Femmes amoureuses

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Après une pause dans la publication de textes érotiques de femmes, les Éditions Blanche relancent cette belle tradition autour du thème de la femme amoureuse et Dieu seul sait ce qu'est capable de faire une femme par amour...
Laissant libre cours à leur imaginaire, chacune de ces femmes a imaginé pour nous une histoire de femme amoureuse où elle dévoile le meilleur et le pire d'elle-même, entraînant le lecteur au paradis des lectures amoureuses.



Publié le : jeudi 30 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782846284882
Nombre de pages : 151
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SOMMAIRE

Et Enkidu se réjouit des charmes de son corps

Elle provoque en lui le désir

Et découvre sa vulve pour qu’il puisse jouir d’elle

Gilgamesh

Elle roule sur la départementale 261. Le paysage qui s’offre à ses yeux n’a pas changé. Les champs tout blonds sous le soleil, les vallons tendres que traverse la rivière.

Elle s’arrête. Aperçoit, blotti contre la forêt, le village de son enfance. Rien visiblement n’a bougé dans ce coin perdu au milieu de la France. Seules les moissonneuses-batteuses, monstres d’acier jaune qui pourfendent les blés, cassent le silence.

Elle essaie de reconnaître les hommes assis dans leur machine. Elle sourit. Elle n’est plus l’adolescente qu’elle était. Tout comme eux.

Elle reprend la route. S’arrête sur la place du village. Le temps s’immobilise. Elle retrouve l’église, le café, les maisons bordées de roses trémières, la croix au milieu avec son sarcophage romain, là où tous les jeunes se donnaient rendez-vous. Pour parler, pour flirter.

Sous le soleil de midi, la chaleur est accablante. La place est vide. Un chien vient au-devant d’elle, la renifle.

Elle pénètre dans le café-épicerie-tabac-journaux. Une femme d’un certain âge apparaît : c’est la Thérèse. Elle est toujours là. Son cœur se serre.

– Tu ne me reconnais pas, Thérèse ?

La vieille se penche vers elle. Puis un sourire découvre sa bouche édentée. Ses petits yeux fripés clignent. Elle quitte le comptoir, déplace lourdement sa masse de chair graisseuse, la prend dans ses bras.

– C’est ti-pas possible ! C’est bien toi… Que tu es devenue bien belle ! Tu restes quelques jours au moins ? Tu vas voir, le village n’a guère changé. Les vieux ont vieilli, comme moi. Les jeunes sont devenus des hommes. C’est comme ça la vie. Tu vas loger où ?

– J’ai loué une maison à Juliette. Pour le week-end.

– Je viens avec toi, je te conduis chez elle. On fera causette en chemin. Tudieu qu’il fait chaud ! Je suis moins vaillante qu’avant !

– Tu fais toujours le potager et les confitures ?

– Je peux plus. Mais c’est mon fils, Serge qui s’en occupe. Tu te rappelles ? Il va être content de te revoir tu sais. Il avait bien le béguin pour toi. Il est toujours le même. L’idiot du village comme on dit ici ! Mais il n’est pas méchant !

Elle se souvient de Serge. Il avait comme elle quatorze ans. C’était un beau et grand garçon brun aux yeux d’un vert magnifique, mais sa maladie mentale l’isolait. Il ne parlait pratiquement pas. Souriait niaisement. Déambulait en se balançant de gauche à droite. On lui avait donné comme surnom « L’homme des bois ». Il passait son temps à marcher dans les forêts puis disparaissait quelques jours, dormant à même la terre. Finissait toujours par revenir.

Son cœur tremble quand elle revoit, comme une fulgurance, le jour où Serge s’approcha d’elle, défit son pantalon pour exhiber un sexe énorme, dégoûtant, qu’il branlait. Elle s’était enfuie affolée, apeurée.

L’après-midi passe très vite. C’est le retour de l’enfant prodige. Après avoir fait le tour des habitants du village, elle peut enfin déposer ses affaires dans la petite maison, tout au bout du chemin, prendre une douche et se détendre. Elle s’endort.

Il fait presque nuit. Malgré la chaleur du jour, elle a froid. Le ciel est à l’orage. Elle décide de faire un feu. Par la fenêtre qui donne sur la grange, elle aperçoit une ombre. Elle sort. La silhouette d’un homme disparaît. Elle reconnaît dans le balancement, Serge.

Elle revoit le gros sexe tendu. Elle ne tremble plus de peur. Mais de désir. Une excitation animale, bestiale.

Elle sait qu’il n’est pas loin. Qu’il rôde dans les parages.

Le feu crépite dans la cheminée. Réchauffe son corps. Allongée dans le canapé, elle s’est emmitouflée dans un grand châle qui recouvre une djellaba en soie rose pâle. Elle est nue, dessous.

Un bien-être délicieux l’envahit peu à peu. Sa main glisse sous la soie. Atteint son sexe. Il est gonflé, mouillé.

Délibérément, elle retrousse la robe. Écarte les jambes. Face à la fenêtre. Se caresse. Elle sait qu’il est là, à l’épier. Juste derrière. Les yeux mi-clos, elle attend.

Pas longtemps. La porte s’ouvre violemment. Son imposante stature remplit le chambranle. Il est encore plus impressionnant que dans ses souvenirs. Son surnom d’« homme des bois » lui colle à la peau. Dans la pénombre, ses yeux si verts brillent comme ceux d’un loup. Il s’avance. Elle se redresse, lui sourit.

– Tu me reconnais ?

Il répond par des sons inaudibles. Sort de son pantalon usé, son sexe. Hypnotisée par l’énorme membre dressé comme un pieu, elle salive de désir. Reste un long moment, fascinée. Sa colonne vertébrale est parcourue d’un frisson brûlant. Puis elle tend la main pour s’emparer de la mentule. Elle remplit sa main. Ses doigts se referment sur la chair brûlante et douce, si douce. Ils n’arrivent pas à se rejoindre. Ils glissent sur la peau dans un long va et vient. Elle a envie de l’engloutir dans sa bouche. Dans sa vulve coulante de sève chaude.

Elle approche ses lèvres du gland monstrueux. Sort la langue. Lèche par à-coups. Il pousse des grognements. Elle ouvre grand la bouche, commence à l’introduire. Il remplit ses joues. Ses dents se frottent sur la chair vive. Elle suffoque, la bouche obstruée, mais continue de l’engloutir. Sa main s’est emparée du gros vit. Le branle.

Il est toujours debout. Si la chair n’était si chaude et vivante, elle pourrait penser que c’est à une statue de marbre qu’elle fait subir toutes ces douceurs possibles.

Comme s’il l’avait devinée, il se retire brusquement de sa bouche. Se penche sur elle. Ses doigts rugueux parcourent son corps. Se fixent sur ses seins qu’il pétrit sauvagement. Puis descendent vers sa motte. Il écarte sans douceur les cuisses. Ses yeux plongent sur sa béance. L’index écarte les lèvres. Court sur la chair vive. Elle gémit. Sa bouche s’empare d’un mamelon qu’il tète ardemment. Ses dents mordillent. Elle essaie de lui retirer la chemise. Envie de sa peau sur la sienne. Il comprend. Se met nu. Il est tout en muscles, fins, allongés. Son poitrail est velu. Son odeur âcre sent la terre. Ses mains s’emparent de l’homme. Elle frotte son visage dans les poils épicés.

Il descend vers l’entrejambe. Il hume, respire, renifle. Puis ses lèvres s’écrasent sur le sexe. Elle crie. Il pointe sa langue comme un dard. Lape comme un chien. Elle halète. Gémit. Tend son ventre. Soulève ses fesses. Elle le tient par les cheveux. Il glisse un doigt. Puis deux, puis trois dans le vagin. Il est trempé, gluant de sève incandescente. Il fouille tout en grognant. Se redresse. Prend son pénis et le guide dans la grotte. Il bute contre les lèvres. Écarte l’orifice et commence sa descente aux enfers.

Une bûche éclate sous le feu.

Ses parois sont à vif. Comprimées par le gland qui continue à s’enfoncer. Il se met à bouger. À chaque mouvement, elle a l’impression que ses chairs vont s’arracher. Elle se sent monstrueusement pleine. Elle écarte ses cuisses à l’extrême. Il s’est allongé de tout son poids. Il l’écrase à l’étouffer. Elle le repousse pour qu’il puisse s’appuyer sur ses mains. Ce qu’il fait. Il en profite pour mordre un sein. Ses reins se balancent à ses mouvements d’enfoncement de plus en plus nerveux. Il pousse un grand coup. Elle crie de douleur. Maintenant elle est liée, nouée à ce membre. Son sexe est en feu, chaque parcelle de chair est frottée, huilée. Il la besogne ardemment.

Un coup de tonnerre éclate dans le silence de la nuit. La pluie se met à tomber comme des hallebardes. Frappe les vitres. Heurte les tuiles du toit de la maison. S’engouffre dans la cheminée. L’odeur de la terre mouillée envahit la pièce. Les corps sont à l’unisson du déchaînement des éléments.

Il accélère la cadence. Elle s’abandonne à cette délicieuse violence. Tout son être vibre, tendu vers ce plaisir démesuré qui irradie son corps. Elle n’est qu’un animal en rut. Elle jouit brutalement, le ventre éventré. Crie. Se dilue. Pisse sur le pénis qui maintenant la laboure sauvagement. Au paroxysme de son orgasme, elle se cambre comme un arc. Des pulsations battent dans son vagin. Elle n’est plus qu’un pantin de chair fendue par la verge qui la défonce.

Ses hurlements dépassent l’entendement. Lui, il grogne, halète. Grommelle des mots incompréhensibles. Elle n’en finit pas de jouir. Ses forces l’abandonnent. Elle sombre dans l’inconscience.

Quand elle revient à elle, elle s’aperçoit qu’il n’est plus là. Le ventre délicieusement douloureux, elle glisse ses doigts dans la fente. Il n’a pas joui.

* * *

Elle se réveille alors que le soleil joue dans ses cheveux blonds. Elle a dormi comme une enfant. Elle s’étire. La brûlure qui sourd dans son ventre, lui rappelle sa nuit. Cette nuit folle où jamais son corps n’avait ressenti autant d’indicibles délices mélange de douceur et de violence. Elle tremble. A encore envie de cet homme, mi-homme des bois, mi-bête.

Elle n’a qu’une idée en tête. Le retrouver.

Elle s’est habillée d’une jupe gitane, couleur paille. Un caraco qui couvre ses seins nus. Des espadrilles assorties à la jupe.

Il fait déjà si chaud. Elle va au café. Serge n’est pas là. Elle traverse le village en direction du potager de Thérèse. Il n’est pas là non plus. Elle croise une vieille connaissance. Lui demande si elle a vu Serge.

– Non, mais il doit être dans sa cabane au fond de la forêt, par là-bas.

Elle se souvient que Serge avait construit une cabane. Elle pénètre dans la forêt. Les oiseaux chantent à tue-tête. L’odeur de la mousse, de la terre encore imbibée de l’orage comme des effluves pénètre ses narines. Elle se sent si bien. En harmonie avec cette nature tendre et sauvage.

Elle marche un long moment. Aperçoit la cabane. S’en approche doucement, essayant de ne pas faire craquer les brindilles sous ses pieds. Une légère fumée sort de la cheminée. Il doit être là. Le cœur battant, elle pousse la porte. Il fait si sombre à l’intérieur. Ses yeux s’habituent à l’obscurité. Un feu mourant fait scintiller les dernières braises. Un matelas posé à terre. Vide. Elle se penche. Le drap est encore chaud. Il a dû dormir ici.

Elle sort. Regarde autour d’elle. Se dirige vers la rivière. Il doit pêcher, sûrement.

Soudain, elle le voit, de l’autre côté du fleuve. À une centaine de mètres. Elle décide alors de se baigner. De le surprendre.

Nue, elle se laisse glisser. Elle nage, essayant de ne pas froisser l’eau. La fraîcheur apaise son corps brûlant. La rivière est large. Elle la longe, s’approchant dangereusement du bouchon de la canne à pêche.

Quand il la voit, nue si nue dans l’eau pure, son sang se met à bouillonner. La regardant un long moment évoluer de l’autre côté de la rive, il abandonne sa canne à pêche pour plonger dans l’eau vive.

Elle a entendu le plongeon. Se retourne. Il est loin derrière elle. Alors, elle sort de l’eau et s’enfonce dans la forêt. Elle l’entend courir derrière elle. Elle se met elle aussi à courir. Un jeu de gamine. Mais elle est nue. Les ronces griffent ses jambes. Les branches giflent ses bras, ses seins.

Il la rattrape. Les vêtements dégoulinants d’eau. Son pied bute contre la racine d’un arbre. Elle s’effondre.

Il est au-dessus d’elle. L’observe. Le visage enfoui dans les feuilles mortes. Les cheveux étalés. Le dos. Le creux des reins. Les fossettes. Le cul bombé. Les jambes longues et fines repliées. Il s’assoit à côté d’elle. Elle ne bronche pas. Sa main rude dessine son corps. S’empare des fesses. Qu’il pétrit allégrement, les écartant pour mieux voir l’iris pourpre de son cul. Il glousse de contentement. Se déplace pour introduire un doigt dans l’orifice. Il l’enfonce jusqu’à sa paume. Sans ménagement.

Elle se laisse faire. Savourant le plaisir qui irradie ses reins. Malgré la légère douleur que provoque le doigt l’enfilant.

Elle tourne la tête. Allonge le bras. Sa main défait les boutons du pantalon mouillé. S’empare du sexe. À la lumière du jour, elle le voit encore plus obscène, disproportionné. Le sexe d’une bête. Se demande comment un tel membre a pu s’introduire dans son ventre. Cette nuit. Elle se déplace pour l’atteindre de sa bouche.

Son doigt continue à la fouiller. Il va du cul au vagin, bestialement. Visiblement, il prend plaisir à vouloir écarter l’œillet sombre. Il y glisse un deuxième doigt.

Elle a fait entrer la moitié du gland entre ses lèvres. La langue s’enroule. Ses joues le pompent. Quand il atteint le fond de sa gorge, il provoque un spasme de rejet.

Savourant la bouche féminine, il se met à bouger, essayant d’enfoncer son membre démesuré, tout en fouillant de ses trois doigts l’orifice béant. L’écartant pour mieux encore le dilater.

Sa bouche est remplie par cette chair brûlante, gonflée de son sang qu’elle aspire comme si elle voulait l’avaler.

Brusquement elle se détache de lui. Se met à courir. Elle éclate de rire, un rire aussi chaud que le soleil au-dessus d’elle. Il se lance à sa poursuite. L’empoigne. La bloque contre un arbre. L’écorce noueuse érafle son dos. Il lui tient les bras écartés. Son corps se frotte. Sa bouche s’empare d’un sein. Elle se laisse glisser à terre. Il s’accroupit entre ses jambes. Les relève. Lui mange le sexe. Il la retourne à quatre pattes. Lèche le cul, introduit à nouveau ses doigts. Elle devine qu’il veut la pénétrer par-derrière. Tremble de désir et d’effroi.

Il s’appuie contre ses fesses. Guide son gland vers la vulve. L’abondance de sa sève brûlante le lubrifie. Il s’enfonce presque avec facilité.

Au bout d’un moment, il se retire. Présente son pieu au cul offert. Il bute contre le trou, puis lentement force l’entrée.

Elle a peur. Malgré le désir qui brûle ses entrailles. Elle pousse par à-coups sa croupe vers l’homme. Quand le gland atteint le passage resserré de ses parois à vif, elle pousse un hurlement de douleur. S’affaisse dans l’humus des feuilles pourrissantes. Il en profite pour forcer le chemin. S’enfonce au plus profond d’elle. Attend.

L’anneau de son œillet s’est fermé sur la chair. Elle respire les odeurs de la terre qui l’enivrent. Écrase ses seins dans la glaise. Doucement, elle redresse les reins. Soulève les fesses. Elle n’est qu’un cul offert à cette démesure. À ce sexe inhumain. Tapi calmement, sournoisement au fond de son ventre.

Lentement, elle se balance dans un va-et-vient qui réveille la bête. Qui se frotte contre les parois de sa chair enflammée. Elle pétrit la boue de sa main, s’en recouvre les seins. Alors que ses entrailles battues se dilatent de plaisir.

Il tient fermement la croupe dans ses mains. À chaque coup de butoir, il pousse un grognement bestial. Il accélère le mouvement. Elle n’est qu’un tas de chair malmenée, écorchée. Elle gémit de plus en plus fort. Puis son corps l’abandonne. Se laisse aller comme un retour à la source, vers ce qu’il a de plus sacré. Le plaisir.

Elle sent la brûlure de ses entrailles s’étendre, exploser comme une boule de feu. Son cri déferle sur la cime des arbres. Se prolonge dans le sous-bois, alors que son corps se vide de ses humeurs intimes, bafouant le sexe de la bête qui se met à rugir, éjaculant sa sève au cœur même de la vie.

KENZA BRAIGA

PANIQUE SUR LES ONDES !


– Allô… Allô ?

– Bonsoir monsieur !... Zoran c’est ça ? !.. Bonsoir Zoran. Vous nous appelez d’où Zoran ?

– T’aimerais bien savoir cochonne ! ?..

– Zoran, il me semble que vous vous soyez trompé de radio.

– Bien sûr que non, c’est à toi que je veux parler.

– Eh bien, en d’autres circonstances, ça aurait été avec plaisir, mais je vous remercie.

– Que…

– Nous prenons un autre auditeur, ou plutôt une auditrice : Bonsoir Audrey, vous nous appelez de Compiègne et vous avez trente-deux ans…

J’ai toujours voulu faire de la radio. Alors lorsque l’on m’a proposé de prendre l’antenne tous les soirs de minuit à trois heures du matin, j’ai sauté sur l’occasion. J’étais contente, du haut de mes vingt-six ans, cette station renommée me donnait ma chance, une vraie chance : celle de partager en libre antenne, les petits tracas de mes contemporains. Et pourquoi pas de leur apporter ma mince contribution.

Ça marchait bien, sur une bonne partie de la nuit, de nombreux auditeurs venaient livrer leurs soucis de la vie quotidienne, parler d’eux avec moi, trouver peut-être une voix familière et amie dans la nuit.

Bizarrement, dans le studio, je n’avais aucune notion du temps qui passe. Sans fenêtres sur le monde extérieur, la seule perception que je pouvais en avoir se faisait à la vue de l’horloge aux lumières rouges qui rythmait les secondes, les minutes et les heures. Je ne m’attachais pas au délai imparti à chacun pour exprimer ses questionnements du moment. Je trouvais un peu bizarre, voire un peu impudique cette façon avec laquelle certains d’eux faisaient ainsi partage de leur intimité sur les ondes. Je ne pense pas être prude, mais quand même, il y a une limite.

J’avais réussi avec l’expérience à saisir ce qui animait ceux qui appelaient la station. C’est sans voyeurisme aucun que je les amenais à raconter leur histoire. Peut-être était-ce l’arrivée de l’hiver, ou l’annonce de l’année finissante, mais le discours de la majorité des appelants n’était pas très positif, manquait d’entrain, de vivacité.

– Vous voyez, Audrey, ce n’est pas parce que votre mari ne vous regarde plus que ne subsistent pas chez lui de vrais sentiments à votre égard. Je pense que tout va s’arranger. Et surtout n’oubliez pas notre petit secret.

– Merci beaucoup ! Je vais bien faire comme vous me dites.

– À bientôt Audrey, nous pensons à vous.

– Est-ce que je peux vous demander autre chose ?

– Bien sûr, je vous écoute…

– Est-ce que je pourrais avoir une dédicace ?

– Euh, bien… Bien sûr. Je, je vous la signe à la fin de l’émission, laissez-moi vos coordonnées au standard. À bientôt… On fait une petite pause et on écoute un titre que tout le monde connaît bien, mais ça fait toujours plaisir.

Un vieux standard de Claude François prend la relève alors que je me recule dans mon fauteuil, comme pour mieux me caler. J’avale rapidement à petites goulées un peu d’eau de la bouteille que j’ai toujours avec moi.

– Bonsoir, nous sommes encore trente minutes ensemble. Notre antenne est ouverte à tous ceux qui souhaitent nous faire partager leurs pensées.

– Nous avons un auditeur en ligne, bonsoir ! ?

– Bonsoir, mademoiselle…

– Ah un galant homme… Bonsoir monsieur, comment vous appelez-vous ?..

– Robert.

– Bonsoir Robert : que nous vaut le plaisir de votre appel ?..

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