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L'Héritier de Kushiel

De
720 pages

Imriel est le fils adoptif de Phèdre, l’Élue de Kushiel.



Enlevé, torturé et réduit en esclavage lorsqu’il n’était qu’un enfant, Imriel est aujourd’hui prince du sang. À la Cour où se trament mille conspirations, nombreux sont ceux qui souhaitent sa mort – de peur qu’il n’ait hérité des dons maléfiques de sa véritable mère, Melisande.

Alors qu’il approche de l’âge d’homme et que s’éveillent en lui des désirs de plus en plus vifs, Imriel en vient à partager leurs craintes et se trouve piégé au coeur d’une trame de meurtres et de manipulations où il devra faire face au plus grand des défis : découvrir sa véritable nature.


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DRAMATIS PERSONAE
MAISON DE MONTRÈVE PhèdrenóDelaunaydeMontrève: comtesse de Montrève JoscelinVerreuil: consort de Phèdre, frère cassilin (originaire du Siovale) ImrielnóMontrèvede laCourcelfils adoptif de Phèdre (également membre de la famille : royale) Ti-Philippe: chevalier Hugues,Gilot,Marcel,Colin: hommes d’armes Eugénie: intendante de la demeure de Phèdre dans la Ville d’Elua Clory: nièce d’Eugénie Benoît: palefrenier de la demeure de Phèdre dans la Ville d’Elua Purnell et Richeline Friote: intendants de Montrève Charles,Katherineet DenisFriote: enfants des intendants de Montrève Ronald Agout: maître fauconnier Artus Lab: maître du chenil MEMBRES DE LA FAMILLE ROYALE DE TERRE D’ANGE Ysandre de la Courcel: reine de Terre d’Ange, épouse de Drustan mab Necthana Sidoniede laCourcelfille aînée d’Ysandre, première dans l’ordre de succession au trône de : Terre d’Ange AlaisdelaCourcel: fille cadette d’Ysandre ImrielnóMontrèvede laCourcelcousin, fils de Benedict de la Courcel (†) et Melisande : Shahrizai Barquiel LEnversoncle d’Ysandre, commandant en chef de l’armée royale, duc L’Envers : (Namarre) MAISON SHAHRIZAI MelisandeShahrizai: mère d’Imriel, épouse de Benedict de la Courcel (†) FaragonShahrizai: duc de Shahrizai Mavros,Roshana,Baptiste Shahrizai: cousins d’Imriel MEMBRES DE LA COUR ROYALE GhislainTrevalion: noble, fils de Percy de Somerville (†) BernadettedeTrevalion: noble, épouse de Ghislain, sœur de Baudoin (†) BertrandeTrevalion: fils de Ghislain et Bernadette AmauryTrente: noble, ancien commandant de la garde de la reine JulienetColetteTrente: fils et fille d’Amaury Marguerite Grosmaine: fille de la secrétaire des présences Nicola LEnversyAragon: cousine de la reine Ysandre, épouse de Ramiro Zornín de Aragon RaulL’Enversy Aragon: fils de Nicola et Ramiro COUR DE NUIT NathalienóBaume: Dowayne de la maison du Baume EmmelineBaume: adepte de la maison du Baume DidierVascon: Dowayne de la maison de la Valériane Sephira: adepte de la maison de la Valériane ALBA DrustanmabNecthana: Cruarch d’Alba, époux d’Ysandre de la Courcel Necthana: mère de Drustan
Breidaia: sœur de Drustan, fille de Necthana Talorcan: fils de Breidaia Dorelei: fille de Breidaia Sibeal: sœur de Drustan, fille de Necthana, épouse de Hyacinthe Hyacinthe: Maître du détroit, époux de Sibeal GrainnemacConor: dame des Dalriada Eamonn macGrainne: fils de Grainne et Quintilius Rousse TIBERIUM Maître PierodiBonci: maître de philosophie LuciusTadius,Aulus,Brigitta,Akil,Vernus: étudiants de maître Piero DeccusFulvius: sénateur Claudia Fulvia: épouse de Deccus, sœur de Lucius AnnaMarzoni: veuve Belinda Marzoni: fille d’Anna Canis: mendiant Maître Strozzi: maître de rhétorique Maître Ambrosius: marchand d’encens ErytheiadeThrasos: peintre Silvio: assistant d’Erytheia de Thrasos DeniseFleurais: ambassadrice d’Angeline à Tiberium RuggeroCaccini: chef d’une bande de ruffians Prêtre d’Asclépios TitusMaximius:princepsde Tiberium Oppiusda Lippi: capitaine de l’Aeolia LUCCA PubliusTadius: père de Lucius Beatrice Tadia: mère de Lucius GallusTadius(): arrière-grand-père de Lucius Gaetano Correggio: prince en titre de Lucca DaciaCorreggio: épouse de Gaetano HelenaCorreggio: fille de Gaetano et Dacia BartolomeoPonzi: amoureux d’Helena DomenicoMartelli: duc de Valpetra Silvanuslejeune: chef de la compagnie de mercenaires de Valpetra Arturo: capitaine de la garde de la ville de Lucca Orfeo,Pollio,Calvino,Matius,Adolpho,Baldessare,Constantin: soldats de la Peste rouge QuentinLeClerc: capitaine de la garde de l’ambassade d’Angeline Romuald: soldat de la garde de l’ambassade d’Angeline MarcusCornelius: commandant du détachement tibérien AUTRES MaslindeLombelon: fils non reconnu d’Isidore d’Aiglemort (†) LelahiahValais: chirurgienne de la reine Ysandre Emile: propriétaire duJeune Coq QuintiliusRousse: amiral de la flotte royale Favrielle nóÉglantine: couturière BérengèredeNamarre: chef de l’ordre de Naamah AmarantedeNamarre: fille de Bérengère FrèreSelbert: prêtre, chef du sanctuaire d’Elua (Siovale) GillesLamiz: poète de la reine Roxanne de Mereliot: dame de Marsilikos (Eisande) GerardetJeannedeMereliot: fils et fille de Roxanne (Eisande)
PERSONNAGES HISTORIQUES BaudoindeTrevalion(†): cousin de la reine Ysandre, exécuté pour trahison IsidoredAiglemort(): noble, traître devenu héros (Camlach) Thelesisde Mornay (): poétesse de la reine WaldemarSelig(): chef de guerre skaldique ayant mené l’invasion de Terre d’Ange Fadil Chouma(): esclavagiste du Menekhet LeMahrkagir (): souverain fou du Drujan, seigneur de Daršanga Drucilla(): prisonnière tibérienne de Daršanga, chirurgienne Kaneka: prisonnière jebéenne de Daršanga Jagun(): chef des Tartares kereyits RasLijasu: prince de Meroë au Jebe-Barkal
Prologue
Qu’est-ce que le bien ? Lorsque j’étais enfant, je croyais connaître la réponse à cette question. Tout était simple, alors. Je ne savais rien de ma naissance ni de mon hérédité. J’ai grandi dans un sanctuaire d’Elua, où j’étais berger. Mes journées s’écoulaient entre le travail et les jeux. Avec les autres enfants, nous nous occupions des chèvres et courions la montagne, nous grimpions aux arbres et nagions dans le frais torrent tandis qu’elles paissaient sur les prés. J’étais tout entier imprégné du précepte d’Elua le béni : « Aime comme tu l’entends. » Et je le mettais en pratique. J’aimais facilement, totalement et sans aucune réserve : mes camarades, les prêtres et les prêtresses du sanctuaire, les chèvres dont je m’occupais, la terre sous mes pieds et le ciel au-dessus de ma tête. Je suis d’Angelin ; j’aimais Terre d’Ange, le pays où je grandissais. J’aimais de tout mon cœur nos dieux, Elua et ses Compagnons, et je me savais aimé en retour. J’étais heureux. Jamais je n’aurais songé à devenir autre chose. Un jour, dans l’année de mes dix ans, tout changea subitement. Des marchands d’esclaves carthaginois m’enlevèrent pour m’envoyer en enfer. Je crus que j’allais mourir là-bas, mais je survécus. Je fus sauvé, arraché à la damnation et ramené en sécurité. Et tout changea de nouveau. Dans une lointaine forteresse, aux confins du Khebbel-im-Akkad, l’envoyé de la reine d’Angeline s’inclina devant moi et m’appela Imriel de la Courcel, prince du sang. Tout ce que je savais de ma vie n’était qu’un mensonge. J’appris alors que mon père n’était nul autre que Benedict de la Courcel, le grand-oncle de la reine Ysandre. Pendant des années, il avait été le plus proche parent vivant de notre souveraine mais, lorsque je découvris ma filiation, il était mort depuis longtemps. Mon père avait trahi la couronne de Terre d’Ange. S’il avait vécu, il aurait été jugé et condamné pour cela ; mais tel ne fut jamais le cas. Quant à ma mère, les choses étaient bien différentes. Lorsque j’eus huit ans, avant même que je connusse rien d’elle, frère Selbert m’emmena à La Serenissima pour la rencontrer. Il m’avait dit que mes parents, des nobles d’Angelins, étaient morts d’une peste sérénitienne au cours d’une traversée en bateau, me remettant dans leur dernier souffle à la bonne garde du prêtre, gardien du sanctuaire. Il me raconta que la femme que nous allions voir avait été une amie de mes père et mère défunts, et qu’elle serait ma protectrice lorsque j’atteindrais l’âge d’homme. Il me précisa encore qu’elle avait des ennemis implacables et qu’il ne me faudrait jamais parler d’elle, au risque sinon de mettre sa vie en péril. Sur ce dernier point au moins disait-il vrai. Je crus tout ; pourquoi aurais-je douté ? Ma vie durant, j’avais eu une absolue confiance en lui. Néanmoins, ses paroles n’étaient que mensonges ; d’ailleurs n’avait-il pas omis de préciser qu’elle avait mérité chacun des ennemis qu’elle s’était faits ? En comparaison des actes qu’elle avait commis, la trahison de mon père faisait bien pâle figure. Jamais Terre d’Ange n’avait enfanté pire traîtresse que Melisande Shahrizai de la Courcel. Ma mère, que j’appris ensuite à mépriser. Avec le recul, il peut paraître étrange que je ne l’aie pas reconnue ce jour-là. Mais comment aurais-je pu ? Il n’y avait aucun miroir au sanctuaire d’Elua. Parfois, nous nous penchions, nous les enfants, par-dessus le petit pont des chèvres pour observer les reflets mouvants de nos frimousses à la surface de l’eau ; mais c’était tout. J’ignorais tout autant à quoi je ressemblais que qui j’étais. Bien sûr, tout cela c’était avant ma capture par les esclavagistes, car, à partir de ce moment-là, j’eus maintes occasions de m’entendre décrire. Dans ce pays appelé Drujan, on recherchait des êtres parfaits, exempts du moindre défaut, pour les sacrifier. Je fus donc vendu à l’un de ces prêtres au crâne d’os qui servaient le Mahrkagir, souverain du Drujan. Je fus conduit dans son harem maudit, son zénana, au sein du palais de Daršanga. La beauté n’offre qu’un piètre réconfort lorsqu’on descend en enfer. Je ressemble à ma mère. Aujourd’hui, je le sais. Je le vois dans le miroir – la demeure de Phèdre, ma mère adoptive, en est pleine – et je déteste cela. Je porte sur mon visage les traits de ma mère. Mes yeux sont ses yeux, du bleu profond du ciel à l’heure du crépuscule ; ma peau est la sienne, d’albâtre
délicatement velouté, couleur de vieil ivoire. Je retrouve sur mes lèvres l’écho de sa bouche joliment pulpeuse. Et tout comme les siens, mes cheveux poussent en vagues brillantes d’un noir intense tirant sur le bleu. Qui pourrait nier la ressemblance ? Certains s’étonnent encore, en sachant pourtant ce qu’elle a fait, que je ne me réjouisse pas d’être ainsi son portrait. Melisande Shahrizai avait beau être l’une des pires félonnes que notre nation eût jamais connues, elle en était aussi l’une des plus somptueuses beautés. Une beauté mortelle, éblouissante comme un soleil, plus tranchante qu’une lame. Dans certains cercles, d’aucuns la vénèrent encore pour cela. S’il existe à la surface de cette Terre un peuple plus vain que celui des D’Angelins, je ne l’ai pas encore rencontré. Et pourtant, même si je n’ai que douze ans, j’en ai vu bien plus du vaste monde qu’en verront jamais la plupart de mes compatriotes. Par-dessus tout, j’ai vu le vrai visage de la beauté. Et ce n’est pas celui de ma mère. Lorsque je suis face au miroir, que je reconnais ses traits dans les miens, je sens l’incertitude qui m’étreint. Qu’est-ce que le bien ? Lorsque je regarde en moi, je n’y vois que ténèbres et confusion. Je ne sais pas pour quelle raison il a fallu que m’arrive, à moi, ce qui m’est arrivé. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour le mériter ; à moins que je doive payer le prix des péchés que ma mère a commis. Je redoute cette ressemblance entre nous. Je crains de montrer un jour que je suis comme elle. Cependant, lorsque je regarde autour de moi, je sais où se trouve la bonté. On m’a arraché au paradis pour me précipiter dans les profondeurs d’une dépravation dont les honnêtes gens ne peuvent même pas imaginer les contours, mais j’en ai été sauvé. Et ceux qui m’en ont tiré… Lorsque je pense à ce qu’est le bien, c’est à eux que je pense. Phèdre. Joscelin. Phèdre. Je ne sais pas – et je ne saurai sans doute jamais – où ils puisèrent le courage de faire ce qu’ils firent pour me sauver. Phèdre dit que, même si ma mère l’avait chargée de cette mission, ce fut la volonté d’Elua le béni lui-même qui lui permit de franchir le terrible seuil. Je ne peux même pas imaginer ce qu’il lui en a coûté. Je sais en revanche ce que le Mahrkagir lui fit subir. Tous ceux qui furent esclaves dans son zénana savent ce qu’il faisait subir à ses favorites. Mais je ne sais pas comment elle parvint à endurer cela, ni comment Joscelin, le consort et protecteur de Phèdre, eut la force de survivre sans devenir fou, sachant les atrocités qu’elle subissait des mains mêmes du Mahrkagir. Mon amour pour eux est si grand qu’il est comme une douleur en moi. Je suis à eux désormais ; ils m’ont adopté. Malgré ses réticences, la reine Ysandre y a consenti. Ma mère a accepté elle aussi ; elle a donné son accord. À ma connaissance, c’est là l’une des rares concessions que ma mère ait jamais faites dans sa vie. Phèdre et elle ont été rivales dans le jeu des intrigues, mais un lien les unit depuis longtemps. Je n’en saisis pas totalement la nature, et je n’en ai d’ailleurs aucune envie ; d’une certaine manière, je crois même que je maudirai le jour où je la découvrirai. Ma mère demeure toujours au sanctuaire d’Asherat de la mer à La Serenissima. Contrairement à mon père, son époux, elle a été jugée et condamnée pour haute trahison, bien avant même que je voie le jour. Qu’elle mette seulement un pied hors du temple, et c’est la mort qui l’attend. Elle m’écrit des lettres, que je ne lis pas. J’ai essayé de brûler la première que j’ai reçue, mais Phèdre l’a arrachée des flammes. Depuis, elle les garde pour moi. Elle dit que je serai heureux de les avoir, un jour ; peut-être est-ce vrai. Au cours de ma courte vie, j’ai vu bien des choses que beaucoup n’auraient jamais crues possibles. Néanmoins, je ne parviens pas à imaginer que je pourrais jamais souhaiter lire ce qu’elle m’écrit. Cela n’est pas si fréquent, mais il arrive que Phèdre ait tort parfois. Comme il est étrange aujourd’hui de songer à quel point je l’ai méprisée au début. Au sein du zénana de Daršanga, Phèdre nó Delaunay, comtesse de Montrève, n’avait absolument rien d’une héroïne venue là pour me sauver. Avec ses mines délicates et gracieuses de courtisane d’Angeline, elle avait plutôt l’air toute prête à se vautrer dans les pires dépravations que le Mahrkagir aurait dans l’idée de lui proposer. Tel était le cas, d’ailleurs ; et je la haïssais pour cela. Je la haïssais tellement que sa simple vue m’était insupportable. Et Joscelin… Je haïssais Joscelin également. Je pensais qu’il avait trahi tout ce qu’il y avait de noble et de bon en Terre d’Ange pour descendre aussi bas qu’il était possible à un guerrier. J’avais tort. Ils étaient bien plus que cela, tellement plus. Ils étaient mon salut, et le salut de bien d’autres
encore. Pas de tous, mais d’un grand nombre. C’est un démon atroce qui a été éliminé de ce monde, la nuit où, tous les prisonniers du zénana réunis, nous avons écrasé les forces du Mahrkagir. Phèdre dit que c’était la volonté d’Elua le béni. Est-ce vrai ? Moi, je veux le croire. Dans la lumière du jour, entouré de leur affection, quoi de plus simple ? Nous sommes une famille. Nous avons émergé de la terrible citadelle de Daršanga, tous les trois ensemble, salis et brisés, et nous nous sommes guéris en devenant un tout, neuf et soudé. Je prie pour que n’advienne plus jamais ce qui nous est arrivé, aussi longtemps que je vivrai. Quel que soit le destin qui m’attend, je passerai ma vie dans l’ombre de la grandeur, mais jamais je ne la convoiterai. Au bout du compte, à bien y songer, je ne crois pas qu’il y ait de la grandeur en moi. J’aimerais qu’il en soit autrement, mais c’est ainsi. Je ne suis pas comme Phèdre, ni comme Joscelin non plus – lui dont le rôle fut encore plus difficile à certains égards, lui qui est toujours demeuré à ses côtés, lui dont les cicatrices clament la valeur et le courage. Je n’ai qu’un seul souhait : entrer dans l’âge d’homme d’une manière qui ne fasse pas honte à ceux que j’aime. Et je prie pour que ce ne soit pas trop demander. À la lumière du jour, je peux éprouver des moments de bonheur et sentir mon cœur se gonfler d’espoir. Parfois, les émotions qui m’emplissent – l’amour, la joie – sont si fortes que c’en est comme si ma peau était trop étroite, comme si mon cœur allait jaillir hors de ma poitrine. Je suis heureux alors, heureux d’être en vie. Mais dans les ténèbres de la nuit, il en va tout autrement. La nuit me reviennent les souvenirs. Je me souviens du Mahrkagir et de ses yeux noirs et insondables ; je me souviens de ce qu’il m’a fait, et de ce qu’il m’a obligé à faire. Je me souviens de sa voix me susurrant d’un ton joyeux les agonies atroces qui m’attendaient. Je me souviens des autres, tous ces seigneurs de guerre qui avaient fait de moi leur jouet. Je me souviens du fouet sur mon dos, du baiser intolérable du fer rouge sur ma peau, de l’odeur horrible de ma propre chair brûlée. Parfois, des cauchemars me viennent et je m’éveille en hurlant. Il m’est bien difficile en ces instants de croire en l’existence du bien. Je m’y efforce cependant. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas trop penser aux fils emmêlés de la destinée, qui ont jeté en enfer l’enfant que j’étais, pour m’en sortir ensuite, transformé, à la fois comme si une chose m’avait été ôtée et une autre donnée. J’ai perdu mon enfance à Daršanga, mais je suis parvenu à en recouvrer certains fragments, essentiellement à Montrève, le domaine de Phèdre. Elle en a hérité de son seigneur Anafiel Delaunay de Montrève, qui avait acheté sa marque lorsqu’elle n’était qu’une enfant, avant de l’adopter comme elle-même m’a adopté. Mais c’est une longue histoire qu’il ne m’appartient pas de raconter. Montrève se niche dans les montagnes de la province d’Angeline du Siovale, un lieu qui me rappelle mon enfance au sanctuaire d’Elua. Là-bas, je suis chez moi. Je suis Imriel nó Montrève, et certainement pas Imriel de la Courcel. J’y ai pour moi les montagnes, l’écurie et le chenil, et j’y compte même quelques amis ; l’intendant du domaine et sa femme ont une flopée d’enfants toujours de bonne composition. Je serais heureux de demeurer là-bas en permanence ; et Joscelin aussi, je crois, tant les intrigues de la cour ne sont pas de son goût. Mais la reine exige son dû, et il nous faut alors regagner la Ville d’Elua pour être à ses côtés. Joscelin est son champion et Phèdre l’une des confidentes qu’elle apprécie le plus. Et moi, je suis prince du sang, troisième dans l’ordre de succession au trône. Le sang d’Elua le béni coule dans mes veines ; du côté de mon père, tout au moins. Je n’en ai jamais tiré nulle fierté. Elua et ses Compagnons ont libéralement répandu leur semence ; tout le monde en Terre d’Ange peut se prévaloir d’être le lointain rejeton d’au moins l’un d’entre eux. Néanmoins, les grandes maisons du royaume ont préservé la pureté de leur lignée, du moins le prétendent-elles. C’est pour elles une source d’orgueil et de vanité, voire d’intolérables préjugés. Je suis bien placé pour le savoir. J’ai été conçu parce que Benedict de la Courcel voulait donner à Terre d’Ange un héritier de pure lignée d’Angeline. Pour mon père, cet objectif valait bien une trahison. Reconnaissons-lui cette qualité, la reine Ysandre n’a pas la même vision des choses. Son union avec Drustan mab Necthana, le Cruarch d’Alba, est le fruit d’une véritable histoire d’amour. Ensemble, ils règnent sur deux pays. J’aime beaucoup Drustan, et j’aimerais aimer ma reine un peu plus, mais cela m’est difficile. J’ai longuement voyagé avec Phèdre et Joscelin après qu’ils m’eurent sauvé. Ysandre a été en colère, terriblement en colère, qu’ils aient mis si

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