Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Générations d'amour

De
0 page

Une jeune femme découvre dans un journal intime la sexualité de sa mère et sa grand-mère.





Voir plus Voir moins
couverture
Astrid Schilling

Générations d’amour

12-21

Martha regarda sa mère depuis la fenêtre de sa chambre et se demanda ce qui l’attachait si fort à elle. Louise portait avec dignité le fardeau d’une soixantaine fragile qui la poussait à surmonter les plaintes de son corps. Percluse de rhumatismes, la jambe droite claudicante, l’ancienne vivait à cet instant le bonheur simple de donner du blé et de la recoupette à ses poules. Ses jambes disparaissaient sous une ample robe gris sombre et les mains légèrement noueuses se creusaient en offrande dans lesquelles la volaille, connaissant son monde, venait picorer les graines. Les cheveux de Louise étaient assemblés en un catogan sévère.

Martha laissa retomber le rideau de la fenêtre et reprit sa lecture. C’était la seule occupation qui pouvait apaiser le souvenir de ce soir de tourmente. Elle avait quitté la maison pour venir se réfugier auprès de sa mère, estimant que Sandra sa fille était, à 16 ans, en âge de se débrouiller seule. Même si son mari échouait dans les tâches ménagères au point d’entretenir la vacuité du frigo pendant trois semaines, elle avait laissé suffisamment d’argent sur le buffet pour qu’ils ne meurent pas de faim.

Martha entendit les pas inégaux de Louise résonner sur les tommettes de la cuisine. Se tenant le ventre d’une main – qu’avait-elle ces derniers jours, comme si quelqu’un lui arrachait les entrailles –, l’autre tenant la rampe, elle descendit l’escalier étroit et la rejoignit.

Les deux femmes parlaient peu entre elles. La répétition de gestes quotidiens, un pincement des lèvres, un soupir en disaient bien plus long qu’une conversation diplomatiquement entretenue. La mère de Martha souleva le couvercle de la casserole d’où s’échappa un fumet de canard. Le déjeuner promettait d’être bon. Sa fille ajouta les navets. On entendit juste le bruit des légumes tombant dans l’épaisseur du bouillon, puis Martha demander :

— C’est quoi, l’amour ?

 

À cet instant, la même question taraudait Sandra. Elle ne savait pas ce qu’était faire l’amour mais bien ce qu’était le défaire. Pour la énième fois, elle donnait congé à un garçon bien foutu, belle queue, mais qui ne la satisfaisait pas. Elle était pourtant persuadée qu’elle s’était abandonnée à lui. Elle le regarda un instant avant de l’enjoindre à quitter sa chambre. Il lui demanda s’ils se reverraient, oui, peut-être, mentit Sandra, pour rompre déjà tout contact. Que faisait-il encore chez elle ? Elle alla dans la cuisine et embrassa son père, se mit à table avec un bol de corn flakes, entendit le mec partir. La porte fit un petit bruit sec qu’elle apprécia. Sandra regarda son père lire son journal et avaler une baguette de pain, trempée distraitement dans son café.

— Shit, shit, shit, soupira-t-elle.

Elle n’avait pas joui.

— Quoi ? fit son père en redressant la tête.

— Non, rien, fit-elle. Tu ne peux pas savoir…

— Savoir quoi ?

— Non, rien. Tu ne peux pas savoir, c’est tout.

Il haussa les épaules. Sa fille représentait pour lui une énigme.

« Tu ne peux pas savoir, toi, pensa Sandra, ce qu’est l’insatisfaction, le manque. Tu te débrouilles si bien pour faire de la vie un plaisir. Pas de question, tu ne t’en poses aucune. Peut-être est-ce toi qui as raison. Impeccable, tout va bien, tu prends ton pied avec maman, ton sexe est assuré de rentrer au garage tous les soirs, lavage et lustrage garantis. Maman est partie quelques jours, mais au fond, cela t’arrange, tu peux faire la guindaille. Ça, elle ne l’a pas encore compris, il te faut faire le fou, que tu aies l’impression que tu peux recommencer ta vie à n’importe quel moment. »

 

Martha ouvre le cahier de son chagrin, qu’elle a payé une trentaine de francs en début de semaine au tabac-presse de Valmondois. Elle contemple les larmes noires qui rayent la virginité des feuilles. Elle n’avait jamais pensé qu’elle franchirait le pas de l’écriture, un pas trop grand à porter depuis toujours. Pourtant, enfant, elle aimait bien écrire, jusqu’au jour où surgit, par l’entremise d’une simple liste de courses, l’évidence d’une similitude d’écriture entre elle et sa mère. Ne lui ressembler en rien, être autre fut son combat d’alors, une lutte dont Martha ne comprend plus la raison. Peut-être est-ce ainsi à un moment donné entre toutes les filles et leur mère…

La main de Martha tremble, mais elle ne s’arrêtera pas dans son projet, un projet du passé à vider dans le caniveau des illusions. Le stylo ripe, Martha entend le coq chanter au-dehors, quelle heure peut-il bien être ?

 

« Dans la chambre, nos photos sur la table de chevet, à côté du réveil. Sur les murs, nos tableaux, celui que tu voulais absolument accrocher au-dessus du lit et que je craignais de voir tomber sur ma tête, au sol le petit tapis iranien, – il va bien avec la moquette de couleur beige. Le lustre rose en pâte de verre, les tentures aux motifs de pivoines assorties à la parure du lit, celle qui se trouve sous les genoux de la femme que tu prends violemment et qui n’est pas moi. Je suis trop stupéfaite pour parler, je vous regarde depuis l’embrasure de la porte que tu n’as même pas fermée tant ton excitation devait être pressante.

Elle est belle, elle a la croupe d’une pouliche à fesser, les muscles de ses cuisses tracés en fuseaux, toi à genoux derrière, tes mains comme des harpons dans les chairs de la sirène, qui gémit, balance sa tête de part et d’autre, ses longs cheveux clôturant le spectacle de votre aveuglement. Car tout se passe derrière cette chevelure, devant moi, l’unique spectateur glissé derrière le rideau de bois. Je vois tes fesses se durcir au rythme des va-et-vient et la provocation de tes couilles comme un cœur qui s’écrase.

Avertissement

Ce thème est destiné à un public légalement majeur et averti. Il contient des textes et certaines images à caractère érotique ou sexuel.

En entrant sur cette page, vous certifiez :

  • 1. avoir atteint l'âge légal de majorité de votre pays de résidence.
  • 2. avoir pris connaissance du caractère érotique de ce document.
  • 4. vous engager à ne pas diffuser le contenu de ce document.
  • 4. vous engager à ne pas diffuser le contenu de ce document.
  • 5. consulter ce document à titre purement personnel en n'impliquant aucune société ou organisme d'État.
  • 6. vous engager à mettre en oeuvre tous les moyens existants à ce jour pour empêcher n'importe quel mineur d'accéder à ce document.
  • 7. déclarer n'être choqué(e) par aucun type de sexualité.

Nous nous dégageons de toute responsabilité en cas de non-respect des points précédemment énumérés.