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Littérature et société au Cap-Vert

De
356 pages
Sous la colonisation et l'influence de l'école réaliste brésilienne des auteurs du Nord-Est, les poètes et auteurs cap-verdiens des différents courants et mouvements littéraires, tels que Jorge Barbosa, Baltazar Lope da Silva ou Manuel Lopes ont traité la sécheresse et la famine sous différentes visions. Ces thèmes omniprésents reflètent l'histoire d'un peuple et deviennent symboles de ses souffrances, des épreuves traversées, mais également source d'évasion et d'espoir.
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Amet KÉBÉ
À travers les diférents courants et mouvements littéraires (Claridade,
1935, Certeza, 1944 et Suplemento Cultural, 1958) qui se sont succédé
dans la littérature des îles du Cap-Vert, les auteurs et poètes ont puisé
leur inspiration dans les thèmes de la sécheresse et de la famine. En
efet, confronté aux diférents cycles de sécheresse et de famine qui ont
jalonné son histoire sociale, ce peuple a trouvé sa survie dans l’exil et
l’émigration.
Ces thèmes omniprésents refètent l’histoire d’un peuple, parfois ses
tragédies. Ils deviennent symboles de ses soufrances et des épreuves
traversées, mais également source d’évasion et d’espoir. Littérature Ainsi, sous la colonisation et l’infuence de l’école réaliste brésilienne
des auteurs du Nord-Est, les poètes et auteurs cap-verdiens des diférents
courants et mouvements littéraires, tels que Jorge Barbosa, Baltazar &Lopes da Silva, Manuel Lopes ont traité la sécheresse et la famine sous
diférentes visions
Le Brésil dans sa partie septentrionale présente les mêmes réalités
socio-économiques. C’est pourquoi la source d’inspiration est venue, Société
d’abord, de ce pays en 1935. Le Portugal devait servir aussi de source
d’inspiration aux auteurs cap-verdiens, en 1944, avec l’école Néo-réaliste
d’obédience marxiste, d’où l’engagement que revêt la littérature insulaire
de cette période. Le Mouvement de Libération Nationale, surgi en 1958, au Cap-Vert
sous la houlette du héros nationaliste Amilcar Cabral, devait, quant à
lui, infuencer profondément la génération du Suplemento Cultural. C’est
pourquoi dans ses prises de position, ce mouvement littéraire prône un
changement radical des conditions matérielles d’existence.
L’ère nouvelle que ces diférents poètes et auteurs entrevoient est la
période de l’indépendance marquée par la disparition des feaux de la
sécheresse et de la famine. Le retour en abondance de l’eau symbolisera
l’espoir et le progrès dans le bonheur retrouvé.
Né au Sénégal, M. Amet K a exercé comme Professeur de
portugais au Lycée John Fitzerald Kennedy de Dakar, avant de
poursuivre ses études supérieures en France, où il soutint une thèse
ede Doctorat de 3 cycle sur la littérature des îles du Cap-Vert à
l’Université Paris IV Sorbonne en 1984. Il exerce actuellement
les fonctions de chargé d’enseignement en Littérature lusophone à
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar-Sénégal.
Illustration de couvereture : © SilverV - Tinkstock
ISBN : 978-2-343-02678-7
9 782343 026787
36 €
ébé
Amet KÉBÉ
Littérature et Société au Cap-Vert







Littérature et Société au Cap-Vert






































































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02678-7
EAN : 9782343026787 Amet KÉBÉ






Littérature et Société au Cap-Vert


















































































Dédicaces

A la mémoire de mes parents
A mon épouse et à mes enfants
A la mémoire de mon ancien professeur et ami Benjamin Pinto Bull,
précurseur de l’enseignement du portugais au Sénégal,
Mon souvenir éternellement attaché.













































































« Le monde de la littérature est un monde triste. »
Grazia Maria Saviotti, cité par Fernando Namora, in
ePost-face à O Trigo e o Joio, roman 12 édition, 1974.












































Sommaire
Pages
Préface
Par le Prof. Etienne Teixeira, U.C.A.D. ............................................. 13

Introduction ........................................................................................ 15

CHAPITRE I : LA DECOUVERTE ET LA COLONISATION DU CAP-VERT ...... 25

I. La découverte et la colonisation des îles du Cap-Vert .................... 27

CHAPITRE II : LES ECRIVAINS CAP-VERDIENS DES ORIGINES A
« CLARIDADE » (1936) ......................................................................... 99

CHAPITRE III : LA PROBLEMATIQUE DE LA SECHERESSE DANS LA POESIE
CAP-VERDIENNE DE 1936 A 1958 ................................ 131
1. De « Claridade » (1936) à « Suplemento cultural » (1958) ou
l’évolution historique de la poésie Cap-Verdienne ................. 131
2. La sécheresse comme déterminisme ........................................ 138
3. La pluie comme symbole de renaissance ................................ 174
4. L’émigration comme moyen de salut ...................................... 188
5. L’espoir dans un monde meilleur ............................................ 216

CHAPITRE IV : LA PROBLEMATIQUE DE LA SECHERESSE DANS LA FICTION
CAP-VERDIENNE .......................................................... 235

I. Chiquinho de Baltazar Lopes Da Silva et la problématique de la
sécheresse ............................................................................... 237
1. As férias do Eduardinho de Manuel Lopes ............................. 250
2. Chuva Brava de Manuel Lopes ............................................... 260

II. Les exploiteurs ........................................................................ 282
1. Le prolétariat de Santo-Antão .................................................. 293
2. Le personnage de Mariano ...................................................... 294
3. Os Flagelados do Vento Leste ................................................. 298
4. Chuva de Agosto de Francisco Lopes ...................................... 304
5. Mãe Joaninha .......................................................................... 312

Conclusion générale ......................................................................... 318
Bibliographie .................................................................................... 331
11






















Préface
Par le Prof. Etienne Teixeira, Faculté des Lettres - Université Cheikh
Anta Diop de Dakar

C’est connu, les îles du Cap-vert, sur le plan climatique, souffrent
énormément de la sécheresse. Aussi est-il heureux que M. Amet Kébé
ait consacré une étude sur cette question lorsqu’il traite, précisément,
de « la problématique de la sécheresse dans la littérature des îles du
Cap-Vert ». Ce thème, qui se révèle comme l’objet d’une histoire, ou
d’un sujet, a longtemps préoccupé un certain nombre d’écrivains
capverdiens, romanciers ou poètes, du moins jusqu’en 1958. Il a, pour
ainsi dire, constitué une source d’inspiration pour ces auteurs, tant à
travers différents courants que différentes revues littéraires qui ont
marqué l’horizon culturel des îles créoles.
M. Amet Kébé a tenté, dans un premier temps, d’évoquer et de
dégager les conditions historiques et les structures géographiques qui
ont permis et favorisé l’émergence de l’homme cap-verdien. Puis il a
essayé de délimiter et de caractériser, sur le plan physique et
climatique, l’espace insulaire qui a servi de cadre et de support à la
littérature de l’archipel, une littérature fortement déterminée par le
réalisme paysagiste.
Les différents cycles des sécheresses et des famines qui se sont
succédé à des cadences plus ou moins régulières dans les îles ont
entraîné dans la société de nombreux bouleversements et
traumatismes, donnant lieu à une sorte de transformation du
subconscient collectif du peuple cap-verdien.
Il convient de préciser que, dans leur démarche, les auteurs
capverdiens se sont, en partie, inspirés des modèles littéraires de
l’ancienne Métropole qu’était le Portugal, ainsi que du Réalisme
brésilien des auteurs du Nordeste. Ce qui explique ce phénomène,
c’est d’abord le même type de formation humaine dans les deux
sociétés, ensuite la même nature physique, aride et désertique, qui
caractérise le climat des deux pays.
M. Kébé a mis en exergue la conséquence socioéconomique de la
sécheresse qu’est l’émigration, ces deux thématiques expliquant par
ailleurs l’originalité et le caractère typiquement régionaliste de la
littérature cap-verdienne dans le contexte colonial portugais de
l’époque.

13 Mais force est de reconnaître que cette prise de conscience
n’apparaît réellement que dans les années cinquante, laquelle révèle,
d’une certaine manière, l’amorce du mouvement de libération
nationale dont la littérature a été, précisément, le révélateur.
Le parallèle entre la production littéraire des îles du Cap-Vert, axée
essentiellement sur la question de la sécheresse et de l’émigration, et
les littératures des autres pays lusophones d’Afrique, marquées par la
recherche de la revalorisation de l’identité culturelle du Noir et de
l’indépendance nationale à travers le mouvement de la Négritude, fait
que, d’une part, il existe une certaine convergence thématique et un
caractère profondément engagé de ces deux types de littératures, et
que, d’autre part, la dimension culturelle noire qui apparaît comme
constitutive de l’identité cap-verdienne ne se perçoit pas facilement
chez les écrivains de l’archipel. De ce point de vue, et pour reprendre
les termes de Gilberto Freire, le Cap-Verdien est plutôt placé dans une
situation « d’incaractérisation et d’instabilité culturelle ».
Pour en revenir à la problématique de la sécheresse, M. Kébé
l’aborde aussi bien dans le domaine de la poésie que dans celui de la
fiction chez les écrivains cap-verdiens. Les sous-thèmes évoqués sont
variés. Il s’agit, entre autres, de la sécheresse comme déterminisme, de
la pluie comme moyen de salut, de l’espoir dans un monde meilleur.
M. Kébé a eu le mérite, dans son ouvrage, de bien cerner la
problématique de la sécheresse dans la littérature des îles du Cap-Vert,
ce qui permettra au lecteur d’être bien au fait de cette triste réalité,
avec, tout de même, l’espoir que la situation reviendra, sous peu, à la
normale.


14Introduction

La littérature des Iles du Cap-Vert, dans ses différentes
composantes : (poésie, fiction, conte, nouvelle, etc.…), est
essentiellement constituée, du point de vue du contenu, par une
production où émerge et s’impose le thème de la sécheresse. Si, par
définition, le thème se révèle, dans une œuvre romanesque ou
poétique, comme l’objet d’une histoire, ou d’un sujet, qui revient sans
cesse, devenant ainsi une préoccupation constante - une obsession -
sous la plume de l’écrivain ou des auteurs, qui soulèvent cette
problématique, c’est bien cette donnée socio-économique - la
sécheresse - que reflète dans presque toute sa globalité depuis sa
1genèse jusqu’en 1958 la littérature de cet archipel.
Cette caractérisation physique de la société Cap-Verdienne a ainsi
constitué l’axe fondamental autour duquel l’unanimité s’est faite, la
source d’inspiration commune des différents courants et des
différentes revues littéraires qui ont marqué l’horizon culturel des Iles
créoles, malgré les divergences esthétiques et idéologiques qui ont pu
opposer parfois les trois principales générations d’écrivains, celle de
Claridade (1936), celle de Certeza (1944) et celle du Suplemento
2cultural (1958) .
Tenter l’étude de cette thématique nous impose, d’abord, du point
de vue méthodologique, certaines considérations préliminaires, qui
nous permettront d’éclairer l’importance de la sécheresse dans la
production littéraire Cap-Verdienne.
Il s’agira donc, d’une part, d’évoquer et de dégager - avant
l’analyse proprement littéraire du thème – les conditions historiques et
les structures géographiques - qui ont permis et favorisé l’émergence
de l’homme cap-verdien, et d’autre part ,de délimiter et de caractériser
sur le plan physique et climatique, l’espace insulaire qui a servi de
cadre et de support à la littérature de l’archipel, une littérature
fortement déterminée par le réalisme paysagiste.
Nous mesurerons ainsi, en remontant en amont comme en
descendant en aval dans l’histoire géophysique et socioculturelle,
l’originalité de la formation de la population cap-verdienne et le statut
particulier que celle-ci détenait dans le cadre de l’administration

1 Nous reviendrons sur le choix de cette date limite de 1958.
2 Selon Manuel Ferreira, le thème de la famine serait le personnage principal de la
fiction cap-verdienne, cf. : « Literaturas Africanas de Expressão Portuguesa »,
volume I, p. 64.
15coloniale portugaise en Afrique nous expliqueront mieux par là la
naissance précoce d’une élite métisse qui a pu cultiver les lettres.
Nous verrons comment les différents cycles des sécheresses et des
famines qui se sont succédé à des cadences plus ou moins régulières
dans les îles, entraînant dans la société des bouleversements et des
traumatismes, ont été perçus et incorporés, notamment à partir de
e1935-1936 (la tendance ayant cependant commencé à la fin du XIX
siècle) par les différents écrivains cap-verdiens.
C’est pourquoi nous avons jugé utile, pour montrer l’importance
que cette thématique allait avoir plus tard dans la production littéraire
cap-verdienne de dresser le tableau évaluatif - à défaut d’être exhaustif
- des nombreux cataclysmes qui ont jalonné l’histoire de l’archipel.
C’est dans cette perspective qu’il faudra percevoir la partie de notre
exposé consacrée à ce fléau et intitulée les cycles de sécheresse et les
grandes famines, car le souvenir de ces nombreuses crises a
profondément marqué le subconscient collectif du peuple cap-verdien.
Sur le plan strict du comparatisme littéraire, il y a eu rupture, dès
l’apparition du premier Modernisme, celui de Claridade (1936) avec
ela tradition remontant à la fin du XIX siècle, qui consistait à imiter les
canons et les modèles littéraires de l’ancienne Métropole - le Portugal
- et convergence d’idéal avec le Réalisme brésilien des auteurs du
Nordeste. Les explications de ce phénomène procèdent de raisons
multiples, dont deux s’imposent principalement à nous : c’est d’abord
le même type de formation humaine dans les deux sociétés, ensuite la
même nature physique, aride et désertique, qui caractérise le climat
des deux pays. C’est pourquoi, les écrivains cap-verdiens dans la
quête de leur identité nationale, le projet littéraire consistant pour eux
à mettre l’accent sur la revalorisation de tous les aspects constitutifs
de leur société, aussi bien physiques que culturels, ont tourné leur
regard vers le Brésil, qu’ils ont pris comme référence.
C’est qu’ici aussi, la sécheresse, donnée physique de la région
septentrionale de ce pays latino-américain, avait fourni toute une
source d’inspiration à nombre de poètes et de romanciers.
En 1935-1936, il y a donc eu une mutation fondamentale dans la
littérature des Iles du Cap-Vert, surtout dans la poésie, ce genre
demeurant prédominant par rapport à la fiction ; le thème de la
sécheresse, avec sa conséquence socio-économique, c’est-à-dire
l’émigration, seront les deux éléments nouveaux qui introduiront une
innovation dans le mode d’écriture, et qui marqueront une différence
par rapport au courant traditionnel antérieur, dominé encore par
16l’école Romantique de fin de siècle. La thématique de la sécheresse et
de l’émigration explique aussi l’originalité et le caractère typiquement
régionaliste de la littérature cap-verdienne dans le contexte colonial
portugais de l’époque.
A un autre niveau du comparatisme littéraire, par rapport aux
anciennes colonies portugaises d’Afrique (Angola, Mozambique, São
Tomé et Príncipe, Guinée-Bissau), le Cap-Vert a été le seul pays à
avoir privilégié l’usage de ce thème.
Si l’on écarte le fait que ces entités territoriales ne sont pas
confrontées, comme le Cap-Vert, à cette calamité physique - la
sécheresse - il faut reconnaître, néanmoins, qu’à l’heure où cette
ancienne dépendance portugaise était en plein Modernisme Littéraire
et en pleine Révolution Culturelle, bien qu’ici, comme en Angola et
au Mozambique, les premières manifestations littéraires remontent au
emilieu du XIX siècle, le privilège de l’écriture était, au départ, dans
ces deux pays, le monopole d’Européens nés dans ces contrées. C’est
ce phénomène imputable peut être en partie, au faible niveau
d’instruction des Africains, qui explique et justifie le retard de
l’éclosion d’une véritable conscience nationale, ou nationaliste, dans
la littérature de ces deux pays. Cette prise de conscience n’apparaîtra
que dans les années cinquante où l’on verra poindre un véritable mode
d’écriture assumé par des Africains, qui puise ses thèmes dans la
glorification de l’homme noir et de la terre natale ; c’est déjà là
l’amorce du mouvement de libération nationale dont la littérature a été
le révélateur.
Ainsi, en Angola, la phase décisive se situe en 1948 avec le
Movimento dos Jovens Intelectuais de Angola, sous le slogan
« Vamos descobrir Angola », mouvement précurseur de la revue
Mensagem (Luanda, 1951-1952) autour de laquelle se rassemblent de
grandes figures, comme celles d’Agostinho Neto, Viriato da Cruz,
António Jacinto, Mário Pinto de Andrade. Ce sont ces auteurs qui
élaborent une littérature authentiquement angolaise en même temps
qu’ils jettent les jalons du Parti pour la Revendication Nationale.
Au Mozambique aussi, c’est vers cette décennie de cinquante, avec
précisément Noémia de Sousa, en 1949, que la vraie littérature
nationale voit le jour, culminant en 1952 avec la publication du conte
Gódido e outros Contos de João Dias, qui évoque la souffrance de
l’homme noir sous la colonisation portugaise.
Si en Guinée-Bissau, on a assisté à un vide littéraire dû à l’absence
de structures d’enseignement sous l’administration coloniale
17portugaise, à São Tomé et Príncipe, après une phase d’« aliénation
littéraire » marquée par la personnalité de Caetano da Costa Alegre
(in Versos, 1919, où le poète projette ses fantasmes de Noir perçu par
l’Idéologie coloniale marquée par le racisme), le renouveau littéraire
n’interviendra qu’avec, essentiellement, Francisco José Tenreiro (in
Ilha de Nome Santo en 1942), le premier poète de la Négritude
1d’Expression portugaise . Bien que métis, celui-ci se découvre Nègre ;
il proclame et assume son ambivalence d’homme partagé entre deux
cultures.
Ce parallèle entre la production littéraire des Iles du Cap-Vert, que
nous avons définie comme tellurique (la sécheresse et l’émigration
étant au centre des préoccupations des écrivains) et les littératures des
autres pays lusophones d’Afrique, marquées par la recherche de la
revalorisation de l’identité culturelle du Noir, et de l’Indépendance
Nationale, à travers le Mouvement de la Négritude, nous amène à
poser deux séries de questions.
C’est d’abord, la reconnaissance d’une certaine convergence
thématique et du caractère profondément engagé de ces deux types de
littératures, au milieu de la décennie cinquante ; partageant le même
idéal, poètes et romanciers Cap-Verdiens, angolais, Mozambicains,
São Toméens, qui avaient été formés à la même école à Lisbonne et
avaient milité dans les mêmes structures d’organisation, comme la
Casa dos Estudantes do Império, conjuguent leurs efforts, et mettent
leurs écrits au service de la cause commune : la libération de leurs
pays respectifs.
La deuxième question que nous soulevons - ou plutôt la
constatation à laquelle nous aboutissons - dans l’examen du parcours
thématique de la littérature Cap-Verdienne dans ses rapports avec les
autres littératures lusophones du continent, c’est l’évacuation de la
dimension culturelle noire comme constitutive de l’identité
CapVerdienne. En effet, cette préoccupation est absente chez les écrivains
de l’archipel, surtout chez ceux de Claridade (1936).


1 Le terme est de Manuel Ferreira, in Bibliografias das Literaturas Africanas de
Expressão Portuguesa, p. 210.
18 Peut-on considérer qu’il y a eu ici dans la quête de l’identité du
Cap-Verdien, primauté des données physiques et économiques sur les
valeurs culturelles de l’homme insulaire ? Si, comme l’annonçaient les
1 2« Claridosos » dans leur manifeste, la Caboverdianidade doit
s’entendre comme la quête de toutes les valeurs intrinsèques de la
société de l’archipel, néanmoins, la part du Continent Noir dans la
célébration des origines africaines, quand elle n’occupe pas une place
3fort limitée dans le projet de Claridade de la première phase , y
demeure quasi-inexistante.
La contribution de l’Afrique - héritage que Claridade rejette, car il
se ramènerait à quelques survivances sans grande signification - qui
aurait pu enrichir la thématique du premier mouvement littéraire
capverdien, en ceci qu’on aurait pu parler ici aussi du phénomène de la
Négritude dans la quête des racines de la population de l’archipel, a
été tout simplement occultée. Toute une polémique a été alors
développée et entretenue autour de cette question, soit par des
critiques littéraires et des sociologues - par exemple Gilberto Freire -
soit par la génération postérieure du suplemento cultural, qui, très liée
au Mouvement Nationaliste de 1958, faisant de l’héritage africain non
un épiphénomène, c'est-à-dire des valeurs résiduelles sans grande
importance, mais la revendication culturelle, sinon majeure, du moins
essentielle, qui devait permettre la libération du pays, (dans cette
phase de désaliénation culturelle) et son retour au Continent dans le
4projet d’union politique avec la Guinée-Bissau . En cela les écrivains
du Suplemento Cultural épousaient pleinement la thèse d’Amílcar
Cabral sur le rôle de la culture dans la lutte de libération nationale.
Si au Cap-Vert, la définition du concept de culture est difficile à
cerner, et si certains mettent l’accent sur l’ambivalence de la
formation de la société (entre l’Afrique et l’Europe), d’autres, comme
les « claridosos » privilégient la spécificité de la culture créole, qui
serait plus proche de l’Europe - du Portugal - et du Brésil que de
l’Afrique.

1 Vocable sous lequel on désigne, en portugais, les collaborateurs et animateurs de la
revue Claridade.
2 Concept de l’identité de l’homme Cap-Verdien.
3 On peut distinguer trois phases dans le mouvement littéraire de la revue
e eClaridade ; la 1 en 1936 ; la 2 après 1944 avec l’intégration des éléments de
eCerteza ; la 3 après 1958 quand les animateurs du Suplemento Cultural rejoignent
la revue.
4 C’est ce que Amílcar Cabral a théorisé dans son livre Unidade e Luta.
191 La thèse de Gilberto Freire sur cette question , qui écarte toute
prétention à une culture lusotropicaliste de l’archipel, place plutôt le
Cap-Verdien dans une situation « d’incaractérisation et d’instabilité
culturelle ». Pour le sociologue brésilien, tenant du concept de
lusotropicalisme, la parenté entre les populations Cap-Verdiennes et les
cultures luso-tropicales telles qu’elles existent au Brésil serait fort
vague ; le Cap-Verdien serait donc plus proche de l’Africain que du
2Brésilien .
On connaît la réplique de Baltazar Lopes da Silva, dans une série
d’émissions radiodiffusées de la station régionale de Barlavento, et
3publiées en 1956, sous le titre Cabo Verde Visto por Gilberto Freire
où l’auteur explique d’abord, l’engouement, que lui et ses
compagnons de génération nourrissaient, au départ, à l’égard de la
littérature brésilienne, qui leur avait servi de référence, mais où il tente
ensuite de réfuter la thèse du sociologue brésilien sur le caractère
purement nègre ou négroïde de la société Cap-Verdienne.
Ce débat autour de la question culturelle de l’archipel du Cap-Vert
doit nous conduire à considérer avec précaution certaines prises de
position qui ont été émises sur la problématique de la spécificité de
l’identité culturelle des îles créoles.
Si Onésimo Silveira appelle à une « prise de conscience dans la
4littérature du Cap-Vert » à l’heure de la mobilisation pour
l’indépendance nationale, la littérature devant servir, selon sa
conception, de support au mouvement nationaliste, c’est qu’il taxe
« d’inauthentique » et « d’étrangère » à « l’hunus ethno-social du
5Cap-Vert » la vision sous laquelle Claridade a développé la
thématique de la sécheresse et de l’émigration. Il reproche à cette
génération d’écrivains son engagement étroit aux côtés du peuple
capverdien, victime de l’aliénation économique et culturelle. Voilà deux
paramètres, la sécheresse et « l’ethnoculturel » africain que le
porteparole du Suplemento Cultural souhaiterait voir traiter sous un jour
nouveau.

1 Gilberto Freire, in Aventura e Rotina, Sugestões de uma viagem à procura das
constantes portuguesas de carácer e acção, Livros do Brasil, Lisboa, 1952.
2 Op. cit., chapitre 16, p. 237.
3 Cabo Verde Visto por Gilberto Freire, Praia, 1956.
4 Onésimo Silveira, in « Prise de Conscience dans la littérature des Iles du
CapVert », in Présence Africaine n°68, 1968, pp. 106-121.
5 Pierre Rivas, in « Dialectique de la littérature Cap-Verdienne : Vocation Océane
et Enracinement Africain », in l’Afrique Littéraire n°54-55, p. 68.
20 A travers cette critique de la démarche littéraire des « Claridosos »,
c’est le problème de l’idéologie qui est posé : celle qui postule d’abord
une nouvelle conscience au niveau de l’écriture, et la volonté claire et
sans équivoque de l’intégration ou du retour sentimental de l’archipel
à l’Afrique.
Pierre Rivas a raison quand il opte pour le concept de Négrisme
1Lusiste , qui serait plutôt applicable à l’archipel, vision d’un homme
déchiré par son balancement ou son écartèlement entre deux cultures,
et qu’il s’interroge sur l’enracinement africain du Cap-Vert.

« Cet enracinement africain (non sans problèmes, à la vérité), marque
en fait l’émergence de l’Afrique comme réalité culturelle et modèle de
civilisation. C’est parce que le continent africain a acquis son
autonomie et sa dignité qu’il peut permettre l’identification –
2longtemps niée- aux valeurs de la Négritude . »

Après avoir explicité ces points de repères sur la naissance, à partir
de 1935-1936, et sur le développement de la thématique de la
sécheresse dans la littérature des îles du Cap-Vert (avec ses
implications culturelles et idéologiques), il nous reste à préciser un
certain nombre de choix d’ordre méthodologique, sur la démarche que
nous avons adoptée concernant l’étude littéraire du thème de la
sécheresse. Pourquoi d’abord ce titre de notre travail : Le thème de la
sécheresse dans la littérature des Iles du Cap-Vert des origines à
1958 ? S’il nous a paru judicieux, au départ, d’axer l’objet de notre
recherche sur la littérature de ce pays voisin du Sénégal, c’est qu’au
regard des autres pays lusophones d’Afrique, l’archipel du Cap-Vert
offrait l’avantage de présenter une certaine unité dans les thèmes qui
apparaissent aussi bien au niveau de la poésie que de la prose. En
examinant d’assez près les quelques éléments du corpus de notre
projet de thèse, et compte-tenu des travaux déjà réalisés sur la
3littérature de l’archipel, mais qui s’orientent vers d’autres voies , il

1 Op. cit., p. 65.
2 Pierre Rivas, op. cit., p. 68.
3 Nous pensons surtout aux ouvrages de synthèse de Manuel Ferreira (A Aventura
Crioula, No Reino de Caliban, Literaturas Africanas de Expressão Portuguesa ; de
Norman Araújo A Study of Cape-Verdean Literature (Boston College) ; de Russel
Hamilton G. Hamilton, Voices from An Empire, A History of Afro-Portuguese
Literature, University of Minnesota Press, Mineapolis ; d’Alfredo Margarido,
Estudos sobre Literaturas Das Nações Africanas de Língua Oficial Portuguesa
Lisboa, 1980.
21nous est apparu tout de suite qu’une étude effectuée dans ce domaine
ne serait peut être pas dénuée d’originalité. C’est là, parmi d’autres
motivations, la raison qui nous a poussé à opérer ce choix.
L’abondance des matériaux que nous avons recueillis au cours de
plusieurs années de recherches a, d’une part, confirmé cette option de
départ, mais elle nous a imposé, d’autre part, en raison de
l’importance du corpus réuni, de délimiter notre sujet. Ainsi, comme
dans toute recherche de ce genre, nous avons voulu partir d’un point
de départ - ici des origines de cette thématique - pour aboutir à une
date limite - 1958, dans ce cas précis.
Dans la littérature des Iles du Cap-Vert, il s’est avéré que les
origines de la thématique de la sécheresse remontent à la deuxième
emoitié du XIX siècle, une époque encore marquée par l’Ecole
Romantique. Nous verrons dans l’étude que nous avons réservée à
cette période, que si ce thème était déjà présent, il était encore très
hésitant, traité à la limite de façon un peu anodine et « inconsciente ».
Remarquons aussi que dans cette période, c’est essentiellement au
niveau de la poésie que l’influence de la sécheresse, comme source
d’inspiration se reflète ; la prose – ou tout au moins la place du thème
dans ce genre littéraire – n’étant pas encore cultivée à l’époque ; c’est
la conclusion à laquelle nous avons abouti avec les résultats de nos
investigations. Jusqu’en 1947, date à laquelle fut publié Chiquinho, le
premier roman cap-verdien de Baltazar Lopes da Silva, la poésie a été
le genre de prédilection des écrivains du Cap-Vert.
Le thème littéraire de la sécheresse, déjà exploité au niveau de la
epoésie avec l’Ecole Romantique de la deuxième moitié du XIX siècle,
connaîtra à partir de 1935 – 1936, avec Jorge Barbosa et le
mouvement « Claridoso », une véritable « explosion » et une grande
expansion. Cette tendance se prolongera successivement avec les
courants littéraires de Certeza (1944), du Suplemento Cultural (1958),
du Boletim des alunos do liceu Gil Eanes (1959) et de Sèlo - Página
Dos Novíssimos (1960).
Si nous n’avons pas étendu l’étude de la sécheresse avec ses
corollaires - la faim et l’émigration - aux courants postérieurs au
mouvement littéraire du Suplemento Cultural, c’est que, d’abord, avec
les trois premières générations d’écrivains, nous avions une matière
qui, associée aux quatre romans (Chiquinho (1947), Chuva Brava
(1956), Os Flagelados do Vento Leste (1960), Mãe Joaninha (inédit)
et aux deux nouvelles (As Férias do Eduardinho (1949), Chuva de
Agosto (1958) où apparaît aussi ce thème, nous semblait suffisante
22pour aboutir à des conclusions valables.
La deuxième raison qui nous a conduit à fixer les limites de cette
étude à la date de 1958 trouve sa justification dans le mode d’écriture
que les jeunes poètes des générations de 1959 et de 1960 ont adopté
pour traiter cette même thématique. Si on peut parler de différences
esthétiques ou de clivages idéologiques entre Claridade (1936),
Certeza (1944) et le Suplemento Cultural (1958) dans leur vision de la
sécheresse, il n’y a pas eu d’innovation sur le plan esthétique ni
idéologique avec les mouvements postérieurs à 1958. Au contraire, il
y a eu continuité dans la répétition des mêmes motifs littéraires : la
sécheresse, la faim et l’émigration. On pourrait même parler ici d’une
certaine tendance à un retour en arrière, donc à un archaïsme dans le
nouveau mode d’écriture : redondance et lyrisme enveloppent souvent
les mêmes thèmes.
C’est pourquoi, nous considérons que 1958 marque une date limite
dans l’apogée de la thématique de la sécheresse dans la littérature des
Iles du Cap-Vert ; 1959, c’est déjà l’amorce d’une certaine décadence
dans le traitement esthétique de la sécheresse, et dans le
renouvellement des sources d’inspiration.
En débordant, parfois dans notre étude sur la date limite de 1958,
nous avons surtout voulu mettre l’accent sur la perspective que nous
avons soulignée, c’est-à-dire sur la persistance et sur le manque
d’apport esthétique dans la vision de la sécheresse chez les nouvelles
générations.
Le dernier point sur lequel nous voudrions attirer l’attention du
lecteur, au plan des considérations méthodologiques, concerne le
niveau de l’analyse, c’est-à-dire la manière dont nous avons envisagé
l’étude thématique de la sécheresse.
Pourquoi une analyse diachronique et non synchronique de cette
donnée littéraire ? En optant pour une enquête chronologique,
c’est-àdire en menant notre étude poète par poète (au niveau du genre
poétique) et auteur par auteur (sur le plan de la fiction), et en suivant
l’ordre d’apparition des différents mouvements littéraires, nous avons
surtout voulu marquer la genèse et l’évolution de ce thème selon la
perspective, d’abord, de chaque école littéraire, ensuite des poètes et d
es auteurs. Nous pensons que la tâche eût été difficile avec la méthode
d’analyse synchronique. C’est pourquoi avec le type d’étude que nous
avons finalement retenu, nous avons défini des têtes de chapitre autour
desquelles s’articule cette donnée littéraire.

23 Ainsi, sous différentes visions, la sécheresse apparaît tantôt comme
déterminisme physique, tantôt comme antinomique de la pluie ;
l’émigration s’annonce alors comme l’unique solution de survie. Ce
sont là quelques lignes de force que nous avons cru retrouver avec la
thématique de la sécheresse dans la littérature des Iles du Cap-Vert.
Si l’espoir dans un avenir meilleur marque une certaine présence
dans cette littérature, c’est que, pensons-nous, l’écrivain cap-verdien
vivait une situation d’oppression définie par la dialectique de la
colonisation. C’est pourquoi l’espace littéraire de cette période est
essentiellement caractérisé par des déterminants (la sécheresse, la
faim, l’émigration etc.…) qui entretiennent ce système de domination.
En invoquant un futur radieux, qui s’identifie à notre avis, avec
l’indépendance nationale, l’écrivain cap-verdien se faisant prophète,
entrevoit une ère nouvelle marquée par la présence en abondance de
l’eau et par la disparition du fléau de l’émigration. L’eau qui permettra
le développement de l’agriculture cap-verdienne, en maintenant la
population sur place, dans l’archipel, lui procurera le bonheur dans ses
racines telluriques retrouvées.
Il serait intéressant de voir, à travers l’opposition entre le présent et
l’avenir, quel type de thématique développeront par la suite les
écrivains cap-verdiens, une fois la souveraineté nationale retrouvée !
La littérature véhiculera-t-elle ici les mêmes motifs qu’autrefois ? S’il
y a changement d’orientation ou introduction d’autres modèles
littéraires dans le nouveau mode de représentation de la réalité, cela
signifiera-t-il qu’il y aura eu disparition des calamités physiques et
amélioration qualitative de la situation socio-économique de
l’archipel ?
La colonisation était-elle donc responsable de cette longue nuit de
misère sociale, qui avait enveloppé de ses ténèbres l’archipel
capverdien ?
Si, au Cap-Vert, la littérature, à travers le Réalisme Critique, a
toujours eu pour fonction sociale, depuis 1935-1936, la dénonciation
d’une certaine injustice imposée au peuple insulaire, il lui appartiendra
dans l’ère postcoloniale, de répondre à ces interrogations, que nous
formulons dans la perspective de la renaissance ou du renouvellement
de sa thématique. Ce sont là des postulats que nous vérifierons dans la
conclusion générale de ce travail.

24CHAPITRE I : LA DECOUVERTE ET LA COLONISATION DU CAP-VERT









25



I. LA DECOUVERTE ET LA COLONISATION DES ILES DU CAP-VERT
1. Situation géographique

L’archipel du Cap-Vert fait partie de l’ensemble des cinq groupes
d’Îles atlantiques : Canaries, Madère, Açores et São Tomé. Avec les
trois derniers groupes d’îles, son destin est resté longtemps lié comme
carrefour des voies maritimes, sous la tutelle du Portugal.
Comme celles-ci, le Cap-Vert est situé dans l’océan atlantique, à
455 Km des côtes du continent africain, en face de Dakar ; il est
compris entre les parallèles 14° 48’ et 17° 12’ de latitude Nord et les
méridiens 22° 40’ et 25° 22’ de longitude ouest de Greenwich. Il se
trouve dans la zone de lutte d’influence entre l’alizé du Nord-est, la
mousson atlantique et la masse d’air continental, chaud et sec, venue
du Sahel.
1 Il comprend dix îles et huit îlots qui sont répartis en deux groupes
appelés Barlavento (au vent) et Sotavento (sous le vent), selon le vent
dominant du Nord-est.
Le groupe de Sotavento comprend les îles de Maio (269 km²),
Santiago (991 km²) – l’île la plus grande de l’archipel – Fogo, (476
km²) et Brava (67,4 km²).
Barlavento est composé de Santo Antão (779 km²), São Vicente
(227 km²) Santa Luzia (35 km²) – l’île la plus petite – São Nicolau
(388 km²) – Boa Vista (620 km²), Sal (216 km²).
A ces deux groupes, il faut rattacher les îlots Dos Pássaros, Branco
et Razo pour Barlavento), Santa Maria, Luis Carneiro, Sapada Grande
2et de Cima (pour Sotavento ).
Cette disposition des Iles du Cap-Vert en deux groupes bien
distincts, nous rappelle les Açores qui, composées de neuf îles
orientées du Sud-est au Nord-Ouest, sont formées elles aussi d’un
groupe oriental (Santa Maria et São Miguel) et d’un groupe occidental
(Flores et Corvo) auquel viennent s’ajouter les îles de Terceira,
Graciosa, São Jorge, Pico et Faial appelés communément « as ilhas do
Baixo » ou groupe central.

1 A propos du nombre exact de ces îlots, il y a une divergence entre les différentes
sources que nous avons consultées ; tantôt, c’est le chiffre de cinq, tantôt celui de
huit qui est avancé. Nous avons retenu celui de huit, car c’est le chiffre publié
dans le document le plus récent intitulé : « República de Cabo Verde 5 anos de
Independância 1975-1980 », Lisboa, Junho de 1980. Toutefois, ce document ne
mentionne pas les noms de ces îlots.
2 L’île de Santa Luzia et les huit îlots sont inhabités.
27 Tandis que ces îles recouvrent une superficie de 2.388 km²,
l’archipel du Cap-Vert, avec 4.033 km², est de loin plus grand que les
Açores.
1La population totale est estimée à 296.093 habitants ; elle est ainsi
répartie :

Sotavento :
Santiago : 145.923 habitants
Fogo 31.115 habitants
Brava : 6.984 habitants
Maio : 4.103 habitants

Barlavento :
Santo Antão : 43.198 habitants
São Vicente 41.792 habitants
São Nicolau : 13.575 habitants
Boa Vista : 3.397 habitants
Sal : 6.006 habitants

Le taux de croissance de cette population a été de 0,8 % entre 1970
et 1980 ; il s’élevait à 1,8 % pour le recensement de 1960, et de 2,3 %
pour 1950.
Concernant donc ce dernier recensement, effectué en 1980, nous
constatons que ce taux a diminué ; cela est dû, selon la commission
Nationale de Recensement, à la forte vague d’émigration des années
21970 .
Le chiffre de 296093 habitants ne concerne que la population
actuellement présente dans l’archipel ; pour la population émigrée, les
résultats du dernier recensement n’en font malheureusement pas état.
Faute de chiffres récents pour l’évaluation de la population
émigrée, nous pouvons souligner que jusqu’à la veille de
l’indépendance du pays, en 1975, il était généralement admis que les
Cap-Verdiens qui se trouvaient hors des frontières nationales étaient
de loin plus nombreux que leurs concitoyens restés dans l’archipel.
A cet égard, le recensement de 1970, établi pendant la colonisation,
avançait les chiffres suivants : 270.000 Cap-Verdiens à l’intérieur des

1 C’est le chiffre du dernier recensement qui vient d’être effectué et publié dans
« Voz Di Povo », Semanário n°239 du 20 Septembre 1980, à Praia (Cap-Vert).
2 Conclusions du Rapport de la « Comissão Nacional de Recenseamento », op. cit.,
Setembro de 1980, Praia, Cabo Verde.
281Îles et 450.000 à l’extérieur .
La densité moyenne de la population était estimée à 75 habitants au
2Km² et représentait 340 habitants au km² cultivable.
Ceci dénote une forte concentration de la population sur un espace
habitable assez exigu ; on ne peut pas parler ici d’une surpopulation ni
d’un excédent populationnel de 100.000 habitants sur une population
3globale de près de 300.000 .
Si, aux dires des démographes, l’archipel connaît une forte
natalité : plus de 40‰, chiffre presque égal aux taux les plus élevés du
4monde, 45‰ à Taiwan , ses effets sont rapidement annulés par un non
moins important taux de mortalité à la naissance : 50,3 % et 120 %
5pour la mortalité infantile .
Si on ajoute à ce fléau constitué par une mortalité très élevée, une
émigration galopante qui a vidé l’archipel d’une partie très importante
de ses habitants, on s’aperçoit vite que les îles sont loin d’être
surpeuplées.

2. Le contexte historique

Avant de retracer, dans leurs grandes lignes, les conditions dans
lesquelles l’archipel du Cap Vert a été découvert et colonisé par le
ePortugal, au XV siècle, il convient d’évoquer le contexte historique
dans lequel cette puissance européenne a été amenée à se lancer dans
une telle entreprise.
e La découverte et la colonisation des îles du Cap-Vert au XV
siècle, s’inscrivent, en effet, dans le cadre du vaste projet de
découvertes maritimes que le Portugal - principalement en la personne
du Prince Henri le Navigateur - avait mis en œuvre et qui devait
aboutir à l’édification d’un grand empire outre-mer, tant en Afrique,
qu’en Amérique et aux Indes.
On peut s’interroger sur les raisons qui avaient poussé ce petit pays

1 Là aussi, il faut prendre ces chiffres avec réserve, car les différentes sources
mentionnent des données divergentes.
op. cit., Cap-Vert : Cruel archipel, Le Monde, Journal du 1-9-1977 par Philippe
Decraene.
2 Ibidem, op. cit., Cap-Vert : Cruel archipel.
3 Händel de Oliveira, dans Cabo-Verde 72. ano quinto de Seca, emploie ce concept.
4 Ibidem, op. cit., Cabo-Verde 72, ano quinto de Seca.
5 er In Cap-Vert : Cruel archipel, Le Monde, journal quotidien du 1 Septembre 1977,
par Philippe Decraene.
29d’Europe Méridionale, coincé entre sa grande voisine l’Espagne qui se
composait à l’époque de la Castille, de l’Aragon et de la Navarre, à
l’exclusion de Grenade qui était entre les mains des Musulmans - et la
mer, à se lancer dans cette série d’aventures maritimes, la conquête de
la mer - « o Mar Tenebroso » - alors que la Reconquête Chrétienne
n’était pas encore terminée dans la Péninsule Ibérique.
Si le Portugal avait déjà achevé cette reconquête depuis la prise de
Faro en 1249, et si à la suite de la guerre de libération contre
1l’Espagne, il s’était érigé en royaume en 1179 sous Afonso Henrique ,
les Musulmans ne devaient quitter définitivement la Péninsule
Ibérique, en l’occurrence Grenade, qu’en 1492.
Ayant alors consolidé très tôt ses frontières avec sa voisine,
l’Espagne, au traité d’Alcañices, en 1297, le Portugal n’avait plus
aucune possibilité d’étendre son expansion territoriale vers le
continent ; il s’était retrouvé enfermé dans des limites géographiques
2très exiguës, dans la situation d’une île .
Est-ce alors le besoin d’espace vital qui l’a fait très tôt tourner son
regard vers la mer qui l’entourait sur plus de mille kilomètres, favorisé
en cela par sa situation géographique qui se trouve à l’extrémité
occidentale de l’Europe - « l’Europe est la face avec laquelle le
3Portugal regarde le monde » - et par la « facilité d’accès de ses ports,
dont quelques uns sont situés à l’embouchure de fleuves, comme le
Douro, le Tage, le Guadiana navigables sur une grande partie de leur
parcours, et qui sont presque tous protégés naturellement contre
4l’action des courants aquatiques et la violence des vents … » ?
Si au début de l’expansion maritime portugaise, on s’est surtout
attaché à lui attribuer un objectif purement religieux - l’extension de la
foi chrétienne sur les territoires occupés par les Musulmans - il semble
plutôt que la raison profonde soit à rechercher dans la deuxième
interrogation que nous avons formulée plus haut, car il s’agissait

1 In História de Portugal de A. H. de Oliveira Marques, volume I p. 67 ; voir aussi
eHistoire du Portugal, par Albert Alain Bourdon - P.U.F., 2 édition, 1977, Paris, p.
14.
2 Voir la place que Maria Archer accorde à l’expansion maritime portugaise, in
Roteiro do Mundo Português, Lisboa, Junho de 1940, Edições Cosmos, p. 272.
3 De Fernando Pessoa, in poème : O Dos Castelos, Primeira Parte, Brasão - I- Os
aCampos, in Mensagem, 13 Edição, Edição Ática, Lisboa, 1979.
4 In Le Portugal et ses colonies, par Angel Marvaux, Paris, Librairie Félix Alcan et
Guillaumin Réunies, 1912, p. 137.
301essentiellement d’une expansion commerciale sur la Méditerranée .
Le Portugal connaissait, en effet, à cette époque, une crise
économique structurelle qui provenait du monopole des terres par la
bourgeoisie seigneuriale et mercantile ; privés de terre, les paysans
constituaient une immense main d’œuvre qui souvent n’arrivait pas à
s’employer dans les grandes propriétés, et ils affluaient de ce fait vers
e 2les villes ; cette situation empira dans le courant du XVI siècle .
Sortir de ce contexte socio-économique devait passer par ce
qu’António Sergio a appelé la définition de deux théories politiques
3nationales, c'est-à-dire la confrontation de deux doctrines
économiques, l’une voulant privilégier le développement de la
population à l’intérieur des frontières nationales, et l’autre souhaitant
ouvrir le Portugal au reste du monde à travers l’aventure maritime.
C’est cette deuxième « théorie politique nationale » qui devait être
envisagée comme solution aux maux dont souffrait le Portugal à
l’époque ; en effet, pris dans le piège d’un pays déjà pauvre à cette
date, le remède à ce problème apparaissait dans l’expansion maritime
qui a eu pour conséquence l’introduction de nouvelles richesses : les
épices et l’or, l’exportation et la fixation de cette main d’œuvre sans
emploi dans les îles et les territoires nouvellement découverts.
Ce n’est donc pas un Portugal économiquement développé,
techniquement avancé qui était à la recherche de débouchés pour
écouler ses produits industriels et manufacturiers, mais plutôt un
Portugal pauvre dans l’arrière pays, dominé sur le littoral par une
oligarchie de marchands et de grands financiers européens,
principalement des marchands italiens et génois plutôt soucieux de
4s’approprier les richesses fabuleuses de l’Afrique et de l’Orient .
Ces deux contrées auxquelles l’Europe, en général, et le Portugal,
een particulier, allaient s’intéresser à la fin du XV siècle, connaissaient
déjà un certain développement économique et faisaient l’objet d’un

1 Si Jaime Cortesão, in Os Descobrimentos Portugueses, p.33, épouse cette thèse,
Henrique galvão et Carlos Selvagem dans Império Ultramarino Português, Vol. I,
p. 28, semblent plutôt privilégier la raison religieuse dans l’expansion maritime
portugaise.
2 Voir, Crises Económicas e Financeiras, in Dicionário Da História De Portugal,
dirigido por Joël Serrão, volume I/A/D, pp.743-746.
3 António Sérgio, in Ensaios, Tomo II, As duas politicas nacionais, Publicações
aEuropa-América, 2 edição. S. D, pp. 88-122.
4 Les navigateurs, marchands et colons italiens au service de la découverte et de la
colonisation portugaise sous Henri le navigateur, par Charles Verlinden, 1958,
pp. 467-497.
311immense trafic maritime international dominé surtout par les Arabes .
C’est pourquoi, l’Infant D. Henrique, qui représentait selon
António Sergio, la nouvelle bourgeoisie mercantile issue de la
2Révolution de 1383 s’employa avec tous ses moyens à l’édification
de ce projet pour accéder au contrôle de ces nouvelles sources de
richesse.
3 L’ouverture de la « frontière mondiale » se fit d’abord par la côte
et a commencé après la conquête de Ceuta, au Maroc, en 1415 ; les
plans de cette expédition avaient déjà été préparés dès 1413, comme il
4ressort du témoignage du Leal Conselheiro , définissant à cette
équipée des objectifs purement économiques, à la réunion de Torres
Novas, en 1414.
Le succès de cette entreprise allait précipiter l’Europe dans le
progrès et le développement économiques ; à travers les contacts
commerciaux qui suivirent avec les autres continents, c’était le début
de « l’occidentalisation » ou de « l’européanisation » du reste du
5monde .
Ceuta servit de place forte pour contrôler le commerce de la
Méditerranée, et de point d’appui aux découvertes postérieures
portugaises des îles de l’Atlantique et des côtes africaines.
L’importance de cette place était incontestable tant du point de vue
stratégique que commercial ; c’est ce que soulignent Valentin
6Fernandes et Duarte Pacheco Pereira .
Cet évènement souleva un vent d’enthousiasme au Portugal et
conforta l’Infant D. Henrique dans son initiative ; il se vit conférer par
la bulle de Martin V, en date du 25 Mai 1420, le titre d’administrateur

1 Os Descobrimentos Portugueses ; par Jaime Cortesão, 1° volume, Arcádia, p. 39.
2 In As duas políticas nacionais, op. cit., voir aussi la note de Manuel Fernandes
Costa, in As Navegações Atlânticas no Século XV, Biblioteca Breve, 1ª edição,
1979, p. 100 où l’auteur reconnaît le rôle joué par la bourgeoisie dans l’expansion
commerciale portugaise, surtout en Afrique du Nord ; il parle d’un certain João
Afonso « vedor da Fazenda », qui serait l’un des instigateurs de cette politique ;
l’auteur se réfère à la chronique de D. João I, d’après Fernão Lopes.
3 « Dom Henrique e a abertura da fronteira mundial » par José Honório Rodrigues,
in Revista Portuguesa de História, volume IX, 1960, Coimbra, pp. 44-62.
4 Manuel Fernandes Costa, in As Navegações Atlânticas no Século XV, op. cit., p.
11.
5 In « Dom Henrique e a abertura da fronteira mundial » , par José Honório
Rodrigues, op. cit., p. 55.
6 Cité par Manuel Fernandes Costa, in As Navegações Atlânticas no século XV,
Biblioteca Breve, Lisboa, 1979, n° edição, p. 12 ; voir aussi : Henrique Galvão e
Carlos Selvagem, in Império Ultramarino Português volume I, Introdução p. 27.
32général de l’ordre de la Milice de Notre Seigneur Jésus Christ pour la
1défense de Ceuta et l’expansion de la foi .
Ainsi stimulé par sa première prouesse et investi de ce nouveau
pouvoir, l’Infant D. Henrique poursuivit son action qui fut couronnée
en 1419 par la découverte de Madère, tandis que celle des Açores
2survint une année plus tard, soit en 1420 . Avec la découverte de ces
archipels adjacents ou atlantiques, s’estompa peu à peu dans l’esprit
populaire l’idée de la « Mer Ténébreuse » pleine de mystères.
Cependant, c’est quand Gil Eanes doubla le Cap Bojador en 1434,
après plusieurs tentatives, que le début de la découverte portugaise
evenait d’être inaugurée, et avant la fin du XV siècle, les Portugais
auront dépassé le Cap de Bonne Espérance et seront arrivés aux Indes
3(1498 ).
L’ère de la maîtrise de la navigation maritime venait de
commencer, ce qui favorisa les nombreuses performances que les
portugais ont réalisées dans la conquête de la mer. La navigation
maritime se développa donc assez rapidement grâce, d’une part, aux
4immenses moyens techniques dont disposait l’école de Sagres , et
grâce, d’autre part, à la connaissance du régime des vents qui allait
5faciliter désormais les voyages à longue distance .

1 Ibidem, cité par Manuel Fernandes Costa, in As Navegações atlânticas no Século
XV, p. 13.
2 A proprement parler, on ne connaît pas avec certitude la date de la découverte des
Açores, beaucoup de thèses ayant été avancées concernant l’histoire de leur
découverte : voir à ce propos le Dicionário De História de Portugal I/A- D.,
Arquipélago dos Açores, p. 18.
Dans Os Descobrimentos Portugueses, Jaime Cortesão situe la date en 1427 et
l’attribue à Diogo Silves, en se référant à l’historien Damião Peres ; c’est cette date
qui a été reprise par Joël Serrão dans le Dicionário De História de Portugal ; on
doit cependant la prendre avec circonspection, car déjà Jaime Cortesão l’avait
accueillie avec des réserves.
3 In Tableau Géographique De l’Ouest Africain au Moyen-Age, d’après les sources
écrites, la Tradition et l’archéologie, par Raymond Mauny, Ifan, Dakar, 1961,
n°61, p. 18 (Introduction).
Dans Império Ultramarino Português, volume I, Henrique Galvão et Carlos
Selvagem soulignent l’importance du franchissement du Cap-Bojador dans la
conquête de la Guinée.
4 Maria Archer, in Roteiro do Mundo Português, Edições Cosmos, Lisboa, Junho de
1940, en reconnaissant le faible niveau de la technique navale des débuts des
découvertes, accorde une certaine importance, cependant, à l’école de sagres dans
les progrès postérieurs, p. 24.
5 In As Navegações Atlânticas no Século XV, par Manuel Fernandes Costa, p. 63 ;
voir aussi Tableau Géographique De l’Ouest Africain au Moyen Age, d’après les
33 Ainsi, après la reconnaissance de la côte qui vit la découverte des
archipels atlantiques les plus proches - Madère et Açores - les
navigateurs portugais s’aventurèrent désormais de plus en plus loin.
C’est au cours d’un de ces voyages qu’Álvaro Fernandes et Nuno
Cristão abordèrent, en 1446, le continent africain sur sa partie
occidentale, précisément le golfe de Guinée ; cet évènement et les
contacts ultérieurs que les Portugais eurent avec cette région ont été
relatés par Gomes Eanes de Azurara dans sa Crónica dos Feitos de
Guiné écrite probablement entre 1452 et 1453, sous la
recommandation de l’Infant D. Henrique, et dont le manuscrit se
trouve conservé à la bibliothèque Nationale de Paris, avec l’indication
de « Códice Parisino » ; il aurait été écrit, soit entre 1473 et 1474, soit
1entre 1481 et 1485 . Ce « Códice Parisino » est la version du premier
volume de la Crónica dos feitos notáveis da Conquista de Guiné.
L’importance stratégique de cette zone africaine était étroitement
liée au contrôle des Iles Canaries ; ce qui devait faire l’objet d’un long
conflit entre les rois de castille et ceux du Portugal.
Selon plusieurs historiens, ce seraient les Portugais qui auraient
edécouvert l’archipel des Canaries au XIV siècle, sous Afonso IV ;
celui-ci en aurait informé le Pape Clément IV dans un document en

Sources Ecrites, la Tradition Et l’Archéologie, par Raymond Mauny, op. cit, p.17
(Introduction). Toujours dans ce sens, Carlos Viegas Gago Coutinho, in Primeiras
Travessias atlânticas publiées dans Academia Portuguesa da História II série
volume II 1949, développe l’idée selon laquelle Vasco Da Gama et Pedro Álvares
Cabral ne naviguaient pas au hasard ; c’est par expérience et avec beaucoup
d’habilité que l’un a découvert le Cap de Bonne Espérance et l’autre le Brésil ; voir
aussi son article : « Dedução técnica da rota que, mais - provavelmente Vasco da
Gama seguiu no Atlântico em 1497 », in Anais da Academia Portuguesa de
História, volume II, série II, Lisboa, 1949.
1 « Acerca da Chamada » Crónica dos feitos de Guiné , de Diogo Eanes de Azurara,
in Revista Portuguesa de História, volume IX, Coimbra, 1960, par Torquato de
Sousa Soares, pp. 287-302 ; voir aussi l’article « De la Première Découverte de la
eGuinée » - Récit par Diogo Gomes (fin XV siècle), in Revista Ocidente, 1960,
volume 58, p. 260-261 où l’on attribue la découverte de cette zone au navigateur
Diogo Gomes ; le titre original est en latin et est intitulé « De Prima Inventione
Gujnee » et fait partie du manuscrit Valentin Fernandes » conservé à Munich, à la
Bayerische Staats bibliotheck (codex Hispanicus 27). La première publication a
été divulguée, d’abord, en 1847, par J. A. Schemeller, érudit allemand dans un
article sur Valentin Fernandes.
Le manuscrit latin ne devait être édité en portugais qu’en 1940, d’abord par
António Baião (O manuscrito Valentin Fernandes), ensuite en 1945 par Vitorino
Magalhães Godinho (in « Documentos sobre a Expansão Portuguesa », volume
II).
34