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Bandanas de toutes les couleurs

De
12 pages

Une femme se déguise en homme pour draguer des homos.





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couverture
Cléa Carmin

Bandanas de toutes les couleurs

12-21

Bien sûr, je pourrais me retrancher derrière un pari. J’aurais relevé un défi. Ou je serais sous la domination d’un maître qui m’aurait imposé ces pratiques-là. Plus facile encore, je ferais une enquête et je devrais pénétrer le milieu, si j’ose l’expression.

Au diable les prétextes. Je suis une curieuse. Une terrible, une incorrigible, une dangereuse curieuse. J’y vais parce que je veux comprendre. Au moins approcher cette différence. D’eux à moi, je ne vois que la similitude. Nous partageons la même passion, nous sommes de la même engeance. Grands fauves, nous chassons le mâle. Nous en faisons notre obsession. Rien d’autre ne compte qu’un bel hidalgo. Son odeur. Sa virile émanation qui nous trouble et nous subjugue. Son sourire qui nous chavire. Ses yeux qui absorbent notre âme.

Je pourrais continuer longtemps sur ce thème-là. Discourir sur la fascination de ma vie. L’homme. Intelligent de préférence, mais il m’est arrivé de me tromper. Une attirance pour les tendres, mais j’en ai eu qui voyaient rouge. C’étaient peut-être des colériques qui cachaient leur jeu. Peu importe. J’en ai connu tellement. J’aime les mecs et le changement. J’ai croqué pléthore d’amants. Et si j’ai pleuré souvent, parce que mes légionnaires repartent toujours dans leur désert, j’avoue que même leur départ a fini par me plaire. Promesse de nouvelles ivresses, liberté retrouvée à sacrifier sur l’autel d’un prochain désir.

Mais cette fois, je suis figée en pleine crise existentielle.

Ni lassitude, ni déficience hormonale, ni attirance nouvelle pour une donzelle. Rien de tout cela. Juste trois claques, coup sur coup. Trois Apollon, dont je m’imaginais l’Aphrodite, ont décliné mon inclination. Trois ingrats ont tourné les talons à mes invitations. Ils ont fait outrage à mes avantages. Je me serais remise en question – je n’aurais pas le look, pas l’âge, pas la façon – si je ne les avais vus passer la porte, collés à leur pote. Le regard langoureux effleurant une mâchoire carrée. La main égarée sur la fesse musclée. Leurs doigts jouaient la fugue des fantasmes sur un alter ego et je restais là, pire qu’abandonnée, ignorée.

Mais enfin, qu’ont-ils de plus que moi ? Vous n’allez pas m’apprendre la géographie. Une bite. Je ne saurais en minimiser l’attrait. Certes. Mais ma question se veut plus philosophique : je pense comportement, émotions, je vibre instinct, attirance, en un mot, je me révolte de toute ma féminité, de n’avoir pas prise sur quelqu’un dont je m’offrais de devenir la moitié, le temps d’une nuit d’été.

Je n’en reviens pas. Moi la reine, ils me dédaignent. Moi la Belle, ils m’enjoignent de me taire. Je n’ai pas place dans leur espace. Pourtant, je ne doute pas que je saurais tout faire aussi bien que leur marin. J’ai les lèvres pulpeuses, la langue musclée, les dents bien plantées, les mains lestes et les doigts agiles. Une veuve poignet infatigable. Si j’osais j’avouerais même l’œillet étroit et souple. Alors quoi ? Ils n’ont même pas plus de poils que moi. Quant à la chose qui me manque, je prétends savoir en détourner l’attention.

Et voilà toute l’histoire. Son commencement plutôt. Parce que depuis là, j’ai voyagé. Sur le Net, j’ai surfé sur la vague homo. J’ai largué les amarres et je me suis marrée. Savez-vous comment on dit « Je t’attends, mon minet ? », en glissant un foulard dans la poche arrière de son jean. Ça pourrait être une plaisanterie, si ça n’était un vrai langage. Le code est double, comme les poches : à droite, l’homme est un gros bras, à gauche, c’est une tante. Le premier est actif, le second passif. À chaque goût sa couleur de bandana. Un arc-en-ciel pour exprimer ses envies. Simple, efficace, sans équivoque. L’or indique : « Où tu veux, comme tu veux », il ne sera pas pour moi. Mais un carré de coton bleu pâle dans la poche droite me présente comme « un » suceur. Fuchsia à gauche, je suis un fesseur. La nuance fait la différence : en rose clair, je gode mon partenaire. Que voilà une belle façon de se prémunir contre les digressions. J’ai ce que vous voulez, mais n’allez pas fouiller mon pantalon sans autorisation.

J’ai réfléchi. La tentation… Qui oserait prétendre à tromperie sur la marchandise ? Je suis le code et j’offre ce que vous cherchez. Je n’annonce que ce que je peux tenir. Je ne promets rien dont vous ne puissiez vous délecter, chers membrés. Aucun tissu n’est prévu, pour dire que je ne suis pas celui que vous croyez. Alors, je saute le pas. Gay, gay, amusons-nous.

 

Dans un magasin de sport, je froisse des carrés imprimés. Le vendeur me regarde d’une curieuse façon et je n’ose scruter mon petit papier des couleurs intentions. Je bredouille :

— Je cherche des cadeaux de Noël, j’ai quantité de petites nièces, j’aimerais une couleur de chaque.

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