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Réinsertions
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Jean Marc Brières
Réinsertions
L'œil rigolard, le nez mutin, le cheveu court, brun et hirsute, la taille pas très haute pour un poids plume, le menton provocateur, glabre sauf au bas ventre, Gil portant tout son barda suit le maton. On le change de cellule, la sienne devant être rénovée. Il quitte deux compagnons agréables, pas emmerdants du tout qui ne voyaient aucun inconvénient à ce qu'il se branle devant eux, sans autre but que de se soulager les burnes. Eux-mêmes pratiquaient à l'identique. Nul ne pensait à un quelconque mélange des sensualités et des chairs. C'était chacun à part soi, chacun pour soi.
Un sacré loustic, ce Gil. À bientôt vingt et un ans, il en est à son troisième séjour en « cabane ». Des trucs sans conséquence, qu'il ne cesse de dire.
La clé tourne dans la serrure, la porte s'ouvre. Le maton de déclarer :
— Tu as de la compagnie, Bo ! Gaffe à ne pas nous l'abîmer, celui-là ! Sinon, c'est l'isolement pour le reste de ta peine avec un mois de rab. Une dernière chance, quoi !
De pousser Gil en lui disant :
— … Et toi, le morveux, laisse-le tranquille. Bo, c'est un gros nounours bien gentil si on ne lui fricote pas trop les oreilles. Pas vrai, Bo que t'es vachard avec ceux que tu n'aimes pas ?
Le maton n'attend pas la réponse. La porte se ferme, bruit de clés.
Gil, debout au milieu de la cellule, perdu. Bo allongé sur son pieu, silencieux. Le lit de l'arrivant est couvert d'objets hétéroclites allant de slips sales à un dictionnaire en passant par une résistance pour chauffer le café. Bo ne bouge pas, ne quitte pas son bouquin des yeux, comme si personne ne venait troubler son existence. Gil dépose ses affaires à même le sol. Il s'approche de son lit, en retire un à un les objets qu'il dépose sur la petite table commune, délicatement, rangés par ordre de grandeur. Puis il commence à s'installer, espérant que l'autre libèrera tout ce qui doit l'être après une usurpation de territoire. Il s'allonge, ouvre une BD.
C'est le moment que choisit Bo pour se manifester.
— C'est quoi ton nom ?
— Gil.
— Moi, c'est Bo. T'as fait quoi pour passer des vacances ici ?
— Vol à main armée dans une supérette. L'arme c'était un jouet : une vachement belle imitation qui m'avait coûté bonbon ! Résultat : deux ans au frais de l'état. J'ai fait la moitié. Avec la remise de peine, je crois sortir d'ici deux mois au max.
— T'avais fait quoi avant ?
— J'ai piqué du pognon à une vieille que je niquais pour du fric. Elle a trouvé la note trop salée : six mois de placard.
— De la peccadille, quoi ! Et encore avant ?
— J'ai chouravé le portefeuille du mec à ma vieille, j'ai imité sa signature sur des chèques et j'ai vidé son compte avec la carte de crédit.
— Des trucs de famille, quoi !
— Ouais, de famille, comme tu dis, avec deux mois de taule en prime pour une première condamnation, c'était dur quand même. Et toi, pourquoi t'es là ?
— Mon problème, pas le tien. T'as pas besoin de savoir.
— Bon, d'accord.
Bo repique son nez dans son bouquin, Gil dans sa BD. Une demi-heure plus tard, Bo :
— Ma poule qui voulait pas qu'on la baise à deux et que j'ai un peu bousculée. Elle a parlé aux poulets, m'a accusé de viol, que moi, pas l'autre qu'était mon cousin du côté de la cuisse à mon père. Y m'ont serré, les condés, pour ça tu te rends compte ? Je suis sûr qu'elle baise avec le cousin, maintenant. Ont dû combiner pour me faire plonger. Alors qu'on devait se fiancer, moi et elle ! Neuf mois de taule pour mézigue.
— T'avais déjà exercé tes talents de boxeur avant, c'est sûr, pour être encore là. Récidiviste, je me trompe ?
— Comment tu sais ? Ouais, c'est vrai. Quand cette salope a été baver aux poulets, j'étais déjà en liberté surveillée. Avant j'avais cogné dur un mec qui râlait parce que je baisais sa gonzesse. Pas de ma faute si je plais ! La conne, elle s'est mise entre nous, pour nous séparer, comme elle disait. J'ai pas fait gaffe à elle, je visais la tronche du connard. Elle s'en est pris une qu'elle a été dinguer à dix mètres. Ça l'a foutue en rogne. Pendant que je m'expliquais avec son régulier, elle m'a sauté dessus. Elle m'a griffé partout. J'y en ai collé une autre qu'elle a compris qu'y faut pas me chercher. Pas de bol, lui était flic, elle travaillait à la Préfecture. J'en ai pris pour deux ans de ballon, sans remise. Que j'ai fait. Là, je suis libérable dans deux mois, qu'à dit l'avocat à ma mère. Tiens, comme toi.
Nouveau silence, nouvelle séance de lecture.
La clé, la porte s'ouvre :
— Vos gamelles, grouillez !
Gil laisse Bo passer en premier. Gil qui s'installe sur son lit pour manger, laissant son collègue s'attabler entre les objets. La mastication silencieuse plane dans la pièce. Les yeux ne s'attardent que sur la bouffe.
Bo s'essuie les lèvres d'un revers de manche, range plateau et couvert puis ses affaires qui
étaient étalées sur le lit de Gil avant qu'il ne les retire. La table ainsi en partie débarrassée, Gil y place son plateau. Bo continue son petit « ménage ». Il libère une partie de la tablette au-dessus du lavabo puis la seconde étagère, celle réservée à son « colocataire ». Ce dernier range ses affaires à leurs places enfin libérées. Le tout se déroule sans un mot.
En fait, Gil connaît Bo de réputation. Un sanguin, un violent, si on s'impose. Par contre, si on sait attendre qu'il accepte l'autre, alors tout va bien.
20h, Gil allume la télé (une location). Bo s'inquiète :
— Tu permets que je zieute ?
— Vas-y, te gêne pas.
— Tu regardes quoi ?
— Le sport surtout. Des films aussi ou des feuilletons, des séries. Dehors, je regarde jamais la télé. Y'a qu'ici, au trou.
— Ah, comme mézigue. Remarque, ici je regarde que si l'autre mec se la paye. J'ai pas les moyens. Personne pour me faire cantiner. Tu cantines, toi ?
— Ouais, un peu, avec le pognon que je gagne à l'atelier, ici.
— Y'a pas derche de reste, avec ce qu'y retiennent pour les frais de justice, les dommages et intérêts, comme y disent, et tout le tintouin !
— C'est toujours ça, quand on n'a personne pour t'envoyer de quoi améliorer l'ordinaire. Moi, j'ai un pote qui me doit du pognon. Il me rembourse ici, ça m'arrange.
Ils se taisent. La télé.
Gil va sur la tinette des chiottes. Queue en main, il s'applique une branlette tout en veillant à ne faire aucun bruit tel halètement en cours de masturbation ou gémissement en jouissant. Il s'essuie la queue, se lave les mains, regagne sa couche.
Bo ne voit plus rien, tout occupé à se faire plaisir, matraque entre les doigts. Gil admire le spectacle. Non par vice, il n'est aucunement attiré par les mecs. Uniquement par curiosité. Bel engin, le Bo, de l'expérience dans la branlette ! Un bruyant lorsqu'il lâche la purée. Y'a du jet à profusion. Un méticuleux quand il va se laver. Sa paillasse retrouvée, Bo propose :
— Pour te branler, pas besoin d'aller aux chiottes. Ça me gêne pas, tu sais. Sauf si toi ça te gêne de le faire devant un autre.
— Je voulais pas t'obliger à me voir quand je me branle.
*
* *
La douche. Gil en profite pour frotter dans les moindres recoins. Non loin de lui, Bo procède lui aussi à un nettoyage des plus approfondis, doigts dans le cul entre autres. Belle bête, le mec. Gil ne peut se retenir de le reluquer : deux mètres de muscles, de toison noire, de peau mate, le tout surmonté par une tête aux cheveux bruns et raides, aux yeux grands marron presque noir eux aussi, un nez fort et bien droit, une bouche assez grande avec des lèvres généreuses, un menton puissant, une pomme d'Adam proéminente. Un athlète diraient certains, une brute suggèrent d'autres. Un peu jaloux le Gil qui pense :
— Un mâle, un vrai. Moi, à côté, je fais vachement chiffe molle !
Mais une autre comparaison le rassure. Bo, comme lui, possède une verge dépassant les vingt centimètres. Là, ils sont à égalité. Il se marre en silence : qu'on peut être con en taule, on se conduit comme des gamins, à se regarder la queue pour voir qui en a une plus longue !
Bo, une fois la cellule retrouvée :
— Tu te fourres pas le doigt dans le cul, au savon, quand tu prends la douche ?
— Pourquoi je ferai ça ?
— Parce que peut y'avoir un reliquat de merde. Le toubib dit qu'en se chatouillant à l'intérieur, ça fait travailler la prostate : on pisse mieux et ça peut éviter le cancer de cet endroit.
— Ah, je savais pas ! Tu vas à la salle de sport que t'es vachement musclé ?
— T'as remarqué ! Chouette mes muscles ! Ouais, j'y vais quand je peux. Avec ce qu'on bouffe ici, bonjour la graisse ! Faut faire attention. Sinon, quand tu sors d'ici, t'as l'air d'une baudruche pleine de gras. Les gonzesses, elles aiment pas les gros tas. Note bien que j'ai toujours été costaud, du vrai, pas de la gonflette. Je m'entretiens, comme on dit.
La clé dans la serrure. La porte s'ouvre, le maton :
— Bo ! Ton avocat.
Bo parti, Gil s'accorde une « pelée de jonc » améliorée. Jeans et slip aux genoux, il crache dans sa main, entoure son gland qu'il fait profiter de cette humidification supplémentaire. Il entame une masturbation lente. De sa main libre, façon de voir si Bo ne raconte pas de connerie, Gil soulève ses fesses, introduit un doigt dans son anus : rien. Il bouge les phalanges, tente d'aller plus au fond, quelque chose l'y oblige. Comme une sorte de frisson très délicat vient remuer ses tripes. Il insiste tout en continuant de se branler. Ses gestes se précipitent, le rythme s'accélère. Impossible de s'arrêter, de retirer ses phalanges qui augmentent son plaisir. Le doigt fureteur est rejoint par un second. La fouille anale devient virulente tout comme la jouissance qui le plie sous les spasmes et les soubresauts éjaculatoires. Il grogne :
— Putain de branle ! Jamais j'ai tant craché de foutre. Il a raison le Bo. Ça remue la tripaille, deux doigts dans l'oignon.
Passage devant le lavabo. Une nouvelle pensée chagrine Gil :
— Ouais faut que je la boucle. Pas question de dire qu'un doigt dans le cul ça apporte plus de bonheur au cours d'une branlette des familles. Sinon, on va me prendre pour un pédé. Et le Bo a pas trop l'air de comprendre les pédés.
*
* *
Aujourd'hui dimanche, jour de visites. Madame, mère de Bo, est venue visiter son chenapan de fils. Il semblerait que cela se soit mal passé. Bo revient, le front baissé. Gil ne demande rien. Il remarque les yeux rougis, les joues mouillées.
Voilà deux semaines qu'ils vivent ensemble, dans ces quelques mètres carrés.
Le rata du soir. Bo reste sur son lit, toujours aussi chagrin. Gil prend les deux plateaux. Une fois pleins, il pose le sien sur la table, porte celui de Bo devant lui, sur la couche. Bo lève la tête, renifle :
— Ma mère dit que je suis plus son fils si je continue de parler des bonnes femmes comme je fais et si je les prends toutes pour des putes ou que je leur fais des misères. Ça me fout la tête en marmelade. Ma mère, c'est tout pour mézigue. T'as une mère, toi, Gil ?
— Sûr, comme tout le monde. Sauf que je sais pas où qu'elle s'est barrée, mon père non plus.
— Ah ! Pas de bol pour toi. Moi, elle est chouette la mienne, de mère. Mais c'est la première fois qu'elle menace comme ça. Je la connais. Je sais qu'elle fera comme elle dit, même si ça lui fait mal aux tripes. L'autre fois, l'avocat a dit que j'allais surement sortir dans deux mois, comme toi, à peu près. Mais je serai interdit de séjour dans le coin. Faudra que j'aille ailleurs, chez mes grands-parents, faut croire. Tu te rends compte, Gil, un couillon de 23 ans aller vivre chez les vieux de ses vieux !
— C'est mieux que de pas savoir où crécher. Tu crois pas ?
— Pour le coup, t'as raison. Je suis devenu un clodo, ouais, un vrai clochard si j'avais pas ma famille. Faut plus que je bouscule les gonzesses et leurs julots ! Fini de tremper ma grosse nouille dans la moule qu'appartient à quelqu'un d'autre. Je sais pas pourquoi j'ai fait des trucs comme ça ! Je déconne vraiment à la con !
— Si tu bouffais avant que ça se transforme en béton armé gelé, au lieu de chougner ?
— Toi, tu m'aimes bien, hein Gil ?
— Pourquoi pas ? T'es bougon, mais sympa quand même.
— Ben tu vois, toi t'es charmant. On pourrait faire une histoire de conte de fées : il était une fois Bougon et Charmant… ça sonne pas mal comme début !
Ils mangent en silence.
Télé. Pour la première fois, Bo offre un café à Gil. Pour la première, Bo le gratifie d'un sourire, timide certes.
Pour la première fois, ils se regardent durant leur séance de branlette. Bo constate :
— T'as moitié moins de viande et d'os que moi, mais ta queue est aussi grosse que la mienne. Pas normal un truc pareil...
Les respirations s'effectuent en cadence, dans un ensemble presque parfait. Les visages se crispent, les corps se tendent, les verges explosent en plusieurs giclées de foutre qui arrosent les ventres. Bo de bredouiller :
— … Sans parler que t'arroses mieux que les grandes eaux de Versailles, comme moi…
Courrier. Un colis pour Gil.
*
* *
Pas besoin d'ouvrir, c'est déjà fait. Tout juste si l'emballage peut encore soutenir le contenu. Sur son lit, Gil étend la marchandise elle aussi éventrée. Bo, couché sur le sien, tête contre le mur, cul tourné vers Gil qui ironise :
— Tu fais la gueule que tu me montres ton cul, le Bougon ?
— Je vais pas foutre mes yeux sur ton courrier. C'est du privé, ces choses-là. Et ça me regarde pas. Je suis un gonze qu'est discret. Je me tourne, car ici c'est pas la grande surface : on voit tout ce que fait l'autre, sauf si on se tourne vers le mur. Et je fais pas la gueule, le Charmant.
— Tu peux regarder. Y'a que de la bouffe pour nous deux. J'ai demandé des trucs à mon pote. Des trucs que t'as dit que t'aimes.
— Ah ouais ?
Les deux derniers mots prononcés avec une once d'émotion dans la voix. Bo se retourne, se lève, se place à côté de Gil, pose une main sur son épaule :
— Putain du chocolat aux noisettes…
Bo redevient un gamin. Maintenant, il sourit franchement :
— Tu sais, j'ai dit que j'avais personne pour cantiner. C'est pas vrai. Comme j'ai déconné en récidivant, ma mère et ses vieux ont décidé de pas m'envoyer de colis ou de pognon durant tout mon temps. C'est vrai que tu vas m'en donner un carré de ton chocolat ?
— La moitié de la tablette, on partage…
Gil est heureux. Cette main sur son épaule, ce souffle sur sa nuque… il se secoue, continue :
— Y'a de la rillette d'oie en bocal.
— Classe, ma poule ! T'as même pensé aux cornichons !
Bo soulève Gil, le fait tourner, dépose une bise sur sa joue :
— … T'es vraiment chouette, le Charmant. Si que t'étais une femelle, je te marierais.
— Sers-toi, le Bougon et arrête de déconner, tu dis n'importe quoi.
Ils cassent la croûte avec le restant de pain du matin. Bo se lèche les doigts, histoire de ne rien perdre. Le pot de rillettes bien nettoyé, il annonce :
— C'était réveillon aujourd'hui. Je suis content de t'avoir comme pote. Dis, je suis ton pote ?
— Oui, puisque je partage avec toi.
— Si j'avais ma femme ici, ben on la baiserait tous les deux en même temps. Remarque, j'en ai même pas une pour moi tout seul. Je dis des conneries, des fois…
Réveil. Toilette. Les deux se baladent à poil, l'un va aux chiottes, l'autre stationne au lavabo. Ils se frôlent. Les peaux frémissent. Bo se place à côté de Gil. Ils se brossent les dents. Les hanches se touchent. Ils n'y prêtent pas attention. Ils se sentent merveilleusement bien. Un coup d'œil. Bo bande. Gil fait celui qui ne voit pas : il bande lui aussi. Bo n'hésite pas :
— Putain de bite que j'ai. Faut qu'elle bande quand je veux pas me branler !
— Là, c'est elle qui veut que tu la branles. Elle commande, pas toi.
— Pas le moment, vont venir les matons.
— Alors faut grouiller. S'y nous voient comme ça, à poil, nos pines en l'air, y vont croire des choses entre nous deux.
Habillage. Bo :
— Y peuvent croire ce qu'y veulent. T'es mon pote et merde s'y sont pas contents. Mais moi, je suis pas un bon pote. J'ai rien à partager que ma connerie.
— Tu vas pas nous jouer les pleurnicheuses, le Bougon.
— Je pleurniche pas, je dis ce qu'est vrai.
Bo bande. Il va à la salle de sport, espérant dépenser son trop-plein d'énergie.
Gil rêvasse. Cette taule est vide sans Bo. Il envahit tout, Bo, y compris l'esprit de Gil, la pensée de Gil. Pour lui, Bo est un grand enfant, un peu simplet, que personne n'a vraiment compris. Il a besoin de protection, Bo, on doit l'aider, Bo. Il a aussi un souffle chaud, des doigts chauds et doux, une hanche chaude, des lèvres chaudes et sensuelles, des bras chauds tendres dans lesquels on se sent bien. Gil bande encore et toujours. Sur la chiotte, pantalon et slips complètement retirés, il se branle en fourrant deux doigts dans son anus et un caleçon de Bo sous le pif. Il hume les odeurs viriles, il jouit de sa main, il mouille de son trou. Tout en essuyant son ventre, ses cuisses, sa raie, il murmure :
— Putain, je fais quoi, là ?
Il replace le caleçon de son pote là où il l'a pris. Pas une seconde il ne pense à des manifestations homosexuelles. C'est une inconnue totale.
— Bo, un colis pour toi !
— Vrai, chef ?
*
* *
Bo saute du lit, yeux rieurs, franc sourire aux lèvres. Gil se tourne vers le mur. Bo pose son paquet ouvert sur la table :
— Tu charries, Gil.
— Je suis discret, moi aussi.
— Viens qu'on voit si j'ai ce que j'ai demandé.
— Ta mère qui t'envoie ce colis ?
— Ouais. J'y ai écrit que c'est mon pote qui cantinait pour moi et que je voulais y dire merci, à mon pote. J'ai marqué ce que t'aimais. Regarde, y'a des Mars et des figues sèches. Mon chocolat aux noisettes aussi. Un pâté de lièvre et un autre de sanglier. Je reconnais les bocaux de mes grands-parents. C'est eux qui fabriquent eux-mêmes leurs conserves. On va s'en mettre plein la bedaine.
— Pas tout d'un coup, le Bougon.
— Pour ça non. Y'a encore des trucs aux amandes et…
Une main de Bo se pose sur la nuque de Gil. Un doigt caresse le cou, machinalement. Gil bande. Il tourne la tête, admire le grand sourire de Bo qui le regarde à son tour, reconnaît :
— On est bien tous les deux, hein le Charmant ? Moi je suis vachement bien avec toi. T'es le premier mec qui me botte comme ça.
— Moins aussi, je suis bien avec toi, Bo.
— Si je te fais une bise, tu croiras pas des trucs moches ?
— Surement pas. T'es jamais moche avec moi, Bo.
Bo se place face à Gil, pose une main sur chacune de ses hanches, approche son visage de l'autre. Les lèvres de Bo effleurent la joue de Gil qui, d'un très léger mouvement de tête présente sa bouche devant celle de son copain. Presque timide au départ, les langues se chevauchent maladroitement pour enfin se câliner suavement. Le baiser devient langoureux. Les corps se rapprochent un peu plus, à se coller l'un contre l'autre. Les virilités s'éveillent. Les bras de Gil se lèvent, ses mains se rejoignent derrière la tête de Bo. Ce dernier soulève son pote, le porte jusque sur son lit, relève la chemise et le teeshirt, ses doigts allant titiller les tétons d'un Gil prêts à succomber. Des voix derrière la porte. Ils se redressent, prennent une attitude normale. Les voix s'éloignent. Bo, la mine contrite :
— Je crois que j'ai encore déconné, hein Gil ?
— Nous avons déconné tous les deux. Mais c'était bon, ça m'a vachement plu.
— Tu dis pas ça pour me charrier ?
— Non, Bo. Je crois que je t'aime… bien.
— Moi je t'aime beaucoup, mon pote le Charmant. Allez, à la graille !
Le bocal de terrine de lièvre bien vidé, Bo promet :
— Je crois que je sais ce qui te ferait le plus plaisir. Ton pote Bo te l'offrira dans pas longtemps.
— Dis voir.
— Secrets d'État, le Charmant. T'en reviendras pas. Et je suis pas sûr qu'après tu pourras m'appeler le Bougon !
Dîner complété par la terrine de sanglier.
L'œilleton bouge. Le maton effectue sa dernière tournée avant la relève. Selon un rite bien établi, Bo et Gil s'assoient sur leur lit respectif, face à face, braguette ouverte, queue en l'air. Chacun se branle sans perdre l'autre de vue. On pourrait dire « sans cesser d'admirer l'autre ». Non conscient de ce qu'il fait, Gil rejoint Bo, à ses côtés. Il dépose un bisou dans son cou, s'empare de sa queue, la masturbe au rythme précédent tout en observant la réaction de