Le Cœur fou (roman gay)

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Le Cœur fou

de Vincent Koch

— Qui est l’objet de tes fantasmes ?

— Martin !

— Quoi ?

— Martin !

— Martin ?

— On pourrait le réaliser ensemble ?
Sophie, la femme de Jérémie, connaît les penchants de son homme pour les beaux mecs. Et Martin, le meilleur ami de Jérémie, en est un. Pas sûr toutefois que l’idée de coucher avec lui et e le partager avec sa femme ne lui convienne. D’autant plus que Jérémie a rencontré Camille :
Quand je suis sorti de ma cabine, Camille se coiffait. Il m’a souri. Je me suis retrouvé con. J’ai prétexté avoir oublié mon gel chez moi et ai fait de même. Tout contrôler. Je n’allais pas non plus l’emmener boire un café les cheveux en bataille, encore humides de mon passage dans le grand bain chloré.

Pas question de ne ressembler à rien !

Le garçon n’est pas farouche. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours, sans retenue. Pour l’instant, ce jeune homme me donne une bonne image. J’aurai bien le temps de découvrir les choses qui ne vont pas chez lui.


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Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 279
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363070234
Nombre de pages : 186
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Cover

 

 

 

Le Cœur fou

Vincent Koch

Roman

 

 

Éditions Textes Gais

31 rue Bayen

75017 Paris

 

 

 

Acte Premier

1

 

98, rue des Bruyères

 

 

20h15

 

Pas besoin de dîner ce soir.

Les murs blancs de notre chambre accueillent la pornographie de nos corps endiablés. Elle est venue me chercher tout à l’heure. Les enfants n’étaient pas encore couchés. Pourtant, au milieu de la cuisine, ses mains, expertes et volontaires, sont venues se saisir de mon membre. Les pions étaient posés. Il ne restait plus qu’à jouer la partie.

La porte de la chambre des enfants n’était pas encore fermée que déjà ma douce et aimante épouse me déboutonnait la braguette. Je suis ce corps qui me guide au bout du couloir rejoindre notre nid d’amour et de sexe. Les dés sont jetés. La partie a commencé.

Sophie m’arrache un à un chacun de mes vêtements. Rien ne doit résister à la folle envie qui la traverse en cet instant. Pour rien au monde je ne saurais lui résister. Ses coups de folie sont un joyau. J’aime ce qu’elle met en place. Le feu qui la mitraille. Je me retrouve nu, le sexe fièrement dressé face à elle.

Dans la seconde suivante, ma femme me dévore le sexe de sa langue et de ses lèvres pulpeuses. Il ne me reste plus qu’à jouir de cet instant. Debout. Face à elle.

En un mouvement brusque et généreux, les mains de ma douce me font tomber sur la couvrante de notre couche. Elle continue sa pratique de l’oralité. Je continue de jouir, avec bonheur. Elle mène sa barque et rien ne pourrait la faire changer d’avis. Elle est ma maîtresse. Celle qui se plaît à me mettre à genoux lorsque l’envie la saisit.

Mon sexe humide se trouve d’un coup seul au milieu de la pièce. Sophie arrache ses vêtements et les jette au sol comme de vulgaires morceaux de haillons. Elle nue. Moi nu. Mon sexe. Le sien. La vie. Elle jette son corps contre le mien. Me chevauche et entame un ardent va-et-vient.

Mon corps se cambre sous le désir des coups déchaînés de ma douce. Je subis l’instant, en jouisseur. Elle connaît la cadence, sait l’imprimer et ne recule devant rien. Jamais. Elle comprend mon corps et ses réactions, à croire que je n’ai aucun secret pour elle.

Je la regarde mettre ses doigts à l’intérieur de sa bouche. Je sais ce qu’elle a en tête et comment elle va le réaliser. Je connais les indices. Quelque part, elle non plus n’a pas de secret pour moi.

Ses doigts qui, quelques instants plus tard, recouverts de salive, s’empressent d’écarter les deux lobes de mon fessier. L’approche est directe et sans détour. La cible choisie sera atteinte rapidement. Alors que mon corps entame les derniers instants avant la jouissance, Sophie pénètre fièrement mon anus, m’arrachant un brame de plaisir. Mon anus se cambre, resserre son élasticité autour de ses doigts fins.

Le flot de semence m’échappe. Je jouis. Je suis engourdi. Mes muscles se raidissent par salves, d’une irrégularité magistrale. Je ne vois plus rien. Ma vue et mon ouïe se brouillent de plaisir.

 

Plusieurs minutes plus tard. Après l’amour. Sophie repose sa tête sur mon épaule. Ses lèvres ravageuses saisissent ma peau pour en aspirer une petite parcelle qui rougira plusieurs jours.

 

— Jérèm ?

— Oui ?!

— Qui est le mec qui te fait le plus bander ?

— Tu veux vraiment le savoir ?!

— Oui !

— Martin !

— Ah, tiens ? Et depuis quand ?

— Toujours ! Ça a toujours été lui !

— Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ?

— Tu ne me l’as jamais demandé !

 

Un temps. Je reprends la conversation à mon compte :

— Alors, toi ?

— Quoi, moi ?

— Qui est l’objet de tes fantasmes ?

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de répondre à cette question ! Dis-moi plutôt ce que tu voudrais qu’il te fasse !

— Réponds et je te le dis !

— Martin !

— Quoi ?!

— Oui, Martin ! Pourquoi ?

— Martin ?!

— Oui ! Où est le mal ?

— Ça ne te gêne pas ?

— Pourquoi devrais-je être gênée ?

— Oui, c’est vrai ce n’est qu’un fantasme !

 

Un nouveau temps. Cette fois, c’est à elle de se ressaisir des mots.

 

— Et si ton fantasme n’en était plus un et qu’il devenait réalité…

— La définition du fantasme veut qu’il ne se réalise pas !

— Laisse-moi finir ! Car s’il se réalisait…

— Il ne se réalisera pas !

— Mais je pourrais aussi le réaliser !

— Pardon ?!

— Oui, réfléchis, on a le même fantasme ! On pourrait le réaliser ensemble ?

— Qu’est-ce que tu en dis ?

— Je ne dis rien ! Je ne préfère pas !

— Rabat-joie !

2

 

6, boulevard du Maréchal Foch

 

 

11h00

 

J’arrive. Premier geste, poser mon blouson et cette sacoche que j’arbore fièrement tel un minet de seize ans. Le deuxième, me faire couler un café allongé tout en ouvrant le journal local négligemment posé sur le comptoir. Le troisième et dernier avant de m’y mettre, boire le café en lorgnant d’un œil discret les informations du jour. Temps passé : cinq minutes. Cinq minutes que j’aurai de moins à faire avant de quitter mon boulot. Cinq minutes de plus qui me rapprochent de ma pause à venir cet après-midi. Cinq minutes de plus ou de moins. C’est toujours important.

 

Sophie est partie de bonne heure ce matin. Elle a emmené les enfants, comme tous les matins. C’est seulement après qu’elle a rejoint ce cabinet immobilier pour lequel elle travaille. Sa meilleure compagnie : Martin.

Avant de venir, j’ai eu toute la matinée pour profiter de leur absence. Dormir un peu plus. Flâner. Rester seul. Petit déjeuner en silence. Ouvrir un livre plus de dix minutes. Bien entendu, chacun de mes matins ne ressemble pas à celui-ci. Ma douce n’étant que peu présente à la maison, je me dois de tenir notre intérieur. Je déteste profondément ça. Mais je le fais. Au moins, elle ne nourrira pas ce reproche. Un peu chaque jour vaut plus que tout d’un seul coup.

 

Maintenant, comme chaque jour, le rush de midi se prépare. Je sais que pendant deux heures tout va se succéder. Les bons et les moins bons clients. Après, ce sera l’heure du ménage de la brasserie, comme si celui de la maison ne me suffisait pas. L’habitude. La vie de tous les jours ou presque. La routine du garçon de café. Je m’y suis fait. Vers quinze heures, j’aurai mes cent vingt minutes de pause quotidienne. Le temps de sortir un peu, aller faire un tour dans un parc, un magasin, fumer une cigarette ou plusieurs, grignoter à l’orée de mes envies. Ensuite, rien de palpitant. La tenue du bar pour la fin d’après-midi.

Dans les bons jours, j’aurai un peu de diversité. Mais, dans les mauvais, la garantie de devoir assister aux débats pitoyables des piliers de comptoir. J’ai alors trouvé la parade. Au bout du comptoir, près de moi, il y a toujours un livre. Les mecs descendent leurs bières pendant que j’ai le temps de laisser vivre en moi quelques histoires épiques.

Certains jours, il y a les réunions de lecture d’un prof de philo, qui sort de son amphi. Cette venue me revigore. J’aurais pu faire partie de leur groupe. Avant. Si j’avais. Mais non. Alors, quand je peux, je vais l’écouter. Cet homme charismatique au physique avantageux malgré ses quarante-cinq ans passés. Barbe mal taillée à la manière d’un poète maudit. Cheveux en bataille grisonnants ou pas. Le costume toujours. Pas de bide dû à la bière. Des yeux transperçants. Parfois je reste quand il n’y a personne à servir. J’écoute ses réflexions. Parfois, souvent, je ne peux pas et ça me gonfle d’avoir à remplir le réservoir de l’autre poivrot qui vient se ravitailler tous les quarts d’heure. Parfois, dans mon malheur, c’est ma collègue, la rouquine que je n’aime pas, qui vient me tenir la jambe. Elle me parle de tout et surtout de n’importe quoi. Ses récits, c’est de la guimauve pour grands-mères. Je n’ai jamais aimé cette fille, mais il a toujours fallu qu’elle me prenne pour son confident, cette oreille attentive et attentiste, qu’elle ne peut sans doute trouver nulle part ailleurs. Alors, je la laisse dire. Je me trouve une occupation, nettoyer des verres trop longtemps restés sur une étagère poussiéreuse, boire café sur café pour aller uriner le plus souvent possible.

De mes collègues serveurs, je préfère la blonde, Marine. Celle avec qui je peux parler de choses et d’autres, jouer les langues de putes, les plus sincères et les plus drôles, pouvoir nous moquer des uns et des autres et de nous-mêmes en premier. Ce qui est bien avec cette fille, c’est de pouvoir parler sérieusement de nos petits tracas. Et puis, lorsque nous sommes ensemble, c’est là que le service tourne le mieux. C’est-à-dire la majorité du temps ou quasiment.

Après toutes ces mésaventures, qui ne suffiraient point pour remplir les pages blanches d’un futur ouvrage comme ceux que je lis, je m’en vais, finissant vers vingt-deux heures le travail de ma journée. Généralement, je grignote quelque chose en rentrant. Le plus fidèlement possible, ce sont pain et fromages qui ont ma convenance. Parfois, un potage ou des crudités que ma douce, si elle a eu le temps, m’aura préparés. Car Sophie n’est pas mieux lotie. Ses horaires sont plus extensibles, mais il y a des jours où nous ne nous voyons pas, ou peu, juste le temps de s’échanger un baiser avant de dormir ou une info capitale sur l’un de nos chérubins. Heureusement, j’ai aussi le temps d’aller me détendre sportivement. Ce n’est pas non plus tous les jours que je termine aussi tard. Parfois les jours où je suis en repos. J’en profite, vers vingt heures, je cours en direction de la salle, m’entraîner, prendre soin de mon apparence. Quand je rentre, cette fois les enfants sont définitivement couchés. Il m’arrive de culpabiliser, mais après tout, il faut aussi que j’aie le temps de décompresser. Non ! Mon travail n’est pas des plus impitoyables, mais je ne suis qu’un être humain. Là où je suis rassuré, c’est de pouvoir compter sur mes parents qui ne vivent pas très loin. Qui prennent le relais lorsque, définitivement, nos emplois du temps sont incompatibles. Au point d’en abandonner quasiment nos enfants sur le bord d’un trottoir, dans l’attente de quelqu’un qui ait du temps à leur consacrer, plus que nous ne le faisons.

Je les regarde dormir, le soir. Ça m’apaise, car je les vois heureux dans leur sommeil. Ils dansent dans leurs rêves. Moi, je les vois grandir, chaque jour un peu plus, avec dans les yeux le bonheur du père que je suis malgré tout.

Notre vie est une vie moderne. Celle de tous les jours, de tout le monde, de chaque instant. Nous essayons de tout donner pour nos anges parce qu’ils méritent d’avoir la meilleure des vies. Mais ce n’est parfois pas sans conséquences.

 

Je me dépêche de poser chaque set de table en papier, chaque couvert, chaque verre, en prenant bien soin de les placer le mieux possible. Quelques clients traînent ici et là dans la salle et m’empêchent d’avancer dans ma mise en place. Peu importe, il va encore falloir bourrer à leur départ, histoire de ne pas se laisser déborder après. Aujourd’hui, Marine m’accompagne au service.

Quand vous travaillez en ville, il vous faut vous habituer aux visites incessantes des personnes que vous connaissez. Ce matin, bien entendu, je m’attendais à tout sauf à celle-ci. Devant moi, en cette fin de matinée, se dresse un Martin venu prendre un café entre deux visites d’appartements. Comme à son habitude, lorsqu’il passe, il reste au comptoir, mais ne peut s’empêcher de venir me faire la bise. Il y a toujours une sorte de frémissement en moi lorsqu’il m’embrasse. J’ai beau le connaître parfaitement bien, un fond de je ne sais quoi me saisit les tripes. Martin a cet air croisé d’un Jocelyn Quiverin et d’un James Dean. Pur hétéro, pur produit à fantasmes d’un amoureux des hommes comme moi.

 

— Ça va, toi ?

— Bah, écoute, comme un vendredi matin ! Tu fais quoi dans le quartier ?

— Je visite un studio meublé pour étudiant !

— Rien de palpitant quoi !

— Á peu près ça ! On va nager demain ?

— Euh, demain, non !

— Tu n’y vas pas ?

— Je ne pense pas, et si j’y vais, je ne sais pas encore vers quelle heure !

— OK. Bah, c’est pas grave, on se fera ça la semaine prochaine !

— Ça marche !

 

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