Enjeux d'amour

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Un couple raconte, chacun avec sa voix, sa découverte et son itinéraire dans l'univers sadomasochiste.
Yo et Gaël, couple uni et amoureux, découvrent ensemble les chemins tortueux du sadomasochisme. Sous la conduite de Gaël, assisté de Maître Patrick, Yo s'immerge dans cette pratique, acceptant toujours plus de ses maîtres.


Mélange de désirs et de reniement de soi, Yo va exprimer peu à peu ses pulsions les plus enfouies tandis que Gaël découvre la puissance de son désir pour la femme qui accepte librement le don de sa personne par amour de l'autre.


Dans ce récit à deux voix, chacun exprime ce qu'il a ressenti, vécu, avec ses craintes, ses fantasmes, ses émotions. On perçoit avec netteté la différence du désir, cette différence du verbe entre un homme et une femme lorsqu'ils parlent de leur sexualité.



Publié le : jeudi 27 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782846284929
Nombre de pages : 107
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SOMMAIRE

sa main de fer et

ses gants de velours…

 

 

 

Qui vit sans folie

n’est pas si sage qu’il croit.

 

La Rochefoucauld

 

INTRODUCTION (S)


Gaël

Tout a commencé par un bel après-midi de printemps. Nous nous connaissions depuis plusieurs années, mais sans jamais accéder à un statut d’intimité. Nous étions tous deux étendus dans l’herbe, couchés sur le ventre, sirotant une tasse de thé. Je me souviendrai toujours de cette phrase magique, prononcée par Yo : « Oui, c’est curieux, depuis le temps que nous nous connaissons, oui, c’est vraiment curieux, nous n’avons jamais fait l’amour… »

J’avais pour Yo de la tendresse, de la complicité, mais nous avions l’un et l’autre bridé notre sexualité. En quelques secondes, mon « espace du possible » s’est ouvert.

J’ai senti mon sexe s’alourdir. Nous nous sommes regardés, mes yeux se sont mis à briller, mon « cinéma intérieur » s’est allumé et je me suis entendu répondre : « et si nous jouions, un jeu où nous pourrions mettre en scène nos fantasmes, un jeu où chacun ànotre tour, nous pourrions demander, ordonner, imposer, mettre en scène pour l’autre ».

Nous avons beaucoup inventé, organisant des découvertes sexuelles à deux, à trois, à cinq ; puis, peu à peu, notre complicité s’est renforcée. Sans vraiment le décider, nous avons constaté que Yo se mettait plus souvent en position de soumise, moi plus souvent dans le rôle d’organisateur, comme si chacun, après une période de rodage, trouvait ses marques, se spécialisait, voulait repousser ses limites.

Voilà huit ans que nous jouons ainsi. C’est un voyage initiatique que nous voulons narrer dans ce livre. À l’époque où tous les continents ont été explorés, il ne reste plus qu’un pays à visiter, c’est celui de nos fantasmes sexuels ; en repousser les limites, les mettre en scène, oser les partager, n’est-ce pas là une belle aventure ? Parfois, on me pose la question : « Jouer des fantasmes les fait-il disparaître ? » Ce n’est pas mon expérience : plus je joue, plus j’ose, et plus mon imaginaire s’embrase et me suggère de nouveaux scénarios… La sexualité est un feu que nous pouvons constamment alimenter !

Alors, bienvenue dans nos jeux. C’est notre journal de bord, écrit à quatre mains, que nous voulons partager ; nous avons choisi deux typographies différentes pour le retranscrire. Parfois nos chapitres concernent la même scène, décrite avec nos sensibilités différentes ; parfois un seul a écrit. Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet !

Yo est une grande et jolie brune, au sourire pétillant ; j’aime ses seins, fermes et confortables. Vous ne verrez probablement pas ses yeux, car elle porte, quand nous jouons, un masque de cuir rouge qui l’aide, en la privant du regard, à lâcher prise. Moi, je suis de style nordique, grand blond aux yeux bleus. Et si vous avez la chance de voir les yeux de Yo, c’est que nous sommes dans un lieu public, que je lui ai donné un gage, par exemple, d’aller vous séduire, ou de tapiner ; alors vous serez peut-être de la fête avec nous. C’est dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, que vous avez une chance de nous rencontrer.

PREMIERS PAS


Yo

Quel grand jour, celui où tu es passé chez moi, l’œil brillant, sous un prétexte quelconque… Nous parlions tranquillement, quand soudain, changeant brusquement de sujet, tu m’annonces : « Te souviens-tu de notre discussion dans le jardin, l’autre semaine ? Moi, j’y ai beaucoup songé, et j’ai une proposition malhonnête à te faire ! » Je rougis, perds contenance (j’étais encore bien sage à l’époque), et je finis par répondre : « Pourquoi pas ? Dis-moi ! »

Tu me parles alors de fantasmes, de jeux, de découvertes ; je vois dans tes yeux ce mélange de tendresse et d’excitation que je connais bien maintenant, et cela me suffit pour partir en croisière.

« À vendredi 20 heures à Paris ! » conclus-tu ; et nous nous quittons comme cela…

Quatre jours à attendre… C’est long et c’est court en même temps ! Pendant mon travail, ma pensée s’échappe souvent : qu’a-t-il prévu ? Et si je n’étais pas à la hauteur ? Et s’il m’emmenait dans un trip sordide ? Je suis rassurée d’y aller avec ma voiture, ce qui me donne une porte de sortie.

Le vendredi, je ne mets pas longtemps à quitter mon bureau, et je saute dans ma voiture ; le trajet me semble interminable, et je ne veux surtout pas être en retard ; j’ai l’impression d’aller passer un examen, sans connaître le sujet ! Nous avons rendez-vous dans un lieu que je ne connais pas, en plein Paris, ce doit être l’appartement d’un de tes amis, je crois.

Je sonne… Ma main tremble un peu. Tu m’ouvres, attentif et souriant, et ma peur se dissipe légèrement ; je me sens un peu gauche, ne sachant que te dire… Tu romps le silence en me proposant un bain ; quand j’en sors, quelque temps après, tu m’attends avec un verre à la main, et me le tends en disant : « Viens t’asseoir, j’ai des choses à te dire ! » La peur revient, et je te regarde en attendant la suite. « Dans un petit moment, quelqu’un va venir, nous serons trois ce soir. » Je te fixe, incrédule, j’ai du mal à comprendre les mots, j’ai l’impression que le ciel me tombe sur la tête ! J’avais tant rêvé d’une soirée avec toi, d’une soirée un peu coquine sans doute, et voilà qu’un autre sera là ! Quel est ce troisième, que vient-il faire entre nous ? Je me débats dans un mal-être énorme, me demandant si je ne vais pas reprendre ma voiture… Tu ne dis plus rien, tu sembles parfaitement calme, alors que je traverse des tempêtes…

En quelques minutes, j’envisage vingt fois de partir, et je suis encore là, dans le canapé, quand la sonnette retentit ! Ce bruit strident résonne encore dans mes oreilles aujourd’hui ; ce jour-là, il me fait sursauter et constater que c’est trop tard pour m’enfuir !

Je n’ai pas le temps de réfléchir davantage, tu t’approches de moi, et tu me noues un foulard autour des yeux, en me disant : « À partir de maintenant, c’est moi qui commande ! » Phrase ô combien magique, qui après m’avoir surprise, me rassure… Ouf ! C’est lui qui mène, et surtout, je ne vais pas voir cet intrus, ni devoir lui tenir conversation !

Tu vas à la porte, je t’entends murmurer, tu reviens, avec quelqu’un donc, et moi j’attends ; un bruit de bouchon qui saute : du champagne, tu veux fêter avec nous cette soirée. Enfin j’entends la voix du troisième, et c’est la deuxième catastrophe : c’est une femme !

Je t’en veux, je t’en veux énormément, je suis en colère et terrorisée, mais bien trop fière pour te dire « Stop ! » J’avale une gorgée de champagne, pour tenter de me rassurer, et finis par dire : « Je suis morte de peur ! »

Elle me répond : « Moi aussi ! » et cela crée un début de complicité entre nous.

Bientôt, tu me prends la coupe des mains pour la déposer, et m’installes sur le tapis ; je suppose que tu en fais autant avec elle… Mais, au fait, me voit-elle ? Ou a-t-elle les yeux bandés comme moi ?

Ta voix chaude et ferme me fait sursauter : « Allez-y, rencontrez-vous ! » J’approche timidement la main, le contact de sa peau me paralyse ; elle est plus téméraire, et commence à me chercher - elle a donc les yeux bandés ! - à me caresser, à enlever mon chemisier, à me toucher les seins ; ta voix encore, qui encourage, qui ordonne aussi : « Oui, enlève son slip ! touche sa toison ! » Je commence moi aussi à la frôler, la griffer, la caresser. Mes gestes sont un peu mécaniques… je touche l’intimité d’une femme pour la première fois, et je suis incapable de décrire mes sensations… ou peut-être suis-je coupée de mes sensations ? J’ai surtout peur de lui faire mal, ou de paraître ridicule. Elle, elle me touche franchement, mais ce n’est pas très agréable… Ses gestes sont précis, rapides, je préférerais qu’elle tâtonne, qu’elle soit un peu timide ; j’ai l’impression à ce moment d’être l’objet de ses jeux, mais que j’aurais pu être aussi bien un homme ou un animal !

Une autre main s’approche ; le contact est différent, ce doit être la tienne ? Le mélange des peaux est surprenant d’abord, puis excitant… Comment aurais-je pu deviner que ce soir je serais palpée, ouverte par deux mains de sexes opposés ? Je sens mon corps qui peu à peu s’abandonne à ce concerto à deux mains, j’ai beaucoup moins envie de te tuer, toi qui oses m’emmener sur des chemins nouveaux, toi qui as repéré chez la petite provinciale que je suis les germes d’une sexualité joueuse, débordante…

Quelle étrange impression de sentir ton sexe qui me pénètre, fortement, puis se retire, et qui certainement la pénètre, d’après les bruits que j’entends ; et moi qui attends à nouveau ton sexe, qui me retiens de l’appeler, moi qui veux, qui exige une nouvelle pénétration… Longtemps, tu as joué avec nos deux corps, passant de l’un à l’autre, m’amenant presque jusqu’au plaisir, puis te retirant soudain, me laissant pantelante, en crise de manque…

Dans la voiture, en rentrant chez moi, je rêve à cette femme que je n’ai pas vue, j’aimerais la connaître, la voir seule, découvrir comment nos sexes se rencontrent ; j’ai un petit pincement en pensant à vous deux qui êtes restés dans l’appartement… Qu’allez-vous faire maintenant ? Je suis étonnée de me sentir jalouse, fragile. Heureusement, mon imaginaire se met en route…

Si tu savais le nombre de jeux que j’ai inventés ce jour-là dans la voiture !… Dans ma tête, je t’ai attaché, je t’ai griffé très, très lentement, en laissant une trace sur ta peau, je t’ai effleuré avec une plume de paon, je t’ai sucé à pleine bouche en t’interdisant de bouger, je t’ai regardé bander, je t’ai écouté me supplier, j’ai frotté ma toison sur ton sexe, en approchant ma fente très près ; je t’ai mordu les tétons, tiré les poils, léché toute la peau…

J’étais étonnée et heureuse de me découvrir tant de ressources ! Je ne sais pas si, dans mon rêve, j’ai fini par te laisser me pénétrer…

Ce que je ne savais pas non plus, c’est que je réaliserai une bonne partie de ces fantasmes, et que commençait ce jour-là une longue et belle histoire, histoire de jeux, histoire d’amour, enjeux d’amour…

LEVRETTE


Gaël

Il est trois heures du matin. Nous sommes allongés, pelotonnés l’un contre l’autre, comme deux enfants. Je viens de me réveiller, tiré de mon sommeil par la voisine du dessus qui rentre chez elle. Son plancher est sonore ; je l’entends marcher à grands pas. Une chaussure tombe, puis l’autre. Plus de bruit maintenant ; mon esprit divague et je la suppose se déshabiller, marcher nue dans son studio. J’écoute le bruit de sa douche ; mes rêveries deviennent érotiques… Tiens, je bande !

À mes côtés, toi, Yo. Tu dors profondément. J’aime ta respiration lente, un peu soufflante, à la limite du ronflement. Tu es sur le dos, les jambes entrouvertes, dans l’abandon que je connais bien après nos jeux.

« Moi, je bande. Toi, tu es une femme, nous devrions trouver une solution, non ? » Je ne suis pas pressé et me laisse aller à mes fantasmes. La voisine pourrait descendre et te surprendre, ainsi offerte à ses caresses ; elle pourrait venir me câliner jusqu’à te tirer de ton sommeil. Ou bien ?… Oui, j’ai trouvé…

Je me caresse doucement, pour ne pas te réveiller. Je vais attendre d’être bien gros, bien dur. Ma main va et vient, familière et câline. Je repense à nos jeux d’hier soir et visualise la longue balafre de mon fouet sur tes seins. Une balafre rose et violine, de celles que tu porteras fièrement pendant plusieurs jours. Je m’excite de plus en plus : surtout ne pas bouger, ne pas te réveiller, contenir mon sexe qui palpite, mon bassin qui veut danser.

Doucement, je m’écarte de toi et m’agenouille. Ta respiration change : je ne bouge plus, attendant que ta vigilance retombe. Une minute peut-être et te voilà rendormie. Mon sexe s’impatiente.

Je me penche et t’attrape brutalement aux hanches. Tu sursautes, pousses un « Oh ! » de surprise. Je te fais pivoter, attrape ton bassin, le tire pour te mettre à genoux. Tu ne comprends rien, gémis : « Mais, mais, mais ? » Il n’y a pas de « mais », ma petite, tu es ma femelle, et tu es dans mon lit pour te faire prendre.

Quand nous dormons ensemble, tu es toujours un peu mouillée, d’un jeu précédent, ou d’un jeu à venir auquel tu aspires, ou d’une grande déclaration que nous venons de partager avant de nous endormir.

Bref, tu es là, à genoux depuis un quart de seconde. Je te connais si bien : pas besoin de te caresser, inutile même d’avancer mes doigts, pour t’ouvrir ou situer l’entrée de ton vagin. Mon sexe est tendu à l’horizontale ; j’approche mon bassin et brutalement, sans tâtonner, sans déraper, sans hésiter, je t’embroche.

Tu pousses un « Mais ! »

Cela devient une habitude chez toi ! Il n’y a plus de point d’interrogation, plutôt un point d’exclamation, de surprise, presque d’indignation !

Tu es si loin dans tes rêves, si profondément endormie, que tu n’as pas encore réalisé ce qui t’arrive.

Je bouge mon bassin à toute vitesse, dans mon délire de : « Je te baise comme une chienne. » Soudain, ton corps se relâche : tu comprends enfin ce qui se passe, tu me reconnais, tu n’es plus dans un rêve dont tu ne comprends pas les péripéties. Tes reins se creusent, tu gémis, tu en veux encore.

« Oh oui, défonce-moi, je suis ta chienne, ta soumise, ton esclave, ta levrette… »

Moi je te laboure, te secoue, excité par l’aspect sauvage de notre copulation. Encore quelques mouvements ; je sens le sperme qui monte ; la dernière tension, forte et chaude, avant que tout ne s’écoule, ne se relâche, ne se répande en toi.

Je m’allonge sur ton dos, la sueur coule de mon visage, tu gémis un peu. Je te recouche tranquillement, te borde. Tu me susurres quelques mots gentils : « J’adore quand tu me… », mais sans même terminer ta phrase, car, belle compagne de mes nuits, tu es déjà rendormie…

Et moi, je reprends mes rêveries érotiques dans lesquelles tu mouilles car je te fouille…

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