entre vous deux, t’inquiète, ça se recollera à ton retour.

— Je crois bien que non. En fait, depuis qu’on est ensemble, la vie n’est qu’une succession de fâcheries, elle est invivable. Et cette fois c’est vraiment la dernière dispute.

— Mais non, elle va te revenir, et puis il y a ton môme.

— Oui il y a Louis, c’était lui qui nous obligeait à chaque fois à la réconciliation, mais cette fois c’est fini.

— Allez, garde le moral, j’suis sûr que ça va s’arranger.

— Non je te dis, c’est certain cette fois c’est moi qui la largue, elle me fait vraiment trop chier

* * *

Chez les hétéros c’est souvent la guérilla à cause des gosses. Les gays ne connaissent pas encore les inconvénients d’une séparation laissant un môme coincé entre deux adversaires que chacun voudrait garder à soi pensant que ça calmera sa douleur de divorcé et, raison qu’on se cache souvent, faire souffrir l’autre, responsable à nos yeux de tous les problèmes ayant amené à la dislocation du couple. Des gays de mes amis, lors de leur rupture, se sont battus comme des moudjahidin pour un chat, vieux et pelé, qu’ils avaient recueilli au temps fort de leur amour. Au fond d’eux-mêmes ils se foutaient du matou, mais avaient découvert en l’animal un formidable moyen d’emmerder celui qu’il appelait désormais « l’autre enfoiré ». Ces moments douloureux conduisent soit à des dépressions pleurnichardes soit à des comportements d’une méchanceté peu commune. On tuerait volontiers « l’autre enfoiré », après l’avoir torturé si possible par des spécialités asiatiques, oubliant qu’il y a peu, on se mélangeait avec son corps si doux, le cajolant, lui murmurant d’amoureuses paroles, qu’on trouve insensé aujourd’hui d’avoir prononcées à l’oreille du pareil traître.

* * *

JJ et moi sommes allés au bar prendre un café…

Vicieux le bar du Club à Val-Tho, tout est gratos et à volonté, on s’est arrosé l’estomac de génépi pendant le spectacle et à 23 heures on était rond pété… Jean-Jacques, lui était plutôt rond-rond, pété-pété, les yeux larmoyants qui coulaient de plus en plus à mesure que la soirée se déroulait, a fallu que je le raccompagne dans sa chambre où là, posé sur son lit, il m’a reparlé de sa femme en pleurant. L’alcool ça aide bien à se vider de larmes quand on a un petit ou un gros chagrin, ça aide aussi au rapprochement des personnes. Je l’ai aidé à se dessaper en tentant d’essayer de le consoler :

— Allez JJ, sois fort, comme on dit «  une de perdue dix de…

—… Retrouvées », je sais bien mais j’ai pas envie de ces dix-là, c’était de Sophie que j’étais amoureux.

— À voir votre comportement on dirait bien que l’amour, c’est plus ça entre vous.

— Eh oui, la salope, elle a tout foutu en l’air.

— Pourquoi elle fait ça ?

— J’sais pas.

— Elle a peut-être un mec et elle veut te quitter, mais n’ose pas en parler directement.

— Va savoir, en tout cas si c’est ça, elle peut aller le retrouver, j’irai pas la rechercher maintenant.

Et il s’est remis à rechialer, à gros sanglots cette fois, ce qui démontrait bien que cette crise lui faisait vraiment mal. Je l’ai pris entre mes bras en le consolant, puis, bêtement j’avoue, comme j’aurai fait à un enfant, je l’ai embrassé sur les joues. j’suis un pédé sensible moi, bon, toujours est-il qu’on s’est retrouvés à se rouler des gros palots sur le pieu. Au fond de moi je me gueulais quand même « casse-gueule de profiter de la détresse d’un mec pour assouvir mes envies », mais ce que je gueulais arrivait très assourdi dans l’endroit du cerveau où siège le bon sens et la mesure… puis, bon, c’était très agréable ces baisers, ce petit hétéro de JJ embrassait divinement, il m’a fait bander rapidement et je me suis aperçu que je lui causais le même effet… Embarqué dans une aventure que je trouvais excitante, je suis vite descendu sous son nombril en le léchant, j’ai baissé son caleçon et j’ai sucé son sexe qu’aucun mec n’avait jamais goûté… Il était savoureux comme un éclair au chocolat, doté d’une sensibilité à ma langue peu commune, un cœur semblant battre en lui et peu de temps après que je l’eu enfourné en ma gorge il gicla un sperme douceâtre qui m’a semblé offert comme un cadeau à son souverain.

J’ai remonté mon visage près ce celui de JJ, il fermait les yeux, j’ai respecté ce moment d’isolement d’après la jouissance attendant qu’il fasse un geste vers moi qui venait de lui offrir ce plaisir, mais rien ne s’est passé, après quelques minutes il s’est véritablement endormi et je me suis tiré un peu honteux en repensant à ce que je m’étais dit un peu plus tôt d’avoir en sorte tiré partie de son chagrin sincère et de son état alcoolisé. J’étais aussi anxieux pour le lendemain matin, car je le voyais bien en train de m’accabler de reproches, qu’il me semblait, je méritais un peu. Je suis rentré à la 169, il était minuit passé, Paul roupillait à poil presque découvert, je me suis déshabillé, ai sauté sur son lit et j’ai bouffé le petit lapin ensommeillé… Après je me suis endormi bien calmé… J’ai fait plein de rêves érotiques dans lesquels JJ apparaissait à poil, s’offrant à ma queue dans toutes les positions les plus invraisemblables, je le possédais toujours et j’ai fini par juter dans le pieu en me causant d’agréables sensations… sur le moment… car le sperme refroidit sur les draps, c’est foutrement inconfortable.

* * *

Le lendemain, quand je suis descendu au petit-déjeuner, laissant Paul à se préparer, je n’ai pas retrouvé JJ, le reste du groupe était déjà là, certains même déjà en costume de ski. J’ai mangé avec Betty, l’air en pleine forme si ce n’était son visage qu’on ne pouvait s’empêcher de trouver un peu fatigué, sans doute un excès de génépi suivi d’une nuit torride avec l’homme aux cheveux longs. Celui-ci, en vrai sportif, bien posé sur sa chaise, semblait parfaitement prêt pour une journée dans le froid. Betty m’a demandé si j’avais croisé Hadrien qui selon elle avait quasiment disparu depuis hier soir. Je lui ai répondu que la dernière fois que je l’avais aperçu, il était sur la piste de danse en donnant l’impression qu’il s’amusait beaucoup. Je ne lui ai pas signalé qu’à ce moment-là, le jeune réceptionniste lui faisait face et qu’on n’aurait pas pu passer une main à plat entre leurs pubis. Cela augurait un contact vachement électrique quand ils seraient à poil dans la piaule du GO. D’ailleurs, sur le moment, j’ai été tenté de rejoindre les deux danseurs en espérant que j’arriverais à me glisser dans leurs ébats. Un trio pour la baise peut vite devenir quelque chose de particulièrement bandant et inoubliable, puis les pleurnicheries de JJ m’ont ramené à mon rôle de samaritain, pas désintéressé comme vous avez pu le constater.

Sortant de la salle à manger j’ai croisé l’Hadrianou, resplendissant, super-beau comme à son habitude, entouré d’une aura en forme de bite décelable seulement pour les initiés… les sorciers de la queue… les pédés quoi…

Je me suis fringué vite fait, Paulo avait disparu, suis descendu au local à skis, là, dans une confusion extrême, tout le monde se bousculant entre les rangs de rangement, j’ai déverrouillé mon matériel, enfilé mes chaussures dans un coin, recroquevillé de manière à ce que ma tête soit protégée des carres coupantes qui semblaient voler comme le Concorde défaillant, coinçant les gants et le bonnet sous les bras… bref, un merdier pas possible, tout le monde donnait l’impression de se dépêcher, d’être en retard… Tout ce charivari pour se retrouver une bonne centaine derrière le Club, à se geler les couilles, et le reste, en attendant que les monos constituent les groupes. C’est à ce moment-là que j’ai retrouvé JJ.

— Arthur… ! Tu t’es inscrit dans quel groupe ?

— Le plus haut, Expert je crois…

— Moi j’ai pris le trois, avec l’enneigement on ne fera pas de hors-piste, alors ça suffira pour une mise en jambe.

— Je peux venir avec toi ?

— Super… skier avec un vrai Savoyard c’est pas donné à tout le monde.

— Et toi ça va, pas trop la tête dans le cul…

— Non, j’ai fait une bonne nuit… Au fait merci pour hier soir.

Je commençais à rougir.

— Merci pour quoi au juste ?

— Ben de m’avoir ramené à ma chambre, j’étais dans les vap… j’aurais pas été capable de m’y retrouver dans tous ces couloirs.

— Non, rien c’est normal, on laisse pas un copain dans la merde, et puis t’étais drôlement triste.

— T’as été quand même vachement sympa, on ne se connaît pas trop, t’es cool comme mec… comme ça t’occuper d’un poivrot et de le coucher… J’étais trop rond, je ne me rappelle de rien…

— De rien… ?

— De rien, mes derniers souvenirs c’est quand j’étais au bar…

Il m’a fait un clin d’œil de connivence et a ajouté :

— On a quand même bien picolé… Hein… ?

Je me suis trouvé, lâchement soulagé. Après tout c’était mieux comme ça, cette histoire en resterait donc là… Dommage car JJ commençait à me plaire grave, son corps de véritable homme me changeait de tous ces petits freluquets de 18-20 ans qui, malgré qu’ils soient équipés en série de belles fesses rondes et chaudes du fion ou de sexes infatigables, manquent cruellement de bras, de cuisses ou de torses, n’étant à leurs avantages qu’aux deux endroits stratégiques précédemment cités… qui restent, malgré mes reproches, d’assez formidables atouts.

JJ, c’est la magnificence du corps de 30 ans bien entretenu. Je ne sais pas s’il fréquente les salles de muscu, ou pas, mais il est superbement gaulé. En fait non, lever la fonte ça assèche plus les muscles et la peau, lui, sur le devant des côtes supérieures y a du téton bien ferme et épais, moquetté de pelage frisé, ça doit être plus naturel, peut-être le tennis. Bon en un mot comme en cent, JJ doit obligatoirement passer pour un beau mec aux yeux des hétéros, mais pour une tapette comme moi, c’est soixante-quinze kilos de fantasmes inavouables à sa mère.

* * *

On ne peut pas affirmer qu’on a passé une superbe matinée de glisse. Faisait beau, les remontées en télésièges se sont agrémentées de discussions avec JJ. Pour un citadin, il connaissait hyper-bien les stations savoyardes et, sur les planches, se défendait comme un spécialiste, enfin quand ce n’était pas verglacé ou bien dans les parties des pistes exemptes de pierres. En fin de compte, on s’est amusé quand même, bien que les semelles...

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