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Sévérités perverses

De
119 pages

Cet ouvrage est d'un raffinement inouï dans les descriptions des étranges sévices et humiliations infligés à des jeunes filles aux mauvais instincts, les corrections qu'on leur applique, les déshabillés suggestifs et les accoutrements spéciaux qu'on leur impose par méthode de punition, ainsi que la rude discipline des gants, du corset et des bottes, ralliera tous les suffrages des lecteurs curieux de documents authentiques et de scènes vécues.

Les plus belles pages de « l'éducation anglaise » illustrées par le grand Carlo qui montre ici une stupéfiante maîtrise graphique. Sévérités Perverses paru en avril 1934 est le second livre de Juana Lapaz, après L'Inquisiteur Moderne.

Cette collection propose les meilleurs romans fétichistes publiés dans les années 1920-1930 signés James Lovebirch, Juana Lapaz, Alan Mac Clyde, Edith Kindler, Aimé Van Rod, etc. et illustrés le plus souvent par le mystérieux Carlo.


Roman numérique illustré, 119 pages, orné de 16 illustrations en hors-texte de Carlõ, couverture en couleurs.

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Table Of Contents
JUANA LAPAZ Sévérités Perverses IlLUSTRATIONS DE CARLO LIBRAIRIE ARTISTIQUE ET PARISIENNE Préface CHAPITRE PREMIER Prise au piège
CHAPITRE II Les antécédents d'une flagellante ou le supplice d'une écuyère
CHAPITRE III L'éducation commence
CHAPITRE IV Bâillons et corsets
CHAPITRE V La maison des disciplines CHAPITRE VI Les distractions d'un Barine CHAPITRE VII Par les cheveux!
CHAPITRE VIII Une course de bicyclettes
CHAPITRE IX La belle et la bête
CHAPITRE X Une correction formidable
CHAPITRE XI Bottes et gants de chevreau
CHAPITRE XII La main du maître
CHAPITRE XIII Douloureuse élégance
CHAPITRE XIV Les deux esclaves
CHAPITRE XV La jupe infernale
CHAPITRE XVI Une robe de mariée
Illustrations
Si vous désirez être tenu au courant de nos publications adressez-nous un courriel à l'adresse suivante : To the update on our activities and publications you have only to send us e-mail to : domleroy@enfer.comWebsite :www.enfer.com/© 1979 by Editions Dominique Leroy, Paris, France pour l’édition papier. © 1997-2009 by Editions Dominique Leroy, France, pour l’édition numérique. Format ePub : ISBN 978-2-86688-345-4 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit sans le consentement de l’éditeur est illicite (Articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.) All rights reserved. No part of this book may be reproduced in any form, by any means, without the prior written consent of the publisher.
Juana Lapaz SÉVÈRITES PERVERSES Illustrations de CARLO Librairie Artistique et Parisienne
ÉDITIONS DOMINIQUE LEROY
Préface
A M. le Docteur P. S... Voici, mon cher docteur, un document de plus pour vos travaux sur la névrose contemporaine. L'histoire, très véridique, exposée ici sous forme de roman, n'est qu'un cas entre mille. Laissez-nous pourtant vous dire que si l'on remonte dans l'histoire on trouverait des cas identiques du plaisir d'humilier et de dompter par la souffrance physique. Certains supplices, infligés au Moyen-Age, ceux de l'Inquisition, l'atroce volupté que ressentait un Gille de Rais à étrangler des enfants, après avoir pollué leur âme et souillé leur corps, dépassent en horreur les divertissements auxquels se complaisent ceux que vous appelez justement nos hypersensuels modernes. Peut-être ceux-ci relèvent-ils de la psychiatrie; ils ne sont, en tout cas, pas dangereux; leurs raffinements sont peu meurtriers. Lorsqu'ils s'en prennent au corps - à certaines parties du corps - c'est surtout l'âme qu'ils veulent atteindre, ne trouvant l'apaisement de leur propre fièvre que dans l'abaissement, la honte qu'ils infligent à cette âme... Flageller l'orgueil, comme disait ce grand seigneur, ami de Ninon de Lenclos, là est le plaisir. La vue ne saurait être satisfaite sans l'idée de la souffrance morale que l'on procure. Brantôme nous a parlé de cette grande dame du seizième siècle qui faisait dépouiller ses dames et filles les plus belles et se plaisait fort à les voir en cette humiliante posture et les battait du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et plamussades assez rudes, et les filles qui avaient délinqué quelque chose, avec de bonnes verges, ou d'autres fois, les faisait trousser en robbe (car pour lors elles ne portaient pas de caleçons) et les claquetoit et fouetloit sur les fesses, selon le sujet qu'elles lui donnoient, ou pour les faire rire ou pleurer . Il paraît que cette grande dame trouvait à ces jeux une excitation singulière. Ne doutons point que la joie d'humilier ses chambrières et dames de sa suite entrait pour une bonne part dans cette satisfaction purement cérébrale. En relatant la façon dont la comtesse Berthe de Z... distrayait son spleen, nous n'entendions apporter ici qu'une modeste contribution à l'histoire de ces châtiments par le fouet et les parures cruelles qui mortifient, imaginées par ces névrosés ou ces tourmentés, à la guérison desquels vous rêvez de vous attacher. Ils demeurent l'exception. Puissiez-vous rendre un jour cette exception plus rare encore. En attendant, voici cette histoire, dont vous tirerez toute conclusion qu'il vous plaira; elle ne laisse pas d'être piquante, nous dirons même souvent cuisante, pour parler comme les héros de notre histoire. J.-L.
CHAPITRE PREMIER Prise au piège
Dans ce salon vert sombre, sommairement meublé, la comtesse Berthe de Z... attendait, très nerveuse. Elle appuyait sa belle tête, un peu masculine, contre les vitres de la fenêtre, regardant au travers s'il ne venait rien dans 1a rue. Elle regrettait à présent d'avoir accepté l'offre qui lui avait été faite. Elle avait l'impression d'avoir conclu un pacte avec Satan; elle qui, jusque-là, était reçue dans les salons les mieux bien pensants de Paris, où l'on vantait la parfaite dignité de son veuvage. Pourtant, une fièvre la travaillait, et apercevant soudain une automobile qui débouchait du coin de la rue et se rapprochait du trottoir, elle ne put retenir un cri de victoire... Elle quitta aussitôt son poste d'observation et gagna la pièce voisine, soucieuse de suivre à la lettre les recommandations qui lui avaient été faites. Quelques instants s'écoulèrent, une clef grinça dans la serrure de la porte d'entrée... Tandis que, haletante, folle d'émotion et d'impatience à la fois, la jeune femme demeurait dans sa chambre, un jeune homme entrait dans le salon, y précédant une jeune fille. Il était très beau, bien découplé, brun, les cheveux légèrement frisés, domestiqués à l'arrière du crâne par des onguents spéciaux. A son veston, de bonne coupe, était un œillet rouge; une chevalière ornait le doigt de sa main gauche. Elle, elle était toute vêtue de noir, fort élégante en ce deuil manifeste. Sa figure était d'un ovale parfait, ses yeux, châtains, très beaux, légèrement allongés, avaient un je ne sais quoi de volontaire, qu'accentuait encore son front, dégagé par une épaisse chevelure blonde rejetée en arrière. La physionomie n'avait véritablement rien de sympathique. Tout en elle disait l'orgueil d'une caste se voulant privilégiée, le mépris d'autrui et une dureté que n'ont pas d'ordinaire les jeunes filles de dix-sept ans, âge qu'elle devait avoir. - Je suis folle de vous avoir suivi, de vous avoir écouté! prononça-t-elle, les dents serrées, les sourcils froncés. - Asseyez-vous, répondit-il sur un ton qui la surprit. - Si, si, je suis folle, reprit-elle. Moi, Christiane de M..., me faire enlever ainsi, quel scandale! - N'est-ce pas? Elle crut qu'il plaisantait. - Mon père n'aurait jamais consenti à ce mariage. Attaché d'ambassade, selon lui, ce n'est pas une situation. Maintenant, il ne pourra plus s'opposer à notre union. - Vous croyez? - Voyons! Ah! si ça n'avait pas été pour vous détourner des autres qui se jetaient positivement dans vos bras et me rendaient jalouse, je ne me serais pas abaissée à ce roman de petite employée. Quel scandale! Non, quel scandale! Enfin, c'est fait... Ma pauvre maman n'est plus là pour pleurer de honte... je n'aurai pas attendu longtemps après sa disparition... Allons, consolez-moi, dites-moi quelque chose, surtout soyez sage, aussi sage que dans le taxi... Embrassez-moi les mains, mais que ce soit tout. Parlez-moi plutôt de votre famille, du comte, votre père, de votre mère, l'ex-princesse de Chatenay, de votre sœur, mariée au marquis d'Entraigues... Non, mais qu'est-ce qu'il faut à mon père? Il préférait pour gendre le petit Xavier, qui est très riche et est un ingénieur d'avenir. Je ne le détestais pas, mais il n'a pas votre branche... - S'i1 vous plaît? - Qu'avez-vous donc? Quel drôle d'air vous montrez maintenant. Vous regrettez? Vous n'êtes pas content? - Moi, pourquoi ne serais-je pas content? - Alors, nous allons écrire à mon père. - Et comment! - Et puisqu'il le faut, le menacer du scandale s'il refuse toujours son consentement. Je le connais, il a horreur des scandales, il voudra taire mon escapade qui lui paraîtrait indigne de la fille d'un membre du Jockey-Club et de l' Epatant , et il fera maintenant tout ce que nous voudrons. Le jeune homme ne répondit pas. Il se carra dans un fauteuil, allongea ses jambes sans nul souci d'étiquette ni de séduction et tira de sa poche un étui à cigarettes. Elle le regarda, un peu choquée, surprise, fâchée presque de ce sans-gêne subit. Il n'y prit garde. - Oui, je sais, fit-il en allumant une cigarette, le petit père de M... n'aime pas les scandales. Il va être servi. - Certes, il sera furieux, mais je vous le répète, il évitera le scandale en acceptant tout de suite de ne pas s'opposer à ce que je sois votre femme. - Ça, j'en doute. - Pourquoi? - Parce que le scandale est bien plus grand que vous ne croyez, ma petite demoiselle. Je vous ai fait marcher, voilà tout. - Comment? - Allons, assez jaspiné. Je ne suis pas plus attaché d'ambassade que je ne suis vicomte; ma vieille travaille
dans un lavoir et, en fait de marquise d'Entraigues, ma sœur radine le soir aux Batignolles. - Qu'est-ce que vous dites? - La vérité, ma mignonne. Regardez-moi bien: Julot, dit la Mouche-à-Miel, de Billancourt, cinq condamnations, interdit de séjour. - C'est une plaisanterie? Vous n'êtes pas le vicomte de Vrignac? - Des bobards! Faux état-civil pour fréquenter la haute et y travailler plus à mon aise. On connaît les belles manières. Avouez que j'ai su y faire. - C'est épouvantable! Vous êtes un misérable. Laissez-moi partir... - Minute!... on va s'expliquer. - Au secours! - Ne vous fatiguez pas à crier, il n'y a pas de voisins ici et les bâtiments d'à côté sont encore à louer, alors vous voyez bien... - Que voulez-vous faire de moi? - Mais rien, seulement calmez-vous. On ne fait rien de bien en s'agitant. - Je vous en prie, ne me faites pas de mal, ne m'envoyez pas à 1'etranger. Je vous aimais bien. - J'en doute pas. Par exemple, arrête-toi de gesticuler comme ça, tu me fiches le mal de mer!... - C'est affreux! Ne me tutoyez pas! - Arrête-toi, ou je vais te calotter les fesses! - Quoi? A cette menace, tout ce qu'il y avait de fierté et d'orgueil chez cette enfant de dix-sept ans se révoltait. Il insista. - Et là aussi je sais y faire, j'aime mieux te le dire, la môme Christiane. Il ne se gênait plus; il avait repris son bagout faubourien, étalait une vulgarité qui le vengeait de cette comédie mondaine à laquelle il avait dû se prêter un mois durant... Christiane se tenait debout, mais prostrée sur elle-même, ne sachant que répéter: - Vous, un malfaiteur! Vous un interdit de séjour? Il éclata de rire. - On en cause. Evidemment quand ton père saura ça... - Il me tuera et se tuera ensuite. - Pas possible? Tout de même, ce que c'est que les préjugés! Enfin, tu t'arrangeras avec la comtesse, une vraie, celle-ci. Je rabats le gibier, je ne m'en sens pas beaucoup pour le tirer. Vous pouvez venir, madame la comtesse, le morceau est a point. Christiane de M... croyait qu'elle rêvait, faisait un affreux cauchemar. Dans quel piège était-elle tombée? Qu'allait-il en advenir d'elle, qu'allait-on lui faire? Elle s'étonna de voir entrer Berthe de Z..., qui dissimulait mal un sourire de satisfaction et son émotion devant le morceau de choix que 1'on venait de lui apporter. Christiane préféra abdiquer toute superbe, comprenant que sa sécheresse habituelle ne pouvait que la desservir. Elle se précipita au-devant de la comtesse. - Madame! que signifie tout ceci? Où suis-je ici? Je vous en prie, sauvez-moi. Le sourire satisfait de Berthe de Z... s'accentua. - N'ayez crainte, mon enfant, dit-elle, il ne vous sera fait aucun mal, du moins aucun mal risquant de porter atteinte à cette belle santé que j'ai plaisir à constater en vous; il ne dépendra que de vos propres décisions. - Que dois-je donc faire? Que dois-je décider? - D'abord, ne pas reprendre si vite un ton hautain; ensuite vous soumettre docilement à toutes mes volontés. Je dis à toutes. - Ah! - Oui, je devine, cela ne doit pas aller avec votre caractère de vous soumettre. Il ne m'en sera donc que plus agréable de remporter sur vous une victoire. - Je ne comprends pas. - Nierez-vous que vous vous êtes fait enlever, ce qui n'est déjà pas très convenable pour une jeune fille de votre monde et enlever par un personnage assez peu recommandable... - Allez-y, madame la comtesse, gouailla alors Julot, ça ne fait rien, c'est convenu dans le prix. - Je croyais, dit Christiane, avoir à faire au vicomte de Vrignac. - A qui le ferez-vous croire? Votre père sera donc mis au courant de ce joli roman-cinéma vécu par sa fille. - Oh non, madame, je vous en prie! - Préférez-vous vous soumettre? - Mais à quoi?
- A tout ce que je vous imposerai. Chaque jour, vous viendrez me voir. J'entends que vous m'apparteniez corps et âme. Oh! rassurez-vous, en ce qui concerne votre corps, vos prérogatives de jeune fille ne seront pas atteintes, mais je lis sur votre visage un penchant à 1'orgueil qu'il m'amusera de combattre... par tous les moyens. Si une fois, une seule fois, vous me résistiez, votre père serait immédiatement mis au courant de votre équipée et de la véritable identité du fiancé que vous vous étiez audacieusement choisi. Il ne vous servirait de rien de nier. Julot saurait se rappeler à vous. Vous allez, d'ailleurs, les reconnaître vous-même par écrit. - Et si je refuse? - Vous ne sortirez pas d'ici. Et c'est inutile, on vous 1'a dit, d'appeler au secours. On téléphonera à votre père de venir vous chercher et nous convoquerons à la même heure quelques personnes de votre monde... Hein, quelle honte pour vous? - Mais, madame, c'est du chantage! - Si vous voulez. Je ne crains pas les mots. Vous allez, d'ailleurs, payer un peu cher celui-là. - Je n'ai pas d'argent. - II ne s'agit pas d'argent. Je suis plus riche que vous, ma petite, et terriblement volontaire, moi aussi, dans mes caprices! Vous devez penser que M. Julot ne me prête pas gratuitement ses services, bien que je lui ai, un jour, épargné le bagne. Oui, le bagne. Vous voyez à quel homme vous vous êtes confiée pour la satisfaction d'amour-propre de 1'enlever à vos petites amies! Avouez que vous êtes une jolie peste qui mérite d'être corrigée sérieusement. - Je n'avoue rien du tout, madame... Et si vous ne me laissez pas partir immédiatement, je déposerai une plainte contre vous. - Faites. Si c'est là votre façon d'éviter le scandale... - C'est vrai! Dieu que je suis malheureuse!... - Dites surtout vexée. Allons, mettez-vous à cette table, prenez cette plume et écrivez: Je, soussignée Christiane de M..., reconnais avoir pris la fuite de chez moi en compagnie de Julot, dit Mouche-à-Miel, interdit de séjour, qui voulait faire de moi sa femme et que j'aimais... - Oh! non, pas ça! - Ecrivez: ...Et que j'aimais...Sauvée par la comtesse Berthe de Z..., je dois à celle-ci une grande reconnaissance. - Ce n'est pas vrai! - Mauvaise tête, décidément...! Ah! oui, vous allez me le payer tout ça, mais écrivez donc et signez, je vous prie... Là, ça me suffit. Au cas d'une tentative de rébellion de votre part, ce papier serait mis sous les yeux de M. de M..., et il sera suffisamment édifié. Christiane de M... comprit alors. Elle baissa la tête. - Je suis en votre pouvoir, madame. J'ai la fierté de mon nom, de la dignité de mon père et de celle de ma famille, disposez donc de moi... mais épargnez-moi ce... ce Julot. - Cause toujours! ricana Julot. - J'aime vous entendre parler ainsi, mon enfant, dit alors la comtesse. Que n'avez-vous pris tout de suite ce ton-là au début, cela m'eut épargné à moi une sévérité immédiate. Christiane de M... regarda alors la comtesse. - Par exemple, madame, j'aime autant vous dire que je ne comprends rien à toute cette histoire, ni à ce que vous voulez de moi. - Un instant, vous allez le savoir. - Julot, mon ami, vous pouvez vous retirer, je n'ai plus besoin de vos services. Demain matin, vous aurez ce que je vous ai promis. Julot se leva, étira son veston. - Toujours à vos ordres, madame la comtesse. Bien le bonsoir, mademoiselle Christiane de M... J'ai comme une idée que vous vous souviendrez de Julot. II s'en alla, la démarche balancée, jaloux de se montrer 1' homme du milieu qu'il était réellement. Sur le seuil de la porte, il se retourna. - Alors, bien vrai, madame la comtesse, vous ne désirez pas que je vous aide à la dresser un peu? - Merci, je saurai agir seule. L'homme sortit. Christiane restait debout, dans un angle de la pièce, les tempes battant la charge, ainsi qu'un animal pris au piège, ce qui était bel et bien son cas. La rage intérieure que lui donnait son épouvantable disconvenue 1'empêchait de pleurer. C'est presque avec défi qu'elle regardait la comtesse. Cette dernière préférait de beaucoup cette attitude. Cela I'excitait, lui procurait cette délicieuse émotion du premier combat, combat dont elle était certaine de sortir victorieuse, mais qui était pourtant en réalité sa
première bataille. Aussi, voulait-elle en prolonger les prémices. - Approchez, mademoiselle de M..., dit-elle, plus près, je vous prie. - Je ne puis pourtant pas vous marcher sur les pieds, madame. - Préférez-vous que ce soit moi qui marche sur les vôtres. Ils sont charmants, du reste, vos pieds, petits, bien cambrés. Ce serait fort dommage de vous les abîmer, surtout avec ces mignons souliers vernis et, pourtant, cela me tente. Brusquement, avançant son pied, Berthe de Z... 1'appuya de toutes ses forces sur celui de Christiane, lui écrasant l'orteil. Christiane poussa un cri de douleur. - Mais c'est épouvantable! cria-t-elle. Que vous ai-je donc fait? Je ne vous connais pas. - Rassurez-vous, nous allons faire connaissance, mademoiselle Christiane de M... Vous ne me connaissez pas, mais moi je vous connaissais, du moins de vue. Figurez-vous que, me promenant cet été au bois avec Julot... - Votre amant? - Je n'ai pas d'amant... Julot me rend seulement de temps à autres quelques services et comme je ne suis pas comme tout le monde, il m'amuse parfois de me trouver avec ce garçon que les circonstances ont mis à ma dévotion. Je suis trop bonne, du reste, de vous donner ces détails... Donc j'etais avec lui au bois lorsque je vous vis passer. Vous étiez avec une amie. - Marie-Louise, peut-être? - Je 1'ignore. Vous étiez vêtue d'une simple robe de toile, serrée à la taille et si transparente que l'on voyait l'endroit où s'arrêtaient vos bas en haut de vos cuisses et aussi la double rondeur de votre croupe; vos bras étaient nus, un petit béret enserrait verticalement la moitié de vos cheveux. - Toutes les jeunes filles s'habillaient ainsi cet été! - Oui, mais je ne sais ce qui se passa en moi à votre vue. Votre allure si garçonnière me parut particulièrement provocante et aussi cette façon dont vous laissiez apparaître ce dont la nature vous a généreusement pourvue. Moi-même, je n'ai pas a me plaindre de ce côté-là... Or, figurez-vous que j'ai toujours été attirée par cette partie du corps chez les autres. Je ne sais trop pourquoi; c'est ainsi. II y a certainement eu une erreur au dernier moment dans ma naissance. J'étais faite pour être un homme... - Qu'est-ce que vous dites? - Moi, rien. Je vous écoute. - Lorsque nous vous dépassâmes, Julot et moi, que je vis votre visage altier, votre regard dur, que j'entendis le ton dédaigneux, impertinent, sur lequel vous parliez à votre compagne, je ne pus m'empêcher de dire à Julot: Elle n'a pas l'air commode, cette gamine! Il me répondit dans son 1angage faubourien: Oui, elle a rien l'air vache. Des fois qu'elle me tomberait dans les pattes, vous verriez si je vous la dresserais! A ces mots de dresser mon cœur se mit à battre. Dresser un être, le rêve de toute ma vie! Rêve irréalisé jusqu'ici, comprenez-vous? ... Je ne pus m'empêcher de me retourner en disant: Moi-même j'aimerais dresser et cette petite personne de préférence à toute autre, car elle a 1'air très vache , comme vous dites. - Merci des compliments! - Vous pouvez faire de 1'ironie, ma petite, je n'en aurai que plus de plaisir à vous corriger. - Me corriger? Comment? - Vous ne vous en doutez pas! Le visage de Christiane de M... fut envahi d'écarlate. - Oh! non! Ce n'est pas possible? - Vous allez voir que c'est très possible. - Madame! - Mais laissez-moi finir. A ma réflexion, Julot me dit: C'est vrai, madame la comtesse, il vous amuserait de dresser cette petite, de 1'avoir en votre pouvoir? Voulez-vous que je m'en occupe? Ce garnement me tentait...C'est ainsi que le vaurien s'attacha à vos pas, finit par savoir qui vous étiez, où vous fréquentiez et, se déguisant en homme du monde, parvint à vous séduire en vous prenant par 1'orgueil. - C'est abominable! - Eh oui. Sot orgueil en vérité que celui qui aboutit à vous mettre en face d'une femme qui s'est donné pour mission de refaire votre éducation selon les méthodes dont on usait autrefois et qui sont, m'affirme-t-on, toujours d'usage en Angleterre... - Alors, vous voudriez me...? - Vous quoi, dites le mot... que vous croyez... - Je n'ose comprendre. Ce serait odieux... - Que comprenez-vous? Allons dites-le... Et la comtesse de Z... appuya son autre pied sur 1'autre...
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