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Emprise obscure

De
162 pages

Pour écrire le dernier chapitre de sa thèse sur l’évolution du sexe à travers les âges, Margaux, jeune femme de 27 ans, décide d’expérimenter elle-même les relations sexuelles extrêmes. Angéla, directrice d’une agence d’escort, lui propose un rendez-vous avec un homme mystérieux qui attend les prostituées dans une chambre d’hôtel plongée dans le noir. Particulièrement exigeant quant au choix de ses partenaires sexuelles, l’homme décide de « revoir » Margaux. Leurs entretiens dans l’obscurité se changent peu à peu en une relation tumultueuse mêlant sexe et amour.


Leur attirance réciproque est presque magnétique. Mais les obstacles dans leur relation seront nombreux et Margaux devra s’adapter plus qu’elle ne le pense à son nouvel amant. Sera-t-elle prête à tout pour lui ?

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Résumé

Pour écrire le dernier chapitre de sa thèse sur l’évolution du sexe à travers les âges, Margaux, jeune femme de 27 ans, décide d’expérimenter elle-même les relations sexuelles extrêmes. Angéla, directrice d’une agence d’escort, lui propose un rendez-vous avec un homme mystérieux qui attend les prostituées dans une chambre d’hôtel plongée dans le noir. Particulièrement exigeant quant au choix de ses partenaires sexuelles, l’homme décide de « revoir » Margaux. Leurs entretiens dans l’obscurité se changent peu à peu en une relation tumultueuse mêlant sexe et amour.
Leur attirance réciproque est presque magnétique. Mais les obstacles dans leur relation seront nombreux et Margaux devra s’adapter plus qu’elle ne le pense à son nouvel amant. Sera-t-elle prête à tout pour lui ?

C.M. Buccheim

 

EMPRISE OBSCURE

ROMAN ÉROTIQUE


ISBN : 978-2-89717-934-2

editionsNL.info

1.

Une brise glaciale traverse la ville, s’immisce sous les couches de vêtements des passants frigorifiés. Une femme aux longs cheveux châtains ébouriffés apparaît au hasard d’une rue. Sa beauté est froide. Son allure dénote la banale tristesse qui l’emplit, l’ennui qui la traverse. Quand elle sourit, pourtant, son visage s’illumine, ses yeux bruns tirant sur le vert brillent d’une malice abandonnée. Seulement, cela fait longtemps que personne ne l’a vue sourire.

Ses longues jambes pâles à peine recouvertes jusqu’à ses cuisses d’un trench-coat beige, elle entre dans un hôtel anonyme et s’annonce à la réception.

— J’ai une réservation sous le nom de Smith. James Smith.

Le réceptionniste la regarde d’un air entendu et lui annonce que sa chambre se trouve au dernier étage. Il lui tend une clef.

— Avez-vous des bagages ?

Elle ne peut s’empêcher un sourire narquois. Elle souhaite qu’il fasse comme s’il n’avait pas compris qu’elle n’était pas une cliente « normale » de l’hôtel. Mais franchement, une telle hypocrisie est assez agaçante.

— Je n’ai pas de bagages.

— Je vois.

Ses doigts manucurés attrapent la clef qu’il a laissée sur le desk. Ses yeux lourdement maquillés risquent un dernier regard sur lui. Elle traverse à grandes enjambées le hall de marbre et s’arrête devant les ascenseurs.

Bientôt, c’est bientôt la fin, chuchote-t-elle comme pour elle-même.

Alors que la porte d’entrée laisse transparaître une lueur de soleil de ce jour de février, elle ne peut s’empêcher de penser qu’il est encore temps de faire machine arrière, car, au fond, elle ne comprend pas comment elle a fait pour se retrouver dans une pareille situation. Elle doit avoir un sacré problème.

Ses doigts triturent la clef de la chambre d’un mouvement d’hésitation. La freinant dans ses réflexions, les portes de l’ascenseur s’ouvrent en grand devant elle. Un homme aux cheveux roux en sort, revêtu d’un grand imperméable. Ils manquent de peu de se percuter. Elle se place plus à droite et prononce doucement :

— Pardon, je…

L’ascenseur est recouvert d’une moquette rouge qui n’a pas dû être changée depuis des années. Un miroir face à elle la contraint de se confronter à son visage. Elle baisse les yeux et appuie sur le bouton indiquant le dernier étage en prenant une grande inspiration. Les numéros défilent sur le tableau. Machinalement, elle attrape la ceinture de son trench et la resserre pour se sentir plus protégée ainsi enfermée. Un soupir inconscient se détache de ses lèvres peintes en rouge vif. Elle ébouriffe sa crinière et s’observe dans le miroir. Pour donner à ce rendez-vous un caractère plus routinier, elle cherche à le dédramatiser, à agir comme s’il s’agissait de n’importe quel rencard. Elle grimace afin de s’assurer qu’elle n’a pas un morceau de nourriture coincé entre les dents.

Elle hausse les épaules.

Comment pourrait-il le remarquer, de toute façon ?

L’ascenseur s’arrête au 6e étage. Ses pas la conduisent rapidement hors de l’ascenseur, dans le couloir recouvert aussi d’une moquette rouge défraîchie. Quand elle ouvre la porte de la chambre 69 qui se trouve au fond du couloir, elle ne peut s’empêcher de s’interroger s’il l’a fait exprès ou s’il s’agit d’une coïncidence troublante. Mais la vie est parfois facétieuse. Une fois la porte ouverte, elle remarque que la pièce est plongée dans la pénombre.

Ce n’est pas une surprise. Aussi, elle entre du pas le plus décidé dont elle est capable en direction de la salle de bains.

Une fois enfermée dans la pièce, elle allume, si violente qu’elle la contraint à cligner plusieurs fois ses paupières charbonneuses. La salle de bains est entièrement recouverte de marbre blanc. Immaculée et impersonnelle. Tant mieux, elle n’est pas venue pour faire dans le sentimentalisme. Elle pianote sur son téléphone à la recherche des instructions qui lui avaient été transmises par message.

Entrez. Ne faites pas de bruit. Allez dans la salle de bains. Déshabillez-vous et rejoignez-le dans la chambre.

Cette perspective ne lui plaît guère. Dans le cadre de ses recherches, bon nombre de filles « du milieu » l’avaient prévenue qu’il fallait à tout prix éviter ce type de marchandage. Pour vouloir la retrouver dans des circonstances si étranges, il est évident que cet homme est un allumé, un pervers.

Une vague de panique s’empare d’elle, à se savoir dans cette pièce, à la merci d’un homme qui doit forcément être détraqué. Son malaise est d’autant plus flagrant qu’elle s’est fourrée de son plein gré, dans ce pétrin. Personne ne l’a forcée. Aucun mac pervers à signaler dans son horizon. Des petits problèmes d’argent, certes, mais surtout l’envie de comprendre, l’envie de savoir. Au nom de quoi ? Elle se le demande maintenant. Pourtant, encore ce matin au réveil, ses raisons paraissaient légitimes, compréhensibles quoiqu’un peu extrêmes.

Mais il est trop tard pour reculer. Elle a voulu jouer à celle qu’elle n’est pas, s’encanailler de manière particulièrement malsaine. Elle doit en assumer les conséquences.

Elle pose d’une main tremblante son sac sur le marbre à côté de l’évier. La grande glace face à elle la renvoie à son image. La honte se lit sur ses traits.

Une larme coule le long de sa joue droite. Elle l’essuie du revers de la main et plonge dans son propre regard.

Tu es forte, tu vas y arriver.Tu n’es pas la première, tu ne seras pas la dernière à le faire.

Ne dit-on pas que c’est le plus vieux métier du monde ? Elle se prend à se répéter plusieurs fois cette phrase dans sa tête, comme un mantra. Maintenant, redresse-toi et vas-y.

Elle ôte ses talons hauts, ses collants couleur chair et son trench-coat qui tombent sur le sol. Selon les instructions qu’on lui a données, elle se retrouve en sous-vêtements, dépareillés et bon marché.

Ce ne sont pas ceux d’une p***.

Comment pourrait-elle faire ce métier si elle n’arrive même pas à en prononcer le mot ?

Elle se rappelle vaguement avoir pris un calepin pour noter ses impressions de l’instant, pensant que cela pourrait lui être utile. Quand ses démarches avaient commencé, son regard sur le métier était bien plus distant. Stupidement, elle avait pensé que cela ne devait pas être si terrible, étant donné que tant de femmes le faisaient. À présent qu’elle est seule et à moitié nue, totalement vulnérable dans une chambre d’hôtel anonyme, toutes ses certitudes lui paraissent lointaines. Elle se prétend chercheuse. Elle n’est qu’un vulgaire rat de laboratoire.

La porte de la salle de bains est toujours close. Elle ignore qui se trouve de l’autre côté. Angéla, « l’agente » qui les avait mis en contact ne lui avait rien dit à propos du type qui attendait dans la chambre. Toutefois, d’après ce qu’elle avait compris, c’était un client régulier et exigeant. Jamais deux fois la même fille et toujours dans les mêmes circonstances : le noir absolu.

Ce qui lui paraît épouvantablement pervers maintenant qu’elle doit se jeter dans cette marée de noir l’avait de prime abord arrangé : si personne ne la voyait faire le tapin, peut-être que ses actes seraient moins sales, avait-elle pensé.

Ses yeux glissent sur son corps pour s’arrêter à sa culotte de coton blanche. C’est bien simple, elle se trouve répugnante. Sale aussi. Comment un homme pourrait-il avoir envie d’une fille qui vient de pleurer ?

Mais il faut qu’elle sorte si elle veut en finir. Ce qui importe le plus, c’est que tout cela se passe vite. Ensuite, elle pourra prendre son fric, tourner la page et oublier toute cette histoire. Ses jambes flageolantes la contraignent à sortir de la salle de bains et d’aller faire le boulot. Plus tôt elle y va, plus tôt elle sera partie. Elle ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour celles qui font cela tous les jours. Comment font-elles pour prêter leur corps à des inconnus répugnants ? Il faut une sacrée capacité d’abnégation.

Il faudra qu’elle pense à le noter dans sa thèse : l’abnégation.

Elle éteint la lumière de la pièce et ouvre la porte. Le couloir est entièrement plongé dans l’obscurité. Le client a dû fermer les rideaux, car il est midi et demi. Elle avance avec hésitation en direction de la chambre. Elle souffle un grand coup, histoire de se donner du courage.

Debout dans la pièce, ses yeux tentent de percer l’obscurité et observent, à la recherche d’une silhouette, d’une présence. Elle n’en voit pas.

Son cœur commence à tambouriner contre sa poitrine. Une angoisse violente s’empare d’elle. Elle aimerait tellement partir, foutre le camp et ne jamais revenir. Elle recule de deux pas pour s’approcher de la porte. Son esprit lui crie de dégager et elle a bien l’intention de l’écouter. Un nouveau pas en arrière, et elle heurte quelque chose.

Il est là. Derrière elle.

Elle sent son corps contre son dos. Il doit être torse nu, car elle perçoit le contact de sa peau. Alors qu’elle esquisse le mouvement de se retourner pour lui faire face, il la retient doucement par les poignets. Elle se demande ce qu’il a l’intention de lui faire. Sans prononcer une parole, il approche son visage de son cou et embrasse délicatement sa nuque. Elle sursaute, surprise par une entrée en matière aussi douce. En fait, c’est presque plus effrayant. Quand elle en avait discuté avec « les filles », elles lui avaient raconté qu’en général, à peine la fille est entrée dans la pièce que l’homme tente déjà de la pénétrer violemment. Sans le moindre préliminaire, car après tout, elle est là pour donner du plaisir, pas pour en recevoir.

Les lèvres expertes de l’ombre embrassent sa nuque tandis que sa main gauche remonte le long de son ventre et caresse doucement sa poitrine au travers du tissu de son soutien-gorge. Son autre main attrape son poignet qu’il parcourt en le frôlant de ses doigts.

Elle a terriblement honte, car elle se sent affreusement excitée. Elle doit avoir un sacré problème.

Penser à aller consulter un psy.

Sans qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit pour se retenir, ses paupières se ferment machinalement et elle commence à ronronner et se tortiller sous l’effet des caresses. Son dos s’appuie contre le torse de l’homme, comme si elle cherchait à s’y arrimer, à s’y emboîter. Il ne bronche pas, mais elle ressent immédiatement son érection pointer contre son dos. Cela va donc être pour bientôt, pense-t-elle en se préparant déjà à l’instant fatidique. Ses yeux toujours fermés, elle tente de se l’imaginer. Il doit être grand, plutôt fin et musclé d’après le peu qu’elle a pu ressentir.

Mais il faut arrêter ce petit jeu, elle n’est pas ici pour fantasmer. Elle ouvre les yeux.

La main de l’ombre cesse de caresser son bras et plonge brutalement dans sa culotte. Elle pousse un petit cri de surprise. Il s’arrête net, comme s’il voulait éviter de l’effrayer. Rassurée de voir qu’il n’a pas l’intention de faire n’importe quoi sans avoir obtenu son accord tacite, elle se détend et se frotte à nouveau à lui, pour l’encourager à recommencer. Autant en finir… Ses doigts glissent à nouveau délicatement en elle, cherchent son clitoris et le frottent de plus en plus vite, avec dextérité. Une vague de chaleur emplit son corps et elle vibre de plaisir entre ses doigts, si soudainement qu’elle n’en revient pas elle-même. De manière générale, c’est un peu plus laborieux. La violence de sa jouissance la cloue sur place, l’effraie même. Pantelante, sa lucidité semble avoir déserté son corps, sa main hasardeuse commence à chercher le sexe de l’inconnu. Elle se rend bien compte qu’il ne s’agissait que d’une mise en jambes et que les choses sérieuses vont commencer.

Il la retient d’une main ferme et s’écarte jusqu’à ce qu’elle ne ressente plus le moindre contact avec sa peau.

Pendant quelques secondes, elle le cherche dans le noir intense de la chambre, mais n’aperçoit rien, les épais rideaux de velours foncé empêchant toute lumière de pénétrer à l’intérieur. Quand elle comprend enfin ce qui vient de se passer, il est parti. Aussi discrètement qu’il est arrivé.

Il lui semble entendre la porte claquer, mais elle n’en est pas sûre. Peut-être n’est-ce que le fruit de son imagination.

Faisant fi des instructions reçues, elle se précipite vers l’interrupteur le plus proche et allume en grand les lumières. Le lit n’est pas défait. Rien dans la pièce ne permet de deviner qu’elle était ici avec un homme il y a encore une seconde. Elle regarde autour d’elle, s’attendant à le retrouver soudain planté derrière elle, une hache à la main. Rien. Elle décide alors de retourner dans la salle de bains, enfile à la hâte son trench, chausse ses talons et attrape son sac. À plusieurs reprises, elle scrute la pièce avec angoisse, ne cessant ses coups d’œil circulaires, à l’affût du moindre mouvement suspect. Sa main se pose sur la poignée argentée et la porte s’ouvre en grand, laissant apparaître la lumière tamisée de ce jour brumeux de février. Arrivée dans le couloir, elle a envie de courir. Une angoisse terrible s’empare de sa poitrine. Elle se rue sur l’ascenseur et regarde les numéros indiquant la descente, en apnée.

Elle tente de se donner une contenance lorsque ses pas la conduisent dans le hall d’entrée de l’hôtel. Sa démarche est droite et rapide, ses chaussures vernies à talons hauts claquent le sol avec violence. Une voix résonne soudain derrière elle :

— Mademoiselle ?

Elle ne se retourne pas. Qui pourrait l’appeler maintenant ? Après… ça. Surtout, ne laisser aucun signe de sa présence. Simplement foutre le camp.

— Mademoiselle Rivier ! Mademoiselle Margaux Rivier !

Ses pas s’arrêtent et Margaux se retourne vers la personne qui l’a interpelée. Ses yeux sont écarquillés. Comment connaît-on son identité ?

— C’est moi, se contente-t-elle de prononcer en se retournant et en observant son interlocuteur avec perplexité.

Il s’agit du réceptionniste qu’elle a rencontré tout à l’heure. Il replace son nœud de cravate trop serré sur son cou malingre et ajoute :

— Un jeune homme a laissé cela pour vous tout à l’heure.

Ils sont debout dans le hall, Margaux a l’impression que tout le monde les regarde. Une petite fille avec des couettes la contemple d’un air fasciné, peut-être par sa tenue de call-girl sexy. Elle attrape d’une main mal assurée le papier plié en quatre qu’on lui tend. Tout son corps tremble, ce qui la force à planquer ses mains dans les poches de son trench pour tenter de dissimuler son trouble.

— Merci, souffle-t-elle avant de tourner les talons.

Dans la rue, elle court comme si elle avait le diable aux trousses. Son seul désir est de fuir le plus vite et le plus loin possible. Elle se sent si bizarre, perturbée et fébrile qu’elle ne ressent pas l’intense froid de ce mois de février qui attaque la chair nue de ses jambes. Elle monte dans un bus et s’enfonce dans un des sièges libres. Encore ici, elle remarque le visage des voyageurs sur elle. Ils la jugent. Bien que cela soit insensé, elle est persuadée qu’ils sentent l’odeur du sexe et de la luxure sur sa peau.

Après avoir vérifié pour la énième fois que personne ne s’intéresse plus à elle, elle sort de la poche de son manteau le papier plié en quatre.

 

Un halo.

 

Elle regarde autour d’elle, horrifiée. En fait, c’est plus le fait qu’il lui fasse passer un message que le texte en lui-même qui la terrifie. « Halo », qu’a-t-il bien voulu dire ? Il est fan de Beyoncé ? Pourquoi lui parle-t-il de lumière alors que leur rencontre, si on peut appeler cela comme ça, s’est déroulée dans l’obscurité ?

Elle hasarde un regard autour d’elle, comme si toutes les personnes présentes étaient potentiellement lui.

Fermer les yeux, se recentrer sur elle-même. Oublier, surtout. Le souvenir de sa peau sur la sienne remonte à son esprit, elle frissonne pour enfin ouvrir en grand les yeux afin de s’empêcher de laisser son esprit vagabonder à ces perversions.

Arrête d’y penser et oublie tout ça.

Arrivée à son arrêt, elle se lève brusquement, risquant de peu de renverser une dame âgée qui entre. Elle fonce vers une poubelle pour y jeter le mot chiffonné. Rompre le contact.

Quand elle entre dans son studio, son chat Mortimer vient à elle, ignorant tout de la confusion qui la remplit. Il se frotte à ses jambes de manière affectueuse, mais Margaux n’est pas dans son état de normal et ne parvient pas à retrouver le souffle de sa respiration. Lessivée, elle s’affaisse dans son canapé, balance ses chaussures d’un coup de pied vigoureux et tente de reprendre le fil de ses pensées. Malgré tous ses efforts pour penser à autre chose, elle n’y arrive pas. Le souvenir de cet instant la fait encore chavirer, ce qui l’épouvante. Il n’est pas normal qu’elle continue à fantasmer sur cette rencontre. Son esprit tourne en boucle sur cet instant si intense. Elle se demande pourquoi il a fui alors qu’elle ne l’a même pas touché. Peut-être a-t-elle fait quelque chose qu’il ne fallait pas.

Elle tente de se rassurer. Après tout, c’est mieux ainsi. L’avortement de ce moment était ce qui pouvait lui arriver de mieux. Maintenant, il ne s’agit que de reprendre le cours ordinaire de sa vie et d’oublier ses tentatives malsaines de découvertes des excès. Elle a toujours pensé que ce n’était pas son genre, de toute façon.

Margaux est interrompue dans ses pensées par la sonnerie de son téléphone portable. Elle se lève et le saisit. Le numéro d’Angéla apparaît. Elle décroche avec angoisse.

— Margaux ? C’est Angéla de l’agence Famous.

Elle ne répond pas, attendant la raison de cet appel. Ce qui la rend nerveuse, c’est de savoir qu’Angéla est son seul lien avec ce client si étrange, dont elle n’arrive pas à arrêter de penser, ne serait-ce qu’une seconde.

— Tu m’écoutes ? souffle cette dernière d’une voix rauque.

— Oui, oui.

— Écoute, je viens de parler avec une assistante de notre client, tu sais, celui que tu viens de voir…

Comme s’il pouvait y en avoir d’autres.

— Je ne sais pas ce que tu lui as fait tout à l’heure… ajoute Angéla.

Margaux prépare un texte dans sa tête pour répondre aux interrogations d’Angéla. Certainement n’est-il pas satisfait en raison de son inexpérience du métier…

— … En tout cas, il a adoré !

— Pardon ?

— Il s’est déclaré très satisfait de la prestation que tu lui as accordée et a demandé un nouveau rendez-vous la semaine prochaine.

Margaux ne sait pas réellement ce qu’il y a lieu de répondre à un tel compliment, si tant est que cela en soit un. Mais c’est surtout le fait qu’un tel message se fasse par personne interposée qui la pétrifie.

— C’est… euh… merci.

— Remercie-toi. J’ai le plaisir de te dire que tu fais partie de mon écurie, je veux dire, après ce baptême du feu. Je t’avoue que je doutais que cela marche avec lui. Comme je te l’avais dit et comme tu l’as testé, il a des goûts… particuliers.

Et à elle d’ajouter :

— D’ailleurs, je me suis dit que si tu arrives à le satisfaire, tu feras certainement le plaisir de plusieurs autres de mes clients exigeants. Alors, je te propose de les contacter et de leur dire que tu es ma nouvelle promotion !

— Écoute, comme je te l’avais dit, ce n’était qu’une seule fois. Je veux m’arrêter là.

— Je me disais que certaines filles y prenaient goût. Et ça peut te rapporter beaucoup d’argent. Tu es la première qui arrive à fidéliser mon monsieur du noir, comme je l’appelle.

Angéla rigole. On dirait qu’elle parle de n’importe quel service.

— Je dois te laisser, la coupe Margaux. Merci de m’avoir permis de vivre cette… opportunité.

— Tout le plaisir était pour moi. Et tu as mon numéro. Je ne veux pas te forcer, mais je pense que toi et moi, on pourrait faire une belle équipe. Je veux dire, on pourrait se faire plein de fric ! Cela serait dommage de t’arrêter après un coup d’essai réussi.

Au moins, Angéla appelle un chat un chat.

— Je te recontacterai le cas échéant. Au rev…

— Et de mon client de tout à l’heure, j’en fais quoi ? Je lui dis que tu l’envoies bouler ?

Un silence. Bien sûr qu’il faut qu’elle refuse et qu’elle raccroche. Tout de suite.

— Tu peux prendre un rendez-vous. Mais ça sera le dernier !

Angéla glousse et réplique :

— Parfait, ma belle. À très vite. En principe, ça sera par texto lundi prochain. Même heure, mais pas même endroit. OK ?

— OK.

— Super, à lundi !

Elle dit cela sur un ton enjoué comme si fixer un rendez-vous pour l’une des prostitués qu’elle emploie était une partie de plaisir. Mais après tout, l’industrie du sexe est devenue un secteur d’activité comme un autre.

Margaux observe son téléphone comme si ce dernier pouvait donner une réponse à ses interrogations. Elle n’en revient pas d’avoir accepté un second rendez-vous. Est-elle en train de devenir dingue ? Cependant, ça sera le dernier. Elle lui expliquera qu’elle se retire du « marché ». Mortimer saute sur ses genoux et elle caresse doucement le poil soyeux de son chartreux. Après qu’il se soit paisiblement endormi, elle le pose délicatement à côté d’elle sur le canapé, se lève, ouvre son ordinateur portable et commence à écrire sur le clavier.

ISBN numérique 978-2-89717-934-2
ISBN papier 978-2-89717-935-9


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