Danses érotiques

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Une femme évoque toutes les danses sur lesquelles elle a fait l'amour.





Publié le : jeudi 24 mai 2012
Lecture(s) : 75
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823801781
Nombre de pages : 10
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couverture
Lou Cristal

Danses érotiques

12-21

Après-midi morose d’une journée d’été un peu trop grise, je pousse la porte d’un salon. Solitaire, je dépose mon sac au vestiaire, puis pénètre dans la salle où s’enlacent quelques couples d’un certain âge, au milieu d’une piste morne. Après-midi dansant, m’avait-on dit. Assise sur une banquette, j’observe quelques instants la piste quasiment vide, l’ambiance maussade, la lumière blafarde éclaire le parquet. L’orchestre est misérable, les musiciens jouent à peine juste.

– Que fais-je ici ?

Pour tromper mon ennui, j’ai revêtu ma plus jolie robe, longue et blanche. Celle qui épouse mon corps et s’évase en de multiples jupons déstructurés. Une robe pour aller danser, une robe comme dans ces films de danse que j’affectionne tout particulièrement. Envie de danser pour conjurer le vilain sort qui m’a éloignée de mon amant, parti en vacances vers d’autres contrées plus ensoleillées et plus ludiques. Avec sa femme. Plage blanche, mer bleue, soleil ardent propice à l’amour, Sea, sex and sun chantonne la voix de Gainsbourg à mon oreille. Lassitude de celle qui reste sur la grève pendant que l’homme aimé va couler des jours plus heureux, peut-être ? Je secoue la tête pour chasser mes pensées mélancoliques, et gagne le rond de lumière. Pas de cavalier, tant pis, je danserai seule, m’évader dans la musique. Les yeux clos, je m’imagine ailleurs. Mon corps s’imprègne des sons qui ruissellent sur ma peau, comme autant de baisers mouillés. J’ondule, seule sur la piste, esquissant quelques pas, bras levés, un partenaire fantôme à mon bras.

Une main enserre ma taille, une autre capture la mienne, suspendue. Surprise, j’ouvre les yeux.

– M’accorderez-vous cette danse ?

Homme brun séduisant, peau mate, regard percutant, légèrement plus grand que moi, silhouette élancée, chemise blanche sur pantalon noir, sans attendre mon accord, il m’a enlacée. Léger corps à corps hésitant, il retient mon bras pour l’enrouler autour de sa nuque, et plonge ses yeux sombres dans les miens. Accrochée à son cou, je suis ses pas un à un, slow nonchalant, esquisse de pas faciles.

– Je vous ai observée, vous aimez danser. Connaissez-vous les danses de salon ?

– Non, pas vraiment…

– Alors, laissez-moi vous guider.

– Comme vous voudrez, mais vous allez devoir tout m’apprendre.

Un sourire canaille éclaire ses dents très blanches.

– Ne vous inquiétez pas, laissez-vous faire tout simplement et écoutez la musique.

Attentive, je suis ses indications.

– Pied droit, pied gauche, devant, derrière, tournez.

Sa main plaquée contre ma taille, il signe ses indications d’un doigté subtil mais sûr. Son expérience de danseur est évidente. Nous longeons le pourtour de la piste sur une mélodie légère, le charme dépose sa poussière d’étoiles. Envoûtement. Nos corps s’unissent, s’absorbent, joue contre joue, il me propulse sur une piste lumineuse. Mes pas dans les siens, nous glissons sur le parquet ciré, corps emboîtés, souffles mêlés, corps qui virevoltent.

 

Rumba.

 Tu comprends vite, maintenant joue.

– Oui, mais à quoi ?

– Qu’importe ! Écoute ton corps, écoute tes sensations, abandonne-toi à moi.

Pas qui s’accélèrent, je tourbillonne entre ses bras comme une poupée désarticulée. Une onde furtive me traverse le corps. Grésillement d’une petite flamme qui sillonne mes membres, mon ventre. Douces palpitations. Je me sens vivante. Je suis une autre danseuse, poupée pétillante et mutine qui remue ses hanches, rythmes malicieux, va-et-vient lascifs, mon sexe contre son sexe. Émotions. Mon esprit s’envole…

 

Flash ! Je t’attends, assise sur le sofa, enroulée dans un boa noir, une jupe courte et noire fendue jusqu’à mi-cuisse. De longs gants en dentelle noire recouvrent mes avant-bras, je ne bouge pas. Mon bustier turquoise couvre à peine mes seins. Cet après-midi-là, je t’ai donné rendez-vous. Je t’ai averti qu’une poupée muette et inerte serait ton cadeau. Je l’ai commandée exprès pour toi. Elle a la peau douce, souple et chaude comme celle d’une vraie femme. Sur la table du salon, j’ai déposé des fruits, des boissons et son mode d’emploi. Que feras-tu d’elle ? Étonné et surpris de ce cadeau, tu tournes autour de moi, ne sachant que faire de cette femme irréelle. Tu me parles doucement à l’oreille.

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