Nuit

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Nuit : trois romans en un seul, emboîtés comme des poupées russes. Deux lieux qui se répondent, aux antipodes l'un de l'autre : la cité septentrionale de Saint-Malo et l'australe Mooréa, sans que rien ne soit artificiel dans ce patchwork cousu main. De quoi vagabonder en imagination, tout au long d'une intrigue érotico-pornographique dévoilant sans vergogne des joutes amoureuses crues, mais renforcées par la noblesse de tempérament des personnages. Un puzzle littéraire assemblé en quelques sortes comme les corps qui se cherchent et se trouvent. Sur fonds de bleu des mers du sud...
Publié le : jeudi 24 avril 2014
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EAN13 : 9782332726452
Nombre de pages : 156
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-72643-8

 

© Edilivre, 2014

Première partie

 

 

 

– Devine ce qui m’arrive, Anaïg !

– Comment le puis-je ? Dis-moi tout, Yann, tu as l’air tout excité et tu sais que je ne suis pas patiente quand on me promet de devoir écarquiller les mirettes !

– Assieds-toi donc et écoute-moi ! Ce soir, comme je passais Rue du Port, j’ai voulu m’arrêter pour saluer rapidement Marie, l’une de mes aveugles, tu sais, la mignonne que je te l’ai présentée il y a une quinzaine : elle fait partie du groupe auquel je fais la lecture tous les mardis soir. Mais je ne sais si je vais réussir à tout te dire… Tu vas être choquée….

– Dois-je m’attendre au pire ? Dépêche-toi donc, ne me laisse pas sur le gril.

– Bon, tu sais que la rue du Port est une espèce de ruban de macadam qui monte en pente raide.

– En effet…

Les anciennes maisons de pêcheurs, accolées les unes aux autres le long de cette voie, ont été construites en contrebas, comme pour combler le vide que cette sente dominait, musardant le long d’une arête granitique masquée par le bitume mais courant à fleur de ruelle. Quand les occupants ouvrent leurs fenêtres, ils voient les jambes des passants défiler au ras de chez eux, tandis que ces derniers peuvent plonger le regard dans les maisonnettes alignées. Il s’agit donc d’une configuration très particulière où la vue plongeante dans les logis ne favorise pas l’intimité. Mais les pêcheurs des temps révolus avaient occupé le terrain comme ils l’avaient pu, pourvu qu’il y eût assez de place pour construire un abri étroit qui était leur port d’attache. La zone était instable autrefois : c’était une grève peu à peu récupérée sur la mer à partir du XIXe siècle, à main d’homme, sans pelleteuse. Les Anciens, qui y voyaient plus loin que le bout de leur nez, savaient investir les ilots rocheux émergeant des sables et de la vase et, comme dans ce cas, s’y adosser par sécurité, les cas de submersion de cette ancienne grève ayant dû être innombrables.

– Oui, la rue du Port, et alors ?

Anaïg réclame une suite. L’homme hésite encore à faire la révélation qui lui brûle pourtant les lèvres…

Ils sont frère et sœur. Prise d’un doute, la femme regarde tout à coup son parent d’un œil soupçonneux. « La mignonne » a-t-il dit ! Non, il ne va pas oser, tout de même ! Faire d’une aveugle sa conquête ?! Surtout pas ! » Elle connaît l’oiseau qui serait capable de compter fleurette à un bout de bois flotté ou à un nuage s’il lui trouvait des formes féminines. On n’a pas le droit de faire croire des choses insensées à une personne porteuse d’un si lourd handicap. Yann n’est pas fidèle. C’est son droit. C’est son mode de fonctionnement. A la bonne heure s’il trouve des vagabondes dans son genre : « Le bonheur est dans le pré, cours-y vite il va filer », écrivit Paul Fort. Carpe diem autrement dit. Anaïg comprend cela et ne s’est jamais mêlée des histoires de son cadet. Et vice-versa. D’ailleurs, si la dame paraît plus sage, elle ne refuse pas de clore une histoire d’amour qui n’en est plus une et d’en entamer une autre, d’amour et de sexe. Mais elle se confie peu, n’en éprouvant pas le besoin, vivant sa vie en liberté sans le clamer sur les toits. C’est sa façon d’être.

Un frisson la parcourt, suivi d’une suée soudaine. Par habileté elle ne laisse rien paraître afin de ne pas contrecarrer la révélation annoncée. Elle le connaît, il peut se rétracter s’il ne se sent pas en confiance. Elle considère toujours Yann comme un ado, malgré son âge et bien qu’il eût bourlingué longtemps dans les Mers du sud. Mais elle a le doigté d’éviter au maximum de le lui faire sentir.

La mort récente de leurs parents les a contraints à vivre sous le même toit, du moins pour l’instant. Certes, ils sont devenus héritiers d’une magnifique maison ancienne, Ker Anaïg justement – du prénom d’une trisaïeule – campée en front de mer, plus ou moins léchée par les déferlantes, aux vitres salées d’embruns qu’il faut frotter souvent. Mais comment entretenir une telle bâtisse quand on a des revenus moyens, ce qui est le cas, tant pour le frère que pour la sœur ? Aucun des deux ne peut se permettre non plus de racheter la part de l’autre. La hausse de l’immobilier est devenue scandaleuse dans le secteur. À deux, c’est plus facile de partager les frais, d’autant plus que chacun a rendu l’appartement qu’il louait afin de libérer des fonds à mettre en quelque sorte au service de la demeure. Vendre, d’ailleurs, c’est vite dit quand on est attaché comme ils le sont à leur enfance, à leurs jeux sur la plage et dans les vagues avec une troupe d’enfants du même style qu’eux-mêmes, des sauvageons de l’estran, des cueilleurs de crevettes, des escaladeurs de brise-lames comme l’avait été Chateaubriant avant eux. Non, pas si facile de revendre cet héritage, surtout lorsque l’on a appris, archives en main, que vos ascendants y ont vécu cinq générations avant vous.

Ces deux quinquagénaires – lui, à l’aurore de la décennie et elle, à son crépuscule – ont donc choisi de se donner du temps avant de prendre une décision. Ainsi se partagent-ils les lieux, répartis sur trois niveaux – deux étages de trois pièces chacun, ainsi qu’un rez-de-chaussée englobant une salle à manger, un salon et une cuisine spacieuse, véritable pièce à vivre, donnant au sud, sur le jardin. Les autres, tournées au nord, regardent la mer. Elles ont un aspect plus austère, mais portent dans leur décoration marine de quoi faire rêver d’embarquements.

Le frère et la sœur sont au large pour ainsi dire – puisque l’horizon leur lance des appels, mais aussi parce qu’une dizaine de personnes vivrait à l’aise dans leur espace vital. Ils ne se bousculent donc pas dans l’encadrement des portes, ce qui sert leur goût de l’indépendance. Ils prennent d’ailleurs rarement leurs repas ensemble, chacun ayant sa vie. L’une est professeur d’anglais dans l’institution catholique de référence de la ville, bien qu’elle ne soit inféodée à aucune religion. L’autre a mis pied à terre au pays après avoir passé vingt-cinq ans aux antipodes. Il est peu disert à propos de ce quart de siècle, mais Anaïg sait qu’il est veuf d’une jeune épouse qu’il a aimée à « en perdre la raison ». Elle connaît aussi la propension de son frère au vagabondage amoureux, façon de noyer, pense-t-elle, cette peine profonde dont il ne guérira sans doute pas car c’est un être entier, extrêmement pudique sous des dehors expansifs, voire exubérants. Un joyeux drille en société, un taiseux dans le privé.

Yann et Anaïg ont un rituel commun qui, presque chaque jour, rompt leur indépendance : converser durant une bonne demi-heure, de tout et de rien et surtout de la météo du lendemain qu’ils lisent en regardant l’horizon et en observant le Cap Fréhel, masqué par la brume ou trop dessiné, ce qui n’est pas bon signe. Par ailleurs Yann navigue, faisant encore des courses de ci-delà, pour le plaisir. Il aurait pu se faire un nom. Mais sa vie passée dans le Pacifique a fait diversion. Il travaillait à l’Ifremer de Nouméa et ses responsabilités ne lui permettaient pas de se consacrer totalement à sa passion de la voile. Il lui avait été facile d’obtenir une mutation dans la section malouine de cet institut pour rentrer au pays après le décès de son épouse. Il est en même temps journaliste sportif et ses articles sont remarqués dans les revues des professionnels du nautisme.

Ce soir-là, Anaïg et Yann s’installent donc dans le bow-window donnant sur la mer pour entamer leur vespérale conversation. Compte tenu de ce que Yann a annoncé, celle-ci prendra obligatoirement un tour particulier. Les couchers de soleil sont exceptionnels ici. C’est le cas lorsqu’ils prennent place dans les fauteuils-clubs placés là en permanence. Mais la pourpre céleste n’alimentera pas le propos du moment.

– Anaïg, tu sais, ce que je vais te raconter est énorme. Essaie de ne pas être trop choquée.

– Tu ne m’as pas habituée à ce genre de précaution oratoire. Tu me fais peur. Dis-moi, tu as des ennuis ?

– Non, non, pas du tout… Mais tu sais, ce que j’ai à dire est très spécial, sache-le. C’est au sujet de Marie, la jeune femme que je t’ai présentée l’autre jour. Elle vient écouter mes lectures aux séances que j’ai organisées pour les aveugles, à la maison de quartier, afin de rendre service et de me changer de mon travail. Cette fille m’intrigue. Elle veut toujours en savoir plus, sur l’auteur, sur les courants littéraires, sur les personnages qu’elle a le don d’analyser avec finesse. Un esprit inculte mais curieux de tout. Elle trouve toujours les séances trop courtes. Je les prolonge un peu mais les autres participants se fatiguent. Je lui ai donc fait comprendre qu’elle n’était pas seule et que je ne désirais pas lui donner de cours particuliers. Quand je la vois repartir avec son chien, je ne peux pourtant pas m’empêcher de m’émouvoir. Son intelligence est en friche et je voudrais lui apporter davantage. Mais je sais que c’est justement c’est tout à fait impossible.

– Où veux-tu en venir ?

– A rien, c’est juste comme cela.

– Alors ????

– Tu l’as croisée l’autre jour. Tu as dû remarquer que son chien la guidait comme un chef et semblait veiller sur elle comme sur un trésor.

– J’ai plutôt remarqué ses vêtements et je n’ai pas fait attention à son compagnon à quatre pattes comme on dit. Elle est très élégante, dis-donc ! Et pour son maquillage sophistiqué, qui l’aide ?

– Une aide-soignante vient chaque matin, mais ça ne fait sûrement pas partie de ses attributions !

– Je m’en doute. Mais arrive au fait s’il te plaît… On tourne en rond et tu ne m’as toujours rien dit !

Yann prend une large inspiration puis débite d’une traite :

– Je suis passé rue du Port où elle habite, je te l’ai dit. Elle n’avait pas tiré ses rideaux, j’ai donc pu plonger chez elle en passant au ras de sa fenêtre. Elle était nue…

– Je te conseille de lui dire de faire attention en sortant de son bain, rétorqua Anaïg en s’esclaffant ! Ma parole, elle t’émeut ! C’est sa plastique qui t’a mis dans tous tes états ? Tu ne changeras pas, frérot !

– Ne te fiche pas de moi, ce n’est pas tout.

– ????…………….

– Elle et son chien étaient en situation, non… en position équivoque !

– Tu es complètement fou ! Arrête de me provoquer !

– Anaïg, c’est la vérité ! Son animal la…, la… ! C’est très sérieux.

– Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Un grand silence s’installe. Ils sont tous deux ébranlés !

– C’est tout ce que tu me dis, Anaïg ? Tu pourrais peut-être m’aider. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Lui dire ou non que je l’ai vue ? La laisser continuer au vu et au su de tous ?

– Ecoute Yann, je suis sonnée ! Laisse-moi reprendre mes esprits !!!

Elle se sauve dans la cuisine et plonge dans le frigo afin de saisir deux bières bien frappées, juste comme ça, pour se donner une contenance. D’ailleurs elle en oublie les moques. Obligée d’y retourner ! Ça l’arrange d’ailleurs – toujours quelques secondes de gagnées ! Anaïg a le cœur serré comme dans un étau et elle sent sa cage thoracique prête à exploser. Le frère et la sœur sont plutôt réservés l’un par rapport à l’autre. Ils se sont rarement fait de confidences sur leur vie amoureuse et encore moins sexuelle. Question d’éducation. Mais si Anaïg devine les frasques de son frère, Yann a aussi de l’intuition concernant les aventures de sa sœur. Mais chacun respecte absolument la liberté de l’autre. Ils s’apprécient réciproquement en grande partie pour cette raison : de la distance, une certaine froideur même, mais jamais de critique sur les choix fondamentaux de l’un ou de l’autre. Quand Anaïg eut sa fille, il y a trente ans, qu’elle choisit de ne pas vivre avec le père et que le bébé ne portât pas non plus le nom de son géniteur, ce fut la révolution dans la famille. Les parents eurent du mal à accepter le fait. Yann avait alors fait savoir à sa sœur qu’il la soutenait. Pas de longs discours entre eux, mais une compréhension intuitive. C’est pour cela que Yann a parlé ce soir. Il sait qu’Anaïg sera de bon conseil et donnera son avis hors de tout jugement de valeur. C’est très rare, cela.

Certes Anaïg est choquée. Surtout, qu’il ne lui prenne pas l’idée de lui donner des détails ! S’il le fait elle lui hurlera de se taire. Pour elle la zoophilie est un mot qui se cache quelque part dans le dictionnaire mais qu’elle n’a jamais entendu prononcer. Il ne lui était jamais venu à l’idée que cela pût exister réellement. Le choc est rude, mais elle se reprend vite car il faut agir. C’est une femme de tête. Elle aime l’efficacité. Son frère attend des conseils. Elle sait que, si ce n’était le cas, il n’aurait pas osé la déranger avec cette histoire.

– Yann, il faut agir immédiatement et te rendre vite chez cette… demoiselle. Si tu l’as vue, le moindre passant peut en faire autant. Il faut la protéger. Je ne la connais pas mais tu m’as parlé d’elle pour m’en dire du bien. Ce que tu m’as raconté est tellement énorme que je doute qu’il s’agisse d’une provocation. Il est probable que la belle et la bête aient leurs habitudes. Il ne faut pas qu’on les voie afin que cette jeune femme ne soit pas jetée en pâture à la vindicte populaire. C’est vite fait ces choses-là… Et elle a assez d’un handicap !

– Merci, ma sœur, je n’en attendais pas moins de toi. J’avoue avoir été secoué. Je connais un peu l’histoire de Marie, elle m’en touche deux mots de temps à autre à la fin de ma lecture. Mais je préfère m’esquiver à chaque fois car quelque chose me rend mal à l’aise.

– Yann, je devine qu’elle cherche à attirer ton attention et davantage si affinités !… Pour moi, c’est d’une évidence ! Mais ce n’est pas le moment d’en parler. Nous aurons tout loisir d’y revenir, si tu le permets. Crois-moi, je sens bien qu’il te manque une petite dose de lucidité. (Elle énonce cela dans un grand éclat de rire qui leur fait du bien à tous deux, après la tension de la « révélation »). Maintenant cours chez elle lui dire… de faire bon usage de ses rideaux !

Anaïg est déjà montée chez elle, au premier, lorsque son frère revient. Il ne cherche pas à l’appeler. Elle ne cherche pas non plus à le rejoindre, même si elle l’a entendu. Une pause ne peut pas leur faire de mal. Yann a regagné son deuxième étage. Cela peut attendre : il relatera demain son entrevue avec l’aveugle.

Au petit matin ils se retrouvent tous deux dans la cuisine et pour une fois ils prennent leur café ensemble, fait complètement exceptionnel, chacun cultivant son quant-à-soi sans même penser à s’y contraindre. Cette indépendance leur permet une certaine connivence en cas de coup dur puisqu’aucun des deux n’a été usé par la présence de l’autre au quotidien. Silence…

– Alors ? lance Anaïg une fois sa tasse bue !

– Je l’ai vue et lui ai dit être passé dans sa rue hier. J’ai osé ajouter de but en blanc « Tu sais Marie, tu devrais penser à tirer tes rideaux, on plonge chez toi quand on passe. Elle a sursauté ayant tout compris : « Vous nous avez vus, n’est-ce pas, a-t-elle dit ? » Tu vois, Anaïg, ça a été direct entre nous. J’ai admiré son sang froid. A peine une légère tétanisation qu’elle a tout de suite dominée. Puis un silence durant lequel je ne savais pas quelle contenance prendre. Et puis tout à coup, un revirement : elle m’a attiré vers le canapé en me prenant la main et elle m’a invité à y prendre place tout en s’asseyant à côté de moi. Le chien, qui me connaît, m’a considéré avec une superbe indifférence. C’est à ce moment-là qu’elle a fondu en larmes en posant sa tête sur mon épaule !

– Ça, je m’y attendais, Yann ! Bien sûr, tu ne l’as pas repoussée…

– Que voulais-tu que je fasse ?

– Tout mais pas ça, voyons ! Je suis sûre que tu l’as même enlacée de tes grands bras rassurants !

– Ne te moque pas de moi. Oui, je l’ai fait. Cette jeune femme a des peines profondes, j’en suis sûr, ce n’était pas le moment de la « jeter ». Elle a pleuré à chaudes larmes un bon quart d’heure et je ne savais pas comment l’aider à contenir ce flot. J’ai attendu sans bouger et j’ai un peu caressé ses cheveux.

– Ça alors ! Et le chien ? Il ne t’a pas sauté à la gorge quand tu l’as câlinée ?

– Pas du tout, il me connaît et a sans doute traduit que je voulais plutôt du bien à sa maîtresse ! Mais il s’est ému de la voir en sanglots. Il s’est approché et a fouiné sous sa jupe ! « Non, pas maintenant, attends un peu », lui a-t-elle dit en le repoussant doucement… Tu veux toujours en savoir plus, Anaïg ?

– Au point où j’en suis !!!!!!!!!!!!!!!

– L’animal a répondu « Message reçu » en relevant un peu plus le tissu et en lui donnant un coup de langue puissant quelque part dessous. J’ai deviné que c’était lui le seigneur et maître lorsque, grand prince, il est parti s’installer dans un angle de la pièce. D’ailleurs, c’est son nom, Prince.

Anaïg reste muette – elle qui ne voulait pas de détails… Quel commentaire faire ? Il n’y en a pas. C’est tellement soudain, imprévu, énorme. Elle est secouée. Mais une pensée l’obsède déjà : l’attitude de son frère. Y aura-t-il une suite ? Cette fille émeut l’homme, le mâle, c’est évident. Elle a envie de le protéger… de lui-même.

– Je suppose que tu n’as plus aucune raison de retourner la voir. (Elle guette sa réaction du coin de l’œil).

– Bien sûr que si, je ne vois pas comment je peux la laisser dans cet état. Elle me l’a demandé, d’ailleurs, et a ajouté « Ne me laissez pas, Monsieur Yann, si vous connaissiez ma vie vous sauriez que je suis dans un puits de solitude insondable ».

Je la crois sincère. Il y a des accents qui ne trompent pas…

La sœur aînée éclate :

– Ma parole, tu es vraiment idiot ! Tu ne perçois pas sa manœuvre ? Je suppose qu’elle s’est blottie contre toi et que tu as senti son petit cœur palpiter, n’est-ce pas ? Elle te veut comme consolateur, c’est clair. Elle a perçu que tu la trouvais jolie. Je ne sais pas comment, mais on sait que la cécité développe d’autres sens. Elle n’ignore pas qu’elle peut aller plus loin !… Tu es prêt à te pâmer devant ses malheurs et l’histoire du chien ne te dérange pas plus que cela, ma parole !!!

– Mais non, grande sœur, tu te trompes…

– Tu me réponds mollement ! Est-ce que tu sais que tu peux finir sous les verrous si tu te laisses convaincre ? Elle est han-di-ca-pée, tu m’entends ! On pourrait t’accuser d’avoir abusé d’elle si tu cèdes à ses intentions qui sont claires comme de l’eau de roche.

Yann sait parfaitement que sa sœur a raison. Il n’a pas avoué à Anaïg que Jocelyne avait écrasé ses seins contre lui, qu’elle vibrait tandis que lui-même avait senti son sexe réagir magistralement. On ne dit pas cela à une sœur.

En fait il ne s’était retenu de donner suite qu’à cause de l’image du chien qu’il avait surpris en pleine action quelques heures plus tôt. Et le sperme de l’animal ? Cette pensée le refroidit définitivement. Oui, il repousserait la jeune aveugle la prochaine fois, mais il lui rendrait visite tout...

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