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Chapitre 1 : Le début Parents éternellement amoureux l'un de l'autre. Maman et papa éternellement béats devant leur fils unique à qui ils passent tout, même les plus insupportables caprices. Beau bébé, qu'ils disent. Un gamin merveilleux, qu'ils clament. À ces compliments se joignent d'autres éloges, celles de mes grands-parents, tantes et oncles – toute une véritable smala. Mes cousines m'adorent. Elles jouent les mamans qui gâtent leur enfant me gavant de sucreries et autres présents comestibles. Mes cousins me jalousent. Je leur pique leurs jouets, les assaille de maintes niches qu'ils dénoncent à leurs géniteurs, mais en vain : je suis le plus petit, on doit me comprendre et ne pas râler. Moi, je les traite de mouchards. Sauf Ben. Mais je ne lui pique rien, à lui que je laisse tranquille. Il me semble si beau, plein de mystères, délicat. En plus, jamais il ne me rabroue quand je veux lui demander un truc ou tout simplement parler. Il m'écoute, me comprend. Dommage que l'on ne se voit pas souvent. Il téléphone régulièrement à la maison et n'oublie jamais de demander à me parler. Dommage que ce soit un vieux : plus de onze ans que moi quand je fête mes cinq bougies, pensez ! Si nous ne nageons pas dans la fortune, nous vivons à l'aise. Papa est grutier dans une grande entreprise de bâtiment. Maman se farcit les malheurs des pauvres : elle est assistante sociale. Malgré un caractère jovial inné, il lui arrive parfois de « craquer ». Alors, elle me prend sur ses genoux, m'entoure de ses bras, et marmonne ses misères tandis que je m'endors. Tout va pour le mieux dans notre petit monde. Ce bonheur s'arrête d'un coup : maman hospitalisée d'urgence ne reviendra plus à la maison. Papa m'explique qu'elle s'en est allée au ciel, tout là-haut, dans les nuages, à côté du Bon Dieu. C'est Lui qui l'a rappelée. Moi, le Bon Dieu me gonfle. Il prend ses aises, celui-là ! Il aurait pu demander mon avis. Et je Lui aurais dit que ma maman, c'est avec son fils qu'elle doit rester, et avec mon papa qui ne rit plus depuis qu'elle est partie. C'est ce que j'explique à papa, juste après les obsèques, alors que nous nous retrouvons tous les deux en tête-à-tête. Il me laisse parler, vider mon sac, en quelque sorte. J'ajoute, crâneur : — … Je vais lui dire au Bon Dieu, quand j'irai me confesser. Il va m'entendre. Il nous la rendra, ma maman. Comment qu'Il est le Bon Dieu, Papa ? — Personne ne le sait, fiston. — Quand maman reviendra, elle nous le dira. On dit qu'il a une grande barbe blanche. Je n'aime pas les barbus : on ne sait pas comment leur figure est faite. Peut-être que Lui, on la voit pas Sa barbe... Le gamin de dix ans, que je suis, continue sur le sujet. Papa me laisse divaguer. Nous nous endormons sur le canapé, harassés. La vie reprend ses droits, selon la phrase consacrée. Une voisine me surveille quand papa travaille. Sinon, c'est toujours lui qui s'occupe de moi. Souvent, quand nous parcourons les allées d'un grand magasin à la recherche d'un article quelconque, il bougonne : — … Qu'est-ce qu'elle aurait choisi, ta mère ? … Évidemment, j'ai vite compris que maman ne reviendrait plus parmi nous. Cependant, encore maintenant malgré mes vingt-quatre ans, je ne manque pas de regarder les étoiles la nuit, ou les nuages qui les cachent, persuadé que maman est devenue une étoile qui brille pour nous deux, papa et moi. Lui aussi le croit, j'en suis certain. Il nous arrive de rester un long moment, côte à côte, silencieux, yeux dirigés vers le ciel. Je crois que c'est à partir de cette époque que les oncles, tantes, cousines et cousins se sont faits plus rares pour enfin ne plus venir nous voir et nous éviter. Je n'en connaissais pas la raison, papa non plus. Ses dernières lettres restent sans réponse. Une pointe de regret pour Ben que j'affectionnais tout particulièrement. Seuls mes grands-parents continuent de me couver.
* * * L'école ! Quel foutoir ! Enfin, je la vois comme cela. Avant, du temps de maman, j'allais comme externe dans une école privée. Maintenant, je suis dans un établissement public. Nous ne sommes pas miséreux, papa et moi. Néanmoins, nous tenons les cordons de la bourse très serrés. Le crédit de la maison n'est pas encore fini de payer, les frais sont identiques à ce qu'ils étaient jadis alors qu'il manque un salaire. Ça je l'ai rapidement compris. Dans l'école privée, c'était l'ordre et le silence durant les cours, une certaine tenue durant les récréations et au réfectoire. Ici, dans l'école publique, tout le monde crie, chahute, se bouscule en cours. Les professeurs s'acharnent à déverser un savoir que peu d'élèves veulent connaître. J'observe, soucieux de me tenir à l'écart de cette fourmilière que j'estime dangereuse. Malheureusement, si j'ignore ce qui m'entoure, l'entourage ne veut pas m'ignorer. Je passe pour le « premier-de-la-classe » – je le suis réellement –, la tête de Turc, le pistonné, le chouchou. Tout cela parce que je suis attentif aux cours, que j'obtiens des notes relativement correctes, que je ne me mêle pas aux distractions des autres élèves. En plus, je déteste le sport ! Femmelette, c'est le surnom que l'on me donne. D'autres ironisent sur mes origines et me traitent de « Beur mou » ou de « Beur fondu ». Maman est fille de kabyles. Ceux qui m'infligent leur mépris de cette façon sont, pour la plupart, beurs eux-mêmes. Une année scolaire à subir leurs brimades. Je résiste, n'en parle pas à papa. C'est notre voisine, celle qui veille sur moi de temps à autre, qui le met au courant, la veille de la rentrée scolaire, après les vacances d'été : son fils à elle, un qui est dans ma classe, lui a annoncé toute sa rancœur à mon encontre, décrétant que j'étais un sale pédé indigne d'être considéré comme un beur. Résultat, je retourne au collège privé, mais comme interne. Papa m'explique que c'est pour ma tranquillité, assure que tous les jours chômés je les passerai avec lui, à la maison, vacances scolaires comprises. Il tiendra parole. Avant de me laisser dans mon nouvel habitat, il me parle des différences de culture, de races etc. J'écoute, mais ne comprends pas qu'il cherche à excuser des imbéciles imbus de leurs origines qu'ils sont les premiers à salir. Nouvel interne à bientôt treize ans, je suis accueilli chaleureusement. Beaucoup d'élèves de mon âge étaient avec moi en classe, alors que j'étais seulement externe. Ils se souviennent. Cela facilite l'intégration. Seul point noir : je ne suis plus à la maison, avec papa, dans ma chambre où je peux admirer un poster géant représentant maman avec papa. Mais Tom, mon ancien copain de classe, ne m'a pas oublié. Il se charge de me distraire. Je retrouve le calme qui sied aux études, la joie de jeux simples dans une atmosphère apaisée. J'oublie vite l'école publique. Cette quiétude se trouve interrompue lors des vacances de la Toussaint. Je reviens de chez le boulanger où j'ai acheté notre pain. Quatre anciens de l'école publique me barrent le passage, tandis que je traverse la ruelle, raccourci vers la maison. Je comprends qu'ils ne vont pas me ménager. Je décide de ne pas résister, de les laisser faire. Ils m'injurient, me crachent dessus, s'emparent de mes vêtements, exception faite de mes sous-vêtements. Ils prennent ma montre, l'argent et jettent le pain dans une flaque d'eau après l'avoir écrabouillé histoire de rigoler. Je regagne la maison, les pieds nus, le corps couvert d'hématomes et un œil bien poché. Pas besoin de conter ma mésaventure à papa. Il me soigne, une fois passé sous la douche. Très calme, il annonce ne pas aller travailler le lendemain. Il exige seulement que je lui donne les noms de mes agresseurs. Ce que je fais sans hésiter. Vingt-quatre heures plus tard, papa me rend ma montre ainsi que mes vêtements, l'argent. Il m'annonce : — … Des copains de travail m'ont aidé à raisonner tes anciens camarades de classe qui ont promis de ne plus te créer d'ennui. Quant à leurs parents qui parlaient de porter plainte, ils en sont revenus à de meilleurs sentiments à notre égard et sévissent contre leur progéniture. Ils tiennent à ce qu'en leur nom je te présente leurs excuses... Effectivement, ces gars ne croiseront plus notre chemin.
Cependant, cette mésaventure m'a ouvert les yeux s'agissant des risques encourus quand on veut rester à l'écart des autres alors qu'on aime étudier. Autre fait marquant en cette treizième année de ma jeune vie : mon refus obstiné de faire ma communion solennelle, refus sans cesse réitéré depuis bientôt un an. Papa se fiche éperdument que je la fasse ou non. Il me l'a proposé uniquement en mémoire de maman qui, elle, aurait voulu me voir avec une belle aube blanche parmi les autres communiants. Bien que fille kabyle, maman fréquentait l'Église catholique, uniquement les jours fastes comme elle disait. Elle savourait le côté mystique, les pompes et les ors parfumés à l'encens lors des grandes cérémonies. Par contre, les curés du collège me bassinent pour que je me plie à leurs us et coutumes. C'est en colère et de façon péremptoire que je rétorque : — … Je ferais ma communion solennelle si le Bon Dieu me rend ma mère ! Je ne vais pas adorer un vieux barbu qui prive un garçon de sa maman… S'ensuivent maintes tentatives pour me faire céder, chantages à l'appui. J'ai la rancune tenace et l'esprit buté. Je ne cède pas. L'école privée étant laïque, bien que tenue par des religieux, les curés cèdent, mais promettent de me rendre la scolarité difficile. J'argumente encore : — … Vous oubliez que moi, je suis musulman. Vous ne pouvez pas me forcer. Sinon, je sais à qui dire que vous êtes des intégristes dans votre genre !… L'ennui, c'est que je ne crois en rien, excepté en mon papa ! Le principal reste que j'obtienne gain de cause et qu'on me fiche la paix. * * * Gagnée la bataille religieuse, une nouvelle question s'en vient trifouiller mon cervelas : un corps qui change trop et trop vite. En prenant une douche, je laisse mes doigts flirter avec ma peau. La sensation me semble des plus agréables, surtout lorsqu'ils s'attardent autour de mon sexe. Cette première approche, en matière d'attouchements masturbatoires, se renouvellera les semaines suivantes, pour mon plus grand plaisir. Jusqu'au week-end des rameaux. Les six meilleurs élèves de la classe, dont Tom et moi, partons en balade, accompagnés d'un pion. Nous emportons avec nous tout le nécessaire de camping. Cependant, la journée de samedi s'avère particulièrement pluvieuse, voire orageuse. Impossible de dormir sous la toile et dans les duvets qui présentent de bien frêles protections. Un fermier nous propose sa grange. Nos couchons sur des ballots de foin. Tom et moi nous nous installons dans un petit recoin situé juste au-dessus de l'étable où résident deux vaches. Les autres sont un peu plus loin, sur le gros des ballots. Cet isolement n'a d'autres raisons d'être que nos bavardages longs et incessants, entre Tom et moi. De vraies pipelettes tant nous avons de choses à nous raconter. Nous jacassons tard dans la nuit, même à la pension. Ce qui nous a déjà valu quelques punitions qui, au demeurant, ne nous empêchent pas de recommencer encore et toujours. Comme à l'accoutumée, nous palabrons sur les faits du jour, couchés très proches et l'un en face de l'autre. La fatigue fait rapidement son effet. Nous cessons notre discussion pour cause de fermeture des yeux. Nous sombrons dans un profond sommeil réparateur, heureux de nous et de notre vie. Machinalement, sans que nous en soyons conscients, nous nous enlaçons, corps collés. Ce contact nous réveille tous les deux en même temps. Je sens la chaleur de Tom m'envahir tandis que mon pénis se raidit. Une main de Tom glisse sur mon bras alors que sa tête se coltine contre la mienne et que ses lèvres déposent un baiser dans mon cou. Je suis paralysé par deux sentiments contradictoires. La peur de ce qui pourrait arriver. La joie de ce contact qui embrase tout mon corps. Mon copain se plaque un peu plus contre moi, passe une de ses jambes entre les
miennes. Ses doigts approchent de mon pubis qu'ils caressent, effleurant ma verge dorénavant totalement tendue. Une sensation d'abandon m'envahit. Me laisser aller dans les bras de Tom qui semble désirer mon bonheur et prendre un certain plaisir tout en m'en donnant. Bien que diffuses, mes pensées extirpent un souvenir de ma mémoire, souvenir que j'avais emmagasiné sans le vouloir vraiment. Lorsque j'ai été agressé par le quatuor d'imbéciles, j'ai entrevu un aspect inconnu de mon ressenti corporel. Alors que trois des agresseurs m'immobilisaient, le quatrième me déshabillait énergiquement afin de s'emparer de mes vêtements. Toutefois, certains gestes se faisaient doux, lorsque ses mains effleuraient les environs de mon bassin, devant ou derrière. Ses investigations ressemblaient, par moments, à des caresses auxquelles mon organisme répondait en frissonnant. Sur le coup, je n'ai pas relevé «l'incident». Ce sont les attouchements de Tom qui réveillent en moi ce quelque chose d'étrangement agréable qui s'était déroulé durant ces violences. Cette nuit, il s'agit de gestes autrement plus agréables venant de mon meilleur – et seul – ami. Il passe la pointe de sa langue dans le creux de mon oreille, murmure : — Malik, un céfran va te montrer comment prendre du plaisir à deux. D'accord ? Je ne réponds pas, me plaque encore un peu plus contre lui, tant est que cela soit possible. Il comprend mon agrément. Sa bouche parcourt mon visage avant de venir se poser sur mes lèvres. Tendrement, une voix douce propose : — Ouvre la bouche et laisse nos langues jouer ensemble. Je le sens très ému, presque tremblant. Deux lèvres charnues posent leurs touchers soyeux sur la bouche que j'entrouvre. Boudiou ! Je n'en reviens pas ! Sous le coup de l'émotion, je me plaque encore plus contre Tom qui me serre très fort contre lui. Nos queues, à présent, demandent de se congratuler peau à peau, sans nos slips fort gênants au demeurant. Je soulève mon bassin comprenant que les mains de Tom procèdent au retrait dudit slip. Timidement, j'effectue un enlèvement identique sur lui. Les tiges raides, humides, se lovent l'une contre l'autre, la mienne venant se glisser contre celle légèrement plus longue et plus grosse de Tom. Je m'inquiète : — Dis, pourquoi qu'on coule au bout de la queue, quand on se frotte toi et moi ? — Parce qu'on s'aime. Et c'est aussi pour avertir qu'on va juter à la fin. Mais après, ça servira pour mieux faire glisser quand on la met dans le trou de la fille. Pas que… — Ah bon !… Donc je deviens un grand, malgré mes treize ans et quelques mois. J'en sens la preuve alors que mon ventre semble se révulser, que ma tête explose et que ma vue se brouille. Tom, sa langue quasiment collée à la mienne, bougonne un truc totalement incompréhensible. Il est tout secoué, comme si ses nerfs se tendaient. Une minute plus tard, il se ramollit. Nos ventres sont imbibés de son sperme. Je continue de glisser contre lui, ma bite baignant dans la liqueur de mon copain. Je crois mon corps traversé par une sorte de cyclone intime. Je susurre : — Tu as raison, je crois que je vais juter. — Gaffe à ne pas gueuler pour ne pas réveiller les autres. Il plaque de nouveau sa bouche contre la mienne, sa langue bataillant adorablement contre la mienne : manière efficace d'éviter mes hurlements de bonheur tandis que je m'épanche entre nos ventres. Des coulées s'en vont tremper les duvets. Délicatement, Tom s'écarte, s'empare d'un mouchoir propre, m'essuie avant de penser à lui. Un délicat, mon tendre copain. Qui promet : — Demain, on se suce ! Tu verras que c'est vachement chouette. Mieux que tout à l'heure. — Pourquoi qu'on ne le fait pas maintenant ? — Faut dormir, mon beau Malik. — Mais demain, on va peut-être dormir sous la tente, avec d'autres. — Je connais où qu'on va, demain. Y'a un coin vachement bath où qu'on sera peinard… Dernier gros baiser et dodo. Bizarrement, je ne suis pas surpris de ce qui nous arrive, à moi et Tom. La vie suit son
cours, en somme. Nous grandissons normalement, je crois. Comme prévu, le lendemain ce sont nos lèvres qui rencontrent nos queues, juste après s'être longuement congratulées entre elles. Pour cette première fellation, mot que j'apprendrais bien plus tard, je ne crie pas au sensationnel, à la merveille. Bouffer une bite qui sert à pisser… Et puis Tom ne prend pas garde à sa dentition un peu proéminente. C'est délicat une pine, faut pas croire ! Surtout la mienne qui est circoncise. Pour celles qui ne le sont pas, je ne peux rien dire. Mais Tom apprécie mon exercice buccal, aucun reproche de sa part sur le « mordant » de ma bouche. Ce qui me choque le plus, c'est qu'il avale. On dirait qu'il tète ma bite. Moi, quand je pige qu'il va cracher, je remplace ma bouche par ma main. Heureusement, car il en jette un paquet de foutre, mon copain Tom ! Je crois qu'il n'est pas très content de moi, finalement. Il me dit, sur un ton de reproche : — On dirait que tu n'aimes pas la baise, Malik ? C'est bon de boire le jus de l'autre, tu sais. Et ça fait voir qu'on l'aime bien, le mec. — Ben je ne sais pas trop. Sucer un pénis, ça ne me plaît pas trop. Alors, boire le jus… — On voit que tu es arabe, mec ! — Pourquoi tu dis ça ? — Parce que les arabes, ils ne sucent pas. Ils font que niquer, comme y disent. Et se faire sucer, ça oui ! Ils n'embrassent pas, caressent pas. — Ben on s'est bien rouler des pelles, moi et toi et je t'ai quand même sucé. Sans compter qu'on n'arrête pas de se caresser… Je sens comme une pointe de tristesse dans ma voix. Tom aussi qui conclut : — Ça fait rien, mec. Je t'aime comme tu es… Près de trois mois durant, Tom et moi sommes plus inséparables encore, nous couvrant de caresses, de bisous avec la langue, nous donnant du plaisir notre sexe dans la bouche de l'autre. J'arrive enfin à déguster sa production séminale, sans dégoût. Nous réalisons des prouesses de mensonges, de cachotteries, afin de nous retrouver tous les deux tranquilles, dans un coin, pour nous prouver combien nous sommes amoureux l'un de l'autre. Toutefois, les corps demandent toujours plus, d'autant qu'ils évoluent, grandissent provocant l'éveil de nouveaux besoins, de nouvelles sensations. Tom, plus à l'écoute de son corps que moi, me fait part de ses récents désirs : — Paraît que demain, on aura quartier libre, là où qu'on va, pour l'après-midi. Si tout va bien, on essaiera de se la mettre, chacun son tour. J'en crève d'envie. — Tu vas me niquer ? — Ouais, quand toi tu m'auras niqué. C'est les deux, chacun son tour, ou rien. On se sépare sur cette étrange controverse… Le soir, privé des douceurs de mon copain, je tente d'imaginer le ressenti d'une verge dans mon anus, ou de ma verge dans son anus. Vaines supputations qui n'ont qu'un résultat positif : celui de m'endormir rapidement. Mais le lendemain matin, Tom folâtre dans un immense sapin, sautant de branche en branche tel Tarzan ou tel un chimpanzé. À l'inverse de ces deux spécimens de la race animale, ne possédant aucunement leur brio, Tom se ramasse au sol, bras et jambes tendus dans un geste automatique de protection, après une chute de près de quatre mètres. Résultat, on nous parle de plusieurs fractures dont deux ouvertes. Je n'ai pas assisté au drame qui vient de bouleverser ma vie, mes sentiments. L'absence de Tom me fait comprendre combien je tiens à lui, à son amitié, à sa présence. Il me protège, me conseille, me guide, à sa façon et j'aime cela. Les premières semaines, mon optimisme ne me fait pas défaut : il reviendra, une fois guéri. Chaque jour, j'espère le facteur, je guette la distribution du courrier lors du rassemblement dans la cour ou je cours fouiller la boîte aux lettres quand je suis à la maison. Je me morigène : avec deux bras cassés, Tom ne peut pas écrire ! Il ne va quand même pas confier à autrui le soin de mettre sur le papier ses pensées les plus intimes, surtout celles concernant nos instants de gaudrioles charnelles !
Enfin, des nouvelles nous parviennent. Au réfectoire, le directeur nous annonce que Tom ne reviendra pas. Ses blessures s'avèrent beaucoup plus graves qu'initialement annoncées. On parle de fauteuil roulant. Je n'en saurais pas plus et avant longtemps. D'enjoué, je deviens d'une tristesse des plus démoralisatrices. « Malik, c'est un gamin de bientôt quatorze ans qui erre dans la cour, qui pleure en classe, qui gémit dans son lit ». Voilà ce que disent les profs et les surveillants. On tente de me consoler, de me remonter le moral. En vain ! D'autant que j'apprends que Tom est parti à huit cents kilomètres, dans un centre spécialisé pour y vivre un certain nombre d'années nécessaires à un rétablissement. Je lui en veux de son imprudence. Je lui en veux de partir loin sans rien me dire à moi, personnellement. J'aurais tant aimé être à ses côtés pour l'aider à me revenir ! Avant, je ne faisais pas la différence entre amitié et amour. Maintenant, j'entrevois la différence. * * * Lors des vacances estivales, papa passe la plupart de son temps avec moi. Cette année, il bénéficie de trois mois de congés, exceptionnellement. Devant mon air surpris, il annonce : — … Nous allons quitter la région. Mon patron vient d'obtenir un énorme chantier à l'autre bout du pays. Il y en a pour près de 4 ans de boulot. Je ne peux pas refuser d'y aller. Je passe chef d'équipe. La paye va grimper pas mal, on m'offre un grand logement gratuit. — Mais, et notre maison, ici ? Et maman ici ? — Nous viendrons passer les congés ici, comme ça nous resterons près de maman. Nous viendrons la voir à chaque fois. Changer d'école, pour toi, ce ne sera que profitable. Tu ne dois pas t'enfermer dans ton chagrin, au sujet de Tom. Tu étais son ami, il était le tien. C'est un très beau souvenir qui restera à jamais dans vos cœurs. La vie vous sépare, le malheur vous sépare, mais ce souvenir vous unit pour toujours. Et puis, la vie a parfois des retournements et rien n'est définitif, tu sais… Il serait peut-être temps que je décrive le petit bonhomme de presque 14 ans. Brun, cheveux bouclés très touffus, yeux bleu nuit – d'après certains. Pas très grand pour mon âge selon le docteur qui promet une poussée magistrale pour très bientôt. Un peu rondouillard, le Malik, à cause de ma gourmandise qui devient légendaire. Disons les choses comme elles sont : je suis un goinfre qui se goinfre. Peau bronzée du haut en bas, petit nez droit, front altier, pommettes un soupçon saillantes, belles lèvres charnues, je me trouve supportable à moi-même et me fiche éperdument de savoir si les autres me supportent, fors mon père dont les avis m'importent et que je suis à la lettre. Rien de bien exceptionnel. Attendons quelques années, quand la bête sera définitivement formée. Une particularité, cependant : bien que « demi Beur », je n'emploie pas le langage des beurs ou des « djeuns ». Je ne kiffe pas : j'aime. Ça n'est jamais ouf : mais toujours fou. Je n'irais jamais voir une tepu : mais peut-être une pute. Je ne suis jamais relou : mais parfois lourd. Je ne fais rien de chelou : s'il m'arrive d'avoir un comportement louche. Et, surtout, je ne place pas des « lol » à tout bout de phrase, lors de mes conversations ou de mes dissertations. Je n'apostrophe pas mes copains en leur demandant, par exemple : « ça va, gros ? ». Expression nouvellement en vogue. J'en connais un qui répondrait de façon très percutante à cette appellation, assommant son homme d'une seule gifle du plat de la main : Robert mon nouveau voisin, un mec baraqué, énorme, gigantesque, qui déteste qu'on lui donne le qualificatif de gros, pareil qu'Obélix ! Heureusement pour moi, il m'aime bien, Robert, parce que je suis un gamin poli, qui à une éducation à l'ancienne – selon lui. J'évite également les anglicismes à tout bout de phrase, les diminutifs – genre « cafète » au lieu de cafétéria – et autres maniérismes linguistiques affectionnés par la bande de moutons de Panurge que semble être une grande majorité de la population, adultes ou pas. Je suis un révolutionnaire,
en quelque sorte, ou un anarchiste dans mon genre. Les bombes ne sont pas les seuls moyens de démontrer ces deux catégories sociales. D'autres armes me semblent plus appropriées et, surtout, plus douces, mais pas moins efficaces pour autant, bien que plus longues dans l'action. Pour autant, je ne suis pas parfait et mon langage reste des plus communs pour un garçon de bientôt quatorze ans ! Pour ces raisons, entre autres, comme le dit si bien mon cher papa, je ne suis qu'un « demi Beur ». D'ailleurs, suivant son conseil, afin d'éviter toute complication avec les camarades, je tais les origines maternelles, répondant évasivement que mon prénom ne m'a pas été attribué pour une quelconque appartenance à une ethnie, à un pays, mais uniquement parce qu'il plaisait à mes parents. Quand, lors d'une douche communautaire à la piscine, certains me font observer que j'ai la queue coupée – pour les ignorants – ou circoncise – pour ceux qui savent les mots –, je parle de souci hygiénique de la part de mes géniteurs. Seuls mes amis très intimes sauront ma véritable lignée, en ce qui concerne l'avenir. Certains suggèrent que je serais un lâche, puisque je cache mes vraies origines. J'évite simplement les problèmes. Dans le même esprit, je refuse tout ce qui est « mode ». Je ne cours pas après le dernier marcel, ou le dernier iPad –je ne sais même pas ce que c'est. Je possède un téléphone portable datant de trois ans, un ordinateur que papa m'a offert pour mon onzième anniversaire, et mes habits sont remplacés quand ils sont usés ou détériorés définitivement. L'essentiel est que je me sente bien dans ma peau que ce soit dans mes vêtements ou devant les ustensiles divers que je suis appelé à utiliser constamment. Tout ce qui précède renforce certains dans l'idée que je suis une femmelette totalement infréquentable. Après le départ de Tom, infréquentable je le deviens réellement. Par contre, mes poings et ma hargne montrent que femmelette je ne suis point. Je ferme la parenthèse sur ma personne.
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