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Dans la solitude des draps de coton

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Quelle autre solution pour une étudiante fauchée que de vendre son corps ?





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couverture
Galatée de Chaussy

Dans la solitude
 des draps
 de coton

12-21

I. Le Client

Objectivement, c’était plutôt un bel homme. Grand, très brun, sportif et solide. On l’aurait facilement imaginé avec une Parisienne élégante, une de ces femmes que l’on voit dans le quartier de la Madeleine, en jeans vintage et talons hauts, hélant un taxi, un sac Gucci, Prada ou Saint-Laurent à la main.

Cependant il était seul. Non par goût ni par choix, mais parce qu’il ne trouvait pas. Quoi ? Que cherchait-il ? Une femme à aimer. Plutôt jolie s’il vous plaît, pour sortir, rêver et faire l’amour. Mais ça ne marchait pas. Il n’y avait pas de candidate.

Ses amis tâchaient de trouver une explication. Il y en avait plusieurs. Son principal handicap résidait dans les mots. Il ne les avait pas. Comment dire bonjour, engager une conversation toute simple, un échange banal qui se serait transformé en chuchotements tendres ? Il ne le savait pas.

Et puis il y avait l’âge. Il avait dépassé les quarante ans de quelques mois. Ça n’était pas vieux. Souvent les femmes recherchaient cette maturité. Sauf sur les moteurs de recherche où il s’était inscrit, des sites de rencontres où les hommes sont disponibles sous forme de catalogues. Les femmes y mentent sur leur âge ; les hommes, leur taille. Lui avait écrit la vérité. Mais ça ne donnait rien. Les cent cinquante euros mensuels d’inscription se révélèrent un investissement à fond perdu. Il coupa son abonnement.

Parfois il regardait sur Internet des vidéos pornographiques. Oh, il n’en était pas fier ! Mais il voulait sentir son sexe gonfler contre sa cuisse ; déboutonner son pantalon comme une femme l’aurait fait et sentir contre sa main la chaleur de son gland. Il était encore en vie. Une femme un jour, certainement, en tomberait amoureuse. Et il s’endormait dans la solitude de ses draps de coton, rêvant à cette jolie brune à frange, parfumée et menue, glissant à son oreille « Personne ne m’a jamais fait jouir comme toi ».

De fil en aiguille, de raisonnements en réflexions, il en vint à penser à (il ne voulait pas prononcer le mot) une relation tarifée. Mais comment faire ? Comment s’y prendre ? Où aller ? Il y avait bien des femmes en camionnette près de chez lui, rangées le long des trottoirs, près du bois. Mais ça n’était pas envisageable.

Il se souvint d’une ancienne relation de travail qui fréquentait des prostituées et ne s’en cachait pas. Ses mots encore, résonnaient dans sa tête : « Ce soir les gars, je vais me taper un tapin à cent sacs ! »

Ils se retrouvèrent près de Saint-Lazare. Il avait un peu changé, s’était marié, avait durci ses pratiques. « J’ai besoin de neuf, tu piges ? Je leur cogne dessus ; j’leur claque les seins. Y en a qui adorent ça. » Finalement, il lui donna l’adresse de quelques sites Internet où « des étudiantes te font tout ce que tu veux pour deux cents œufs » (c’était « euros » qu’il fallait comprendre). Il nota les adresses et rentra chez lui.

Manifestement, son ex-collègue et lui n’avaient pas les mêmes goûts. C’était un peu Sabrina Boys, boys, boys vs Olivia Ruiz. Mais il trouva finalement cette brune à frange qui aurait pu tenir un sac Kelly en hélant un taxi sur la place de la Madeleine.

La conversation aussi était payante. Huit euros le chat (le prix du mojito qu’il avait offert à cette conne du Comptoir de l’Arc qui « préfère les blonds »). « Bonsoir. » « Bonsoir. » C’était quand même plus facile à l’écrit. « Que cherchez-vous ? » « Je ne sais pas vraiment. » Mauvaise réponse, idiot ! Un tapin à cent sacs ! « Je peux vous aider à trouver l’objet de votre désir. Si c’est un désir. » « Je ne cherche pas un objet mais un corps. Un joli corps. Pour mes mains et ma bouche. » « Pour votre sexe aussi, non ? » « Pour mon sexe aussi, oui. » « Comment est-il ? Parlez-moi de lui. Est-il beau ? Est-il droit ? Est-il gros ? Faut-il, pour le faire entrer dans sa bouche, l’ouvrir bien grande ? » « C’est un exercice difficile, que de se décrire. » « Non. Il suffit de vous déshabiller. De vous déshabiller complètement. Et de dire ce que vous voyez. » Il s’exécuta. « Je le regarde. Il est tout ce que vous avez dit plus haut. La dureté en plus. Et la chaleur et la douceur. » « Avez-vous de jolies couilles ? C’est important pour une femme, de les sentir battre contre ses fesses. » « Vous les lècheriez ? » « Elles et tout le reste. Ma langue sur vous qui court entre vos cuisses, sur le bout de vos tétons. De quelle couleur sont vos cheveux ? » « Je suis brun. Brun comme vous. » « Est-ce que l’on se ressemble ? Est-ce que nos corps vont bien ensemble ? » « Voulez-vous une photo ? » « Vous voir, plutôt. » « Quand ? » « Ce soir ? » « Je viens. »

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