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Henri IV. J'ai tellement envie de vous. Lettres d'amour, 1585-1610

De
230 pages
Le «bon roi Henri» aimait tant les femmes qu’il faillit mettre sa couronne en péril pour les beaux yeux de ses maîtresses. Amant souvent trompé, mari toujours infidèle, il exigeait des belles qu’elles lui fussent soumises. Les sentiments comptaient peu pour ce conquérant aussi intrépide au combat qu’à la poursuite de celles qui éveillaient ses sens. La mort de la belle Gabrielle d’Estrées lui fit couler des larmes mais elles furent vite séchées par Henriette d’Entragues, qu’il fit pratiquement cohabiter avec son épouse légitime, Marie de Médicis. On peut s’étonner qu’un homme d’action tel que lui ait eu le temps et le goût d’écrire des lettres d’amour. Dans cette correspondance qui couvre près de vingt-cinq années – des premières amours du jeune roi de Navarre à sa dernière idylle avec Charlotte de Montmorency – il s’y montre sentimental et libertin, parfois précieux, maniant avec élégance l’humour, la malice et le mensonge. Tout cela fait penser à Brantôme et à ses Dames galantes…
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exe Henri iv-2-crg:Mise en page 1 27/01/10 17:23 Page 1
la Biblio thèq ue d’Évelyne Lever la Biblio thèq ue d’Évelyne Lever
henri iv
e «bon roi Henri» aimait tant les femmes qu’il faillit
mettre sa couronne en péril pour les beaux yeux de
ses maîtresses. Amant souvent trompé, mari toujours « J’ai tellement
infidèle, il exigeait des belles qu’elles lui fussentLsoumises. Les sentiments comptaient peu pour ce
conquérant aussi intrépide au combat qu’à la poursuite de
celles qui éveillaient ses sens. La mort de la belle Gabrielle envie de vous »
d’Estrées lui fit couler des larmes mais elles furent vite
séchées par Henriette d’Entragues, qu’il fit pratiquement
cohabiter avec son épouse légitime, Marie de Médicis. On
Let tres d’amourpeut s’étonner qu’un homme d’action tel que lui ait eu le
temps et le goût d’écrire des lettres d’amour. Dans cette 1585-1610
correspondance qui couvre près de vingt-cinq années – des
premières amours du jeune roi de Navarre à sa dernière idylle
avec Charlotte de Montmorency – il s’y montre sentimental et
libertin, parfois précieux, maniant avec élégance l’humour, la
malice et le mensonge. Tout cela fait penser à Brantôme et à
ses Dames galantes…
édition établie par
françoise kermina
Couverture: Portrait équestre d’Henri IV attribué à Guillaume
eHeaulme, XVII siècle.
© RMN / René-Gabriel Oiéda.
ISBN : 978-2-84734-645-9
Imprimé en Italie 03-10 21 m
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HENRI IV
«J’ai tellement envie de vous»
LETTRES D’AMOUR
1585-1610
ÉDITION ÉTABLIE
PAR FRANÇOISE KERMINA
La bibliothèque d’Évelyne Lever
TallandierDossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
Date : 21/1/2010 14h18 Page 6/253
© Tallandier, 2010
Éditions Tallandier
2, rue Rotrou— 75006 Paris
www.tallandier.comDossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
Date : 21/1/2010 14h18 Page 7/253
SOMMAIRE
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
I. Corisande (1585-1591) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
II. Gabrielle (1591-1599) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
III. Henriette (1599-1600) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
IV. Marie et Henriette (1601-1605) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
V. Marie contre Henriette (1606-1608) . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
VI. Charlotte (1609-1610) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Épilogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
Note sur la présente édition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239
Localisation des lettres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
Chronologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
Index des noms de personnes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247Dossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
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INTRODUCTION
eDanslesrécitspopulairesdu XV
siècle,onappelaitVertsGalants
desbrigandsembusquésaucœurdeforêtsténébreusesquidétroussaient les voyageurs. C’est pour cela qu’ils étaient verts, mais ils
étaient aussi redresseurs de torts, défenseurs de la veuve et de
l’orphelin, ne s’attaquant qu’aux riches et aux seigneurs, comme le
fameux Robin des Bois, et c’est pour cela qu’ils étaient galants. Le
Vert Galant était agile, spirituel, courageux, aimé des faibles, craint
des méchants, autant de qualités pour plaire aux femmes, et c’est
ainsiquel’onaglisséversleVertGalantcoureurdejupons.
Dans sa jeunesse, Henri IV ressemblait à ce personnage. D’une
robustesse et d’une vitalité hors du commun, d’unebravoureet
d’une gaieté légendaires, il chevauchait gaillardement d’un bout à
l’autre de son royaume, entouré autant d’ennemis perfides que
d’amis fidèles, combattant les uns et partageant avec les autres la
bonne ou la mauvaise fortune des camps, d’humeur toujours
joyeuse,indifférentauxdangers,ardentauxplaisirs.
La guerre et les femmes, ses deux passions, l’accompagnèrent
jusqu’à la fin de sa vie, puisqu’il fut assassiné au moment où il se
mettait en campagne pour retrouver, assurait-on, une Hélène
qu’on lui avait ravie. Il tenait desa race, les Bourbons, une
intrépidité à toute épreuve, mais aussi un tempérament sensuel dont il fit
preuve très tôt. On lui attribua de bonne heure un grand nombre
d’aventures, cette réputation tenant sans doute au contraste qu’il
offrait avec son environnement et son milieu. Sa mère, Jeanne
d’Albret,reinedeNavarre,avaitinstaurédanssesÉtatslecalvinisme
le plus austère. Toute licence de mœurs y était interdite et
sévèrement punie, même les réjouissances populaires les plus anodines:
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LETTRES D’AMOUR
les cartes, les jeux, la danse, les chansons. «Il faudrait être anges et
nonpashommespourseplieràcesrègles»protestaientsessujets.À
son fils, qu’elle aimait pourtant tendrement, elle avait imposé une
discipline de fer. On n’en remarquait que mieux, pour s’en
étonner, le comportement explosif du jeune prince. L’histoire de son
adolescence en Béarn est remplie d’anecdotes plus ou moins
authentiques,plusoumoinsscabreuses,certainesrustiques,comme
celles de la meunière de Capchicot ou de Fleurette, la fille du
jardinier de Nérac, d’autres plus relevées, qui montrent toutes un
garçon déluré prompt à saisir les occasions, sans trop de scrupules.
Lalégendes’enestemparéeetilnes’appliquapasàladémentir.
SonséjouràlacourdesValois,oùsamèrel’avaitenvoyéparfaire
son éducation, nepouvaitguèrel’inciter à plus de sagesse. Au
Louvre, l’intrigue et le libertinage faisaient de l’amour un jeu non
seulement autorisé, mais recommandé. Catherine de Médicis, en
bonne Florentine, dressait son fameux escadron volant de beautés
faciles à séduire les hommes de pouvoir, afin de les neutraliser.
Henri ne rechignait pas à puiser dans ce vivier. Il y rencontrait des
succèscar,s’iln’étaitpasélégantetbeauàlamanièredes«mignons»
d’Henri III, il avait le charme du naturel et de la bonne humeur.
Comment n’aurait-il pas été, non plus un galant des bois, mais un
galantdesvillesdansuntelmilieu?
Son mariage en 1572 avec la fille d’Henri II et de Catherine de
Médicis, Marguerite de Valois, a toujours passé pour une
catastrophe, d’autant plus qu’il fut le prélude et l’une des causes du
massacre de la Saint-Barthélemy, déclenché quelques jours après la
cérémonie. C’est une idée reçue, qu’on peut revoir. Ces deux
jeunes gens, mariés à des fins politiques sans avoir été consultés,
avaient enréalité plusd’uneraison dese convenir. Henri aimait les
jolies femmes, il avait la plus belle de la cour. Marguerite les
hommes galants, il l’était, même s’il n’avait pas le raffinement que,
précieuse avant le temps, elle aurait pu espérer. Elle avait la culture
approfondiedesMédicis,maisendépitdescaricaturesqu’onafaites
de lui, il avait reçu la très bonne éducation humaniste des princes
de son temps, sa mère lui ayant donné les meilleurs maîtres. Il
connaissait le latin et les poètes, tout en leur préférant le jeu de
paume et la chasse. Et s’ils portaient des colliers de senteur et des
rubans, ses rivaux avaient, comme lui, la colère prompte et l’épée
prêteàsortirdufourreau.
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INTRODUCTION
Dès le début de leur union, ces jeunes époux «malgré eux»
s’étaient entendus sur un point essentiel: se garantir l’un à l’autre
une parfaite liberté de mœurs. Ils en profitaient sans états d’âme.
Marguerite, émue par les dangers que son mari huguenot converti
de force courait dans une cour catholique devenue pour lui une
prison, sut le conseiller et le défendre. Elle l’aida même à s’enfuir.
Plus tard, leur vie à Nérac comme souverains de Navarre fut,
pendant les guerres civiles qui enflammaient le royaume, un havre de
paix et de plaisirs au point d’inspirer Shakespeare pour sa féerie,
Peines d’amour perdues. Dans cette petite capitale régnait une
tolérancereligieusedontauraitpus’inspirerleroyaumetoutentier:les
uns allaient à la messe, les autres à la cène pour se retrouver le soir
auxbals,authéâtre,auxconcerts,auxapartésamoureux.
Cette oasis dans un monde en feu ne dura pas, et pas davantage
l’étrangeconnivenceentredeuxjeunesgenspleinsdevie,maismal
mariés. Leurs débordements respectifs, la stérilité de leur union
finirent par les séparer, et surtout l’amour profond qui allait unir
pendant huit ans le roi de Navarre et la comtesse de Gramont. Dès
lors que le Béarnais s’engageait dans une liaison sérieuse au lieu de
se dissiper dans des amours sans lendemain, le jeu était faussé.
Marguerite dut s’effacer devant une rivale triomphante qui ne lui
rendit pas la partie facile. Ses démêlés avec son frère Henri III,
devenul’alliédesonmaridansuneluttecommunecontrelaLigue,
l’amenèrent d’autre part à prendre les armes contre eux. Elle se
trouva reléguée dans une forteresse d’Auvergne où elle resta vingt
ans.Exitlajoyeusecompagnedelibertinage.
La liaison du Béarnais et de la comtesse de Gramont est une
exception, presque une anomalie, dans la vie amoureuse du roi.
Elle fut d’ordre cérébral plutôt que sensuel ou même sentimental.
Corisande, nom qu’elle s’était donné d’après un des personnages
del’Amadis de Gaule,romantrèspriséàl’époque,n’avaitriendece
qui pouvait enfiévrer un homme comme lui. Elle était très belle
mais froide, assez tendre mais exigeante, désireuse avant tout de
jouer un rôle dans le destin extraordinaire de son amant. Très
cultivée, très mondaine, elle était liée avec les plus nobles familles
de Gascogne. Montaigne l’admirait beaucoup et elle sut l’attacher
à la cause du roi de Navarre. Égérie plutôt que maîtresse, elle aida
Henri de ses conseils qu’il ne suivait pas toujours, le soutint dans
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LETTRES D’AMOUR
ses moments de découragement plus nombreux qu’on ne
l’imagine, et surtout éveilla en lui ce qu’il avait de meilleur, telle une
dame avec son chevalier. Elle échoua à le retenir parce qu’elle ne
l’accompagna pas lorsqu’il quitta le Béarn pour poursuivre son
aventure en France. C’était un homme qu’il ne fallait pas lâcher
d’un pouce si on voulait le garder. Loin des yeux loin du cœur, tel
étaitlereversfâcheuxdelalégèretéjoyeuseduBéarnais.
Il s’agit avec Corisande, de la jeunesse du roi de Navarre,
époque où les écarts d’une vie agitée demeuraient dans une sphère
privée, où il était libre deses folies et n’avait de comptes à rendre à
personne. Tout changea en 1589 lorsque, à la suite de l’assassinat
d’Henri III, celui qui jusque-là n’était qu’Henri de Navarre, un
petit souverain parmi d’autres, devint Henri IV, roi de France. Sa
vie amoureuse changea et fut dès lors, qu’il le voulût ou non, une
affaire d’État. Son attachement à la comtesse de Gramont n’avait
jamais menacé les intérêts du Béarn ni ceux de la France, alors que
lesdeuxpassionsqu’ilvécutensuitemirentendangerlastabilitédu
royaume et sa propre survie sur le trône; elles sont donc, du point
devuedel’Histoire,beaucoupplusimportantes.
La faveur de Gabrielle d’Estrées, puis celle d’Henriette
d’Entragues présentent de nombreuses analogies. Dans les deux
cas,ils’agit dejeunesfemmesmanipuléespar desfamilles avides de
vendre au plus haut prix leurs appas et qui n’éprouvent que très
peud’amourpourleroi.Maisellessontmuesparl’enviefrénétique
d’être reines, et se trouveront finalement déboutées, non par la
volonté d’Henri, mais par un hasard providentiel. Les d’Estrées
comme les d’Entragues étaient des épaves de la Ligue, très
intéressés à se refaire une virginité au début de ce nouveau règne. Les
premiers avaient perdu leurs charges du fait de leur incompétence,
les seconds s’étaient ralliés par opportunisme. De plus ils s’étaient
discrédités en raison de l’inconduite de leurs femmes. Les La
Bourdaisière, lignée maternelle de Gabrielle, avaient une
réputationétabliedefemmesgalantes.«Onencompte,ditTallemantdes
Réaux,jusqu’àvingt-cinqouvingt-six,soitreligieusessoitmariées,
1qui toutes ont fait l’amour hautement .» L’une d’elles se vantait
1. Tallemant des Réaux, Les Historiettes, Paris, Gallimard, coll. «La Pléiade»,
1960-1961.
12Dossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
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INTRODUCTION
erd’avoir eu successivement pour amants François I ,l’empereur
Charles Quint et le pape Clément VII. Les cinq sœurs de la
favorite, elle-même et son frère étaient surnommés «les sept péchés
capitaux». Françoise, sa mère, déjà célèbrepour son dévergondage
à la cour d’Henri III, avait quitté le domicile conjugal pour suivre
le marquis d’Allègre, gouverneur d’Issoire, de vingt ans son cadet.
Haïsparleursouailles,ilsavaientétéassassinésdansleurlitaucours
d’uneémeute.LamarquisedeSourdis,tantedeGabrielle,vivaiten
ménage à trois avec le chancelier Cheverny. Son autre tante,
Diane, était une entremetteusedehautvol.QuantàMarie
Touchet, la mère d’Henriette, elle avait débuté dans la vie comme
maîtresse de Charles IX, auquel elle avait donné un bâtard, le
comte Charles d’Auvergne, avant d’épouser, pour faire une fin, le
sieurd’Entragues.
Il y avait donc, ici et là, une tradition d’arrivisme et de
libertinage. Le roi vivait depuis longtemps séparé de Marguerite
de
Valois,dontlastérilitépouvaitêtreunecausededivorce.Denotoriété publique, c’était un homme très porté sur les femmes. Une
place était donc à prendre. Mais quelle place? Non celle de
maîtresse de passage, mais de reine de France. Tel était l’enjeu qui
dépassait de beaucoup de simples histoires d’amour, et ces
ambitieuses faillirent réussir, la première surtout. Toutes deux eurent
pourcelaunearmecapitale,lapromessedemariage.
Ce genre d’engagement faisait partie des mœurs de l’époque.
C’étaituncontratprivé,sérieuxetdifficileàrompre.Henrilesavait
bien. Sa cousine Françoise de Rohan avait vainement fait valoir la
1promesse de son suborneur, le beau duc de Nemours , au cours
d’unprocès retentissantoù, pourla défendre, Jeanne d’Albret avait
mis, sans succès, toutes les ressources de son énergie passionnée.
Françoise n’avait jamais obtenu satisfaction, ni son fils le droit de
porterlenomdesNemours.Ontrouvaitd’ailleursbiend’autrescas
de ce genre dans les annales judiciaires. Pierre de L’Estoile raconte
dans son Journal qu’en 1604 un notable de Rennes fut condamné
par le parlement à épouser une veuve qu’il avait engrossée en lui
promettant le mariage. L’arrêt lui intimait de régulariser dans les
1. Celui-là même que Mme de La Fayette a pris pour modèle de séduction
dans La Princesse de Clèves.
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LETTRES D’AMOUR
deux heures du jugement sinon, ce délai écoulé, il aurait la
tête
tranchée.«Oumourez,ouépousez,telleestlavolontéetlarésolu1tion de la cour », concluait le féroce magistrat. L’inculpé épousa
évidemment aussitôt. Toutes les alternatives n’étaient pas aussi
terribles sans doute, car nous verrons d’autres compagnons du Vert
Galantlesuivredanscettevoiesansfinirlatêtesurlebillot,maisce
cas, espérons-le, limite n’en montre pas moins l’importance, en ce
temps,d’unepromessedemariage.
Pour arriver à ses fins, Henri lui-même en usa et abusa, entre
autres avec la «petite Fosseuse», une suivante de sa femme, avec
Corisande, avec Antoinette de La Roche-Guyon, une veuve
piquante qu’il courtisait pendant le siège de Paris. La première y
avait cru, la deuxième un peu moins, la troisième pas du tout.
C’étaitpourluiuneclausedestyledanssastratégiegasconne,iln’y
attachait pas trop d’importance,même s’il faillit se brouiller avec sa
sœur Catherine à cause de l’engagement qu’elle avait
elle-même
concluavecl’hommequ’elleaimait,lecomtedeSoissons.
DanslecasdeGabrielle,lapromessefutplusimplicitequevéritablementprononcée,cependantHenriluifournittropdegagesau
cours de leur liaison pour qu’elle ne la prît pas au sérieux, surtout
quand elle lui eut donné trois enfants. Il est certain qu’en 1599 il
montra manifestement qu’il avait l’intention de l’épouser. Il
justifiait ce choix du fait qu’elle était Française, et que par ce mariage
il
n’introduiraitpasdanslamaisonroyaleuneétrangère,avectousles
risquespolitiquesqu’unetellealliancesupposait,raisonnementspécieux car tous ses prédécesseurs avaient précisément épousé des
étrangères pour éviter des rivalités de lignage au sein du royaume.
Ceprojet,àpeineenparla-t-on,qu’ilscandalisalaFrance,l’Europe
et l’Église. Gabrielle était de réputation douteuse, elle avait eu des
amants avant le roi, et même encore au début de leur liaison, alors
que la vertu de l’épouse royale ne pouvait être mise en doute. Elle
étaitcertesféconde,avectroisenfantsdontdeuxfilslégitimésparle
roi,maiscetavantageseretournaitcontreelle.Quiseraitreconnuà
la mort du roi comme l’héritier du trône? César, l’aîné de ses
bâtards, ou le premier fils qui naîtrait de son mariage légitime? Et
1. Pierre de L’Estoile, Journal pour le règne d’Henri IV, Paris, Gallimard, 1943.
14Dossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
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INTRODUCTION
les cadets de la maison de Bourbon accepteraient-ils cette
irrégularitédanslalignéedesdescendantsdeSaintLouis?L’irresponsabilité
duroipouvaitfairecraindreleretourdesguerrescivilesquiavaient
silongtempsdéchiréleroyaume.
Il était en effet impératif pour les rois de France d’avoir des fils,
comme si leur principale, sinon leur seule raison d’être était de se
reproduire toujours, l’un après l’autre, qualité primordiale et
rituelle, dépassant de beaucoup leurs mérites individuels. C’est que
l’interruption d’une filiation mâle et légitime pouvait mettre le feu
au royaume. Pour le nouveau venu, il s’agissait de greffer sur ce
vieilarbremaladedesCapétiens,lebourgeonneufetvigoureuxdes
Bourbons,etcelan’allaitpasdesoi.Onavaitlongtempscontestéle
roi de Navarre comme hérétique, certains mettaient toujours en
doute la sincérité de sa conversion, mais on réfutait également
son droit dynastique, sa parenté, au vingt-deuxième degré, avec
les derniers Valois paraissant trop éloignée alors que ses rivaux, les
Guise, se prétendaient, eux, descendants directs de Charlemagne.
D’autre part il était capital que la greffe réussît rapidement: Henri
avait plus de quarante ans, et même s’il était de santé robuste, il
pouvait à tout moment disparaître, victime d’un attentat, comme
son prédécesseur. Il était parfaitement conscient de cette urgence
et, dès son avènement, il avait envoyé des ambassadeurs à Rome
pour obtenir l’annulation de son mariage, et d’autres à Florence
pour engager des négociations matrimoniales avec la nièce
du grand-duc de Toscane, Marie de Médicis, alors même que
Gabrielleprenaitdeplusenplusd’importancedanssavie.
Loin de la tenir dans une demi-clandestinité, il l’affichait
partoutàsescôtés.Ellevivaitsuruntrèsgrandpiedavectoutl’apparat
d’unesouveraine,etchaquejoursemblaitlarapprocher d’un trône
qu’elle convoitait ouvertement, tandis que le pape Clément VIII,
outré, se mettait en prières pour le salut de la dynastie capétienne.
Sourd aux critiques et aux avertissements venant de toutes parts, le
roi préparait avec sa maîtresse la cérémonie du mariage, fixé au
lendemain de Pâques. Tout le monde s’attendait à l’événement
fatal, lorsque, le 10 avril 1599, Gabrielle mourut si soudainement
et si opportunément que les uns crièrent au miracle, les autres à
l’empoisonnement. «Dieu y a pourvu!» s’écria Clément VIII en
rompant son jeûne. En fait la duchesse, qui était à la fin d’une
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LETTRES D’AMOUR
quatrième grossesse, mourut d’éclampsie, mais cette mort venait
singulièrementàpoint.
Dans le double jeu bizarre qu’il menait entre ses tractations
diplomatiques et les assurances publiquement dispensées à la
favorite, il est bien difficile de discerner les intentions véritables d’un
prince qui savait être à la fois secret et extraverti. Tout homme
d’actionetd’Étatqu’ilétait,ilétaitfatalisteetaimaits’enremettreà
la volonté de Dieu, autrement dit au sort, pour résoudre les
situations inextricables où il s’embourbait. Personnage à coup sûr hors
ducommun,iladeplusbénéficiéaucoursdesavieaventureusede
coups de chance exceptionnels, et celui-là en est un. D’ailleurs, il
savait parfaitement que, n’ayant pas reçu le bref d’annulation que
Clément VIII se gardait bien de lui envoyer, il lui était impossible
d’épouser Gabrielle, sous peine de bigamie, ce qui eût été un peu
fort pour un converti de fraîche date, même «outré d’amour»,
selonsapropreexpression.Ilchoisitl’atermoiementetl’événement
leservit.
Titrée marquise de Montceaux en 1596 et l’année suivante
duchesse de Beaufort, Gabrielle eut trois enfants du roi, César, en
1594, futur duc de Vendôme, Henriette, en 1596, future duchesse
d’Elbeuf, et Alexandre, l’année suivante, futur grand prieur de
Vendôme,généraldesgalèresdeMalte.
La douleur d’Henri, à la mort de Gabrielle, fut réelle
ostentatoire, mais brève. Il resta prostré pendant plusieurs jours
et, lorsqu’on lui amenait ses enfants, il les embrassait «avec une
1telle passion qu’il était difficile de n’en avoir point de pitié ». Il
fit prendre le deuil à sa cour pendant quelques semaines, et
puis… et puis, l’amour de la vie ne tarda pas à lui revenir.
Il se laissa bientôt convaincre par ses proches que Dieu lui avait
fait une grande grâce en le prévenant d’une grande faute. Ses
ministres et ses ambassadeurs se réjouirent, Marguerite de Valois,
jusque-là très réticente à consentir au divorce, redevint
accommodante, les procédures à Rome comme à Florence reprirent, le
deuxième mariage tant souhaité allait être conclu lorsque le roi,
incorrigible, remit tout en jeu. Il s’éprit de nouveau, follement.
Comme dans toutes les cours la «charge» de maîtresse royale ne
1. Cité par Raymond Ritter, Charmante Gabrielle, Paris, Albin Michel, 1947.
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INTRODUCTION
doit jamais rester vacante, les entremetteurs de tout poil,
«porte1poulets, cajoleurs et persuadeurs de débauche », selon l’expression
de Sully, se mirent en branle. Sous prétexte de chasses, on entraîna
le très consolable éploré dans les bois de Malesherbes près
de Pithiviers, où se trouvait le château des d’Entragues. Il suffit de
quelquesmanègespourqueleroi,ensorcelé,fûtdenouveauprêtà
tout, ou le fît croire, car s’il fut sans doute sincère en promettant la
couronne àGabrielle,cenefutpaslecasavecHenriette.L’histoire
de leur liaison reposa sur une double duperie. Il lui signa une
pro-
messedemariagequ’iln’eutcertainementjamaisl’intentiond’exécuter. Quant à elle, très rouée malgré son jeune âge, elle simula à
merveille une pudeur effarouchée, avec l’aide de ses parents qui
feignaient de leur côté une intransigeance de mœurs qu’ils étaient
bienloind’avoir.Leroinevitpas,ouplutôtvittrèsbien,maispassa
outre, qu’il tombait dans le même piège que celui tendu par les
d’Estréeshuitansplustôt.Cependantiln’avaitaucuneestimepour
les d’Entragues. Aussi crut-il que la conquête de la jeune fille n’en
seraitqueplusfacile.
On commença par demander de l’argent. Henriette avait un
avantage sur sa devancière:elleétait vierge. Le prixde cepucelage
futtrèsélevé:100000écus,maisHenrinemarchandapas,s’écriant
seulement lorsque Sully se fit un malin plaisir d’étaler la somme,
pièce par pièce, sur la table : «Ventre-Saint-Gris, voilà une nuit
2bien payée !» Il était encore loin de cette nuit-là. Henriette eut
l’audace, poussée par ses parents, mais elle était fort capable d’en
avoir elle-même l’initiative, d’exiger pour prix de sa reddition
l’engagement du roi à l’épouser au cas où, dans les six mois de
leur union, elleaurait unfils, etune promesse écrite, non
unepromesse de Gascon. Les négociations matrimoniales avec le
grandducdeToscaneétantsurlepointd’aboutir,ilfallaitagirvite.Leroi,
de nouveau «outré d’amour», signa tout ce qu’on voulut, et il
eut
enfinlafille.
Ellefutimmédiatementenceinte,alorsmêmequeleroisemettait en route pour rejoindre Marie de Médicis, épousée par
procuration à Florence. Qu’aurait-il fait si elle avait accouché d’un fils
1. MaximiliendeBéthune,ducdeSully,Œconomies royales,Paris,Michaudet
ePoujoulat (éds.), 2 vol., 1836-1837, 2 série.
2. Ibid.
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LETTRES D’AMOUR
avant que le mariage florentin fût définitivement conclu? Il n’eut
pas à se le demander, car le sort ne le voulut pas. La foudre étant
tombée sur l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, voisine de la
maison qu’elle occupait, Henriette eut si peur qu’elle accoucha
prématurément d’un fils mort : «Un enfant né à coups de
ton1nerre », commenta Sully. On ne sait si Clément VIII s’exclama de
nouveau : «Dieu y a pourvu!», mais il est de fait que, une fois
encore,leroiétaitsingulièrementfavoriséparledestin.
Cet incident le délivrant définitivement d’un engagement
embarrassant, il entendait bien continuer cette liaison à la manière
de tous les souverains libertins dont il n’était pas le seul
représentant, c’est-à-dire en attribuant à Henriette la fonction de favorite,
etilluidonnacommeconsolationletitredemarquisedeVerneuil.
Ilnesesentaitpastenuàmieux, puisque samaîtressen’avaitpaseu
de fils vivant dans le délai prévu, et ce fut là la source d’un
dramatique malentendu qui hypothéqua longtemps non seulement sa
situationpersonnelleetconjugale,maissurtoutl’équilibredel’État.
Henrietteeneffetnel’entendaitpasainsi.Avait-ellevraimentcruà
la promesse? Il est certain qu’elle se comporta pendant des années
de manière à le faire croire. Son fils certes n’avait pas survécu, mais
il était né avant celui qu’aurait l’épouse légitime, et si elle en avait
undeuxième,cequifutbientôtlecas,lapromessereprendraittout
sonsens.Ellenes’étaitjamaisengagéeàêtrelamaîtresseduroimais
sa femme, et elle était parfaitement convaincue de l’être. Dès lors
toutes ses paroles et actions viseraient à revendiquer ce droit que le
roi, par malignité, traîtrise et lubricité, lui déniait à jamais sous
prétexte que son enfant avait eu la malchance de disparaître, par
accident, à sa naissance. Les promesses de mariage ayant
l’importance que nous savons à cette époque, il est difficile de porter un
jugement. On peut seulement constater sa persévérance obtuse et
aussi assez courageuse, car il n’était pas facile de s’opposer à un
homme tel qu’Henri IV. Elle fit payer à son amant son
irresponsabilité initiale par une attitude non pas continuellement hostile, elle
étaittrophabilepourcela,maisparunealternancesavantedereculs
et de retours, d’insolences et de douceurs, qui la rendait irrésistible
et montrait chez elle une intelligence très au-dessus de celle de la
1. Sully,Œconomies royales, op. cit.
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INTRODUCTION
molleetpassiveGabrielle.Contrairementàcelle-ci,ellefutmodérémentcupide,puisqu’elleavaitplacésonexigenceauplushaut.
Pourêtrereine,elleallajusqu’àcomplotercontreleroien1602,
etplusencoreen1604.Avecleretourdelapaix,larepriseenmain
du royaume par un souverain autoritaire et déterminé rencontrait
de sérieuses résistances chez tous ceux qui avaient profité des
troublespoursetaillerdepetitsempiresàleurmesure.Cettefronde
de féodaux était animée et soutenue par le roi d’Espagne et le duc
de Savoie, qui entendaient prendre leur revanche du traité de
Vervins, que les victoires d’Henri IV leur avaient imposé en 1598.
LeducdeBiron,undesplusancienscompagnonsduroi,payadesa
tête une première conspiration en 1602, mais cela n’empêcha pas,
deux ans plus tard, la formation d’une nouvelle conjuration par
deux proches d’Henriette, son père et son demi-frère, Charles
d’Auvergne. Il s’agissait de tuer le roi, de déclarer le dauphin
illégi-
timeetdeleremplacerparlepetitGaston,filsd’Henriette.Celle-ci
étaitdonctrèsimpliquéedansl’intrigue,ensefaisantd’ailleursbeaucoup d’illusions. Même si les agents de Philippe III lui promirent
pensions et placesfortes,rienneprouvequeceroiavait réellement
l’intention d’installer sur le trône de France le bâtard de Verneuil.
Les prétentions de la marquise lui étaient seulement utiles pour
établirlanullitédumariaged’HenriIV,etremettreendiscussionsa
succession,afind’enfaireprofiterunprincedesapropremaison.
Elle fut donc dupée de part et d’autre et resta jusqu’au bout
dans la situation ambiguë où l’avait mise celui qui prétendait
l’aimer plus que tout. Le roi reconnaissait-il au fond de lui-même
qu’elle avait raison de lui en vouloir? Billevesée gasconne ou non,
il s’était bel et bien engagé avec une jeune fille dont la réputation,
contrairementàcelle deGabrielle autrefois, étaitsans tache, etqui,
à cause de lui, ne parvint jamais à trouver à la cour une situation
digne d’elle. Toutes ses tentatives pour épouser un grand seigneur
échouèrent, pas tant à cause du roi qui, à la fin de leur liaison, y
aurait volontiers consenti, mais parce qu’elle avait perdu tout
cré-
dit.Ellenefutquelamaîtresse,clandestineetsouventtrompée,du
roi,etlerestajusqu’àcequ’enfinilsselassentl’undel’autre.
Ilseurentensembledeuxenfantslégitimés:Gaston,néen1601,
plustardévêquedeMetz,puisducdeVerneuil,etenfinGabrielleHenriette,néeen1603,futuremarquisedeLaValette.
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LETTRES D’AMOUR
La seconde épouse d’Henri lui était imposée par les
circonstances. Le roi devait beaucoup au grand-duc de Toscane,
Ferdinand de Médicis, qui depuis 1589 avait misé sur son succès,
sa diplomatie très active n’ayant pas été étrangère à la conversion
d’Henri en 1593 et à son absolution par Clément VIII en 1595. Il
lui avait surtout prêté près d’un million de ducats. Ayant gagné
son pari, il espérait rentrer dans ses frais en faisant de sa nièce une
reine de France. Cependant le roi ne montrait guère
d’enthousiasme : «Le duc de Florence a une nièce que l’on dit être assez
belle», disait-il à Sully, «mais étant d’une des moindres maisons de
la Chrétienté qui portent le titre de princesse, n’y ayant pas plus
de soixante ou quatre-vingts ans que ses devanciers n’étaient
qu’au rang des plus illustres bourgeois de leur ville, et de la même
race que la reine mère Catherine qui a tant fait de maux à la
France, et encore plus à moi en particulier, j’appréhende cette
alliance de crainte d’y rencontrer aussi mal pour moi, les miens et
1l’État .»
Marie était en effet une proche cousine de Catherine de
2Médicis , et celle-ci avait laissé de mauvais souvenirs aux Français
et pas seulement chez les protestants victimes de la
SaintBarthélemy. Beaucoup d’Italiens avaient marqué son règne. Ils
avaient mauvaise réputation. Dans l’imagerie populaire, Florentin
signifiait financier corrompu, alchimiste à demi sorcier, médecin
quelque peu empoisonneur. Les négociations s’étaient cependant
poursuivies, et se réduisirent bientôt à un marché assez sordide,
les ministres du roi réclamant, outre l’annulation de la dette, une
forte dot. La résistance des Florentins cessa lorsqu’on fit connaître
au grand-duc l’existence d’Henriette d’Entragues, «une putain
des plus habiles qui ait jamais pratiqué la putinerie, qui s’emploie
3à faire un fils au roi avec l’aide de sa vieille putain de mère »,
écrivait le représentant de Florence. Mieux valait en somme tenir
que courir, et on se mit finalement d’accord sur une dot de
600000 écus dont 250000 représenteraient l’extinction des
1. Sully,Œconomies royales, op. cit.
2. Ellesétaienttoutesdeuxarrière-petites-fillesdeJeandeMédicis,fondateur
ede la dynastie au XV siècle.
3. Archives des Médicis à Florence, Lettres des résidents florentins à Paris.
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CHARLOTTE
MALHERBE À PEIRESC
Le 21 mars 1610.
Le roi fut dimanche dernier au service de
Saint-Nicolas-desChamps. Il entretint fort Madame la marquise, et après le sermon,
il ouït vêpres et complies avec elle, et lui donna encore assignation
àlasortieaulogisdeMadamesamèreoùl’un et l’autre se
rendirent, ce fut la récompense de ne l’avoir pas vue depuis dix
mois. Je ne sais auquel nous devons plus d’une vue curieuse sur
cet intérieur royal et plus d’un précieux et intime détail de ces
révolutions de cœur et de cour. Je ne sais si ce feu se rallumera, il
serait quasi à désirer, mais il est malaisé. Elle dit qu’elle est la bête
du roi et son explication c’est qu’ordinairement on fait peur aux
petits enfants de la bête quand on ne peut en venir à bout d’autre
façon. Et quand il veut fâcher le monde il dit qu’il verra la
mar1quise .
LA REINE À SA SŒUR, LA DUCHESSE DE MANTOUE
Paris, le 6 juin 1610.
Lorsque j’avais sujet de jouir du contentement que me devait
apporter mon couronnement et que tous mes bons amis et
serviteurss’enréjouissaientavecmoi,lemalheursisoudainetsiinopiné
nous a en un instant tout changé notre plaisir en déplaisir, soupirs
1. Ainsi ils se voyaient encore et Henriette utilisait toujours son crédit en
faveur de sa famille. Son «frère de père», César de Balsac, recevait une pension
de 10000 écus, et de plus le roi donnait le bénéfice d’une abbaye à l’une de ses
cousines. Elle ne se privait pas d’ailleurs, dans ces dernières rencontres, d’affûter
ses flèches habituelles : «N’êtes-vous pas bien méchant de vouloir coucher avec
la femme de votre fils, car vous savez bien que vous m’avez dit qu’il l’était?»
Vanterie gasconne sans doute, comme tant d’autres de la part du roi, mais la
naissance du prince de Condé ayant été entourée de mystère, la rumeur en avait
couru. En fait le roi méprisait la princesse de Condé et fut très dur avec elle.
229Dossier : tallandier308521_3b2 Document : Henry_IV_308521
Date : 21/1/2010 14h18 Page 230/253
LETTRES D’AMOUR
et douleurs. J’ai su que vous avez participé à notre commune
épreuve et désolation. À la vérité vous en avez beaucoup de sujet
parcequ’eneffetilvousaimaitettoutcequivoustouchait.Dieua
1vouludisposerainsi .
1. Certains contemporains, et historiens, l’ont soupçonnée d’avoir trempé
dans l’assassinat de son mari. Tout l’innocente au contraire, ses efforts pour
retenir Henri auprès d’elle, tandis qu’il hésitait à sortir pour aller rendre visite à
Sully,samépriselorsqueletumulteproduitparleretourducorpsduroiaupalais
luifitcroirequ’ilétaitarrivémalheuràsonfilsleducd’Orléans,alorsmalade,son
chagrin enfin quand elle apprit la vérité. Les témoins s’accordent pour dire
qu’elle montra beaucoup d’affliction. La nouvelle la terrassa, qu’elle subit en
Italienne par des cris et des sanglots, des L’hanno ammazato où certains virent
méchammentunehypocritecomédie,maisellemanifestapendantplusieursjours
une douleur sincère, tout son mobilier et elle-même enveloppés de noir. Certes,
elle ne tarda pas à faire valoir les droits que lui avait conférés le roi à la régence,
mais c’est surtout son entourage qui le fit pour elle, car il fallait couper court aux
contestations possibles. Si elle avait tant insisté pour se faire couronner, ce n’était
pas pour s’assurer du pouvoir, mais seulement afin de mettre obstacle à toute
tentative d’annuler son mariage, ce qui avait été le cauchemar de sa vie.

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