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P900, tome 2

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203 pages

La trilogie P900 raconte la vie amoureuse et sensuelle mouvementée de Marine, une jeune femm dégourdie et effrontée, échouée sur une planète lointaine, isolée et abandonnée de la Terre, une planète pénitentiaire pour femmes. Elle y a déjà affronté des monstres, l’ancien gouverneur et les pirates, non sans quelques traumatismes, mais elle bénéficie de fées bienveillantes des deux sexes qui veillent attentivement sur elle.


Marine a installé Patrick dans son appartement et compte bien disposer d’un homme en permanence, mais refuse catégoriquement de se marier avec au grand désarroi de sa mère, Jessica, la gouverneure de la colonie pénitentiaire, tout simplement parce qu’elle tient à conserver sa tendre amie, Mila. Mais le ménage à trois, aussi sensuel soit il, n’est pas non plus une bonne idée. Après sa rupture d’avec Patrick, Marine se met en tête de se payer un voyage sur Terre pour officiellement recruter des immigrants. Officieusement, elle s’est mise en tête de trouver deux hommes, un pour elle, un pour Mila, à la hauteur de leurs ambitions et de leurs exigences. C’est là que les choses vont se compliquer... ou pas !



Science-fiction parodique, amours saphiques, érotisme décomplexé, intrigue aux rebondissements multiples font de la trilogie P900 un petit bijou de série Z, au kitsch revendiqué, assumé et stylisé, qui se lit d’une traite. Alors bonne lecture et bonne...

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Résumé

La trilogie P900 raconte la vie amoureuse et sensuelle mouvementée de Marine, adolescente dégourdie et effrontée, échouée sur une planète lointaine, isolée et abandonnée de la Terre, une planète pénitentiaire pour femmes. Elle y a déjà affronté des monstres, l’ancien gouverneur et les pirates, non sans quelques traumatismes, mais elle bénéficie de fées bienveillantes des deux sexes qui veillent attentivement sur elle.
Marine a installé Patrick dans son appartement et compte bien disposer d’un homme en permanence, mais refuse catégoriquement de se marier avec au grand désarroi de sa mère, Jessica, la gouverneure de la colonie pénitentiaire, tout simplement parce qu’elle tient à conserver sa tendre amie, Mila. Mais le ménage à trois, aussi sensuel soit il, n’est pas non plus une bonne idée. Après sa rupture d’avec Patrick, Marine se met en tête de se payer un voyage sur Terre pour officiellement recruter des immigrants. Officieusement, elle est bien décidée à trouver deux hommes, un pour elle, un pour Mila, à la hauteur de leurs ambitions et de leurs exigences. C’est là que les choses vont se compliquer… ou pas !

Science-fiction parodique, amours saphiques, érotisme décomplexé, intrigue aux rebondissements multiples font de la trilogie P900 un petit bijou de série Z, au kitsch revendiqué, assumé et stylisé, qui se lit d’une traite. Alors bonne lecture et bonne…

À propos de l’auteur : Jean Darmen passe ses premiers mois d’enfance dans la tranchée familiale en attendant qu’une bombe anglaise arrête net sa carrière de braillard. Rescapé de plusieurs bombardements sournois, il suit mollement des études secondaires presque brillantes, puis supérieures où il s’illustre pendant cinq longues années par une totale incompréhension du droit, de la finance, des ressources humaines et du marketing de combat. Malgré tout diplômé, diplôme emporté haut la main à la faveur de mai 1968, il poursuit ses ravages dans quelques multinationales où il ne laissera aucune trace, élevant le pantouflage et la discrétion à la dignité olympique. Toutes ces entreprises ont survécu à son départ ! Changement de décor à la suite d’un choc spatio-temporel : la création d’une petite entreprise (elle ne connut jamais la crise) où il s’exerça au pouvoir absolu et lui permit de pratique intensément la chasse de tête (Head Hunting) pendant un quart de siècle. Il a cédé son terrain de chasse à son Grand Vizir et ressort de ses cartons les histoires vraies qu’il choisira de vous raconter. Ses goûts vont vers les textes d’anticipation, policiers ou déjantés ; généralement il les assaisonne épicé ou très épicé. Même en le torturant il ne vous avouera jamais qui sont ses maitres car il ne reconnaît en fait ni dieu ni maître. Vous retrouverez dans ses romans des allusions lourdes ou perfides, pertinentes ou impertinentes aux décadences politique, économique et morale de notre époque qui comme chaque civilisation même décadente met un sacré bout de temps à s’écrouler sur elle-même. Il ne désespère pas d’assister à certains épisodes croustillants de nos prochaines révolutions qu’il vous décrira au besoin par anticipation ou du point de vue des initiés. Si nécessaire, il attendra 400 ans pour vous en relater les tragicomiques événements.

DU MÊME AUTEUR
P900, tome 3 - Les Pirates, Numeriklivres, 2016.
P900, tome 1 - Planète Aurore, Numeriklivres, 2016

Jean Darmen

P900

TOME 2 - VOYAGE SUR TERRE

editionsNL.com

1

Marine ouvrit la fenêtre de sa chambre.

Une belle journée s’annonçait. Le soleil venait de se lever, orange comme une mandarine, il allait passer au brillant aveuglant en grossissant comme une citrouille.

Elle appréciait ce spectacle.

Dans la rue déserte à cette heure matinale, une bise soufflait du plateau et amenait une poussière jaune qui formait un léger brouillard à travers lequel clignotait la lueur pâle des arbres à vent, seuls lampadaires de Nouveau-Paris, capitale de la colonie pénitentiaire.

Marine était sortie nue du lit. Patrick, resté allongé, s’étirait en regardant ses fesses et ses hanches. Il lui demanda :

— Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?

Elle lui répondit rageusement :

— Arrête de reluquer mon cul !

Elle trouvait depuis toujours qu’elle avait les hanches trop larges et les fesses trop rondes.

Elle se retourna. Patrick commenta :

— C’est encore mieux de face, ma chérie.

Marine haussa les épaules.

— Idiot !

Elle souleva ses seins des deux mains et se mit de profil.

— Et comme ça ?

— Parfait. Une petite Vénus callipyge.

Marine adorait ce genre de compliment, d’ailleurs, elle lui avait appris le sens de ces deux mots, Vénus et callipyge. Elle se voyait comme Vénus sortant des eaux et assumait callipyge.

— Je suis convoquée à la résidence ce matin, chez le gouverneur, pour une réunion importante et ensuite je dois livrer mes fringues dans les camps !

Même si la résidence avait l’aspect d’une forteresse ingrate, d’un grand et austère château fort en pisé, Marine en gardait de bons souvenirs : elle aimait bien retourner dans la maison de son enfance où elle conservait une chambre contiguë à celle de sa jeune sœur Clémence, et proche de celle de sa mère Jessica, gouverneur de la colonie pénitentiaire d’Aurore.

C’était aussi l’endroit où la colonelle Jeff, son ex-chef, dont elle avait été l’aide de camp attentionnée, avait partagé avec elle son bureau et sa chambre pour abriter leurs rendez-vous amoureux.

— Encore ! Tu ne sortiras donc jamais des jupes de ta mère !

Marine s’allongea sur Patrick, se frotta les seins contre sa poitrine et l’embrassa. Elle tenta d’enfourcher son sexe en le guidant d’une main, mais n’y parvint pas et le laissa durcir contre son ventre.

— Et toi, qu’est-ce que tu fais ce matin ?

— Je travaille avec papa sur le chantier de ton nouvel hôtel et je commence le terrassement de notre maison.

— Bordel ! Tu resteras donc toujours accroché à ses basques !

Elle l’embrassa.

— Je passerai te voir en fin de matinée sur le chantier de notre maison.

Patrick avait été embauché comme conducteur de travaux par Peter, son père, redevenu entrepreneur du bâtiment après avoir été chercheur d’or dans les torrents de la montagne. Patrick préférait travailler à l’air libre plutôt que d’étayer les galeries de la mine d’or de la colonie où il avait toujours eu la hantise des effondrements.

— Avant de commencer la journée, tu me baises, s’il te plaît.

Marine vérifia que son implant intime était sur la bonne puissance, régla sa montre de poignet, repositionna le sexe de Patrick et le laissa s’introduire doucement en elle, puis elle entreprit ses mouvements de bassin habituel. Elle obtint rapidement satisfaction et arrêta Patrick à l’ultime moment.

— Viens sous la douche avec moi, on continue.

Patrick la suivit.

Marine savait qu’il aimait ses caresses sous l’eau froide. Mais aujourd’hui, elle était pressée, elle le fit jouir, elle se fit jouir, elle se lava, et se sécha, enfila un string et une brassière noire, mit un short et une chemisette kaki, vestiges d’un ancien uniforme de garde, descendit en courant l’escalier, démarra son buggy et, deux cents mètres plus loin, franchit les portes de la résidence pour se garer sur le parking intérieur près de l’hôpital-prison.

La journée commençait bien.

*

Dans la salle de réunion de la résidence, Marine s’installa auprès de son amie Mila :

— Bien dormi ?

— Oui. Et toi, ma chérie ?

— Je m’endors et je me réveille dans les bras de Patrick !

— Vous êtes toujours collés ensemble. Je t’envie, mon amour ! Mais ne m’oublie pas, tu m’as promis une virée en amoureuse, une excursion dans la montagne. Ou dans la campagne, j’aime bien la campagne, tu sais ! Pour nous deux, uniquement nous deux.

— Lundi, je peux, c’est mon jour de repos ! Ce serait sympa, un pique-nique dans la nature sauvage !

Elles parlaient sans doute un peu fort entre elles, le gouverneur intervint :

— Silence, s’il vous plaît.

Marine, contrainte de se taire, utilisa son Phonar pour prolonger son bavardage.

Elle remerciait Jeff de lui avoir greffé cet implant qui lui permettait de communiquer discrètement avec toutes les anciennes membres de son équipe, présentes sur Aurore. Marine et Mila en détournaient l’usage pour échanger des plaisanteries salaces ou leurs pensées érotiques.

— Nous pourrons en parler après la réunion, proposa Marine.

— Oui ! Laisse-moi écouter ta mère, s’il te plaît.

Jessica avait réuni ses conseillères habituelles. Il y avait Pat O’Malley, directrice de la banque de l’OPU (Organisation des Planètes Unies), Yasmina la chef des gardes. Il y avait les membres de l’ancienne équipe de Jeff, Mila, l’agronome, Yori l’ingénieur, Calia l’experte financière, et bien entendu sa fille Marine qui exigeait d’être informée des affaires de la colonie.

Jessica rappela les conclusions de Jeff : la planète Aurore devait attirer de nombreux immigrants en provenance de la Terre.

Pour cela, l’OPU, en la personne de son grand patron, le général M.A.C. Arthur (Martial, Alexandre, César), dit Mac Arthur pour les intimes, demandait le dépôt d’un dossier de candidature d’immigration pour le diffuser aux Terriens qui cherchaient un monde meilleur pour y vivre, s’y reproduire et y mourir. Le chapitre se reproduire intéressait particulièrement le gouverneur qui attendait de ses conseillères des suggestions pour constituer ce dossier à vocation publicitaire : il se résumait à une seule question :

— Comment pourrait-on vendre Aurore ?

Marine buvait tranquillement son café, une excellente torréfaction locale de graines de pistachier-térébinthe. Elle se demanda ce que voulait sa mère. Aurore c’était le paradis, un point c’est tout ! Pourquoi vouloir vendre le paradis ? D’un autre côté, Aurore avait été aussi l’enfer ! Pour les pékins de la Terre, ce devait toujours être une planète pénitentiaire pour femmes, avec l’image exécrable qui restait collée à un enfer pénitentiaire : camp, enfermement, prison, travail pénible à la mine, brimade et privation, punitions et exécutions. Le vécu de Marine était tout autre : farniente sur la plage, études studieuses, bagarres et amours avec des copines coquines ou avec Jeff, et, depuis peu avec son grand amour, Patrick.

Devant le silence des participantes, Jessica continua :

— Il va falloir vous remuer mesdemoiselles — Jessica avait oublié Mila veuve de guerre — si nous voulons attirer des immigrants sur cette planète.

Yasmina, grande femme sportive et filiforme, se lança :

— On pourrait dire aux immigrants que c’est une planète très sûre, très calme, sans délinquance, sans accidents de la route.

Pas mal, pensa Marine, Yasmina prêche pour sa paroisse. Mais les détenues, anciennes délinquantes chevronnées, sont enfermées dans le périmètre de la colonie pénitentiaire. Elles pourraient sentre-tuer, que tout le monde sen foutrait !

Pour les voitures ! Il n’y avait que les gros camions à hydrogène et les buggys électriques importés par Marine ! Et les routes ? Tout juste cinquante kilomètres de pistes où il faisait bon soulever la poussière le week-end ! Marine préférait rouler à fond avec son buggy personnel sur la partie humide de la plage au plus près de la laisse de mer.

Bordel ! Yasmina la remuait encore. Marine la trouvait toujours convaincante et sentait renaître son envie d’elle : il suffisait qu’elle parle d’un ton d’autorité. Mais Marine ne voulait plus de la belle Yasmina, séduisante et sportive, mais trop brutale à son goût ; elle avait obtenu le divorce, elle l’avait jetée, mais la regardait toujours avec des yeux d’amoureuse éconduite.

— On peut ajouter, intervint Mila, que la planète à un grand potentiel agricole ! Je souhaite en faire profiter des agriculteurs et des éleveurs immigrants.

Marine ricana au Phonar :

— Tu es gentille, tu es toujours gentille, mon amour, mais ton potentiel agricole reste pour le moment juste du potentiel.

— Tu m’ennuies ! Tais-toi ou je débranche le Phonar.

Marine avait fait l’amère expérience du potentiel agricole de la colonie : elle était très déçue de son dernier investissement. Les rendements en blé et autres céréales s’annonçaient déplorables. Il lui faudra attendre longtemps avant de récupérer sa mise. Heureusement, elle n’était pas seule dans le coup et d’autres résidents d’Aurore allaient subir de lourdes pertes.

— Nous manquons de compétences électroniques, informatiques et mécaniques, admit Yori.

C’était certain ! Enfin, voilàune réaliste, murmura Marine pour elle-même. Ce sont des gens très compétents dont on a besoin, les bras sont déjàdans la colonie même si ce sont des bras de détenues vieillissantes, mais les têtes manquent cruellement.

— Si j’ai choisi de rester, confirma Yori, c’est que je crois à l’avenir d’Aurore et à son développement.

Jessica invita Pat O’Malley à s’exprimer :

— Tant que la planète ne sera pas mieux protégée par l’armée de l’OPU, elle restera à la merci des pirates, toujours à la recherche d’or ou d’argent.

Ils nous font chier les pirates, pensa Marine, ils ne vont pas nous emmerder tout le temps, bordel.

Jessica sentit que sa fille voulait s’exprimer :

— Est-ce que Marine veut nous dire quelque chose ?

— Dès le matin à jeun, comme ça, entendre parler des pirates me met en rogne, et tant que je n’ai pas fini mon petit-déjeuner, je n’ai aucune idée intéressante, maman !

— Alors nous attendrons que Marine finisse son petit-déjeuner pour écouter ce qu’elle a à nous dire. Pour ma part, voici ce que je pense.

 

Jessica avait conscience que la planète Aurore partait de loin en termes d’image, image probablement désastreuse sur Terre, handicapée par son passé et son présent de planète pénitentiaire, la plus éloignée de la Terre, au fond de la zone interdite. Les camps n’occupaient qu’une infime partie des zones habitables, en bordure de désert. La localisation avait été choisie pour la proximité de la mine d’or et de la mer intérieure, en zone chaude. Les vingt mille détenues et les trois cents hommes du camp de la mine ne pesaient pas bien lourd pour l’OPU. L’absence de liaisons régulières avec la Terre, les dégâts des rackets de l’ancien superviseur et les incursions toujours possibles des pirates ne plaidaient pas en la faveur d’Aurore. Jessica ajouta :

— J’ai beaucoup d’espoir dans le soutien du nouveau superviseur.

En effet Jeff, la nouvelle grande chef de la région, jeune colonelle, petite-fille du grand patron de l’OPU, avait décidé qu’Aurore deviendrait sa base principale. Elle projetait de s’y installer en famille, son mari Max et sa fille Patricia. Elle avait prévu aussi d’améliorer la desserte avec la Terre et les planètes pénitentiaires voisines et d’y installer une garnison permanente pour répondre à la menace des pirates.

— Puis-je parler maintenant ? demanda Marine.

— Mais bien sûr ma fille !

— On cherche à faire venir des hommes, semble-t-il.

Mila insinua au Phonar :

— Comme si tu n’étais pas au courant ma petite chienne chérie. Si tu m’en trouvais un, je t’en serais reconnaissante.

Marine continua tout sourire :

— Pour faire venir des hommes, il faut leur proposer des femmes et de l’argent. Pour proposer des femmes, il faudrait lister celles qui parmi les détenues peuvent intéresser raisonnablement les hommes. Pour l’argent, il faudra que la colonie mette la main à la poche pour stimuler la demande.

— Précise ta pensée, demanda sa mère.

— Pour moi, Aurore c’est le paradis, des paysages sublimes, un climat chaud idéal, une paix royale et, avec les mines, nous sommes riches. Nous avons des homards succulents et des résidentes sympathiques même si elles sont déportées ici pour leurs crimes. Mais, mon opinion est minoritaire, semble-t-il !

Jessica l’interrompit :

— Tu vois Aurore avec tes yeux d’enfant, Marine. Voudrais-tu que je te rappelle quelques souvenirs cuisants de ton paradis ?

Marine répliqua violemment en forçant un peu la voix :

— Maman, c’est fini le déballage. J’ai tourné la page. Ce que je veux dire c’est que nous avons des atouts que personne ne connaît. Je suis assez satisfaite que personne ne les connaisse au fond.

— Pour vivre heureuses, vivons cachées, minauda Mila au Phonar.

Marine continua imperturbable :

— Il faudrait faire l’inventaire des femmes volontaires pour quitter leur statut de prisonnières en se mariant aux hommes venus de Terre, et puis faire l’inventaire des qualifications qui nous manquent actuellement. Par exemple, pour la construction de mes immeubles, Peter manque de menuisiers, d’électriciens, de charpentiers, de maçons et de tous les métiers du bâtiment ; moi, pour mon garage je vais manquer de mécaniciens et d’électroniciens, comme Yori manque d’informaticiens, Mila manque d’agriculteurs qualifiés, et Délia à la mine manque de mineurs. Mais tout ça ne suffira pas, il faudra un petit coup de pouce financier pour les inciter à venir, une prime payée par la colonie s’ils viennent et s’ils restent.

— On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, commenta Mila, qui avait touché une grosse prime pour venir en mission avec Jeff et une autre pour rester sur Aurore.

Jessica précisa :

— Compte tenu de nos capacités de transport, cinquante immigrants peuvent être importés par mois, militaires compris. Ce qui veut dire qu’il faut déjà lister une cinquantaine de candidates au mariage issues des camps, pour accueillir une cinquantaine d’hommes. Autrement il faudra importer des couples. Ou bien, je mets en route la marotte du Dr Abé, son programme d’insémination artificielle obligatoire pour toutes à partir de vingt ans.

— Ça, non ! Il n’en est pas question, s’exclama Marine.

Puis Jessica continua imperturbablement sans tenir compte de la protestation de sa fille.

— J’ai appris hier que le vaisseau de Jeff avait eu des avaries au retour de la Terre et avait été obligé de se poser sur la planète P700.

Marine dressa l’oreille : P700 ? La pire des planètes pénitentiaires ! Une planète pauvre et arriérée qui avait été récemment dévastée par les exactions de l’ancien superviseur, Adex, triste individu de sinistre mémoire. À la suite d’une révolte d’origine fiscale, la moitié de la population de la capitale avait été massacrée et ceux qui avaient survécu vivaient dans l’inconfort des reconstructions. Ce n’était surtout pas là qu’il fallait tomber en panne.

— La réparation devrait prendre du temps, Jeff sera retardée d’un mois sans doute et nous avertira de la date de son arrivée.

Ce retard n’arrangeait pas les affaires de Marine. Peter attendait des grues et des camions, Mila un tracteur moderne et Marine une collection de voitures neuves et sa commande de sous-vêtements.

Encore un manque à gagner soupira Marine !

— Jeff ne déplore aucune perte humaine, mais le vaisseau a eu une panne de communications qui le rendait sourd et muet.

— C’est quoi ça, demanda Marine à Mila au Phonar ?

— C’est une panne grave pour un appareil de ce type, répondit Mila. On ne plaisante pas avec ça, ma chérie. Elle a failli y laisser sa peau apparemment.

Marine rêvait toujours des moments intenses qu’elle avait vécus avec Jeff (Jefferson : Élisabeth, Francesca, Frances) colonelle de son état, arrivée à l’improviste sur Aurore. Marine avait pris le poste d’aide de camp au décès d’Yoko et avait été tentée de la suivre pour embrasser la carrière militaire ; mais à cause de Patrick et des obligations de ses affaires lucratives : son grand magasin, « Aux Nouvelles Parisiennes » en plein centre du village de Nouveau-Paris, son hôtel-bungalow en bord de mer dans un emplacement idyllique, son garage de buggys toutes marques, son immeuble de bureaux, ses terrains à bâtir sur la côte et tous les autres projets qu’elle avait en tête, elle avait abandonné l’idée de partir. Mais, elle ne voulait pas croire que la période passée dans le commando de Jeff ne serait qu’une parenthèse dans sa courte vie, une parenthèse épicée et très chaude, mais une simple parenthèse.

Avait-elle mal choisi ? Jeff, en tant que chef, avait souhaité qu’elle la suive, Jessica, en tant que mère, s’y était opposée. Marine avait choisi de rester sur sa planète pour défendre ses intérêts et y vivre et non pour faire plaisir à sa mère, surtout pas ! Tant pis, elle avait choisi !

Elle attendait maintenant avec impatience et un peu d’inquiétude le retour de Jeff après sa mission sur Terre.

Devra-t-elle quitter Mila pour reprendre la vie avec Jeff ? Pourra-t-elle concilier son amour des deux femmes avec sa vie avec Patrick ?

Marine souhaitait garder Patrick avec elle et adorait Mila qui lui rendait bien. Jeff risquait de perturber ce fragile équilibre. Elle aimait Jeff aussi, mais finalement préférait Mila beaucoup plus vicieuse, plus adroite, plus subtile. Un amour de petite femme. Elle la choisirait contre Jeff s’il devait y avoir compétition. Ce ne serait pas facile. Mais avec un peu de diplomatie ! Pourquoi pas ?

Marine avait appris que Jeff s’était mariée sur Terre avec Max et que ça pouvait changer l’équilibre, peut-être que ce macho de Max ne voudrait pas que Jeff lutine les femmes. Elle perdrait Jeff. Dommage.

Mila lui fit un clin d’œil.

Marine la questionna au Phonar :

— M’aimes-tu ?

— Et toi ?

— Je t’aime Mila.

— Je t’aime Marine.

Les mots tendres de Mila ne l’avaient jamais laissée indifférente et la comblaient d’un bonheur simple, dans un premier temps. Puis, ils précédaient une orgie de caresses et d’orgasmes.

D’ailleurs, Marine réglait toujours son implant intime sur la cote maximale au mépris de toute prudence. Avec elle, le plaisir ne s’émousserait jamais. Mila devait le savoir, elle l’excitait et lui promettait toujours plus, toujours plus haut sur sa petite échelle de Richter du déferlement amoureux.

Et Marine en redemandait.

ISBN : 978-2-89717-980-9 (ebook)

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JEAN DARMEN
et Numeriklivres, Paris, France 2016

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