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Un cœur en Afrique

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Un cœur en Afrique
Thierry Lefrondeur
Roman de 294 000 caractères, 51 200 mots. 196 pages équivalent papier (moyenne des pages livres Textes Gais).
Thierry se découvre des sentiments ambigus lors d’une première amitié particulière. Quelques années plus tard, un jeune algérien lui fera découvrir un pays aux mœurs singulières.
Il ira ensuite au Maroc, où il décide de s’installer, pour y vivre des péripéties amoureuses des plus insolites.
Là, une ultime histoire d’amour passionnelle modifiera une nouvelle fois le cours de son destin vers un dénouement plutôt inattendu.
Après cette lecture, vous ne verrez plus le monde arabe de la même façon.

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Gay

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Un cœur en Afrique
Histoires d’amitiés particulières
Thierry Lefrondeur
Romance gay
Préface Ce roman s’adresse à tous ceux qui se posent des questions sur les hommes qui aiment les hommes. C’est le livre que j’aurais aimé lire lorsque dans mon adolescence tourmentée, le regard des autres sur ma « différence » me torturait. Aujourd’hui je pense qu’en fin de compte c’est une chance d’être homosexuel, car notre vie est foncièrement différente de celle des autres et cette forme d’affectivité nettoie notre âme de la poussière du quotidien. Car elle nous donne quelque chose qui n’a pas de prix : La liberté de vivre sa vie sans entraves. Ou presque… car il ne faut pas oublier les chaines adulées de l’amour, cette force immaîtrisable qui nous rend forts ou qui nous broie, comme vous allez le découvrir en parcourant ce livre. Ce livre retrace en grande partie mon parcours sentimental. J’y relate comment la main du destin me fit migrer vers l’Afrique du Nord, en fait l’Algérie puis le Maroc où je vis toujours actuellement. Vous y trouverez des réflexions philosophiques sur le phénomène amoureux, d’incontournables scènes de sexe, un zeste d’humour et beaucoup d’amour. Si je me suis essentiellement inspiré de l’histoire de ma vie c’est parce que soyez-en sûr, la vie est un roman. Le vôtre.
Unhomme pàs tout À fàit comme les àutres — J’étais en Afrique. Ces quelques mots issus du si romantique film Out of Africa résument assez bien l’histoire de ma vie. Car le destin semble avoir mis tout en œuvre pour me faire délaisser les rassurantes berges françaises, pour d’autres rivages et mirages d’Afrique du Nord. Normalement à ce stade du récit, je me dois de me présenter, mais laissons la part du rêve enfouir ou fuir la réalité. Aussi ne ferai-je que résumer de moi ce que vous attendez probablement de cette lecture : L’histoire d’un homme pas tout à fait comme les autres, car un caprice de la nature fit en sorte que toute sa vie il chercha le grand amour, auprès d’un homme, puis d’un autre, puis d’un autre encore, jusqu’à ce qu’il ... Mais n’anticipons pas. Permettez-moi tout d’abord de vous donner ma vision de cette bizarrerie qui a orienté le cours de ma vie, de cette trame sous-jacente du roman qui va suivre : Ce que l’on appelle l’homosexualité. Qu’est-ce qui oriente notre sexualité ? Le hasard ? Nos chromosomes ? Notre éducation ? Une mère trop possessive ? L’absence du père ? Une trop grande sensibilité ? En fait très probablement un mix de tout cela. Longtemps j’eus honte de mon orientation sexuelle, lorsque vers l’âge de 13 ans il m’apparut que mes rêves d’enfant faisaient fausse route. « Ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants » ne fonctionnerait pas chez moi. (Dans quelques instants je vous raconterai dans quelles circonstances.) Plus tard j’apprendrai que l’homosexualité a toujours existé, qu’elle est omniprésente dans la nature, et donc également chez les humains, même si certains la refoulent par crainte de l’opprobre des bien-pensants, du rejet moraliste des grenouilles de bénitier, sans oublier le regard de nos amis, et des « qu’en-dira-t-on » de nos parents. Ma première histoire d’amour commença à treize ans. Treize ans pour un trésor. Il s’appelait Jean-Pierre et était beau comme la pureté de la prime jeunesse peut l’être dans toute sa splendeur. Pourquoi s’intéressa-t-il à l’être timide et renfermé que j’étais ? Je ne saurais le dire, mais ce fils d’amis de mes parents aimait ma compagnie. Au début, bien sûr nous ne faisons qu’écouter ensemble les chanteurs pour midinettes à la mode, sans penser à quoi que ce soit d’autre, bien à l’abri du regard des adultes dans nos chambres d’enfants. Mais peut-être parce qu’il était pour moi le frère que je n’ai jamais eu, notre complicité se fit sans cesse grandissante. Par exemple, nous n’étions pas dans la même classe, mais j’allais l’attendre après le repas de midi sur le sentier qui le menait à l’école. Juste histoire de partager quelques minutes de sa présence en cheminant vers le lycée. Vers notre école, cet ogre chronophage, dévoreur du temps et des rêves de notre jeunesse. Et puis un beau jour, ou plutôt une nuit où nos parents respectifs eurent la bienheureuse mauvaise idée de nous faire dormir ensemble dans le même lit, nous eûmes cette étrange conversation. Nous venions d’éteindre la lumière et, dans la maisonnée, seul le tic-tac de la pendule du salon voisin égrenait les secondes du temps qui s’enfuit. Nous sommes allongés l’un à côté de l’autre, mais le sommeil ne vient pas. Soudain sa voix trouble le silence. — Dis-moi Thierry, je peux te poser une question, qui peut-être va pas trop te plaire ? Mon cœur se met à battre très fort. Est-ce qu’il va me parler de lui et moi, et m’avouer quelque chose en rapport avec ces sentiments si forts et ambigus que j’éprouve pour lui. — Ben oui bien sûr. Tu sais bien qu’on peut parler de tout parce qu’on est des copains. — Hé bien. Qu’est-ce que tu penses de mon frère ? Franchement je m’attendais à tout sauf à ça. Où veut-il en venir ? — Maurice ? Je sais pas. Il est gentil, mais il ne te ressemble pas du tout. Lui il a plutôt la
nature, d’un… je sais pas moi, d’un boxeur, alors que toi… — Oui moi ? Catastrophe comment trouver les mots pour lui dire que je l’aime sans le laisser paraitre ? — Ben toi, c’est… c’est différent. Tu es quelqu’un que j’aime bien comme… heu… — Oui ? Comme quoi ? J’ai envie de lui crier que je l’aime plus que tout au monde, mais bien sûr ces p… de mots ne sauraient sortir de ma bouche et se heurtent au mur du silence gêné qui s’installe. Enfin ils finissent par sortir hoquetants : — Bah… Je… Je ne sais pas. Bien plus qu’un frère en tout cas. C’est nul, mais c’est tout ce qui vient à l’esprit. Pour toute réponse, il se tourne alors vers moi et… met un doigt sur ma joue, en lui imprimant de petits cercles caressants. — Ça fait du bien, non ? C’est une fille qui m’a montré ça. J’ai trouvé ça top. Aaah. Qu’est qu’il me fait ? Il est fou ? Il sait pas que… Je sens le rouge de la honte monter à mon cerveau parallèlement à mon sexe pré pubère qui ne peut rester indifférent à cette douce caresse. Je n’en reviens d’ailleurs pas. C’est la première fois qu’un garçon me fait cet effet. Ce n’est pas normal, mais pour l’instant il vaudrait mieux que ça s’arrête. Et s’il s’en aperçoit ? Tout serait certainement fini entre nous. Mon cerveau est parcouru de pulsions antagonistes. Une partie de moi meurt d’envie que cette caresse inattendue s’étende à d’autres parties de mon corps et une autre ne demande qu’une chose, que cela cesse avant que ce ne soit trop tard. Que faire ? C’est alors qu’il me demanda cette chose insensée. — Ça t’a plu ? Allez à toi maintenant, m’intime-t-il en se tournant vers moi. Aïe ! Qu’est-ce qu’il me demande là ? J’hésite tandis que mon cœur bat la chamade. Mais finalement je ne peux résister à cet appel si troublant. Je me mets alors à plat ventre pour cacher l’objet de mon désir et approche ma main tremblante de son visage. Ce visage si parfait aux traits fins, encadré de longs cheveux bruns que j’imagine si soyeux. Il est tel que j’imagine les anges. Comment résister ? Voilà. Ça y est. Je lui caresse la joue de petits mouvements circulaires, comme il vient de le faire. Puis ma main, échappant à ma volonté, s’égare aussi dans ses cheveux que je ne peux m’empêcher de caresser. — C’est bon ? me hasardai-je également à lui demander d’une voix sans timbre. Pour toute réponse il me prend alors ma main et la pose sur son torse imberbe et chaud. Qu’est-ce qu’il fait ? Il est fou ! Mais je ne peux m’empêcher de poursuivre ces caresses interdites. Ma main s’aventure vers son ventre, de plus en plus bas, mais je ne peux trouver en moi la force de descendre jusqu’à son bas ventre. Ce qui n’empêche nullement mon désir pour lui de monter, monter et tandis que mon souffle s’accélère, je finis soudainement par… tacher les draps. Au secours ! La honte me monte aux joues. Heureusement il fait pratiquement nuit noire et avec un peu de chance il ne se rendra compte de rien. Je lui fais alors un bisou furtif, avant de lui tourner le dos en lui lançant : — Excuse-moi Jean-Pierre, mais j’ai sommeil maintenant. Bien entendu je n’eus nullement sommeil, pendant au moins la moitié de cette nuit-là. C’est ainsi que mon corps et mon âme m’apprirent que je ne serais probablement jamais un homme comme les autres. Quant à mon bel ami, sans doute par pudeur ou par honte, nous ne reparlâmes jamais de cette nuit. D’autant plus qu’un destin maudit m’enleva pour deux interminables années cet être si adulé, de par la mutation de son père militaire, en Afrique ! Ce continent qui, je ne le savais pas encore, allait sceller mon destin, toute ma vie durant. Pour en revenir à mon amour furtif, nous nous sommes écrits pendant pas mal d’années, fréquemment d’abord, puis bien entendu de plus en plus sporadiquement, car le temps en éloignant les corps éloigne aussi inexorablement les cœurs. Et puis enfin il revint. Seulement,
hélas, mille fois hélas, j’allais m’apercevoir pour la première fois à mes dépens, que dans le monde affectif il y a infiniment peu de continuité. Il avait tellement changé. Physiquement il s’était épaissi, son visage s’était durci et, pire encore, il était amoureux. D’une fille !! Bien entendu, j’en ai souffert. Bien des envies de suicide traversèrent mon cerveau fragile d’adolescent. Allant même jusqu’à poser le révolver anti agression de mes parents sur ma tempe, ignorant totalement en cette période adolescente comment le suicide d’un enfant aurait pu briser atrocement le cœur de ses parents. Le monde des folles nuits parisiennes Déçu par ce grand amour déchu, mon petit cœur se mit en quête d’autres mirages, en parcourant les petites annonces du premier journal « gay » que la libéralisation des mœurs, et l’ouverture politique faite à ce genre d’électeurs, en fin de compte bons à courtiser, permettaient à l’époque. Le premier à qui j’ai écrit habitait Paris. Il avait 31 ans et moi 16. Bien entendu il me fit un habile jeu de séduction pour que j’aille consoler mes tourments chez lui. Ce que je fis. C’était rue Oberkampf. Qu’en dire ? J’ai bu deux whiskies au bar du coin, avant de trouver le courage de sonner à sa porte. Pas vraiment beau, visage quelconque, cheveux ternes, rien à voir avec mon ange précédent. Cependant il était gentil et il était trop tard pour m’enfuir. Il fit ce qu’il put pour me mettre à l’aise, afin sans doute de me préparer à« passer à la casserole », mais sans aucun romantisme. J’accédai finalement à sa requête, car en fin de compte, n’était-ce pas ce que j’étais venu découvrir ? L’amour physique avec un homme. Et puis… Pfff, bien qu’il y soit allé doucement en enduisant convenablement son sexe (d’une couche de beurre !) cela me fit un mal de chien. Normal au début. Le corps refuse de laisser entrer en lui tout corps étranger et donc serre un maximum les muscles fessiers pour faire barrage. Ce qui forcément, dès lors que l’on en force l’entrée crée une douleur intense... Ensuite ? Hé bien j’ai passé des minutes interminables aux toilettes, puis j’ai pris congé en promettant lâchement de repasser le voir. Ce que bien entendu, je ne fis pas, échaudé que j’étais par ces circonstances dans lesquelles je perdis ma virginité. Aux antipodes du romantisme dont je rêvais. Ce que je voulais c’était une histoire d’amour ! Une vraie, une pure, une authentique ! Une romance digne de Roméo et Juliette, mais transposée entre deux âmes masculines et aimantes, bien au-delà des histoires de c... à la con dont les gays, en tout cas parisiens, se nourrissent sans jamais en être rassasiés ! Oui, mais où trouver l’amour, lorsque l’on est jeune, timide et angoissé par le regard des autres ? De plus, comme la plupart des ados en proie au doute de l’adolescence, je me trouvais moche. Mon nez n’est-il pas trop gros ? Et ces horribles boutons d’acné qui me défigurent ? Ces cernes disgracieux sous les yeux ? Et cette longue mèche rebelle de mes cheveux blonds qui refuse d’être domptée et me ridiculise sans cesse en partant dans tous les sens. En fait, lorsqu’on est jeune, on est beau, mais on ne le sait pas, mais surtout on est con ! Beaux et cons à la fois. Il n’y a pas que les vieux bourgeois ironisés par Jacques Brel qui le deviennent. Car soit on en fait trop, en jouant les narcisses sur les réseaux sociaux pour chercher une valorisation dans le regard des autres, et par cette même occasion se cacher à nous-mêmes nos faiblesses et nos failles, soit au contraire, on se trouve moche et, mal dans sa peau, l’on n’ose s’exposer. Ce mal-être est accentué par le fait que rien ne semble être fait pour nous. L’on se sent parfois les rois du monde, surtout après quelques verres de n’importe quel alcool, mais le reste du temps l’on vit dans le monde liberticide des adultes. Dans une société qui ne nous ressemble pas du tout et que nous rejetons, tout comme l’on a le sentiment qu’elle nous exclut. Des rejetés, des incompris, des parias. Voilà comment nous nous voyons, et cette certitude se fait petit à petit vérité. Car plus nous en sommes persuadés, plus nous haïssons le monde qui nous entoure, et en même temps nous-mêmes pour n’être pas capable de trouver notre voie. Ce sentier magique qui nous révélera aux yeux du monde, comme les chanteurs, rappeurs, acteurs, footballeurs et autres mannequins que la société de consommation impose sans vergogne comme exemple de réussite… un mode de vie
totalement hors de notre portée, ce qui nous rend encore plus déprimés et suicidaires. Dans mon cas, à une époque où il n’y avait pas de réseaux sociaux pour échapper à la solitude avec nos amis virtuels, ce qui me paraissait essentiel était de trouver une épaule amie pour reposer mon âme endolorie, une oreille à qui confier mon terrible secret. Je n’étais pas vraiment un homme. Ni encore moins une femme. J’étais un honni, un homme non identifié. Un miséreux de la libido, que l’on pouvait insulter, humilier, bastonner, au seul prétexte d’avoir des désirs différents du commun des mortels. Alors pour trouver quelqu’un à qui se confier, il ne restait que les filles. Mais mon degré d’intimité avec elles, ne me permettait pas de leur confier mes plus lourds secrets, ni d’ailleurs à ceux de ma « famille » que je n’avais pas choisis : Les homosexuels : Les hommes sexués elles.Étrange non, la langue française ? Quelques années ont passé et le hasard d’un concours des Postes me conduisit à Paris pour y tenter ma chance. Au début la vie parisienne ne m’enchantait guère. Comme la plupart des provinciaux, qui doivent bien constituer 50 % des habitants de la capitale, je m’y ennuyais ferme. Cette ville est intéressante, et peut même être passionnante pour qui est passionné d’art et de culture, mais comme elle est en même temps grouillante, bouillonnante et tentaculaire, il est facile d’y perdre pied. Face à son immensité, ma solution fut de recréer un semblant de village dans la ville en m’éloignant le moins possible de mon quartier. Le fait de toujours y voir les mêmes têtes, les mêmes commerçants, les mêmes piliers de bar rivés à leur comptoir et avec lesquels j’avais parfois des conversations éthyliques créa une intimité. Je m’y suis alors senti rassuré, réconforté au point même de penser qu’habitant la capitale, j’étais au centre du monde, et qu’aucune ville de « province » ne pourrait jamais m’offrir tous les plaisirs de ce monde multiculturel et chamarré. Je m’étais donc peu à peu affirmé et osais à présent fréquenter les boites gays et les pianos-bars du marais, mais sans grande conviction, car personne ne correspondait à ce que je recherchais. En fait, ces endroits peuplés essentiellement de moustachus habillés de cuir, ou autres folles maquillées et papillonnants sans cesse me laissaient de marbre. Sans parler de ce que l’on appelait les backrooms, des salles sombres et souterraines ou de parfaits inconnus jouaient à touche pipi, ou se sodomisaient debout sans aucune retenue. Ce n’était pas la décadence, ni les folles danses de cette décade que je recherchais, mais un homme « normal », viril, mais tendre. Il devait bien en exister un sur cette terre, mais où le trouver ? Il ne sert à rien de me morfondre me disais-je pour me rassurer. Canalisons notre énergie et laissons faire le destin. Mais au lieu d’attendre qu’il frappe à ma porte, ce serait quand même bien de le pousser à la roue, un tant soit peu. C’est pourquoi mon côté bucolique me poussa plus naturellement vers la direction de parcs et jardins réputés, tel le « Jardin des tuileries ». Bien davantage un parc qu’un jardin en fait, où toute une allée surplombante était envahie de gays se regardant en « chiens de faïence », tels des toutous en promenade et faisant les cent pas dans la même allée, sans oser s’aborder, histoire de renifler leurs phéromones réciproques. Un jour cependant, l’amour fut une nouvelle fois au rendez-vous. Je dis une nouvelle fois, car, dans la capitale, j’eus quand même quelques courtes aventures sans passion et donc sans lendemain, qui ne valent même pas la peine d’être relatées. J’étais néanmoins à un moment donné tombé amoureux d’un benêt bellâtre qui me promit monts et merveilles, avant de finalement s’amouracher d’une fille chez qui il partit habiter, me laissant seul avec ma peine ! L’inconstance et l’inconsistance humaine n’a pas de limites… Lorsqu’enfin surgit dans ma vie un garçon d’à peu près mes 24 années, aux cheveux bruns coupés en brosse qui m’accosta dans ce fameux jardin des délices qui en était si dénué. Il n’était pas spécialement beau, mais néanmoins ouvert et sympathique, même si sa façon un rien maniérée de s’exprimer reflétait un manque de virilité peu compatible avec mes désirs secrets. Cependant, comme j’étais seul et de plus en plus désespéré dans ce monde artificiel où seules la taille du sexe, l’apparence et la jeunesse faisaient loi, je le suivis jusqu’à chez lui… Comme tout ce qui est nouveau est beau, le début de notre relation fut plus qu’agréable.
Enfin je n’étais plus seul ! J’avais quelqu’un à mes côtés qui savait se montrer tendre, attentionné, aimant, entreprenant, et même parfois doué d’une certaine profondeur de réflexion. Je lui rendais de plus en plus fréquemment visite, car en sortant de mon boulot frustrant d’un centre d’appel, j’avais la joie de trouver chez lui des petits plats agrémentés de bon vin et de sa compagnie. Et la soirée finissait souvent, le vin aidant quelque peu, dans l’ivresse des profondeurs sexuelles dont il faut dire qu’il était fort friand. C’est ainsi que ce garçon sut gagner suffisamment mon estime pour m’attirer définitivement jusqu’à chez lui, dans un appartement de la petite ville bourgeoise de Chatou, dans les Yvelines. Chatou présentait surtout l’intérêt d’être voisine du Vésinet, une ville riche peuplée de magnifiques demeures à l’aspect de manoirs. Sans oublier le charme de l’île de Chatou, toute proche. L’île des peintres impressionnistes que Monet, ou Renoir dans le déjeuner des canotiers notamment, rendirent célèbre par la qualité figurative de leurs pinceaux. Une nouvelle vie, un nouveau quartier, de nouveaux visages, ses amis gays, tout cela s’offrait à moi. Souvent nous sortions ensemble le weekend pour nous promener dans les forêts avoisinant la capitale. Durant ces occasions, dans cette atmosphère de plénitude et de sagesse que nous offre l’énergie de chênes et de hêtres centenaires, nous avions parfois des discussions pseudo-philosophiques sur ce qui nous rassemblait: l’homosexualité. — Tu sais Thierry, me disait-il de son air mi blasé mi-ingénu que j’aimais beaucoup, ma sœur aussi est homosexuelle. Elle vit avec une fille à Limoges, près de la ville où je suis né. — Ah bon ? Décidément c’est de famille ! lui ai-je répliqué, moqueur. Et tes parents ils le prennent comment ? — Ça ne leur a pas fait plaisir bien sûr, mais les pauvres ont fini par se faire une raison. — Et toi Michel ? Tu t’es fait aussi une raison, d’être ce que tu es ? — Maintenant oui. À Paris je me sens bien, surtout depuis que tu es avec moi, mon bébé. Mais quand même je me pose des questions. — De quel genre ? — Sur le sens de ma vie. Par exemple, il me semble que tout ce qui est sur cette terre a une fonction. Alors quelle utilité la nature peut-elle bien y trouver pour avoir créé des gens comme nous ? Surpris par la profondeur de cette question, venant de ce garçon qui jusqu’ici me semblait plutôt superficiel, je méditai une réponse pendant que nous marchions. — Heu… Je ne sais pas. Tu veux dire des gens qui, comme nous, n’assureront vraisemblablement pas leur fonction primaire : c’est-à-dire la transmission de leurs gènes ? — Ouais, entre autres. — Eh bien je crois qu’en fait, la… nature, comme tu dis, pour laisser les concepts divins de côté, car je pense que la religion ferme bien davantage les cœurs et les esprits qu’elle ne les réunit… — Ouaip. Ne m’en parles pas j’ai été élevé chez les curés. Ceci expliquant peut-être cela. — Oui tout s’explique ! m’esclaffai-je. Mais qu’est-ce que je disais ? Oui, je pense que la nature tente toutes les combinaisons possibles du vivant. La sexualité des mammifères que nous sommes n’en est qu’une variante. Ainsi le « système » si créatif dans lequel nous vivons permet qu’une espèce en voie de disparition, par manque de partenaire de sexe opposé, peut muter et se transformer afin de persister à se reproduire. — C’est vrai qu’il existe des espèces hermaphrodites, comme les escargots et même certains poissons. — Exactement. Avant j’étais persuadé que l’homosexualité était une sorte d’erreur de parcours, une expérience ratée de la nature, mais ce n’est pas le cas, car elle est partout. Dans le monde animal, il parait qu’on a dénombré 450 espèces qui ont des comportements homos ou bisexuels. — Ah ouais. Cool ! Un rayon de soleil perce à travers les nuages et vient frapper les sous-bois ravivant les
couleurs de la végétation qui s’illumine. Je me dis que pour moi c’est pareil. Qu’il suffit d’un rayon de soleil, d’un peu de chaleur dans mon cœur avec quelqu’un qui m’aime pour accéder au bonheur et… Mais mes pensées sont soudainement interrompues par la reprise de conversation de mon bébé. Heu, oui nous étions assez puérils et un rien infantiles à cette époque dans nos sobriquets d’amoureux. — Tu sais bébé, ma sœur veut adopter un enfant avec sa copine. — Heu… pourquoi pas. Mais quel rapport avec le sujet dont on parlait ? — Attends, j’y viens ! Comme elle est un peu forte et d’un teint très pâle, je la taquinais parfois en la traitant d’oie blanche. À quoi elle m’a répondu que ce sarcasme ne l’atteignait pas du tout, étant donné que chez les oies sauvages, une des femelles s'accouple parfois avec un mâle de passage pour ensuite élever sa progéniture avec sa partenaire femelle. — Ben oui. Comme tu vois, l’on n’a rien inventé. Tout est déjà là, dans la nature. Les animaux, eux ne se gâchent pas la vie avec des règles de morale et des dogmes religieux, qui ne sont finalement là que pour asseoir l’autorité de l’état ou de l’église. Un silence s’ensuivit. Avisant un tronc d’arbre couché sur un tapis de mousse vert tendre, dans un bel environnement de fougères, j’ai proposé : — Asseyons-nous ici je commence à fatiguer. — Oui bonne idée. Eh, tu veux pas qu’on en profite pour… fit-il en entrouvrant sa braguette. — Non s’il te plaît. Pas maintenant. On l’a déjà fait avant de dormir et au réveil. — Oui, mais ça fait longtemps qu’on est réveillé maintenant. — S’il te plaît. Je préfère qu’on termine notre discussion. — Pfff. Bon, comme tu veux, me répondit-il l’air dépité. Vas-y je t’écoute. — J’étais en train de penser qu’il n’y a pas que dans la nature, que l’homosexualité a son utilité. Dans le monde des hommes, bien que méprisés, emprisonnés ou assassinés pendant des siècles, les homosexuels eurent toujours une certaine utilité dans toute société. La « folle » distrait, amuse, amène un grain de folie dans une société trop puritaine. De plus, les homosexuels ouvrent en grand le sas de la sensibilité, et d’une forme différente de sensualité. Ils offrent l’accès à des désirs sous-jacents que beaucoup réfrènent en eux, faute de pouvoir les vivre. — Oh tu sais il n’y a pas que chez les gens sensibles, on en trouve aussi chez les fachos. — Ah bon ? Tu en connais ? Ils font bien l’amour ? Avec des fouets ? Il rit. — Mais non. Je parle des nazis à l’époque d’Hitler. Il y avait des homosexuels chez les SS. Sans doute par narcissisme. Par le culte de leur personnalité dominatrice et masculine poussé idéologiquement à l’extrême. — Je comprends ce que tu veux dire. Ils n’aimaient pas les femmes, parce que pas assez viriles pour leur renvoyer leur image d’eux-mêmes. Ce qui d’ailleurs forcément faisait tache, alors même qu’ils fichaient les homos d’une étoile rose pour mieux les repérer avant de les exterminer. Mais l’abruti d’Hitler s’en est débarrassé, en faisant assassiner tous ses SA qu’il devait imaginer passer leurs nuits à partouzer entre eux. — Eh oui bébé, ce monde est vraiment toujours prompt à sombrer dans la folie. Finalement je pense qu’on est bien moins fous que la moyenne. Il me sourit, me prit la main et m’attira doucement vers d’épais buissons touffus. Je savais ce que cela signifiait et je cédais une fois de plus à son désir. Tout allait pour le mieux, j’étais bien avec lui, mais quelque chose néanmoins me chiffonnait. Car, comme à toute médaille, il y avait un revers. Ce qui me dérangeait c’est que mon amoureux était franchement trop… comment dire, porté sur la chose. Quand je l’ai connu, j’étais plutôt prude et le sexe n’était pas une préoccupation pour moi. Je préférais nettement les moments de tendresse, les baisers, les câlins. Alors que lui, le sexe, il ne pensait qu’à ça. Le matin, le midi, le soir, il insistait pour que
je le prenne partout dans la maison, au lit, sur la table, et même sur les tabourets de comptoir. À l’extérieur de la maison, même délire, dans les forêts, la voiture ou les endroits les plus insolites. Ainsi lors d’un voyage en Espagne, il insista pour que je le sodomise à la fenêtre de la plus haute tour de la Sagrada familia, la célèbre cathédrale inachevée de Gaudi à Barcelone. En fait plus il y avait du danger, plus cela l’excitait. En voiture aussi par exemple, il me faisait des baisers salaces, côté bas ventre, pendant que je conduisais. Il faut dire que mes protestations manquaient souvent de conviction, car je découvrais des sensations nouvelles et j’ai toujours eu beaucoup de mal à dire non aux gens qui m’aimaient. Aussi ne manquait-il ni d’imagination ni de ruse pour parvenir à nourrir son désir insatiable. Et lorsque certaines nuits, j’étais trop fatigué pour le satisfaire, immanquablement il se collait à moi en me susurrant « Mais non bébé, t’inquiète pas, je ne vais pas te prendre », puis au bout de quelques câlins préliminaires, son sexe immanquablement finissait par pénétrer mon intimité. Comme j’étais d’un tempérament facile et un peu trop soumis à l’époque, je tolérais ces fredaines répétitives, mais de plus en plus mal. Sans doute parce que je n’étais pas assez attaché à lui. Alors que lui m’adorait. Dans l’amour malheureusement, il y en a toujours un qui aime plus fort que l’autre. Seulement, comme il était insatiable et que je me refusai de plus en plus souvent à lui, il se mit à draguer d’autres garçons à tout va. Il voulait vivre à fond sa jeunesse, et la vie le lui rendit. Ou plutôt la mort ! Car ce qui devait arriver arriva, avec le visage hideux d’une maladie honteuse qui tuait alors inexorablement, appelée SIDA Syndrome d’Immuno Déficience Acquise. À force de folâtrer à droite et à gauche, avec tout ce qui avait une queue entre les jambes, notamment dans les backrooms, ce fut inévitable. Il aurait pourtant pu l’éviter, car cette maladie commençait à faire parler de ses ravages. Mais il était jeune, et comme tout jeune homme impétueux et bourré de testostérone, insouciant à l’idée de mourir. Cette maladie, comme chacun sait à présent, ne tue pas rapidement. Le virus s’immisce lentement dans le sang, jusqu’à ce que les anticorps décimés finissent par ne plus pouvoir combattre tous les virus et maladies opportunes qui trouvent le terrain libre pour se développer. Mais, contrairement à la trithérapie qui existe de nos jours, le seul médicament existant à l’époque, l’Azt, ne parvenait au mieux qu’à ralentir sa progression. D’ailleurs l’inconscient, ne le prenait même pas régulièrement. Était-il si pressé de mourir ? Quoi qu’il en soit, ne souhaitant pas être contaminé, même par amour, je finis par prendre mes distances avec lui. e Je passai ainsi des beaux quartiers de Chatou à une chambre de bonne du 9 arrondissement de Paris. Bien sûr, ma conscience ne me permit pas de l’abandonner lâchement, comme ça d’un coup, aussi lui rendais-je parfois visite, mais il déménagea pour aller habiter chez de nouveaux amis dont il s’était entiché. Des inconscients qui croyaient que le pouvoir de l’esprit pouvait tout guérir, y compris le virus du siècle. Alors, la mort dans l’âme, je me mis en quête d’une nouvelle histoire d’amour. Celle qui allait sceller mon destin et me rapprocher petit à petit des rivages d’Afrique du Nord.

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