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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99212-3

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur :

• AINSI SOIT-ELLE. (Érotique)

• SOLAL – L’éternelle dissonance. (Aventure – Anticipation)

– Tome I : Rencontres

 Tome II : La Méduse

– Tome III : Révélations

• LES MÉMOIRES D’UNE CARPE Les destins croisés d’une coïncidence. (Roman noir)

• 187.(Aventure – Fantastique)

• LE FABULEUX DESTIN D’UN CAHIER D’ÉCOLIER Et si un jour votre journal intime racontait lui aussi son histoire. (Historique-Sentimental)

• LE JOURNAL DE CHARLY. (Sentimental-Humour-Girly)

• LE CHEVALIER DES 3 PETITS POINTS AU PAYS DES TROPES.(Essai romanesque illustré)

• RÉPLIQUES.(Aventure-Fantastique)

• J’AI ESSAYÉ D’ÊTRE NORMAL, CE FUT LA PIRE DEMI-JOURNÉE DE MA VIE.(Aventure-Ésotérique)

• LES ENFANTS DE PHYLACTÈRE(Jeunesse illustré)

• LE SAINT PROFOND-DES-CREUX(Théâtre-Comédie)

Sublime Tentation

 

 

hme_1 : « Bonjour, afin d’écourter l’annonce tarifaire qui va suivre, appuyer sur dièse ! Après le Bip, cette communication vous sera facturée, un euro trente-cinq par appel, puis trente-quatre centimes d’euro par minute, plus un éventuel surcoût lié à votre opérateur. Veuillez consulter votre opérateur pour obtenir plus de détail. Bip ! »

– Oui ! Allô !

– Bonsoir Stéphanie !

– C’est toi ?

– Oui, c’est moi !

– Je reconnaîtrais ta voix parmi des milliers d’autres !

– Oui, et c’est peu dire, car tu sais de quoi tu parles !

– Ce n’est pas faux !

– Coquine !… Tu sais, ça fait déjà un mois ! Un mois, pile aujourd’hui ! Jour pour jour ! Heure pour heure !

– Je sais !

– Oh ! La petite menteuse !

– Pourquoi dis-tu ça ?

– Tu ne vas pas me faire croire, que tu te souviens de la date de mon premier appel ?

– Pourquoi, ça t’étonne ?

– Non, je ne sais pas ! C’est juste que…

– C’est juste, que, quoi ?

– Eh bien… Il y a tellement d’hommes qui t’appellent chaque jour, que j’imagine que…

– Que tu n’es qu’un numéro parmi tant d’autres, c’est ça ?

– Oui, non, je ne sais pas, en fait !

– Crois-tu que si c’était le cas, je serais habillée comme je le suis ce soir ?

– C’est vrai ? Tu t’es habillée pour moi ?

– Et pour qui d’autre ? Je savais que tu allais m’appeler…

– Oui, comme je le fais, tous les soirs, depuis un mois déjà !

– Justement ! Et ce n’est donc pas surprenant que je me sois habillée comme je le suis pour cette nuit si spéciale durant laquelle nous fêtons notre premier anniversaire !

– Tu es habillée comment ?

– J’ai des bas…

– Blancs ?

– C’est la couleur que tu préfères, n’est-ce pas ?

– Oui ! Et…

– Je porte les jarretelles blanches que tu aimes tant…

– Et en haut ?

– Une guêpière blanche ! Tu sais, celle que tu m’as demandé de revêtir pour cette folle après-midi durant laquelle…

– Alors, comme ça, tu n’as pas oublié que cela fait un mois, jour pour jour, heure pour heure, que je t’ai appelée pour la toute première fois ?

– Comment aurais-je pu oublier ?

 

 

Oui, comment aurais-je pu oublier ! Voilà un mois, que tout a commencé ! Pour être honnête, je ne peux pas dire que cette nuit-là, j’en menais très large ! Si c’était pour moi, la toute première fois, c’était surtout, et avant tout, une sérieuse épreuve que la vie m’imposait. Ce n’est pas que je débordais d’ambition à l’époque, mais de là à imaginer que je finirais derrière le combiné d’une singulière plateforme téléphonique à qui l’on attribue une couleur comme on le ferait pour celle d’un étendard, il y a des manières bien moins déstabilisantes de revoir sa copie, ou du moins, d’accepter d’être autre chose que ce que l’on espérait être avec pourtant une grande humilité, pour ne pas dire, une certaine fatalité.

C’est vrai ! Je n’ai jamais été une très bonne élève, et pour tout dire, je dois même vous avouer que mon parcours scolaire s’est toujours résumé à faire acte de présence sans pour autant me contraindre à en faire plus qu’il n’en faut ! J’ai très vite compris, que le strict minimum, suffirait à satisfaire mon entourage, et mes parents en particulier, ce qui, soit dit en passant, n’a fait que me conforter dans cet incommensurable désir que j’ai toujours eu de ne pas faire de vagues pour m’assurer la tranquillité d’un fond de salle de classe irrigué par la douce chaleur d’un radiateur.

En toute logique, je me suis donc retrouvée à seize ans, libre de tout engagement hypocritement imposé par notre chère Éducation Nationale, et j’ai, par cela même, très vite compris, qu’aussi post-soixante-huitards puissent être mes parents, ils n’en resteraient pas moins très hermétiques à mon style de vie qui se résumait jusqu’alors à savoir glander sans éveiller la moindre attention sur ma petite personne.

Quoi qu’il en soit, j’ai pu, non sans mal, les mystifier durant une petite année. Quelques pseudos CV adressés à d’improbables sociétés susceptibles d’être intéressées par l’indigence évidente d’un profil tel que le mien, et de pauvres entretiens pour lesquels j’ai fait en sorte d’être aussitôt mise au rencard, m’ont offert quelques mois d’argumentation, et par cela même, le droit de pouvoir jouir de mes sacro-saintes grasses matinées, jusqu’au jour où, « ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie »1, une pauvre cinquantaine bien sonnée a invité mon petit Papa dans un monde dans lequel on ne pointe dès lors, que pour se justifier d’une inactivité dans laquelle on s’est vu précipiter contraint et forcé.

Vivre à trois sur le salaire d’un petit ouvrier n’avait déjà jamais été une chose aisée ! Le faire sur de pauvres indemnités journalières, relevait dès à présent du miracle, car comme chacun sait, s’il suffisait d’une couronne d’épine posée sur le crâne pour être aussitôt le garant d’une multiplication à l’exponentiel, et infini pourcentage, j’imagine qu’il n’y aurait plus, ne serait-ce qu’un seul bosquet de ronces dans la cité dans laquelle nous vivions, et ce, à des kilomètres à la ronde !

Contre toute attente, et à la grande surprise de mes parents, j’ai alors compris qu’il était temps pour moi de m’affranchir de cette autorité parentale à laquelle je me serais bien « Tanguyrisée »2 durant encore quelques longues années tant son confort procuré méritait quelques petites concessions de ma part. Rentrer avant vingt-deux heures, passer l’aspirateur, accompagner ma mère une fois par mois au supermarché, et accepter que le maître des lieux s’attribue sans partage le contrôle de la télécommande qui trônait dans notre salon, étaient bien peu de chose si l’on considère, que j’étais une petite princesse, logée, nourrie, et blanchie par des parents aimants.

Quoi qu’il en soit, et bien que cela m’ait coûté, j’ai décidé à l’aube de mes dix-huit ans d’abandonner le domicile familial pour rejoindre une improbable colocation dont une amie m’avait gentiment proposé l’un des canapés convertibles que l’on avait déposé pour moi dans les combles poussiéreux d’une immense maison, moyennant les quelques centaines d’euros de mon livret A.

Euros, qui dans l’absolu, auraient dû m’assurer un toit sur la tête, et quelques plâtrées de pâtes au beurre trop cuites, durant les deux, ou trois mois à venir, en envisageant que ce temps suffise à ce que je puisse trouver un petit boulot.

Si jusqu’alors je n’avais mis que très peu de cœur à l’ouvrage pour trouver de quoi justifier que l’on me verse un salaire à la fin du mois, je peux vous assurer que cette fois-ci ce ne fut pas la motivation qui me manqua. Des annonces, j’en ai épluché, et des CV, j’en ai déposé jusqu’à faire dégueuler les corbeilles à papier de tous les commerces qui se sont trouvés sur mon chemin durant mes longs marathons quotidiens. Pourtant, rien ni a fait, et à mon grand damne deux mois sont passés sans que je puisse, ne serait-ce qu’espérer, que le Proxy du coin rappelle cette jeunette au demeurant charmante et très motivée qui était prête à se lever aux aurores pour venir décharger des camions, et des camions de boustifailles que de bienheureuses hôtesses ont le privilège de faire défiler sous le bip itératif du lecteur optique de leur caisse.

Comme je vous l’ai déjà dit, je n’ai jamais été portée par une quelconque ambition, ou un quelconque jugement de valeur qui m’aurait contrainte à considérer qu’il existe en ce bas monde de sots métiers, pour ne pas dire, de sous métiers. Être manutentionnaire se révélait déjà être pour moi, du domaine du rêve, alors hôtesse de caisse, je ne vous en parle même pas !

C’est dans ces instants de sévères remises en question que l’on prend conscience que l’on a eu la bêtise de sauter du train en marche, alors qu’il nous aurait suffis de patienter jusqu’à la prochaine gare pour espérer arriver un jour à destination. Mais bon, si on pouvait revenir en arrière, ça se saurait, non ?

Mes colocataires, qui jusqu’alors m’avaient assurée de leur soutien, se montraient dès à présent bien moins enclins à m’accueillir au-dessus de leur tête, si comme ils ne cessaient de me le faire comprendre, ma participation aux frais de notre petite communauté se réduisait aux quelques dizaines d’euros qu’ils me restaient sur mon livret. « Tu comprends, Stéphanie, nous n’avons rien contre toi, et si on le pouvait, c’est avec plaisir que l’on te donnerait un coup de main, mais qu’est-ce que tu veux qu’on te dise, on est tous dans la galère, alors, oui, pour l’instant, cette chambre est encore la tienne, mais si… Tu peux comprendre que… »

Oui, je pouvais comprendre ! Oui, je pouvais comprendre que la messe était dite.

– « Je ne sais pas moi… Une belle fille comme toi, ça doit… » m’avait lancé l’un de mes colocataires.

– « Ça doit quoi ? » avais-je bêtement répondu sans imaginer que ce gars puisse envisager qu’il suffise d’être une jeune femme pas trop mal foutue, pour que des portes s’ouvrent aussitôt.

– On se comprend ! Je ne vais pas te faire un dessin, tout de même ?

– Mais tu parles de quoi ?

– Écoute, tu ne seras pas la première, et certainement pas la dernière ! Moi, c’est pour toi, que je dis ça !

– La dernière à faire quoi ?

– Moi, si j’étais à ta place… Vu ta situation, je n’hésiterais pas une seconde !

– Tu n’hésiterais pas, à faire quoi ?

– Tu sais très bien de quoi je parle !

– Ah oui ? Eh bien, j’aimerais bien que tu me dises ce que je sais, alors !

– Ne me la fais pas à l’envers, tu as très bien compris ! Pour tout te dire, je trouve même désolant d’être obligé d’aborder, moi, ce sujet avec toi ! Si demain tu te retrouves à dormir sous un pont, il ne faudra pas venir pleurnicher ! Putain, ça me troue le cul, tout de même ! Vous, les nanas, vous avez cette chance de pouvoir…

– De pouvoir, quoi ?

– De pouvoir jouer de votre physique ! Voilà, c’est dit ! Putain ! Merde ! Ouvre les yeux, tu es super canon !

– Attends ! Attends ! Je crois rêver là ! C’est de prostitution dont tu me parles ?

– Voilà, tout de suite les grands mots…

– Et tu appelles ça, comment ?

– Mais non, je ne te dis pas de te prostituer, mais juste de savoir profiter de ce que la nature a su t’offrir ! Ni plus, ni moins !

– Offrir mon cul au premier venu, c’est donc pour toi, une manière de savoir profiter de ce que la nature a su m’offrir, c’est ça ?

– Qui te parle de l’offrir ?

– Non, mais attends, c’est surréaliste ! Je suis en train de parler avec un gars qui me propose tout de go, de faire la pute pour payer le loyer d’un putain de grenier dans lequel il n’oserait pas, lui-même, y mettre son chien !

– En attendant notre putain de grenier, comme tu dis, il t’a bien rendu service, je me trompe ?

– Ce n’est pour autant pas ce qui te donne le droit de me traiter comme une pute !

– Si tu essayais de comprendre une fois pour toutes de quoi je parle, tu pourrais alors prendre conscience que je ne t’ai jamais proposé de te prostituer, mais juste de savoir jouer de tes charmes pour te sortir de la situation dans laquelle tu te trouves.

– Arrête de jouer sur les mots, c’est du pareil au même…

– Ah oui ? Parce que toi, tu mets dans le même panier, la nana qui fait l’hôtesse dans un bar à la mode, et la pute qui bat le pavé à la recherche d’un client ?

– Oui !

– Ok ! Ok ! Oublie alors ce que je t’ai dit ! Je pense que l’on n’est pas sur la même longueur d’onde, et qu’il te reste encore bien des choses à apprendre sur la vie ! Cependant, pour en finir une fois pour toutes avec ce coup de main que j’ai eu la bêtise de vouloir te donner, sache que le travail d’une hôtesse se résume à être une belle plante sexy, c’est tout ! Du moins au sens où moi je l’entends ! Je ne te dis pas de te présenter dans le premier boui-boui du coin, je ne suis pas dingue tout de même ! Il y a des enseignes respectables, des discothèques à la mode qui engagent régulièrement des filles comme toi, et sauf erreur de ma part, je n’ai pas ouïe dire, que leurs propriétaires étaient des proxénètes.

– C’est être gogo dont tu me parles ?

– Oui ! gogo, hôtesse de lounge bar, rien qui ne casse trois pattes à un canard ! Je ne sais pas ce que tu t’es imaginée, mais je pense que tu me connais depuis assez longtemps déjà pour savoir que…

– Non ! Oui, c’est vrai, et pour tout te dire, si c’était un autre qui avait abordé le sujet, il ne m’aurait pas fallu plus d’une seconde pour lui balancer en pleine figure un bon aller-retour…

– Ouf ! J’ai échappé au pire, alors ? Bon ! Quoi qu’il en soit, j’espère que tu as compris de quoi je parle ?

– Oui !

– Et qu’est-ce que tu en penses ? Tu sais, moi, je n’ai rien à gagner, et pour tout te dire, je suis ici, de ceux qui sont prêts à te laisser le temps de te retourner, ce qui, soit dit en passant, n’est pas le cas de tout le monde ! Je dis ça, je ne dis rien !

– Oui, je sais !… Maintenant faut pas rêver ! Hôtesse, ou gogo, je ne veux pas dire, mais je suis loin, très loin, de faire le poids !

– Que tu dis ! Si tu me le permets, et là, c’est l’homme qui te parle, et je veux bien sûr qu’il n’y ait aucune ambiguïté dans ce que je vais te dire, s’il y avait d’aussi belles filles que toi dans les boîtes que je fréquente, je suis certain qu’elles ne désempliraient jamais ! Je dis ça…

– Tu ne dis rien ! Oui, je sais ! Quoi qu’il en soit, c’est gentil ! Mais tu sais, encore faut-il en être soi-même convaincue, et ça, c’est loin, mais alors très loin, d’en être le cas !

– Fais-moi confiance, j’ai l’œil !

– T’es con !

– Si tu le permets, je te renvoie le compliment ! Si tu ne te fais pas confiance, fais confiance alors, à un gars qui doit se battre chaque jour faisant avec sa bande de copains pour garder secret ton 06.

– Non, mais c’est que, je ne me sens pas capable de…

– De ?

– Je suis trop timide ! Trop gauche ! Je ne saurai pas comment bouger ! Je ne saurai pas quoi dire, quoi faire !

– Il te suffirait d’être, c’est tout !

– Si c’était aussi simple ! Et tu sais, en même temps, moi ce que je demande, c’est juste un boulot, juste de quoi pouvoir vivre, pour… Qui sait, un jour, avoir mon petit studio à moi ! Avoir ma petite vie, c’est tout ! Tu le sais mieux que quiconque, je suis prête à accepter le premier boulot qui se présente…

– Oui, je sais, et pour être honnête avec toi, je trouve désolant que tu puisses considérer que te retrouver derrière la caisse d’un supermarché soit ton rêve le plus grand.

– Oui, mais avec le peu de bagages que j’ai, ce serait…

– Eh bien, à choisir, entre l’uniforme d’hôtesse de caisse, et celui d’hôtesse tout court, en ce qui me concerne, il n’y aurait pas photo !

– Tu l’as dit ! Hôtesse tout court, et c’est justement le fait de me retrouver très court vêtue qui me pose problème !

– Cette fois-ci, c’est toi qui joues sur les mots !

– C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Plaisanterie mise à part, je suis bien trop pudique pour ce genre de boulot ! Tu vois, rien que d’en parler, et m’imaginer au beau milieu d’une bande de mecs qui me matent, ça me rend toute chose !

– Si tu le permets, je ne rentrerai pas dans ces considérations, car mes mots risquent de dépasser mes pensées, mais si j’ai un dernier conseil à te donner, laisse-toi le temps de la réflexion. Ceci dit, n’oublie pas que le temps passe vite, et que certaines échéances ne vont pas tarder à tomber, que je le veuille ou pas ! Comme tu le sais, je ne suis ici qu’un colocataire, parmi tant d’autres, et ma voix est, ce qu’elle est…

Je ne sais pas si ce fut la peur de me retrouver à dormir prochainement sous un pont, ou tout simplement cette singulière discussion que j’avais eue avec mon colocataire, mais ce que je sais, c’est que ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je me suis tournée, et retournée, en imaginant ce que pourraient être mes prochains jours, mes prochaines semaines, et je crois que c’est ce qui a fait que dès le lendemain, en ouvrant comme chaque matin le journal gratuit dans lequel j’avais l’habitude de consulter les petites annonces, mon attention fut attirée par une rubrique dans laquelle je n’avais jamais jusqu’alors porté le moindre regard. « Offres d’Emplois – Autres », tel était le libellé de cette rubrique qui hypocritement n’avait pas trouvé les mots justes pour se catégoriser clairement, ou du moins, qui espérait par ce biais, ne pas choquer plus qu’il n’en faut des lecteurs qui s’attarderaient par hasard sur une suite d’annonces pour le moins singulières. Massages à quatre mains, et autres services à la personne quelque peu inattendus, se partageaient deux colonnes d’annonces dans lesquelles l’une d’entre-elles m’attira plus que les autres :

« GRANDE SOCIÉTÉ DE TÉLÉCOMMUNICATION RECHERCHE ANIMATRICES AUDIOTEL POUR LIGNES SURTAXÉES DE DIVERTISSEMENT.

Vous êtes une femme, vous avez le contact facile, et vous recherchez un job qui vous permettra de travailler depuis chez vous sans investir d’argent, sans horaires fixes, sans contrainte ! Nous vous proposons de répondre, depuis chez vous, à des appels venant de nos lignes surtaxées. Chaque minute passée au téléphone est rémunérée d’un minimum de 0.17€ (soit 10.20€ de l’heure), celle-ci pouvant augmenter en fonction de vos prestations jusqu’à 0.33€ la minute (soit 19.80€ de l’heure). A cela nous ajoutons des primes de présence, performance… il vous suffira de vous connecter à notre réseau lorsque vous êtes disponible, et vous déconnecter lorsque vous ne le serez plus. Nous garantissons un anonymat complet pour nos collaboratrices, comme pour notre clientèle. Le but étant de faire passer un moment agréable à notre clientèle. Les conversations sont très diverses, il vous suffit d’être une femme àl’écoute et séductrice. Vous devez avoir l’esprit ouvert, et être joueuse. Pour plus d’information, n’hésitez pas à contacter notre service de recrutement qui ne manquera de vous fixer un rendez-vous afin de vous expliquer toute la logistique de notre service. »

Vous le croirez ou pas, mais j’ai d’abord refermé ce fichu journal, puis quelques minutes plus tard, j’y suis revenue, j’ai relu cette petite annonce. Je l’ai lue et relue, jusqu’à en arriver à la connaître par cœur, et envisager même que cela pourrait être une façon comme une autre de mettre à profit la discussion que j’avais eue un jour auparavant avec mon colocataire.

Souvenez-vous, il m’avait conseillé de savoir jouer de ce que j’étais, de jouir de ce que la nature m’avait offert, et même s’il s’agissait là, de rester bien tranquillement dissimulée derrière le combiné de mon téléphone, ce qui vous en conviendrez me semble quoi que l’on puisse en penser bien plus aisé que se retrouver les fesses à l’air à se dandiner sur un podium, je comprenais alors tout ce qu’il avait voulu m’expliquer. J’étais une femme, et cela suffisait à faire que je puisse avoir quelques atouts pour ce type d’activité, somme toute peu enclin, à respecter une quelconque parité.

Comme j’avais l’habitude de le faire, du moins depuis ces deux derniers mois durant lesquels j’avais réellement cherché un emploi, j’ai dû passer une bonne demi-heure à trifouiller dans mes affaires pour trouver une tenue susceptible de me donner ce je ne sais quoi d’assurance qui pourrait faire la différence lors d’un éventuel entretien d’embauche. Vous allez certainement trouver cela idiot, mais ce jour-là, la chose me parut bien plus compliquée encore qu’elle ne l’avait jamais été. S’il ne s’agissait pourtant que d’un entretien pour un poste d’animatrice audiotel à domicile, il n’en restait pas moins important pour moi de me sentir sexy, si ce n’est même désirable. Je savais très bien que dans l’absolu, je ne faisais que postuler à un poste pour lequel mon apparence n’avait pas le moindre intérêt. Comme chacun sait ce que l’on demande à une animatrice audiotel c’est de savoir jouer avec les mots et les fantasmes de ses interlocuteurs, qu’importe ensuite, qu’elle soit belle, moche, habillée sexy, ou tout simplement avachie sur son canapé dans un vieux jogging pourri, le combiné rivé à l’oreille, pendant qu’elle est en train de se curer le nez.

Soit, mais bon, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, je suis, comme je suis, et ce jour-là, j’ai poussé le souci du détail jusqu’à passer près d’une demi-heure de plus dans la salle de bain, pour m’assurer que mon intimité soit en parfaite harmonie avec l’idée que je me fais d’une jeune femme sexy, qui prend grand soin de son petit ticket de métro. S’il est entendu que l’habit ne fait pas le moine, il n’en reste pas moins un merveilleux artifice qui dans mon cas, comme dans bien d’autres à vrai dire, contribue à affirmer une féminité, et pourquoi pas même, une sensualité, qui sans cela aurait quelques difficultés à se révéler.

Reste ensuite à avoir un peu de goût, et surtout, j’imagine, une idée plus ou moins précise de ses atouts physiques afin de pouvoir les mettre en valeur sans pour autant tomber dans la vulgarité. Pour ma part, et même si j’avoue, que j’ai fait mine de ne pas comprendre ce que mon colocataire s’était évertué à m’expliquer, je savais très bien à vrai dire, que dans ce domaine-là, je n’étais certainement pas la plus mal lotie. Sur mes petites fesses rebondies, une jupe mi-cuisse, moulante, cintrée, raisonnablement fendue, le tout agrémenté d’une couture apparente sur la chute des reins, ne pouvaient que les mettre en valeur tout en révélant mes belles petites gambettes, et ma taille fine. Pour ce qui est du haut, et même si de ce côté-là, j’ai toujours regretté de ne pas avoir une grosse poitrine, je savais, quoi qu’il en soit, que mon petit 90 B avait de cela de charmant qu’il s’articulait autour de deux petits seins bien ronds, bien fermes, qu’un simple col en « V » pouvait rendre irrésistiblement attirants. Et même si, comme il n’y a pas que les seins dans la vie, ma jolie nuque et mon dos sauraient, si nécessaire, m’apporter ce petit plus en se laissant découvrir par un délicat et néanmoins révélateur dos nu. Pour finir, une belle paire d’escarpins, pour offrir à mon petit mètre soixante-douze quelques centimètres supplémentaires, serait ce petit plus-plus, qui m’ancrerait dans mon corps en m’obligeant à faire attention à ma démarche tout en me donnant cette sublime sensation d’être encore plus élancée, et qui sait même, un tant soit peu, plus dominatrice.

Un coup dans les cheveux, un délicat effet charbon sur mes yeux émeraude, du Gloss sur les lèvres, et voilà, j’étais enfin prête pour aller me confronter aux exigences quelque peu singulières d’un entretien d’embauche qui allait se révéler bien plus déterminant dans ma vie que ce que j’aurais pu alors l’imaginer.

Alors que je m’apprêtais à quitter l’appartement, je tombais nez à nez avec Alexandre, vous savez, ce fameux colocataire qui un jour auparavant, avait quelque peu chamboulé la façon que j’avais de voir les choses.

– « Euh… Bonjour Stéphanie ! » me lança-t-il d’une manière empruntée.

– Bonjour Alexandre !

– Euh… Tu… Tu es…

– Oui ?

– Tu as un rendez-vous ?

– Oui ! Un rendez-vous d’embauche !

– Ah ! Et… Et…

– Et ?

– Et… Eh bien, c’est cool ! J’espère que ça va marcher !

– Merci ! C’est gentil !

– Tu…

– Je ?

– Tu… Tu me tiens au courant ?

– Oui ! Bien sûr ! A vrai dire, c’est un peu grâce à toi, si…

– Si ?

– Écoute, là, je vais y aller, je ne veux pas être en retard ! On reparle de ça, ce soir, quand tu rentreras du boulot. Tu es là, ce soir ?

– Euh… Oui ! Oui !

Je ne lui ai jamais dit. Il ne l’a jamais su, mais l’attitude d’Alexandre ce jour-là, fut certainement ce qui me donna ce petit coup de pouce qui me regonfla à bloc, à peine avais-je quitté l’appartement. Le voir troublé de la sorte, l’entendre bafouiller ces quelques mots prononcés qui se bousculaient dans sa gorge étranglée, et sentir son regard se poser sur mes fesses alors que je refermais la porte derrière moi, me procurèrent un fort sentiment de satisfaction, comme si en cet instant précis, ces longues minutes que j’avais passées à me préparer, se justifiaient par elles-mêmes.

Quelques minutes plus tard, je suis arrivée dans le hall d’un grand bâtiment dans lequel une bonne cinquantaine de sociétés aussi diverses que variées se partageaient les quelque huit cent mètres carrés d’un espace dédié à la location de bureaux.

– Bonjour, j’ai un rendez-vous avec…

– Bonjour ! Vous vous appelez ?

– Stéphanie Villaréale, j’ai rendez-vous avec…

– Veuillez vous asseoir ! Madame Millot va vous recevoir !

– Mademoiselle Villaréale ?

– Oui ! Bonjour !

– Enchantée de vous rencontrer ! Je suis Madame Millot, c’est moi que vous avez eue au téléphone ! Veuillez me suivre s’il vous plaît !

Si l’habit ne fait pas le moine, comme je vous le disais précédemment, il est quoi qu’il en soit évident qu’il contribue à faire en sorte que la première impression puisse nous laisser dans l’expectative. Madame Millot, était de ces quadras qui savent que ce n’est certainement pas les quelques dizaines d’années qui sont passées qui pourraient justifier qu’elles s’interdisent de rester sexy et glamours tout en conservant, ce je ne sais quoi, de classicisme qui les rend quelque peu intimidantes. Une jupe et des escarpins noirs, un top en soie blanche révélé par une veste de tailleur croisée à double boutonnage, les cheveux tirés en arrière avec pas la moindre mèche qui dépasse, et une paire de lunette vissée sur le nez. En un mot, comme en cent, le stéréotype même de la working girl qui s’assume sans pour autant oublier qu’elle est avant tout une femme qui a le droit, si ce n’est même, l’obligation d’user des armes qui sont les siennes pour s’imposer au cœur d’une organisation sociale somme toute patriarcale.

– Asseyez-vous je vous en prie !

– Merci !

– J’imagine que je n’ai pas besoin de revenir sur la nature de l’emploi que nous vous proposons ?

– Non ! Non, ça va !

– En même temps, je pense que dans notre annonce, tout est dit, n’est-ce pas ?

– Oui ! Oui ! Tout à fait !

– Vous avez peut-être des questions, alors ?

– Eh bien… Écoutez, non pas vraiment ! Comme vous l’avez dit vous-même, la nature de votre activité me semble assez claire ! Reste à savoir maintenant si…

– Si ?

– Eh bien, si selon vous, je corresponds au profil des personnes que vous recherchez pour ce poste.

– D’après vous ?

– J’imagine que, oui !

– Et pourquoi donc ?

– Eh bien, je pense avoir une voix agréable, et pour le reste…

– Pour le reste ?

– C’est à vous de me le dire !

– Eh bien, c’est vrai que nous portons ici une grande attention à la qualité des voix de nos animatrices. Cependant, aussi agréables à écouter, et sensuelles puissent-elles être, il s’agit aussi de savoir en faire quelque chose ! Pour tout vous dire, c’est ce qui fait que depuis déjà une bonne dizaine d’années, nous pouvons affirmer en toute objectivité qu’il n’existe aucune autre société en mesure de fournir un service tel que le nôtre. Il est important pour nous de nous entourer de personnes qui sauront fidéliser la clientèle, et pour se faire, nous avons l’intime conviction que le fond a tout autant d’importance que la forme.

– Je comprends.

– Et c’est donc pour cela qu’à la différence de l’ensemble de nos concurrents, nous prenons le temps de rencontrer nos futures hôtesses. Je ne sais pas si vous vous êtes renseignée sur le sujet, mais il est d’usage dans notre métier de recruter des hôtesses, si l’on peut appeler ça, recruter, en leur demandant simplement de s’inscrire sur un site internet. On leur octroie alors dans la foulée un code d’accès personnel qui leur permettra de se connecter à ces dites plateformes audiotel, et voilà, c’est emballé, pesé. En résumé, c’est ce qui explique que l’on se retrouve ensuite avec des pauvres gars qui s’acharnent à essayer de comprendre pourquoi la nana qui vient de les prendre en ligne n’arrête pas de gémir alors que de...

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