Les maudits du Baerstein

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Les maudits du Baerstein

AbiGaël

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Un jeune étudiant d’aujourd’hui découvre fortuitement un parchemin du XVIIe siècle. Le document relate l’aventure, pendant la guerre de Trente Ans, en Alsace et dans l’Europe dévastée, d’un jeune homo qui porte le même prénom que lui. Sous l’éperon de la forteresse du Baerstein, toutes les amours masculines, quelles que soient les époques, sont aussi tumultueuses que dramatiques. Mais le responsable est découvert : c’est Satan, qui réclame son dû aux amoureux tous les 369 ans !
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Publié le : vendredi 7 décembre 2012
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Homo
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EAN13 : 9782363075079
Nombre de pages : non-communiqué
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Les maudits du Baerstein

 

 

 

 

AbiGaël

 

 

 

 

 

 

Georges

 

 

 

Hiver 2003.

 

Georges est malheureux. Cela fait trois mois qu’il est seul chaque nuit, dans son lit d’étudiant, à se morfondre, bite en main, dans sa chambre de la Cité-U de Strasbourg. Il vient de finir son cursus Érasmus d’une année à Stockholm, et reprend difficilement sa dernière année de Master en sciences humaines, à la fac. Si cette interruption d’une année lui a été fort bénéfique, en termes d’ouverture d’esprit, de multilinguisme, de sciences humaines et de connaissances générales, elle le laisse anéanti sentimentalement.

Nicholaus est mort !...

 

Nikos, son mignon Nick, son Niklo d’amour s’est bêtement fait tuer en moto sur une putain d’autoroute suédoise, du côté de Malmö. Un con d’automobiliste essayait sa BMW toute neuve à plus de 200 km à l’heure ! Le choc a été tellement brutal que lorsque les pompiers ont désincarcéré les corps de l’enchevêtrement métallique et du bain de sang, celui de Nicholaus n’avait plus de tête… On l’a retrouvée dans la neige, encore engoncée dans son casque, protection incongrue devenue ridicule, de l’autre côté du bas côté de la voie rapide. À cette époque, Georges séjournait provisoirement en cité universitaire de Flogsta, à Uppsala, la vieille université historique suédoise, au nord de Stockholm. Il suivait une série de cours et de conférence sur la culture lapone, préparant ainsi sa montée l’été suivant, au Cap Nord, prévue avec Nikos. Il ne fut pas informé de l’accident. C’est le père de Nicholaus, son imbécile de père venu rapidement d’Allemagne, qui a procédé à la reconnaissance de la dépouille et aux formalités de l’inhumation. Trop heureux de se venger bassement de l’amant de son fils, qu’il accusait de l’avoir dévoyé, il n’a même pas prévenu Georges !

 

Le téléphone portable de Nikos ne répondait plus. Même quand on ne comprend pas bien le suédois que je traduis ici, « Le numéro demandé n’est plus attribué… », ça veut dire que «… Ça craint !... ». Fou d’inquiétude, Georges est revenu à Stockholm, après huit jours d’angoisse, et n’a pu se recueillir sur… Rien !... La dépouille de son ex-binome, de son beau rouquin, de son amant flamboyant, de son amour défunt, avait déjà été transportée à Dusserdorf ! Tout le monde était au courant de son infortune à Södertörns högskola, la fac de Stockholm. Tous, sauf lui ! Il recueillit les détails de l’accident de la bouche de ses condisciples, du moins des rares d’entre ceux qui avaient été conviés à la cérémonie ou qui acceptèrent de lui donner leurs infos. Le cœur étreint de chagrin et de honte, il fit semblant de ne pas y attacher plus d’importance que cela. Pourtant, beaucoup savaient, pour eux deux. Beaucoup se doutaient qu’entre lui et Nikos, ce n’était pas que de l’amitié… Beaucoup se demandaient ironiquement pourquoi les lits grinçaient autant, jusqu’à pas d’heures, au troisième étage de Lappis [Lappkärsberget (la cité-U)], avant que Georges ne parte trois semaines pour Uppsala.

 

 

***

 

 

Georges se rappelle de sa première rencontre avec Nicholaus, dans l’avion qui mène de Copenhague à Arlanda, l’aéroport de Stockholm. Un magnifique rouquin, les cheveux flamboyants, qui ne parle pas un mot de français, mais qui manie fort bien l’anglais est à ses côtés. Ils sont deux étrangers, un français un allemand, tous deux mal à l’aise avec le suédois, mais prêts à en découdre. La chance veut qu’ils fassent leur cursus Érasmus dans la même fac. La sympathie est immédiate, d’autant que Georges, alsacien d’adoption, maîtrise bien l’allemand. N’est-ce que de la sympathie ? Georges a vite attrapé une grosse bosse, sous la ceinture de sécurité du siège de l’avion, qu’il tente comme il peut de cacher avec sa revue. Mais pas question de lire. Leurs regards ont vite fait de s’avouer l’un à l’autre ce que leur bouche n’ose dire. Georges détache difficilement ses regards de la chevelure de feu et du torse d’athlète qu’elle surmonte. De son côté, le Teuton ne semble pas insensible aux fossettes ingénues, à la courte moustache insolente et au sourire ravageur de Georges, qui est lui-même fort bien bâti… Profitant d’un violent trou d’air, la main du Rhénan est venue s’égarer un peu maladroitement sur la cuisse de l’alsacien. Elle n’est pas repoussée, mais Georges ne sait pas bien quoi faire, quoi en faire… Au moment ou Nicholaus, qui n’a plus de raison de la laisser plus longtemps, marmonne une excuse et va pour la retirer, Georges la bloque avec la sienne. L’accord est donc tacite. Ils finissent le vol main dans la main, sous les accoudoirs. Mais l’avion est bondé, les hôtesses passent et repassent. Sages !… Plus tard !

 

Affronter les aléas d’une installation en pays étranger est une sorte d’épreuve quasi initiatique qui fait monter le stress et réserve bien des surprises. Aussi décident-ils de les affronter ensemble, à commencer par la recherche d’une chambre en cité-U. C’est simple, ils ne se quittent plus ! Le choix de partager une chambre double est venu spontanément. Tout autre leur aurait semblé incongru alors qu’ils ne se connaissaient pas la veille ! La cité-U les ravit. Chambre et université se situent à quelques stations du centre-ville et pourtant, ils sont en pleine nature. Pour aller à l'université, il faudra traverser un champ, à côté d'une forêt où se trouvent des taureaux nordiques. Dépaysement garanti…

 

Dès la première reconnaissance de leur chambre, avant même de défaire leurs valises, ils font connaissance de leurs lits. De leurs lits, à vrai dire, jumelés et réunis dans une même volonté immédiate non exprimée, par basculement des tables de nuit. Émus, les deux jeunes s’agenouillent par-dessus, face à face, se dévorant des yeux sans témoin et sans pudeur pour la première fois. Puis, timidement, la main de Georges est allée caresser la chevelure de feu. C’est le plus beau rouquin qu’il ait jamais vu ! Et en dessous, c’est comment ? Remontée de tee-shirt, enlevé caresse après caresse. Deux tétons pourpres déjà durs émergent adorablement du champ des taches de rousseur. Les lèvres de Georges s’en approchent. Pincements. Frémissements. Georges poursuit sa découverte à coups de langue. Il vient humer sous les aisselles cette odeur virile qui le fait partir en vrille. C’est roux flamboyant aussi, là-dessous ! Et plus bas ? C’est roux aussi ? La main de Nikos bloque la sienne, interdisant pour l’instant l’ouverture de sa ceinture. C’est son tour, maintenant. Son tour de peloter les beaux pectoraux de Georges encore couverts par une chemise incongrue, qui ne veut pas s’ouvrir. Zut, le bouton du col a pété. Trop pressé l’ami Nick. Lui aussi a une bosse énorme qui lui déforme le jean, et qu’il vient frotter contre celle, identique, de Georges. Les lèvres se joignent, sans un mot ; mais quelle fougue ! Aille, aille, aille ! Les langues sont mordues. Mordues sous un désir d’une intensité incroyable, mais réfréné, désir d’aller plus loin, plus vite… pendant que les mains cavalent, pétrissent, malaxent mutuellement leurs fesses par-dessus le Denim. Stop ! Ils ont tout le temps. Leurs regards se perdent à nouveau l’un dans l’autre. Comment dit-on « coup de foudre » en suédois ?

 

Pubis brun contre pubis de feu. Les jeans et les slips sont tombés. Oui, en dessous, c’est presque encore plus flamboyant que la chevelure. Une bite magistrale, courbée vers le haut et terminée par un énorme gland pourpre émerge d’un buisson ardent dans lequel Georges se perd, nez, langue et bouche en extase. Chaud, la vue ! Chaud les frissons… Enfin, Georges porte le feu à sa bouche ! Il embouche tout ce qui flamboie jusqu’à s’enflammer la moustache, qui vient peigner les boucles rouges dans d’insidieux frottements frémissants. Les sensations sont tellement inhabituelles que Nikos éclate de rire et renvoie son outil d’un coup de cul plus appuyé qu’il ne l’aurait souhaité au fond de la gorge du français. Mais Georges assume, l’œil allumé, en relevant la tête de côté pour juger de l’effet de son traitement. Il pompe, il pompe le Shadock... Il pompe tellement bien que le Teuton le repousse brutalement, trop prêt de jouir. « Froh vie Gott im Frankreich », murmure Nikos sous l’effet de son plaisir, en citant un proverbe allemand [heureux comme Dieu en France]. Ici, compte tenu des circonstances, ce serait plutôt Froh vie Gott im Sueden.

 

Niko s’agenouille à son tour. Le manche du Strasbourgeois n’est pas en reste. Quel gourdin ! Plus court, mais plus épais que son vis-à-vis germanique. Bataille ! Les deux pieux, violet et brun, pourpre et roux, sont luisants de désir. Le précum visqueux qui suinte des deux méats est essuyé dans un mouvement tournant par une seule main câline qui, ainsi lubrifiée, les branle tous deux ensembles dans un mouvement lent, contenu, lascivement excitant. Les bouches se sont rejointes à nouveau, les lèvres s’éclatent l’une contre l’autre, l’une dans l’autre. Puis le rouquin redescend avec sa langue à son tour, en suivant le fin filet des poils bruns issu du sternum bronzé, qui rejoint le triangle soigneusement contenu du pubis presque noir. Comme pipeur, il n’a pas de leçons à recevoir. L’ami teuton n’ignore rien des moyens de faire monter le divin membre vers le ciel, lui aussi. Georges l’arrête avant l’éruption et revient contempler de nouveau la toison rousse avec malice et intérêt. Autant Georges entretient soigneusement son dru champ d’épis bruns, autant Niko laisse flamboyer sa forêt pubienne en toute liberté. C’est adorable. Chaque poil attrape la lumière et rougeoie, incendie, illumine cet entrejambe magnifique et sauvage, dont émerge en majesté un imposant cimeterre recourbé vers le haut. Trop beau ! Georges en trépigne d’émotion et d’excitation. Arrêt de tout contact… il est sur le point de fusiller son partenaire ! Stop. Les deux jeunes se noient dans les yeux l’un de l’autre…

 

Enfin l’assaut repart lentement. Coup de cimeterre contre coup de gourdin. La bataille reprend, mais Georges en veut plus. Y’a-t’il autant de taches de rousseur sur les rotondités et dans le fossé rhénan, que sur la poitrine ? La réponse est probablement oui, Georges le devine bien. Mais quel plaisir de le vérifier des yeux et du bout de la langue ! Nick est bon garçon. Oui, il veut bien la prendre, il le souhaite, même, et cette langue qui fait de l’introspection l’excite au point qu’il se met à bafouiller. Georges ne comprend plus rien aux expressions argotiques tudesques, sinon que Nikos s’apprête à prendre un pied d’enfer. Alors, il pousse et s’active, pour le lui donner… ce pied. Le cri de Nick puis ses beuglements de plaisir ont dû passer les cloisons de bien des chambres de cette cité-U qui ne brille pas par la qualité de l’isolation phonique. Mais les nombreux vagissements d’excitation que les nouveaux amants entendront en retour désormais tous les soirs, comme par ricochet, au travers des cloisons, leur montrent bien que, si ce n’est une question de sexe, c’est surtout une question d’âge, celui où s’excitent les hormones. Comme le disait si justement Brel, il faut bien que le corps exulte !

 

 

***

 

 

Stockholm est bâtie sur 14 îles, enchâssées dans une mer étincelante si intacte que l’on peut même y nager. Si la mer n’est jamais éloignée, la nature non plus, avec toute sa splendeur et sa variété toujours changeante. Ensemble, après les cours, Georges et Nikos découvrent le quartier Södermalm, le quartier branché et bohème. Mais Stockholm n’a pas de quartier gay spécifique et des drapeaux arc-en-ciel flottent partout. On y trouve des bars et des clubs gay aussi bien à Gamla Stan et Södermalm qu’à Kungsholmen et dans la City. Les Suédois sont des gens ouverts et tolérants, qui aiment s’amuser. Ils sont à l’aise avec la diversité, et pleins d’amour pour la vie. Garçons ou filles, la plupart des jeunes suédois sont absolument magnifiques et nos deux amoureux sont au spectacle permanent. Leurs yeux s’égarent, sur des chevelures blondes, sur de magnifiques torses en V de baigneurs sortant de l’onde quasi nus, sur des culturistes en petite tenue soulevant de la fonte en dédoublant leur image séduisante face à des lacs d’huile. Photos ! Cela devient un jeu, pour nos deux amis qui s’interpellent l’un l’autre pendant leurs déambulations, en se désignant les plus beaux châssis. Épaule contre épaule, leurs mains s’égarent alors plus ou moins discrètement dans l’entrejambe du partenaire, pour vérifier quel effet lui procure la vision irénique de tel ou tel éphèbe, habillé ou plus dévêtu, sur les pelouses ensoleillées, sur les gradins de marbre des monuments, sur les terrasses de cafés... La réponse est connue quasi attendue ! C’est trop tendu, là-dessous… Surtout quand, comme maintenant, un beau blond écarte lascivement ses jambes musclées à faire péter son jean, sur son banc là-bas, en les regardant passer…

 

Le clin d’œil qu’il leur jette est sans équivoque ! Nos deux amis se rapprochent et s’assoient de part et d’autre de l’éphèbe. La discussion s’engage à bâtons rompus. Les regards parlent. Puis, les mains s’égarent… tâtent la dureté des fameux muscles. Le soleil est radieux ce matin, la lumière limpide, transparente, incite à l’amour. Il faut écourter la promenade et revenir dare-dare dans la chambre. Tant pis, nos étudiants seront en retard à leur cours de socio ! Très en retard… À trois dans la chambrette étudiante, une poitrine blonde, une poitrine brune, et entre les deux une poitrine de feu… c’est un tantinet serré, mais qu’importe. Ils sont déjà si bien enserrés l’un dans l’autre. Chaud dans la bouche, chaud dans la raie... ça chahute debout ; la sueur perle sous les efforts. Ça ne tarde pas à gicler de partout… On s’échange ensuite les numéros de portables après les coups de langue. Quel beau blond, ma foi ; des cuisses de culturiste comme ça on n’en caresse pas tous les jours !… Il y aura des suites et d’autres cours séchés. Hendrick fera surtout un très bon guide pour les introduire et les présenter dans d’autres endroits gays intéressants, un guide très branché et très branchant…

 

 

***

 

 

De fait, Georges et Niklo n’ont jamais échangé aucun serment de fidélité, chacun comprenant bien que, si la nature humaine a été parfois rendue si belle par son créateur, c’est pour que l’on en profite. Pourtant, Georges s’en boufferait les couilles, chaque fois qu’il repense à la nuit de l’accident. À l’heure même où Nick se faisait décapiter, il passait un fort agréable moment dans les bras d’un autre beau viking blond. C’est qu’il se sentait si seul à Uppsala, loin de son Nikos… Et il était si beau, ce suédois étudiant comme lui… Si bien monté… Ah, ce braquemard super-size ! Est-ce pour cela que le destin l’a puni ? Son oreiller est trempé de larmes.

 

Comme il aurait aimé les avoir à lui tous les deux en même temps ! Rien que d’y penser, une érection démesurée le reprend, qui transforme les draps de son petit lit strasbourgeois en tente d’indien. Mouvements de la main… Georges se prend à imaginer que c’est celle de Nick. Il est dans ses bras… Nikos le perce de son pal d’amour. Il le transporte sur l’onde lubrique de la volupté. Nick se déverse en lui… Non… ce ne sont que trois de ses doigts à lui, malaisément introduits dans son colon en tortillant sa colonne vertébrale ! Mais le drap est quand même aspergé et ses larmes coulent abondamment, qu’aucune langue amie ne viendra éponger… Sommeil sanglotant, comme tous les soirs depuis son retour en France.

 

À Paris, ses parents s’inquiètent de son parcours estudiantin devenu chaotique, et les appels téléphoniques deviennent plus pressants, plus insistants. Il doit rapidement finir ses études. A-t-il de la compagnie ? Pourquoi ne leur a-t-il pas encore présenté de petite amie ? Pourquoi n’est-il pas venu les voir depuis son retour de Suède ? Que signifie son silence… assourdissant ?

 

Pour faire diversion, Georges explique qu’il a décidé de partir à la recherche de ses ancêtres maternels alsaciens et y consacre tout son temps libre. Cela flatte sa mère, qui fond de tendresse au téléphone. De fait, ce n’est pas tout à fait un hasard si Georges a fait son cursus universitaire à Strasbourg avant son...

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