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Résumé
Dans ce deuxième opus de la sérieLes enquêtes érotiques d’une femme flic, Barbara Katts donne une autre dimension à son héroïne fétiche, Sam La Rouge : une héroïne toujours aussi belle, toujours aussi sauvage, toujours aussi sensuelle et, surtout, toujours aussi déterminée à combattre le crime dans une nouvelle enquête inédite. Marseille la belle, Marseille la bleue aux facettes multiples et contradictoires, regorge de sombres secrets et d’anecdotes oubliées. Partout, des débris de machines, de corps, d’illusions, des marques d’un passé, glorieux ou éventré. Samantha Dal Icante, brave, volontaire, indéfectible et très sexy Capitaine de la Brigade Criminelle, accompagnée de son fidèle inspecteur Tony Manetti, est à la recherche de la vérité, aussi macabre et blessante soit-elle. Quel est donc le sens de ces morbides mises en scène où le bourreau entrave un être qui n’a pu que vouloir se libérer ? Quand l’œil qui observe est malveillant, le dénouement ne peut être que lugubre.
Du même auteur Bienvenue en enfer, les enquêtes érotiques d'une femme flic tome 1, Numeriklivres 2015 Les Amours de Charlotte, Éditions Numeriklivres, 2015 Je vous aime, Éditions Numeriklivres, 2015
Barbara Katts
Les enquêtes érotiques d'une femme flic
T2 - LES LIENS DE L'ENFER
editionsNL.com
Jour zéro
Le soleil éclatant de juillet se lève sur Marseille. Comme chaque jour sur la Côte, le cri strident des gabians accompagne les premières lueurs de l’aube. Sam se réveille doucement et écoute avec plaisir ce chant étrange et si peu mélodieux sans lequel, pourtant, la Grande Bleue ne serait pas aussi poétique. Elle étire son grand corps musclé, fait craquer ses articulations et se frotte les yeux. La nuit a été savoureuse. La veille au soir Rico lui a exprimé son amour avec une rare passion et il n’est de meilleur relaxant qu’un exta tique orgasme, suivi d’un autre, puis encore un autre. Son sommeil s’est écoulé sans qu’a ucun mauvais rêve ni fantôme vienne interrompre sa quiétude. Il faut vivre ce ge nre de nuit pour comprendre ô combien elles sont bénéfiques ! En ce dimanche, jour d’oisiveté programmée, les ray ons du soleil qui obliquent à travers les interstices des volets en bois desséché s par les vents marins agissent comme une caresse visuelle. Au loin lui parvient le son familier et apaisant de l’eau en perpétuel mouvement. Samantha a grandi là ; elle sa it, à l’écoute des vagues qui s’écrasent mollement sur les roches grises à l’éros ion tranquille, que la mer a choisi d’être d’humeur placide. Samantha glisse sa main sous le drap de coton blanc à la recherche du corps de son homme. Elle atteint le bassin, caresse le ventre pu is remonte jusqu’au torse. Rico grogne. Tel un ours satisfait, il manifeste ainsi son retour à la conscience. Sam sourit et se plaque contre lui, la main posée sur sa large poitrine. Elle attend le réveil de la bête et comme elle s’y attendait, son amant se tourne ve rs elle et promène lentement sa main sur sa cuisse, son ventre, sa poitrine. Son sexe déjà dur comme du bois est une promesse de plaisir. Elle pousse un soupir de contentement : son dimanche commence bien. Dehors cependant, le cri des mouettes se fait plus intense. — Mais qu’est-ce qu'elles ont, ces connes ? grommel le Rico tout en déposant quelques baisers appuyés dans le cou de Sam. Celle-ci se raidit. — Tu as raison, ce n’est pas normal, dit-elle, je vais… Ses paroles restent en suspens. Le bruit rageur d’un moteur puissant lancé à plein régime, suivi d’un autre, effroyable, de ferraille broyée, fendent la quiétude matinale. D’un même élan Sam et Rico se redressent. Le drap b lanc glisse et dévoile leur nudité, sans qu’aucun ne s’en soucie. Terreur aboie puis gémit, impatiente de sortir et de tirer cet événement au clair. — Putain, mais qu’est-ce que… Rico s’interrompt en voyant Sam, totalement nue, traverser la chambre à grands pas, devancée par sa chienne. Elle attrape son peignoir, son arme et s’engage dans le couloir, dévale les escaliers. Le bruit provenait de la rue, juste devant la maison. Elle se remémore ce qu’ils y avaient laissé la veille : sa vieille voiture ainsi que la Ducati Panigale de Rico. La porte d’entrée à peine ouverte que ses craintes sont aussitôt avérées : la moto de
Rico n’est plus qu’une masse rouge informe écrasée au sol et d’où ruissellent l’huile et l’essence. La chienne s’élance, franchit le portillon resté entrouvert, renifle un instant la carcasse avant de filer vers le bord de mer pour sa promenade matinale. Sam la regarde partir, envieuse de son insouciance. La jou rnée ne semble pas commencer aussi bien qu’elle l’avait pensé. Du véhicule qui a percuté la moto, il n’y a aucune trace. Elle pourrait bondir dans sa voiture, rattraper le responsable quelque part sur cette unique route de bord de mer qui mène aux Goudes. Vu l’état de la moto, il doit y avoir des traces de peinture rouge sur le pare-chocs. Seu lement voilà, sous son peignoir, Sam est nue comme un ver luisant, braquer un délinq uant tout en coinçant entre ses cuisses les pans en coton serait aussi épique qu’inefficace. La voix de Rico s’élève derrière elle : — Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ! ? Il la dépasse en trombe et s’agenouille devant ce q ui reste de sa moto. Sam le remercie en pensée d’avoir eu la présence d’esprit d’enfiler un caleçon, car déjà quelques voisins s’approchent. Le carnage mécanique est devenu l’attraction dominicale du quartier, comme si l’information avai t été spontanément relayée. Très vite, les badauds entourent la Ducati, certains s’a pprochent avec leur tasse à café encore à la main, tandis que d’autres, plus jeunes, prennent des photos avec leur Smartphone. Sam a en horreur cette médiatisation du voyeurisme mais ne réagit pas. Quel est donc ce monde étrange où le moindre incide nt suscite une communication acharnée, avant même d’inspirer une quelconque compassion ? Elle recule d’un pas, désireuse de ne pas apparaître sur un réseau social. La nouvelle a déjà dû faire le tour des Goudes et continuer à se répandre comme une tra înée de poudre. Car ici tout le monde se connaît, au moins de vue. Samantha retourne chez elle, repose son arme, s’habille rapidement : un jeans, un tee-shirt, des baskets. Sans autre forme de coquett erie, elle ressort les cheveux à peine arrangés formant une véritable crinière rouge autour de son visage encore froissé de la nuit. La foule s’est déjà dispersée. Il faut dire que la scène manque d’action : un pauvre type chauve et en caleçon à genoux devant sa moto broyée, ça ne fait pas le buzz bien longtemps. Seules deux personnes demeurent présentes, dont un jeune homme qui persiste à pointer son smartphone s ur Rico, effondré et inconscient de ce qui l’entoure. Une des voisines de Sam, tasse de café à la main, lunettes de vue modèle Sécurité Sociale sur le nez, peignoir fleuri, commente, en guise de bonjour : — Hé bé, il vous en voulait celui-là, hein ! — Vous avez vu quelque chose ? demande Sam. — Non, rien du tout ! répond la vieille dame. Alorsépargne-moi tes commentaires, pense Sam, qui pourtant répond d’une voix forte à l’intention des deux curieux : — Merci, vous devriez rentrer chez vous, maintenant. Son regard se pose avec insistance sur l’un puis sur l’autre afin de s’assurer que le message, poli mais incisif, est bien passé. Rico et elle se retrouvent rapidement seuls. Le soleil cogne fort et sa réverbération sur la mer autant que sur la carcasse de métal bles se les rétines. Samantha attend. Invariablement dans ce genre de situation, la victi me passe par une phase de lamentation pénible et stérile, mais bien compréhen sible. Depuis ses débuts dans la Police Nationale elle a dû si souvent supporter en silence le débit plaintif et improductif
d’un citoyen lésé que sa propre patience l’a parfois étonnée. Cette fois il s’agit de son homme, enfin… son régulier, son favori, son exclusi f. Elle n’a pas pris le temps de coller une étiquette à leur relation tant les chose s ont coulé de source depuis leurs retrouvailles, à tel point qu’ils ne se sont presque plus quittés depuis un bon mois. Elle devrait peut-être le prendre dans ses bras, le consoler, lui dire quelques mots tendres mais, face au vandalisme qui vient de toucher son petit coin de paradis, Samantha, en quelques minutes, est redevenue La Rouge, froide, professionnelle, dure. Elle serre les dents. Ce n’est pas seulement cette moto qu’on a écrasée, mais aussi la perspective d’une belle journée. Elle observe Rico, penché sur sa moto. Ses maxillai res forment deux boules saillantes sous la pression trop forte de ses maxillaires et des veines bleues barrent ses tempes. Ses bras se crispent tandis qu’il serre et desserre les poings. C’est qu’il l’aimait fort, sa Ducati, d’un amour si fort que Sam ne le comprenait pas très bien ; pourtant elle le respectait. Après tout, on a bien le droit d’aimer ce qu’on veut. C’est pour cette raison qu’elle s’abstient de formu ler une quelconque phrase toute faite comme :tu t’en achèteras une autreoul’assurance te la remboursera. Cette moto était l’objet d’une affection toute part iculière, étrange, réelle pourtant. Certains s’identifient à leur voiture, d’autres, à leur maison. Rico, lui, c’était sa moto : libre, dynamique, infaillible, rouge comme le sang de la vie. Quand la voix de Rico s’élève, le ton est véhément et plaintif à la fois : — Si je trouve l’enfoiré qui a fait ça… Regarde, on n’a pas fait que la coucher au sol, on a aussi roulé dessus. C’est le moteur qu’on a entendu s’emballer tout à l’heure. Un V8, au moins. Mais pourquoi, putain ? La question n’appelle pas de réponse. Inutile de répliquer à une telle rhétorique car en la matière, Pourquoi ? Comment ? D’où viens-je ? Où vais-je ? etc. sont des poncifs absolus. Sam se détourne, compatissante et agacée t out à la fois. La seule chose qu’elle voudrait lui dire, c’est d’aller s’habiller et de conserver un peu de dignité. Ses réflexes de policière reprennent le dessus, ell e ne voit que la scène et ses détails ; elle évalue le délit, réfléchit au mobile. Elle a déjà tiré un trait sur la promesse ratée du coït dominical, remis aux calendes grecques. Une flaque d’huile noirâtre s’étend sur le bitume c hauffé par le soleil déjà haut. L’odeur d’essence est écœurante. Elle sait que même une fois la carcasse évacuée, ces miasmes nauséabonds viendront sans relâche lécher ses fenêtres. Loin des yeux, mais pas de l’écœurement. Ces taches sombres sur la chaussée font figure d’excréments, marques indésirables venues souiller son petit coin d’Éden, un « je t’emmerde » écrit en lettres de métal froissé. Ça, pour m’emmerder, tu m’emmerdes, pense Sam. Elle a bien compris la méthode : on s’est contenté d’avancer sur la moto jusqu’à ce qu’elle perde l’équilibre, se fracasse au sol et ne soit plus qu’un relief à aplanir. Il a fallu quelque chose de gros, avec des pneus énormes et un moteur conçu pour franchir des obstacles. Elle ne comprend pas le mobile. Pourquoi cette moto, devant chez elle, à l’heure où quelqu’un peut facilement remarquer, témoigner, dénoncer ? Ce n’est pas seulement un acte de destruction, c’est aussi un message, lancé en plein jour. Il est notoire que les policiers peuvent se targuer d’une hostilité relativement globale,
alors, par le biais de cette destruction, elle seule peut être la cible, sinon, qui d’autre ? Comme Rico est musclé comme un bœuf et doux comme u n agneau, Sam ne lui imagine aucun ennemi. Et quand bien même, s’il étai t visé, pourquoi venir jusqu’aux Goudes, ce petit coin de civilisation perdu au fin fond de Marseille où il est impossible de passer inaperçu ? En cherchant un peu, Sam dénicherait assurément un témoin au passage de ce bruyant véhicule. Peut-être se serait -il contenté d’admirer l’engin, à moins qu’il n’ait eu le réflexe de lever le nez et de dévisager le conducteur. Ne jamais sous-estimer l’indiscrétion et la curiosité humaine s – sans oublier la lâcheté, bien entendu. Sam se perd dans la contemplation de la mer. Elle e ntend Terreur aboyer au loin, probablement à une mouette qui refuse d’avoir peur. Il fait déjà chaud ; la jeune femme préférerait vraiment marcher vers la petite calanqu e qu’elle affectionne pour ensuite nager dans l’eau fraîche et salée. Elle récupère au vol ses pensées qu’emportait lentement la légère brise matinale. Il faut être efficace, l’heure n’est ni au plaisir, ni à la détente. Elle exhale bruyamment sa frustration et passe mentalement en revue ses dossiers en cours : une gamine laissée pour morte dans les c ollines par son petit ami, un quadragénaire sodomisé à mort avec un balai par des clochards avinés, une femme torturée dans son appartement… Autant de relents de dégénérescence humaine et pourtant, rien qui puisse expliquer cet acharnement contre un fleuron de la mécanique italienne, selon les dires enthousiastes de Rico lorsque, après une bonne bouteille de vin partagée à deux, il se mettait à parler de sa m oto. Sam se plaisait à l’écouter en parler avec passion et en avait plus appris en mécanique et pneumatique au cours de ce dernier mois qu’au cours de toute sa vie avant leur rencontre. Mais c’était avant. Samantha est Capitaine à la Criminelle de Marseille . Elle traque l’assassin, débusque le tueur, ne fait pas de cadeau, pas d’act e de complaisance, pas de compromis, jamais. Alors, même si l’un d’entre eux a pu s’imaginer que la moto lui appartenait, à quoi bon l’écraser en son absence ? Tout ça ne tient pas la route. Si les criminels qu’elle traque devaient s’en prendre à elle, ils ne se contenteraient pas de détruire une moto. Ce qu’elle a sous les yeux resse mble davantage à un minable règlement de comptes personnel et si tel est le cas , elle a une petite idée sur la question. La voix de Rico s’élève, geignarde, insupportable. — On ne peut pas la laisser là, dit-il comme s’il s’agissait d’une femme. Il faut que je la fasse remorquer. Peut-être qu’elle est réparable. Sam se retient de lui rétorquer qu’à son avis, la Ducati est passéead patres. — Tu peux joindre ton assurance un dimanche ? demande-t-elle avec douceur. — Qui te parle d’assurance ? Je vais appeler ma sœur. Sam est étonnée : une sœur ? Mais oui, bien sûr, so nge-t-elle, amère. Cette sœur dont Rico ne lui a jamais soufflé mot jusqu’à cette minute et qui est, semble-t-il, garagiste ou simplement dépanneuse. Drôle de manière de rencontrer la famille. Sam avait pourtant le sentiment qu’ils étaient suffisam ment intimes pour qu’il lui parle de cette sœur assez proche pour voler à son secours au pied levé. Rico l’ignore encore, mais dans le décompte interne de Sam, il vient de perdre quelques points. Pas grand-chose, rien qui prête vraiment à conséquence, mais chez un flic comme elle, une question ne reste ni en suspens, ni isolée bien longtemps. Une question en appelle une
autre et lorsque la machine de l’enquête est lancée, tout devient suspicieux. Rico se dirige vers la maison et frôlant Sam, ne lu i accorde ni un baiser, ni une caresse, pas même un regard. Bien sûr elle aussi a fait preuve d’un manque absolu de tendresse, et pourtant, elle remarque son attitude avec déplaisir, voire un certain courroux, toutes circonstances atténuantes prises en considération. C’est vraiment un dimanche de merde, murmure-t-elle. Quelques secondes plus tard, Rico est au téléphone : — Allô, frangine ? Sam fait face à la moto couchée au sol. Si cet idiot l’avait seulement rentrée dans le jardinet… Protégée par le petit muret, elle aurait pu être renversée, mais pas écrasée. Cependant, le reproche est injuste et elle l’admet volontiers. Ce n’est pas la première fois que la moto passe la nuit dans sa rue, tant s’ en faut. Jusqu’à ce jour, aucun incident ne s’était produit. D’ailleurs, aux Goudes , la vie est assez tranquille et justement, l’aspect exceptionnel de cet acte de van dalisme conforte Sam dans l’idée que c’est elle qu’on visait, elle et son havre de paix. Cette sorte de profanation infligée à sa maison de famille lui est absolument détestable. S’ajoute à ce très désagréable sentiment d’intrusio n dans sa vie privée, la découverte de l’existence d’une sœur. Non pas qu’avoir une sœur soit suspect, mais le fait de n’en avoir jamais parlé l’est. La contrariété fait monter l’adrénaline d’un cran. La langueur matinale est loin derrière, le choc, encai ssé et la nouvelle, en cours de digestion. Sam la Rouge tourne les talons et rentre chez elle. Rico est en grande conversation : — Elle est morte, je te dis, pliée, écrasée comme un insecte. Ça coule de partout. Il faut que tu viennes, que tu l’emmènes et que tu me dises si tu vas pouvoir la réparer ou pas. Rico écoute la réponse dans un silence respectueux, hochant la tête en signe d’approbation. — Oui, d’accord. Bien sûr. Mais non, je ne t’en dem ande pas tant. Oui, aux Goudes… Je sais, c’est le cul du loup. Mais bon san g, ce n’est pas comme si je pouvais faire autrement. Sam objecte en silence :si, bien sûr, tu pourrais faire autrement, comme appeler ton assurance, faire une déclaration de vandalisme, att endre la dépanneuse. Faire en quelque sorte comme Monsieur et Madame Tout Le Monde. Cette espèce d’arrangement que Rico est en train de conclure au téléphone ne lui plaît pas. Les mécanismes de prise en charge des ac cidents et des sinistres fonctionnent très bien pour résoudre ce genre d’inc ident mineur et de surcroît assez minable. Pourquoi ne pas s’y tenir ? Qui plus est, Les Goudes ne sont pas « le cul du loup » mais un coin privilégié où il fait bon vivre ; c’est chez elle, le décor de son enfance presque heureuse, et que tous ceux à qui le coin déplaît aillent se faire voir ailleurs ! Elle sent la moutarde lui monter au nez au fur et m esure que le soleil de juillet fait grimper la température et réchauffe, comme pour mieux les exhaler, les odeurs d’huile de moteur et d’essence. Somme toute, à choisir entre une nuit de parties de jambes en l’air et un dimanche tranquille entre jogging et baignade, elle aurait probablement choisi la seconde option
et invité son amant à dormir chez lui, son membre e n guise de béquille et sa moto au chaud dans son garage. Seulement voilà : on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve et c’est, en partie, ce qui fait son charme. Rico raccroche. — Tu n’es pas assuré pour cette moto ? demande-t-elle — Si, bien sûr, répond Rico, à cran. Sam prend sur elle pour rester calme. — Alors pourquoi déranger ta sœur un dimanche ? — Ah ça, il est clair que je la dérange ! Elle me l’a bien fait sentir. En plus, elle habite de l’autre côté de Marseille, elle va pester tout l e long du chemin et va me faire la misère en arrivant ! — Et alors ? — Comment ça : « et alors ? » — Tu n’as pas répondu à ma question. Le ton de Sam est devenu tranchant. Désarçonné, Rico la fixe une seconde avant de se dérider. Il s’approche d’elle, la prend dans ses bras : — Oui, pardon ma chérie, je suis sur les nerfs. Ma sœur est un as de la mécanique. Si je fais appel à mon assurance, ça va prendre des plombes avant de savoir si ma moto est réparable ou pas. Je ne peux pas attendre. C’est trop dur. Sam savoure un instant le contact de son amant, l’odeur de sa peau chaude, la force de ses mains posées sur son bassin. Il sent la sueu r comme lors de leur première rencontre, dans le club de boxe. Son humeur s’adouc it ; après tout, il n’est pas responsable de ce gâchis matinal. Elle accepte le baiser qu’il pose sur ses lèvres, puis reprend le cours de son questionnement, parce qu’el le déteste les questions sans réponse. — Tu préfères donc payer l’addition ? — J’y réfléchirai ensuite. Je veux son avis d’abord. Le sujet est clos, elle n’insiste pas. — Je te rappelle tout de même que tu es à poil, dit -elle avec demi-sourire. Tu comptes t’habiller un jour ? Rico baisse le nez et regarde le caleçon de la veille, enfilé à la hâte. — Ah oui, tu as raison, je file me préparer. Je reviens, ma belle. Seule dans la cuisine, elle décide de préparer son premier café de la journée, enfin. C’est le moment que choisit Terreur pour revenir. E lle s’abreuve bruyamment à sa gamelle et vient quémander quelques caresses auprès de sa maîtresse. Son pelage, mouillé, est la preuve d’une baignade matinale. — Veinarde… Mais tu vas encore te gratter toute la journée ! dit Sam sur un ton faussement réprobateur tout en la chatouillant entre les deux oreilles. La chienne se colle encore davantage contre elle, imprégnant son jean d’eau salée, puis va se coucher dans son grand panier. Sam regarde l’auréole sur sa cuisse, soupire et fai t couler un second café de sa machine Jura. Le café est l’un de ses plaisirs immuables. Bon ou mauvais, elle ne peut s’en priver. Quand son emploi du temps le lui perme t, elle va acheter son café en grains dans une petite boutique qu’elle affectionne et qui propose des cafés en provenance des quatre coins du monde. Doux ou corsé , le café est un constant
réconfort, et plus encore quand il est d’excellente qualité. Elle ferme les yeux et savoure les bienfaits de la caféine. En l’espace de quelques minutes, le breuvage parvient à lui faire oublier le cadavre mécanique qui lui gâche la vue et probablement la journée. Près d’elle, Terreu r ronfle doucement. Une vie de chien, ce n’est pas toujours aussi terrible que ce que l’on croit. C’est au quatrième café et comme un cheveu sur la soupe que réapparaît Rico, vêtu d’un jeans bleu et d’un tee-shirt noir. Son visage, bien que plus détendu, exprime une certaine inquiétude : ses gestes sont hésitants et saccadés et, chose nouvelle, il marmonne. — Tu veux un café ? demande-t-elle pour détendre l’atmosphère — Oui, soupire-t-il en s’asseyant face à la fenêtre donnant sur la rue. — Et si tu me parlais un peu de cette sœur dont je découvre l’existence… suggère-t-elle en posant une tasse devant lui. Rico prend une gorgée, une deuxième et repose la tasse. — En fait, c’est ma demi-sœur, répond-il. On a le même père. Nos mères… Il est interrompu par un bruit de moteur. Par la fe nêtre ouverte, Sam aperçoit un camion T4 Volkswagen totalement délabré et en pleine manœuvre marche arrière pour se garer dos à la moto. Au volant, une femme, le br as gauche intégralement tatoué pendant le long de la portière, accompagnée d’un ho mme assis près d’elle, côté passager. Du vieux tas de ferraille s’échappe de la musique « hard rock » balancée à plein régime, sans aucune considération pour la nui sance sonore imposée au voisinage. Rico s’est précipité dehors et aide à la manœuvre. Le moteur coupé, la conductrice se tourne vers la maison, ignorant son frère venu l’accueillir et planté comme un pique près de la portière. Les deux femmes s’observent. Pas un sourire, pas le moindre salut, la femme dévisage Samantha sans l’ombre d’une retenue. Celle-ci reprend une gorgée de café, sans détourner le regard. La confrontation ne dure que quelques secondes, mais déjà le ton est donné : l’antipathie est immédiate. — Oh, tu descends, ma princesse ? — Ta gueule Rico, j’arrive à peine, s’esclaffe la sœur. — Et merde… soupire Sam qui ne s’attendait pas ce g enre de personnage, aux antipodes de Rico. Elle se prépare un autre café, ce sera le cinquième. Ça fait beaucoup,dit-elle, se ent demais tant pis. Autant les laisser jouir tranquillem leurs retrouvailles. Terreur, toujours couchée dans son panier, n’est pa s allée à la rencontre des nouveaux venus mais, les oreilles dressées, elle su it les moindres gestes de sa maîtresse, percevant une tension toute nouvelle. Sam passe une main apaisante sur son échine et regarde à nouveau dehors. Rico fait de grands gestes scandalisés, montrant sa moto au sol. La sœur, les mains sur les hanches, observe et ne dit rien. Sam fait u n bilan rapide du personnage : cheveu court et noir, assez petite, le corps sec et noueux, le bras gauche entièrement tatoué à la japonaise, elle porte un pantalon de treillis kaki, un débardeur blanc et des godillots façon militaire. Pas de seins, pas vraiment musclée, mais la peau tendue sur un corps sec comme un coup de trique. Un troisième larron est là, silencieux, presque aussi grand que Rico, musclé comme un taureau de co mbat, tatoué comme un repris

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