Le bois de Boulogne (roman gay)

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Le Bois de Boulogne

de Serge Kandrashov

Serge Kandrashov, écrivain d'origine russe, vit en France depuis 2001, date à laquelle son orientation sexuelle lui a permis d'obtenir un statut de réfugié.

Dans Le Bois de Boulogne - Porte Dauphine, son premier livre, il raconte avec une sincérité émouvante sa découverte de ce lieu connu pour sa vie nocturne agitée.

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Publié le : lundi 7 février 2011
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EAN13 : 9782363070104
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Sommaire

Préface

Récit 1

Récit 2

Récit 3

Récit 4

Récit 5

 

 

Le bois de Boulogne

Première partie

Porte Dauphine

… lieu où les rêves des homosexuels

deviennent réalité…

Serge Kandrashov

Préface

d’Éric Jourdan

Au lecteur

En 2001, j’ai fui mon pays natal à cause de mon orientation sexuelle qui rendait ma vie si compliquée que la seule issue qui me parut possible, à part une mort prématurée, fut l’émigration.

J’avais déjà 29 ans, à cette époque, et je pensais naturellement être au courant de tout ce qu’on peut savoir sur l’homosexualité en général. Mais en refaisant ma vie privée dans ma nouvelle patrie, la France et en grande partie à Paris, le plus souvent en fréquentant le bois de Boulogne – site touristique français, au même titre que Notre-Dame ou Montmartre, dont la réputation se transmet de génération en génération par le bouche à oreille – j’ai appris, découvert et essayé certaines pratiques qui m’ont ouvert les yeux et ont bouleversé l’idée que je me faisais de l’homosexualité. J’ai vu à quel point ses frontières sont larges, fluctuantes et imprécises et, un beau jour, j’ai compris combien j’étais encore immature, presque vierge à 29 ans, avant mon arrivée à l’Ouest. J’ai été choqué par les différences entre ces deux périodes de ma vie.

Ces récits racontent l’histoire et la chronique de cette seconde partie, acquise à un rythme peut-être très rapide dû à mon manque d’expérience précédent dans ce domaine.

« Porte Dauphine », la première partie de la trilogie que je souhaite publier relate mes débuts dans la société des homosexuels du bois de Boulogne, un lieu qui reste encore pour moi une énigme, malgré tout le temps passé à l’étudier. À cette époque, je ne savais pas encore, comme je le sais maintenant avec certitude, qu’il existait également « une cour des miracles » du sexe que je me propose de décrire dans les parties suivantes.

Récit 1

Au bois de Boulogne

 

Vers sept heures du soir, l’un des derniers jours du mois de novembre 200…, au terminus de la ligne n° 2 du métro parisien, station « Porte Dauphine », un jeune homme, âgé d’une trentaine d’années descendit de la rame avec quelques rares passagers. De son pas élastique et décidé, il dépassa rapidement les voyageurs des voitures de tête et s’envola littéralement dans les escaliers. Après s’être glissé dans l’entrebâillement de la porte d’entrée, laissée ouverte par le courant d’air, le jeune homme surgit à la surface. Dans son dos se profilait une grande avenue, l’avenue Foch, réputée être l’une des plus belles avenues du monde.

Dans la journée, l’avenue Foch émerveille les passants par son architecture. Chaque construction est un véritable hymne à la noblesse, ancienne et moderne. Le soir, les promeneurs sont pris d’un sentiment de jalousie envers ceux qui occupent de tels logements, quand ils illuminent les pièces et que, par les vastes fenêtres aux volets ouverts – selon une loi officieuse de l’aristocratie – ils exposent aux regards leurs intérieurs exquis. Bien aménagée, plantée d’arbres de différentes espèces, avec d’immenses gazons, l’avenue prend une telle envergure que sur le plan de la ville, la voici représentée par de larges traits verts, qui partent de l’Arc de Triomphe et débouchent sur une place qui porte le nom d’un grand stratège français de la seconde guerre mondiale : le Maréchal de Lattre de Tassigny. Cette place, en forme d’un grand rond-point pour la circulation, est encombrée jour et nuit par un trafic ininterrompu. À présent, elle étincelle de tous ses feux, devant le jeune homme, éclairée par les phares des voitures.

En plus de l’avenue Foch, plusieurs voies et boulevards s’élancent à partir du pourtour de la place. En sous-sol, sous l’axe imaginaire du rond-point, passe le périphérique dont les nombreuses bretelles d’entrées et sorties communiquent avec la surface.

Le jeune homme a commencé par contourner la place par la droite. Il s’est d’abord habilement faufilé entre les voitures garées bien serrées de chaque côté du passage bitumé, face à la bouche du métro. Puis, à l’instar d’un navigateur qui connaîtrait parfaitement le passage d’un détroit entre les récifs, il a louvoyé avec assurance entre les deux îlots de végétation aux pelouses toujours vertes. L’une d’elles était plantée de pins, qui semblaient danser une ronde, l’autre était occupée par de hauts arbres dont les couronnes de feuilles se perdaient dans la nuit. Les deux pelouses étaient bordées d’un grillage décoratif en fer. Le jeune homme resta un instant immobile au milieu du passage piéton conduisant de l’autre côté du boulevard de l’Amiral Bruix, comme l’indiquait la plaque d’orientation fixée à un réverbère.

À droite au loin, illuminé par une centaine de hublots, tel un vaisseau spatial prêt à décoller, s’élevait le Concorde Lafayette, un hôtel panoramique ultramoderne, dont les lumières rouges des lettres de l’enseigne en néon se découpaient sur le toit dans le ciel noir. À ses pieds, scintillait un nuage d’étincelles violettes. C’était la façade du Palais des Congrès avec son éclairage nocturne féerique, en forme d’écran géant rectangulaire. À côté, une vingtaine de pas plus loin, le jeune homme pouvait voir l’énorme ventre du tunnel où s’engouffrait le périphérique. Il dut traverser les voies radiales avec beaucoup de prudence car les voitures qui passaient pour déboucher sur la place ou s’en éloigner roulaient à grande vitesse.

Après avoir longé la place sur un demi-cercle, il se retrouva enfin sur un terrain plus calme. L’itinéraire qu’il emprunta par la suite pouvait sembler un peu étrange à cette heure tardive. En effet, au lieu de poursuivre son chemin le long d’une des nombreuses voies éclairées, comme celle menant vers le Lac Inférieur, autour duquel on pouvait encore voir des amateurs de jogging s’entraîner dans le crépuscule, ou encore en direction de l’allée de Longchamp où circulaient les bus ; le jeune homme se dirigea plutôt vers l’arrière cour de l’élégant restaurant « Pavillon Dauphine », évitant soigneusement l’éclairage de la rue, puis sans ralentir le pas, il continua vers la masse sombre et profonde du bois de Boulogne qui jouxtait la place.

À le voir s’enfoncer de plus en plus profondément dans les ténèbres, sans aucune hésitation ni sans sembler éprouver, malgré la nuit, le moindre sentiment de crainte face à la forêt, on pouvait deviner que le jeune homme ne venait pas dans ces lieux pour la première fois.

Le temps, ce soir-là, était particulièrement doux pour la saison. Seules les soirées de la première quinzaine de septembre offrent une telle douceur, une sérénité due à la caresse d’un vent doux et humide.

Engagé sur un petit chemin de terre, le jeune homme continua jusqu’à une fourche et croisa alors un autre chemin semblable au premier. Il avait devant lui la possibilité de poursuivre dans trois directions différentes. Après un instant d’hésitation, il choisit la droite parce qu’il avait eu l’impression d’y apercevoir une silhouette humaine.

En avançant, il comprit qu’il ne s’était pas trompé. Un peu plus loin, un homme se tenait débout et son apparence lui fit penser qu’il s’agissait d’un homme de couleur. À cet endroit, le sentier que le jeune homme avait emprunté croisait une allée, deux fois plus large. Celle-ci était bordée d’arbres alignés sur ses deux côtés. Peu après le croisement, se trouvait un banc de bois. Le jeune homme se rapprocha du banc, sans toutefois s’y asseoir. Il s’accota simplement contre le dossier et posa sur le siège la jambe qui ne lui servait pas d’appui, à la recherche d’une position confortable. Ainsi se retrouva-t-il face à l’allée, ce qui lui donnait la possibilité de contempler la perspective devant lui, tandis qu’en tournant légèrement la tête, il pouvait facilement observer, à quelques mètres de là, les agissements du premier individu aperçu par hasard, qui se déplaçait à petits pas vers la lisière du bois.

Durant les premières secondes dans cette position, le jeune homme resta très tendu, comme oppressé. Son immense intérêt pour cet objet animé et l’envie de contact qu’il éprouvait provoquèrent l’arrêt artificiel de sa respiration. Mais très vite, sa vue perçante lui fit remarquer deux détails qui finalement le dissuadèrent de chercher à s’approcher de l’inconnu. Tout d’abord celui-ci, qui se balançait sans cesse d’un pied sur l’autre, semblait avoir au moins dix ans de plus que le jeune homme. Par ailleurs, ses vêtements attirèrent particulièrement l’attention du nouveau venu. Non seulement leur aspect était démodé et extrêmement modeste (ce qui, pour le jeune homme, n’avait pas vraiment d’importance), mais surtout ils étaient usés et d’une malpropreté évidente. Bref, cet aspect physique faisait penser à quelqu’un en grande difficulté sociale.

Soudain, une autre silhouette masculine apparut au milieu de l’allée, comme surgie de terre. Vraisemblablement, l’homme sortait de la forêt (car il ne pouvait venir d’ailleurs), et très doucement – son but n’étant manifestement pas de se rapprocher mais plutôt d’attirer l’attention – il se décida finalement à avancer vers le jeune homme. Pour celui-ci, cette lenteur – deux pas par minute – s’avéra une épreuve insupportable, une attente trop longue et une véritable torture pour ses nerfs en état de tension extrême. N’y tenant plus, sans pouvoir attendre que l’individu dans son étrange ballet finisse par se rapprocher de lui, le jeune homme partit à sa rencontre.

On voit parfois des propriétaires de chiens, en train de promener leur animal, qui décident tout à coup de leur enlever leur laisse. Les chiens se mettent alors à courir l’un vers l’autre, se reniflent longuement, cherchant à tout prix à mettre leur nez sous la queue de l’autre. La rencontre du jeune homme avec l’individu sorti de la forêt était un peu semblable à ça. Le deuxième individu non plus n’avait peur de rien, au contraire, montrant ostensiblement son courage, il changea brusquement de trajectoire et bifurqua vers le jeune homme, en le regardant dans les yeux.

Le jeune homme ne fut pas bouleversé par cette familiarité soudaine et n’eut aucun mouvement de recul, parce que lui-même y trouvait son intérêt. Tout ce qu’il fit après fut simplement d’agir comme un petit chien vif qui, n’ayant pas trouvé ce qu’il cherchait sous la queue de son congénère, l’abandonne avec indifférence et rejoint en courant son propriétaire qui avait continué à marcher. De la même façon, le jeune homme accéléra le pas et s’éloigna de ce deuxième individu étrange, évitant tout contact avec lui.

C’était de nouveau un homme beaucoup plus âgé que lui, il semblait d’une cinquantaine d’années, le type purement intellectuel : visage bien rasé, portant des lunettes avec une belle monture à la mode, un manteau noir grand ouvert, sous lequel brillait une chemise sans cravate, une écharpe autour du cou, toute sa personne était environnée d’un nuage à l’odeur agréable.

Dans la vie, le jeune homme n’avait rien contre les intellectuels : il considérait même faire partie de ce groupe social, mais ce soir-là, à cet endroit-là, il était à la recherche d’autre chose et ce type d’homme ne faisait que l’irriter. Au fond de lui, il attendait quelque chose de différent. Mécontent, grommelant même sans s’en apercevoir, il s’éloigna rapidement. Le bois devenait moins dense. D’un côté, on apercevait déjà un terrain de jeux pour enfants. De l’autre, dépassait un monticule entouré d’une haie vive bien taillée, à la façon d’un jardin d’agrément, bien visible à cause du fort éclairage qui provenait de la chaussée située directement devant lui. C’était l’allée de Longchamp, déjà évoquée, sur laquelle les voitures circulaient sans arrêt dans les deux sens.

Le jeune homme s’arrêta brusquement et regarda autour de lui, mais il n’y avait absolument personne. Cela le rendit encore plus mécontent et, faisant demi-tour, il repartit dans la direction par laquelle il venait d’arriver. Il ne marchait plus mais avançait par à-coups comme quelqu’un qui va se mettre à courir.

Parvenu au niveau du banc près duquel il s’était reposé quelques minutes, le jeune homme remarqua soudain l’homme de couleur qui se trouvait toujours au même endroit à la lisière du bois. Devant lui, le même intellectuel téméraire se tenait dans une pose saugrenue : accroupi, la tête au niveau de l’aine de l’autre…

« Bon ! » – une pensée éclair traversa l’esprit du jeune homme. – « Celui avec les lunettes est tout comme moi, collectionneur de statuettes d’ébène… Voilà comment finissent son intellectualité et son aplomb initial. »

Dans sa vie diurne, ce devait certainement être un enseignant, farci de connaissances, ou encore un responsable ou un cadre au sein d’une entreprise de transport public, par exemple, donnant des ordres à des dizaines de subordonnés… et le voilà à genoux devant le premier passant qu’il croise, craignant de ne pouvoir trouver mieux ou de rester sans rien. Qui plus est, volontairement, ils ne se sont pas cachés dans le bois. Ne pouvant pas obtenir de satisfaction totale l’un de l’autre, ils attirent intentionnellement l’attention des passants, leur proposant de devenir le troisième ou même…pourquoi pas…le quatrième.

« Je vais me rapprocher, je vais regarder les détails… », c’est l’idée qui surgit dans la tête du jeune homme, mais à peine en prenait-il conscience qu’une autre pensée aussitôt venait chasser la première, comme une avalanche en train de débouler. « Mais non, pas aujourd’hui quand même ! » Alors le jeune homme quitta l’allée, tournant brusquement sur le côté.

Il tomba sur la fin ou le début d’un sentier apparu dans le sous-bois qui menait vers la profondeur du bois, exactement dans la direction opposée à l’endroit qu’il venait de quitter.

Après la scène à laquelle il avait assisté, le jeune homme sentait qu’une partie de son corps, située à l’avant de son anatomie, était devenue dure et tendue. Tout en continuant à marcher, il dut plusieurs fois remettre la chose en place.

Rapidement, il s’était retrouvé dans la forêt très épaisse. L’heure se faisait toujours plus tardive et la nuit devenait encore plus noire, mais les capacités visuelles du jeune homme, loin de s’affaiblir, ne cessaient de s’améliorer. Ses yeux s’adaptaient tout simplement à l’obscurité. Maintenant, non seulement distinguait-il la taille des objets : les grands troncs d’arbre et les clairières, mais aussi chaque zigzag de l’étroit sentier qui serpentait dans la forêt ainsi que tous les obstacles qui s’y trouvaient.

La lune n’était pas encore tout à fait pleine, et plus puissants qu’elle, les lampadaires des routes alentour, éclairaient la forêt à travers les arbres que l’arrivée de l’automne laissait déjà sans feuilles. Les silhouettes de certains d’entre eux ressemblaient à de gigantesques balais dont le manche aurait été piqué dans la terre.

Dans cette lumière, le jeune homme pouvait devenir une proie appétissante et convoitée pour des amateurs d’aventures à fort intérêt sexuel, comme lui.

Il mesurait un peu plus d’un mètre soixante-quinze. Avec une assez belle carrure, ni maigre ni gros, il était de corpulence moyenne, ce qui témoignait de la bonne santé de son organisme. Il connaissait bien ses atouts. Le soir même, quelques heures à peine auparavant, il était passé chez le coiffeur : shampooing, coupe courte et brushing. N’importe quel homme, même le plus indifférent à son apparence, sait qu’une bonne coupe produit un effet magique. Grâce aux outils et aux mains habiles du coiffeur, tout individu ressort avec un nouveau visage, comme s’il avait retrouvé sa jeunesse. Cet effet, de très courte durée, disparaît après quelques jours, tout au plus au bout d’une semaine, en s’estompant comme la vibration d’une corde.

Ce soir-là, ce phénomène était à son apogée sur le jeune homme.

Depuis sa naissance, son visage possédait des traits attirants et, avec sa nouvelle coupe, il se trouvait une nouvelle beauté toute fraîche. Pour rendre cette beauté la plus virile possible, ce à quoi il était depuis toujours très attaché, le jeune homme avait conservé une barbe de deux jours. Pour les inconditionnels de la mode, ses vêtements pouvaient paraître excessivement simples et ne pas être dans l’esprit des tendances actuelles, mais ils étaient soignés et neufs. L’intention cachée derrière cette simplicité consistait là encore à renforcer son apparence masculine et virile.

Il serait naïf de penser qu’il ne savait rien de son attirance, au contraire, il en était conscient depuis toujours. Une fois sorti du salon de coiffure, alors qu’il marchait dans les rues ou prenait le métro, sa perception avait été maintes fois confirmée par les regards intéressés que lui adressaient les représentants de deux sexes.

C’est pour cela qu’il ressentait maintenant, dans ce bois, comme jamais auparavant, la force de son charme. C’était la raison pour laquelle il n’avait pas peur et ne se précipitait pas dans ses choix. Il était sûr de lui et persévérant dans sa quête.

Dans sa tête, soyons clairs, il n’y avait qu’une seule pensée, qui tournait comme une toupie : « Aujourd’hui, je suis là pour régner. Je vais ramasser la crème. Ce sera mon jour, ou plus exactement, ma nuit ».

À plusieurs reprises, il avait croisé des individus qui se tenaient immobiles, sans le moindre bruit, dans les clairières ou qui, au contraire, attiraient volontairement l’attention dans les broussailles en secouant les branches des arbres et les buissons. Il y avait aussi ceux qui se trouvaient sur son chemin et, sans la moindre gêne, le regardaient droit dans les yeux, mais tout cela le laissait indifférent et sans aucun geste en retour. Sa seule réaction consistait à se répéter, en murmurant pour lui-même, passionnément et pathétiquement, comme s’il s’adressait au public sur la scène d’un théâtre : « Et dire que personne, parmi ceux qui roulent dans leurs voitures, à côté, ne soupçonne que ce bois – que l’on pourrait croire désert et silencieux – grouille en réalité de chasseurs et de proies. »

Finalement, après une demi-heure d’errance dans la captivante flore nocturne, il sortit par une percée qu’il connaissait bien et qu’il avait découverte au cours de ses visites diurnes en ces mêmes lieux.

Au milieu de cet espace ouvert, à côté d’un magnifique sapin branchu, sous lequel notre promeneur s’était souvent protégé d’une pluie soudaine, il remarqua un grand gars élancé qui semblait sympathique. Celui-ci mesurait une tête de plus que le jeune homme et portait un jean de couleur claire (tirant vers le bleu) ainsi qu’un chandail beige, clair lui aussi, avec de grandes boutonnières, qui lui servait de blouson dans la douceur de cette soirée.

Le jeune homme se fit la réflexion que l’inconnu avait peut-être volontairement choisi de porter des vêtements de ton clair car il s’agissait, cette fois encore, d’une personne de couleur et que cela donnait un effet de contraste intéressant. Mais à la différence du premier, celui-ci était très jeune, élégant, habillé avec un goût qui témoignait une attirance pour la mode. On remarquait de loin son apparence soignée qui révélait également une certaine aisance financière.

Face à cette vision bouleversante et inattendue, le jeune homme fut soudain pris d’un sentiment de ravissement. Il se rapprocha spontanément et ne s’arrêta qu’une fois rendu tout près du sujet qui l’avait tant ému.

Une situation inconfortable s’ensuivit aussitôt dont le jeune homme se sentit totalement responsable. Il voulut entamer la conversation et, en même temps, ne parvint pas à le faire. Sa raison déjà tout embrouillée par un sentiment d’amour, il perdit tout son courage, si indispensable dans ce genre de situations.

« Je couvrirai son corps de baisers. Toi qui vois chaque instant de ma vie et connais toutes mes pensées, je t’en prie, fais que ce trophée me revienne… » – tout excité, le jeune homme priait avec frénésie dans sa tête.

Soudain, le beau garçon fit un pas pour s’éloigner et une branche craqua sous ses pieds. On aurait pu penser alors que d’ici quelques secondes, il allait disparaître à jamais dans l’abîme de la forêt. Le cœur du jeune homme se mit à battre plus fort. C’est alors que le garçon de couleur s’est brusquement tourné vers lui et qu’en souriant, il l’a invité à venir plus près. Le jeune homme ne se fit pas prier et obéit aussitôt. Non sans raison, il songea que ce soir était vraiment sa soirée.

« Bonsoir ! lui dit l’adolescent d’un ton bienveillant, tu cherches quelque chose ? »

Sa voix était très douce ; il prononçait chaque mot distinctement et ses yeux en amande brillaient avec malice.

« Oui, exactement, je cherche quelque chose, lui répondit le jeune homme, son accent étranger le trahissant d’emblée.

— Et quoi donc ?, demanda l’adolescent tout en se penchant légèrement pour mieux entendre la réponse.

— Eh bien… Comme on le dit ici…, un moment de plaisir. »

Cette réponse fit rire l’adolescent, toujours bienveillant. Puis il demanda :

« Tu viens souvent ici ?

— Non, pas souvent, parce que j’habite une autre ville, répondit le jeune homme comme à un examen, toujours avec son accent, mais sans faute de grammaire.

— Quelle ville ?

— À Orléans, tu connais? »

Et sans attendre la réponse, il expliqua que cette ville se trouvait à un peu plus de 100 km au sud de Paris.

« Pourquoi es-tu donc à Paris ?

— Je suis venu deux jours pour régler des questions administratives.

— Je comprends… mais tu n’es pas français, tu es étranger, de quel pays viens-tu ?

— Oui, je suis étranger. Ma langue maternelle est le russe, mais je suis citoyen d’un autre pays, beaucoup plus petit que la Russie. À l’époque de l’URSS, ce pays faisait partie du bloc soviétique. Aujourd’hui, il est indépendant : c’est la Biélorussie. Ça se trouve à l’ouest de la Russie, nous avons une frontière commune avec la Pologne. »

Sur le visage de l’adolescent, on pouvait lire que tous ces détails n’éveillaient rien dans sa mémoire, car il n’avait jamais entendu parler de ce pays auparavant. Le jeune homme abrégea donc cette parenthèse géopolitique :

« Mais en réalité, c’est presque la même chose que la Russie. Je suis en France depuis bientôt deux ans. Pour quelle raison ? Ce n’est pas facile à expliquer en deux mots. Pour être bref, j’attends la décision de l’administration pour rester vivre et travailler ici. À Orléans, je partage le toit d’un Français de souche qui m’héberge et me fournit une adresse officielle pour la durée de la procédure. C’est tout !

— C’est bien ! C’est génial ! Mais que fais-tu ici, comment tu connais cet endroit ? » Il n’arrêtait pas de poser des questions, l’une après l’autre.

— Avant d’aller à Orléans, j’ai vécu seul plus d’un an à Paris et, bien entendu, je venais ici.

— C’est clair ! »

L’interlocuteur du jeune homme exprima sa compréhension sur un mode du même type. Puis, simplifiant sa façon d’être et adoptant le comportement propre à une relation amicale, il ajouta :

« Et alors, que viens-tu chercher ici exactement ? Tu es actif ou passif ?

— Je ne suis pas passif, répondit le jeune homme sans la moindre hésitation, avant de préciser : « Plutôt la première option. »

— Vraiment ? »

Un sentiment de satisfaction non dissimulée se lisait sur le visage du jeune garçon.

« Comment t’appelles-tu ? » demanda l’adolescent au jeune homme.

Ce dernier lui donna la traduction de son prénom :

« Dans mon pays, on m’appelle Gueorgui, mais ici je préfère Georges, tout simplement.

- Laurent ! se présenta l’adolescent à son tour. Écoute, Georges, si tu veux, on pourrait s’éloigner un peu », et de la main, il a indiqua la direction de l’allée de Longchamp. « Parce qu’il y a beaucoup de monde par ici » et comme pour illustrer ses propos, l’espace où il se tenait, qui était resté vide jusque là, se remplit tout à coup de silhouettes arrivées en coup de vent.

« Bien sûr, on y va », répondit Georges joyeusement. Et ils partirent à petits pas à la recherche d’un endroit isolé.

En chemin, Georges à son tour se mit à questionner son compagnon :

« Maintenant à toi ! Parle-moi un peu de toi. Tu es Français ? Où es-tu né ? Quel âge as-tu ? »

Les réponses données par Laurent lui apprirent qu’il avait la nationalité française, qu’il était arrivé à Paris un an plus tôt, en provenance de la Réunion, une île de l’Océan Indien où il était né.

« Je rêve d’y aller, au moins une fois dans ma vie, » répondit Georges.

Le lieu de naissance de Laurent expliquait son apparence, ses traits asiatiques, métissés indiens, bien que peu prononcés, étaient quand même évidents. Il avait 26 ans. Son âge surprit Georges, car il avait cru, au premier regard, que le garçon était beaucoup plus jeune. Il lui en fit la remarque, à la façon d’un compliment que son destinataire reçut avec coquetterie :

« Je sais, tout le monde me dit que je ne fais mon âge. »

Georges lui dit qu’il avait 31 ans.

En peu de temps, ils s’étaient bien éloignés de l’endroit où ils avaient fait connaissance et avaient quitté le sentier pour s’engager directement dans le bois. Georges marchait devant, Laurent le suivait, mais plus lentement et prudemment. Son physique et ses mouvements évoquaient une gazelle alerte sur ses fines pattes, craintive et prudente, toujours sur le qui-vive et prête, au moindre danger, à s’enfuir au galop.

Georges s’arrêta près d’un conifère au tronc solide et il attendit que sa nouvelle connaissance le rejoigne. D’un geste, il lui fit signe d’appuyer son dos contre l’arbre.

« Avant tout, je veux t’embrasser », lui dit-il. Et sans tarder, il colla ses lèvres sur les siennes et glissa ses mains sous le pull bouffant de Laurent.

Celui-ci ne resta pas inactif. Il défit la ceinture que Georges portait sur son pantalon de velours côtelé. On entendit le cliquetis des parties métalliques, puis Laurent glissa sa main dans l’accès qui s’était ouvert. Georges l’interrompit, en le suppliant tout bas :

« Attends, je t’en supplie, ne sois pas si pressé. Je ferai tout ce que tu veux, mais d’abord laisse-moi faire. »

Puis, à son tour, il déboutonna complètement le jeans de Laurent, et le descendit jusqu’à ses genoux. Alors, Georges s’accroupit et se mit à embrasser ses jambes nues, en remontant peu à peu…

« Tu veux le faire ?, pour une raison inconnue, la voix de Laurent semblait comme déçue.

— Oui, je le veux. J’adore le faire. » Il y avait dans sa réponse tous les accents de sincérité que son être pouvait exprimer.

Laurent ne put que se soumettre. À son tour, il sentit le plaisir monter en lui tandis que la partie de son corps cachée sous le tissu parfaitement blanc de son slip en coton se raidissait. Quand Georges y posa la main, ce n’est pas le volume mais la longueur peu commune qu’il remarqua. « Ondulé » fut l’adjectif qui lui vint à l’esprit pour décrire ce qui, sous ses doigts, n’avait pas encore atteint sa forme totalement dure.

Toute la région inguinale de Laurent était parfumée d’une odeur très agréable et la peau de ses fesses était très délicate, un peu glissante, comme après une application d’huile aromatique.

Soudain, son téléphone portable sonna. En se penchant, il le sortit de la poche de son jeans, qui avait glissé jusqu’au sol, et répondit à l’appel. De sa main libre, il s’était mis à remonter son pantalon et à le refermer. Georges, dissimulant son mécontentement, se tenait à côté et, d’un air indifférent, écoutait la conversation.

« Oui, oui… je viens de partir… dans une heure environ. »

La phrase suivante, il ne la comprit que partiellement. De toute évidence, il était question d’une troisième personne. Et puis, il entendit : « Oui, on fait comme on a dit, mais prends en compte qu’il y a des bouchons partout. » Les termes « bouchon » et « circulation », Georges les connaissait déjà et les comprenait très bien, même dans une langue étrangère. « Il est donc en voiture, » en déduisit-il.

À la fin de la conversation, Laurent remit le téléphone à sa place et, avec un sourire confus, entreprit de se justifier :

« Je regrette, excuse-moi, c’était ma copine, nous avons rendez-vous dans une heure.

« Eh, mon petit mignon ! Tu ne peux même pas imaginer ce que je vais dire, si par malheur, on m’appelle », pensa Georges. Puis, comme une vague qui s’abat sur la grève, il se jeta sur Laurent, le coquin, avec une rafale de caresses. En un instant, le jeans de Laurent fut de nouveau à terre et on put à nouveau entendre ses gémissements.

« Tu sais, tu es d’une beauté époustouflante », murmura Georges avec une voix un peu enrouée. Et il fit pivoter le corps de son partenaire en le couvrant de baisers.

Comme s’il avait attendu cet instant, Laurent se pencha complètement en avant. Il posa d’abord ses mains sur ses genoux, puis il prit appui sur le sol du bout des doigts. Enfin, recherchant une position plus confortable, il s’appuya de l’épaule contre l’arbre.

Georges avait devant lui ce jeune corps parfaitement propre et soigné. Il le touchait sans aucune maladresse et, sans honte, il embrassait et caressait l’endroit le plus pudique, objet de tant de plaisanteries.

Au moment où sa langue atteignit le point où la peau est hypersensible, entre les deux hémisphères bruns, fabuleusement beaux, le partenaire de Georges se mit à gémir de plus belle et lui cria presque : « S’il te plaît, fais ce que tu m’as promis tout à l’heure ! »

Georges sentait lui aussi qu’il était au bout de patience, mais il lui manquait encore quelque chose dans cette situation, un élément important à son goût. Il enleva immédiatement et impétueusement la veste noire en tissu synthétique qu’il portait encore et la jeta sur le sol, la doublure sur le dessus.

« Allonge-toi ! »

Laurent parut extrêmement étonné par ce geste. Sa surprise montrait que personne ne lui avait jamais rien proposé de tel. Lui-même n’aurait jamais eu l’idée d’offrir son beau pull en guise de couche.

« Ce n’est pas sale ?, laissa-t- il échapper.

— N’y pense pas ! Allonge-toi !...

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