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Derrière la vitre

De
12 pages

Les délires sexuels et littéraires d'une érotomane.





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couverture
Florence Dugas

Derrière la vitre

12-21

— Justine. Pourquoi diable t’ont-ils nommée Justine ?

La question de mon prof de Lettres résonne encore en moi. J’ai rougi jusqu’aux tempes et n’ai pas répondu. Je ne sais pas pourquoi je m’appelle Justine – à moins que…

Pas d’explication avouable. Ce n’est pas faute de le leur avoir demandé : vingt fois ils ont esquissé un sourire, en se regardant, mon prof aussi souriait. Une fois même ma mère a éclaté de rire.

Je la hais. Elle est beaucoup trop belle pour une mère.

Il fut un temps où j’en étais ravie. J’étais la petite fille dont la maman était si jolie. Et j’étais très jolie aussi. On disait que je lui ressemblais. Les mêmes cheveux noirs, la même peau de lait. Pour moi, elle était la reine qui avait si fort désiré Blanche-Neige. La reine morte. Déjà peut-être je désirais sa disparition. Je me rappelle que je l’imaginais morte, le soir, et que j’en pleurais dans mon lit, toute seule – c’était affreusement délicieux.

Fini. Depuis que j’ai eu mes premières règles, depuis que j’ai des boutons sur le front, que j’ai changé de coiffure pour les camoufler sous une frange, que ça n’a fait qu’empirer les choses, que ma mère m’a obligée à me coiffer en arrière, à nouveau… Je ne suis plus que la caricature de ma mère. Les mêmes seins très hauts, les mêmes fesses cambrées, la taille fine, attaches délicates – et des boutons.

Ils luisent sur mon front comme des constellations – un matin il y en avait sept, sept d’un coup, disposés juste comme la Grande Ourse.

 

Parfois, je les entends, tard le soir. Elle gémit fort. Elle crie. Ses cris au milieu de la nuit entrent dans mes rêves, et me réveillent. Je vais à la porte de leur chambre, je colle mon oreille contre le bois épais. Et sa voix, à lui :

« Mets-toi à genoux… Plus fort… Écarte-toi davantage… »

Je sais bien que c’est à moi que ses ordres sont adressés – qu’il sait bien que je suis derrière la porte. Je suis appuyée au chambranle, immobile, silencieuse, et c’est moi qui suis à genoux, moi qui l’avale comme une idole d’or, moi qui ouvre mon ventre ou mes fesses, moi qui lui dis les mots sans suite, les mots obscènes de ma mère…

 

Chez moi, il y a des livres partout, rangés par genres. Dictionnaires et encyclopédies dans le bureau de mon père – il est « lexicographe », c’est ce que j’écris depuis toujours, sans faute, sur mes petites fiches de rentrée, et ça étonne toujours les copines. Les romans policiers sur des étagères, dans la chambre d’amis. Dans le couloir, le tout-venant des lectures de hasard de ma mère. Au salon, quelques éditions rares, à ce qu’ils disent, la planche plie sous le poids des Jules Verne dorés sur tranche – j’aime l’alignement des belles couvertures rouges. Les livres de cuisine dans la cuisine, les BD dans les toilettes. J’ai annexé la poésie dans ma chambre. Et dans celle de mes parents, une très belle bibliothèque – « ma belle bibliothèque anglaise », dit mon père – vitrée, toujours fermée. Moi qui ai le droit de butiner des livres partout dans la maison, la bibliothèque anglaise m’est interdite. J’ai eu beau chercher, je ne sais pas où il range la clé.

Je ne sais pas grand-chose des titres qui y sont rangés, mais ce serait bien triste, à 14 ans, d’être encore idiote à ne pas comprendre ce qu’il peut y avoir dedans. Plaisirs de femmes, Cérémonies de femmes, Passions de femmes, Dictionnaire des fantasmes et des perversions – et encore L’Enfant du bordel, Contes immoraux, Contes licencieux, et tant d’autres : ils ont regroupé là tout ce qui touche au sexe – entre le sexe et moi, cette éternelle vitre, et une serrure.

Assise sur leur lit, je déchiffre les titres. Vingt fois j’ai imaginé ces pages interdites, juste à portée de cils. Juste derrière la vitre. Je connais l’ordre de rangement des livres par cœur : régulièrement, un volume nouveau s’ajoute, s’intercale en fonction d’un classement qui a sans doute un sens que j’ignore – à part les évidences : sur le rayon du haut, tout ce qui est antérieur au XXe siècle, et en bas, les livres les plus lourds, les encyclopédies et les lexiques : Dictionnaire érotique, Anthologie (quatre gros volumes reliés en daim pourpre), Les Livres de l’Enfer – j’adore l’idée qu’il y ait des livres en enfer, des livres assez sulfureux pour ne pas brûler au milieu des flammes éternelles.

J’ai cherché dans les dictionnaires de mon père les noms des auteurs comme j’avais cherché, deux ou trois ans avant, certains mots qui me déconcertaient. Je suis bien certainement la seule de ma classe à savoir qui est l’abbé Du Prat, Sadinet, Mac Orlan ou Boyer d’Argens. La seule à en savoir autant sur Sade, Mirabeau ou Musset. L’année dernière la prof de français nous faisait étudier la Ballade à la lune, et incidemment nous a demandé qui connaissait une œuvre de Musset.

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