Le lit

De
Un informaticien libidineux, un pornographe impénitent, une doggeuse montagnarde au postérieur invitant, une adepte du savon thaïlandais et du fist-fucking, une bande de partouzards s’agitent autour d’un objet absent : le lit.
Dans le cabinet qui abrite ce lit, une avocate tente de se débarrasser de son associé en le faisant passer pour pédophile. Trente ans plus tôt, son père, un des associés fondateurs, a liquidé lui aussi un partenaire, mais de manière définitive.
Wilt Chamberlain, Joe Frazier, Mohamed Ali, des champions défilent dans l’histoire parallèle de l’homme de ménage du cabinet, un boxeur privé en sa jeunesse du titre de sa catégorie par une « jument de Troie ». L’Haïtien mène des vies multiples convergeant autour du même lit. Il en révèle l’existence à l’informaticien, qui s’empresse de le squatter à son tour.
Publié le : jeudi 17 janvier 2013
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EAN13 : 9782923445410
Nombre de pages : 122
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Le lit
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Jean-Louis Boudreau
Le lit roman cru
Éditions Mots en toile
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Graphisme et mise en page : Jean Bergeron Correction : Jean-Pierre Rhéaume Photo couverture : Konstantin32 | Dreamstime.com
Les Éditions Mots en toile Téléphone : 514 680-9186 1237, rue Beaudry Montréal, QC H2L 3E3 Courriel : info@motsentoile.ca
Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec — 2013 Bibliothèque et Archives Canada — 2013 ISBN: 978-2-923445-41-0 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés © Éditions Mots en toile 2012
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— Un cheval de Troie !
— Moi, c’était une pouliche de Détroit !
J’avais lancé en l’air la créature et la cité légendai-res, sûr de me trouver seul dans les parages. Il s’en était emparé au vol pour me retourner sa version femelle amé-ricaine. Par une réplique vive mais plus encore intrigante, car il m’adressait la parole pour la première fois vérita-blement, depuis des mois nos échanges se limitant à des civilités laconiques dans les couloirs de ce cabinet du centre-ville, Sigouin, Templeton & Marchessault. Mon travail de maintenance du réseau informatique s’effec-tuait souvent après le départ des juristes, quand m’était accordé le plein accès aux ordinateurs. Avec ses seau et guenilles, l’homme vaquait à sa tâche au ralenti mais de façon continue. Qu’il cherchât à engager la conversation me surprit. Je différai la désinstallation du malveillant logiciel, enfourchant plutôt la monture avancée.
— Une pouliche de Détroit ?
— Sacrée bonne femme ! jura-t-il.
Je le regardai de l’air amusé me semblant convenir ou du moins ne pas discorder. Il me fixa avec une gravité indéfinissable, les mains en appui sur la vadrouille dans une eau brunâtre.
— À deux ou à quatre pattes ?
Il écarta la plaisanterie d’un grognement.
— J’ai pas torché des planchers toute ma vie. J’ai aussi envoyé les meilleurs au tapis.
— Les meilleurs ?
— Dick Tiger, Roger Rouse, ça vous dit rien, hein ?
Awingna hein, fus-je tenté de répondre. — Non.
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— Les deux allongés pour le compte, m’asséna-t-il avec un enchaînement gauche droite étonnamment rapide chez un vieillard.
— Faudrait pas me passer le K.-O. à moi aussi avant que j’achève l’animal. Celui de la machine, crus-je bon préci-ser en évitant le manche au-dessus du bac.
— Une foutue jument, Edwina, sauta-t-il du coq à l’âne, pour dire bêtement comme lui.
— De Détroit ?
 Son œil s’intensifia, signe d’appréciation de mon attention. Ce qui ne l’empêcha pas de s’envoler au loin, atterrissant dans un temple de son culte.
— New York, Madison Square Garden, 16 mai 1967. Quinze mille spectateurs en délire, se réjouit-il un ins-tant, pour se rembrunir en revenant à son Edwina. Elle m’a démoli.
— Une boxeuse ? risquai-je pour me situer.
— Une salope.
Il reprit son train-train quotidien et n’ajouta plus un mot, me laissant en plan, déconcerté. L’étrange person-nage. Je me concentrai sur l’intrus virtuel, vite neutralisé. Dans l’intervalle, le nettoyeur s’était éclipsé.
***
La recommandation d’un restaurateur et tenancier de bar me valait la clientèle de Sigouin, Templeton & Marchessault. Mise à ma disposition en tout temps, une table du Gouleyant réglait une part de mes honoraires, l’autre m’étant versée en liquide, des dollars soustraits à la gourmandise du percepteur. Également pour échap-per au dévorateur fiscal, Rodrigue Templeton troquait des
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conseils juridiques contre un autre liquide, en provenance des meilleures bouteilles de la cave. Nous avions été pré-sentés par le patron au zinc de son Gouleyant.
— J’ai frotté avec de l’alcool comme pour le rouge, mais les taches persistent sur l’écran.
— Les taches ?
— Les taches de sperme.
— De sperme !
— Pas le mien, rassurez-vous, le papier mouchoir inter-cepte la morve. J’ai la main, depuis le temps. Non, celui des étalons.
— Vous vous fichez de moi !
Templeton se fichait en permanence des gueules à portée de ses répliques, ordurières de préférence, sa compagnie m’en convaincrait vite. Cette première fois, la provocation me fit réagir de la façon qui lui plaisait, impulsive et offensée, me figurant un éjaculat et ses dégoulinades sur les pixels d’un PC. Ce qui parut suffire à le convaincre de me confier la responsabilité de son réseau. Il me signa le généreux chèque qui dissipa mes hésitations de m’engager auprès d’un énergumène de la sorte.
Marchessault, Templeton & Sigouin occupait de vas-tes locaux dans les hauteurs d’une tour prestigieuse du centre-ville. Les bureaux des associés et des avocats prin-cipaux circonscrivaient les îlots des subalternes. Intimité luxueuse et promiscuité fonctionnelle, selon la posi-tion dans l’organisation. Succédait à cette configuration une grande salle, dans laquelle devaient s’échanger des turpitudes en quantité, chuchotai-je sans mesurer la per-tinence de la réflexion.
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Je nettoyai à fond les ordinateurs, contaminés par de nombreux virus, vers et autres parasites. Templeton s’avérait le seul responsable des infestations. Il naviguait en effet dans des eaux grouillantes de pirates capables de s’infiltrer par le moindre interstice, à plus forte raison par des écoutilles béantes. Les fichiers système indiquaient clairement les préférences du pornographe : slutmacho, cumspread, assabyss et des dizaines de sites analogues.
— Monsieur Templeton...
— Pas de monsieur Templeton entre nous, tu m’appel-les Rodrigue.
— Difficile, mais... d’accord. Rodrigue...
— Je sais ce qui te tracasse. Enlève tes gants blancs pour parler de saletés. Je ne renoncerai ni à Angel Dark ni à Katsuni, à aucun prix. Je t’ai saisi : t’es un libidineux, comme moi. Et un littéraire déguisé en technicien me divertira de ma galère.
L’obsédé gaspillait quatre à cinq heures par jour sur des sites pornos, pathétiquement retranché derrière un écran, en quête de nouveautés excitantes pour celui qui avait tout vu, tout revu. Je m’alimentais également à l’auge web, évitant cependant les excès pour ménager ma pine et mon imaginaire. Un surcroît de rudesses avait rétréci celui de Templeton comme peau de chagrin, le pri-vant de la peau des femmes véritables, des hommes aussi, semblait-il.
— Même pas des putes ?
— Rien de tangible. Juste de mauvaises pensées. Tu me débarrasseras des dommages collatéraux.
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— Il faut blinder la cuirasse de vos machines.
— Non. Contente-toi de décrasser, et pas de zèle.
— Vous serez envahi par des indésirables.
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