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L’Ecole des Beaux-arts de Beldôme jouit d’une réputation mondiale. Ses élèves sont convoités très tôt par les agents et galeristes. Parmi eux, Barny, riche mécène, ambitionne par tous les moyens de faire monter les enchères autour des oeuvres de ses jeunes prodiges.
Lulu, Iris, Sacha et Cloé vivent à plein leur passion de l’art. De Beldôme à New-York, leur apprentissage et leurs quêtes amoureuses vont les confronter à l’affairisme de Barny…
Publié le : vendredi 2 janvier 2015
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EAN13 : 9791026201243
Nombre de pages : non-communiqué
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P. Zerfus bleu or
© P. Zerfus, 2015
ISBN numérique : 979-10-262-0124-3
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À Delphine. À Fleur.
Première partie
Beldôme, Bleu
– Lulu, je peux te prendre une cigarette ? Sacha, mon vieux pote, est toujours en quête de quelque chose, et maintenant plus que jamais.
– Tiens Sacha, mais à ce rythme on va être court pour ce soir.
– OK, je file retirer du fric sur les quais et m’acheter un paquet. Vous remettez un demi pour moi. Tu me laisses ton feu pour la route, Lulu ?
Sacha se lève, vide son verre et enfile sa veste. En sortant, il lance un « je reviens » à Perle et Alin, familiers de nos allées-et-venues incessantes dans leur Urlubarlu de bistrot où cherchent refuge les étudiants en art, notre petite bande de doux dingues en tout cas. Nous y trouvons une vie populaire qui nous maintient l'esprit au clair. Les vertiges conceptuels de certains de nos cours, les expérimentations des plus allumés de nos profs et la promesse des carrières auxquelles nous destine le système, nous font courir le risque de perdre une simplicité à laquelle nous tenons. Mais ici le formica coloré ou les sous-bocs élimés que nous griffonnons contrastent avec l'équipement épuré de l'école. Sur les murs, les affiches défraîchies des fêtes du port ou du club de rugby tiennent en respect nos dernières esquisses. Quelques belles toiles d'anciens reconnaissants font la fierté du couple infatigable qui nous témoigne tous les jours son attachement à nos visites régulières. Je me demande si nous n'entretenons pas ici aussi le mythe des établissements parisiens d'antan où les artistes venaient chercher amitiés, plats chauds et expédients, et préparaient la révolution de l'art...
– Après l'apéro, on dîne chez toi, Iris, c'est ça ?
C'est Serge, organisateur très inspiré de nos soirées, qui vérifie que tout est en règle pour la suite auprès de la charmante Iris.
– Bien sûr, et après on va où ?
– On pourrait se faire un truc à l’Electro Club, non ?
– Ouais, c’est jeudi, y’aura du monde.
– Bon, je remets une tournée. Un dernier Jet-Perrier, Iris ? – Yep. – Et toi Pablo, la même chose ?
– Oui, un Ricard, c’est cool Sergio.
– Et mister Lulu ? – Un demi. – Ari ?
– Demi pour moi.
– Et toi Alba ?
– Café, merci.
– OK, et c’était un demi pour Sacha.
– Alin ! S’il-te-plaît, tu mettras un Ricard, trois pressions, un café et un Jet-Perrier.
– Entendu ! C'est tout bon les artistes !...
« Ça va bien vous deux ? » Alin salue un couple qui vient de franchir la porte. Ils s'installent à la première table. Je les observe un long moment, perdu dans une rêverie qui me transporte déjà chez Iris.
« Hey ! Lulu, tu planes ? » Ah, justement Iris s’adresse à moi. En ce moment, je dois bien reconnaître que mes sentiments pour elle s’affirment. J’ai d’ailleurs la faiblesse de penser que depuis quelques temps nos âmes se testent. Nos yeux qui leur servent d’ambassadeurs me le font comprendre à chacun de nos échanges.
– Tu me demandes quoi, Iris ? Ce soir ? Evidemment, c'est d'accord pour l’Electro !
Il me semble que ces nouveaux regards profonds que nous nous lançons valident la réalité de cette attirance naissante entre nous…
Sacha est de retour, mais nous sommes sur le point de quitter le cher bistrot déjà plein de sa clientèle mêlée : jeunes se ravitaillant en cigarettes avant la nuit, collègues tentés par un verre après le travail, anciens, accros au plaisir de partager un pichet de vin. Dans cette ambiance joyeuse, Sacha, à la bourre, est prié de boire sa bière cul-sec et évidemment se fait chambrer. Je souris. Je n'entends plus que les voix ivres des potes, qui se lèvent et se dirigent vers le comptoir pour payer. Encore un moment délicieux, après les cours, à déconner, à chanter même et à refaire le monde de l’art.
Une fois dehors, nous mettons du temps à nous mouvoir, pris par la douceur de cette fin d’après-midi et par la chaleur de nos rires.
La soirée se déroule à merveille. Le repas est bien arrosé, animé, gai, même si l’absence de Cloé chagrine Sacha. Il était sûr de pouvoir retrouver sa chérie dans l’appartement qu’elle partage avec Iris.
C’est finalement le cas à l’Electro Club où la belle nous a rejoints et où la musique nous transporte cette nuit encore. On rie, on s'amuse. Nos sens s'enivrent à nouveau du bonheur simple de boire, de danser et d'être ensemble.
Cloé est une fille superbe. Son corps athlétique d’un mètre soixante-quinze est pigmenté de petites touches oranges, comme une œuvre pointilliste. Sa peau laiteuse, ses cheveux roux, ses yeux bleus océaniques, profonds de plénitude ou de perdition selon l’humeur de la sirène, enveloppent un caractère volontaire bien que sensible, mystérieux mais bienveillant. Ce physique remarqué a indéniablement forgé depuis longtemps une certaine ambition chez Cloé. À l’école, elle montre son impatience fébrile à réussir : ses études, sa vie professionnelle, qu’elle veut très rémunératrice au plus vite, et sa vie sentimentale.
Après quelques flirts durant nos premières années auprès de mecs maintenant diplômés, elle forme avec Sacha un couple sublime. Extrêmement beau lui aussi, il a attendu comme une évidence, mais comme un fou, qu’elle soit libérée de la meute affamée d’étudiants plus âgés pour se rapprocher d’elle. Alors, à la faveur de cette quatrième rentrée il a lancé l’assaut final. Il a échafaudé son plan tout l’été durant, et ça m’a fait bien marrer : « Je te promets qu’elle sera à moi cette fois. – À toi ? – Ben oui ! Fini de rire. Franchement, tu imagines le couple ? La grande classe, hein ? Il me faut quelqu’un comme elle, à vie. Je la veux, et après nous aurons tout : succès, thune, passion, irrésistiblement.
– Ouh, là, là ! Oui vous êtes canons tous les deux, mais tu l’aimes ? Ça compte ou pas ça dans ton schéma ?
– Follement je l’aime, je te dis. J’en peux plus d’attendre.
– Mais pourquoi n’as tu pas tenté avant quelque chose de sérieux avec elle ? Vous vous êtes déjà pas mal chauffés en soirées.
– Je lui ai proposé, mon Lulu, à plusieurs reprises. Elle n’est pas simple, tu le sais bien. Elle m’a dit qu’elle ressent une attirance pour moi, que je suis son type, mais qu’on a le temps. Tu le vois bien, avec Iris elles ne quittent plus la bande d’Enzo, pénibles ceux-là à pérorer tout le temps avec leur cour et leurs nanas top niveau.
– Ah, je sais ! Iris aussi est tellement magnifique.
– Hey ! Je te vois venir, mais ne te mets pas la pression inutilement ! Enzo ne la lâchera pas comme ça mon pauvre Lulu !
– Bah, j’ai l’impression étrange et heureuse qu’elle est en train de le quitter.
– Euh, là tu rêves mon poto ! Tu as vu comme ils font monter les enchères sur leur cote de futurs génies de l’art contemporain ? Ils font tout pour se rendre incontournables, à travers un lobbying constant auprès des mécènes et des galeristes, ou sur le Web. Et bien entendu ils n'oublient pas d'afficher des filles en ambassadrices de charme de leur petit business en gestation. »
Sacha et Cloé ont vécu une première période prodigieuse d’amour enflammé. Lui n’attendait que de vivre ce qu’il avait déjà imaginé pour eux. Elle s’est complètement abandonnée à leur amour, emportée par une telle puissance, chavirée par tant de passion pour elle, hypnotisée. Au milieu de nous et tout autour d’eux, ils ont ensuite brillé pendant deux mois de toute leur certitude, ont illuminé l’école de leur bonheur indéniable. Leur sex-appeal a
définitivement retourné notre microcosme des Beaux-Arts.
Aujourd’hui leur amour a perdu de sa fusion, refroidi. Du fait de la possessivité de Sacha ? Il a tout voulu de la part de Cloé. Du fait des sollicitations constantes dont elle fait l’objet ? Pas simple pour elle de faire le tri entre les regards sincères et bienveillants et les propositions calculées ou cupides. Sacha est désorienté, cherche ses repères magnétiques si nécessaires à sa survie maintenant qu’il a connu pareil vertige. Il m’explique leur passage à vide actuel par l’instabilité de Cloé : « trop belle, le sait, désire la gloire, sait pouvoir l’atteindre, compte trop sur son physique, a confiance en notre potentiel, j’en suis persuadé, est impatiente, veut brûler les étapes, c’est chaud, mais bon elle m’aime ». Je lui souhaite que ça continue. Il faudra qu’on fasse le point bientôt tous les deux. Il sait que je suis là mais les dernières semaines l’ont plutôt porté vers le regard de Cloé. “Homme libre toujours tu chériras la mer. La mer est un miroir, tu contemples ton âme…” Si Sacha cherche sa libération baudelairienne dans la personnalité océane de Cloé, s'il cherche un double même peut-être, c’est au prix d’une fascination trouble. J’ai besoin de parler également, et j’espère qu’il aura assez de lucidité pour m’éclairer moi aussi dans le doux brouillard cotonneux des moments que je vis.
Je réalise que je marche avec Iris. Le même sentiment de sérénité et d’évidence, à chaque fois, depuis ces quelques jours où nous passons du temps l’un et l’autre, comme ça, à déambuler, à chercher un resto, ou encore à travailler nos gammes colorées dans mon appart-atelier. Quel bonheur de constater notre proximité intellectuelle et peut-être sentimentale ! Une pudeur fragile nous fait encore languir dans la retenue. Nos situations affectives respectives sont à peine clarifiées. Mais l’évidence se révèle jour après jour. La journée est splendide. Sous le soleil de Mai, l'Adran rayonne, flot paisible et frais qui traverse Beldôme. Les bateaux tanguent avec nonchalance. Tout est limpide dans ma tête, lumineux et chaud, comme l’air dans les rues à midi. Nous nous approchons de la vieille ville et apercevons de l’autre côté du fleuve l’alignement des pontons et les platanes de la Place des Arts.
« Non mais tu m'écoutes, Lulu ? » Aïe, j'ai décroché.
– Excuse-moi. J'étais en train d’imaginer un petit dîner en péniche, tous les deux. – Ah ? – Et puis tu m'as coupé dans mon songe !
Je sens les doigts d'Iris me pincer les hanches.
– Ah ouais ! On ne peut rien te dire ! Mais ton alibi est béton : un dîner tous les deux ! Quand tu veux M’sieur Lulu. En attendant, réponds-moi.
– Répondre à quoi ?
– Je te disais que je ne suis venue en cours qu'à dix heures ce matin ; impossible de me lever… C'était sympa hier soir, mais on a trainé !
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