2727 jours de bonheur

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Un livre qui tourne autour du bonheur : une très belle histoire d’amour passée, croisée avec la découverte d’une île paradisiaque des Canaries.
Un cri intime lancé au temps qui passe, un voyage intérieur à travers le temps qu’il fait.
Le héros a une révélation en explorant les chemins de ce petit bout de terre situé au milieu de l’Atlantique. Ses souvenirs et les sensations ressenties dans ce paysage féerique suscitent en lui de multiples prises de conscience sur sa propre vie et sur les différents plaisirs de l’existence.
Deux coups de foudre, deux histoires entremêlées, une qui a duré une journée, et l’autre 2727 jours...


Publié le : mercredi 5 mars 2014
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EAN13 : 9782332688200
Nombre de pages : 110
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ISBN numérique : 978-2-332-68818-7

 

© Edilivre, 2014

1
Orzola

La mer enseigne aux marins

des rêves que les ports assassinent.

(Bernard Giraudeau)

Espagne, le 19 février 2012.

Venant de la station balnéaire de Playa Blanca, j’arrive pour la première fois dans cette petite ville de pêcheurs portant le nom d’Orzola. Décidemment, l’île de Lanzarote est pleine de surprises lorsqu’on la traverse du sud vers le nord : les volcans autour d’Yaiza, l’authentique ville de Teguise, Guatiza et son superbe jardin de cactus font qu’une telle variété de paysages en une quarantaine de kilomètres relève du miracle.

Mais aujourd’hui, je n’ai qu’un seul but : découvrir l’île de la Graciosa, cachée derrière les montagnes foncées au pied desquelles je me suis arrêté. Je regretterais vraiment de revenir en France sans y avoir séjourné, ne serait-ce qu’une journée. Je ne sais pas tout à fait pourquoi je dois m’y rendre mais, depuis quelques jours, je le ressens comme un besoin irrépressible.

Bien entendu, je me suis un peu renseigné avant ; en France, j’ai glané des informations sur la toile, mais bien peu de données concrètes mis à part quelques photos alléchantes. Ici, je n’ai point trouvé de livres dans les librairies ni dans les boutiques de souvenirs de Punta Limones ; rien non plus à Puerto del Carmen.

Alors, histoire de me faire une idée, je suis monté il y a quelques jours au Mirador del Rio pour l’admirer du plus haut sommet de la région. La vue plongeante sur l’île était magnifique. La semaine dernière, j’en avais aussi aperçu une partie à l’horizon lorsque je surfais dans la belle baie de Caleta de Famara. Légèrement noyée dans la brume et en partie cachée par les montagnes, la Graciosa m’avait intrigué, énigmatique, suscitant déjà en moi les fantasmes les plus romanesques.

Impatient de fouler les pieds de ce petit bout de terre au milieu de l’Atlantique, attiré irrésistiblement par l’aventure et par le fait que je vais y découvrir des paysages somptueux en ne croisant que de rares autochtones, j’ai la conviction que je ne serai pas déçu. De plus, cette île étant méconnue, je serai satisfait d’être une des rares personnes à être allé à sa rencontre. Mais pour l’instant, il n’est que dix heures moins le quart à Orzola et je viens d’acheter mon billet aller-retour. Je suis un peu en avance alors je prends le temps de regarder tout autour de moi le paysage qui m’entoure.

Je suis surpris de ne pas ressentir la douceur des alizés si souvent lue dans mes livres de météorologie. Leurs bienfaits auraient-ils été surestimés ? Aujourd’hui, ils soufflent trop fort et me font grelotter en cette matinée hivernale alors que j’attends le premier bateau de la journée qui me conduira sur l’île.

Pour me réchauffer, je fais les cent pas sur le quai en regardant les bateaux de pêche du port ; je compare les carènes des petites embarcations, tantôt blanches, tantôt ornées de bandes rouges. Je prends le temps d’épier discrètement le travail des pêcheurs, bringuebalés par l’incessant clapot, tout en pensant à la dureté du travail et au courage de ces professionnels de la mer. Je sais que dans cet archipel de Chinijo, les eaux sont parmi les plus poissonneuses du monde. J’admire la constance dans l’effort de ces hommes aux visages burinés par les vents, qui ont choisi un métier si ingrat, surtout qu’ici, leurs moyens semblent bien dérisoires, les chaluts étant interdits dans cette zone protégée. Alors qu’on la voudrait toujours accueillante, chaude et calme comme dans les régions paradisiaques, la mer peut se révéler cruelle, hostile et transformer la moindre croisière en cauchemar. Il ne faut jamais minimiser ses colères qui peuvent balayer des vies en un instant. La bravoure de ses marins est une qualité que j’aimerais trouver chez toutes les personnes qui m’entourent.

Je me rappelle qu’il y a deux ans, assis sur des rochers au nord de Dublin, j’avais pris le temps d’observer les pêcheurs avec attention dans la darse du port de Howth, transis de froid par le vent glacial et pénétrant d’un après-midi de décembre, revenant épuisés sur de gros navires après avoir affronté les célèbres tempêtes de la mer d’Irlande, pour finir leur journée, se noyant dans le whisky servi dans les pubs de cette sinistre ville ressemblant à une prison. Bien que restant quelque peu mystérieuse, Orzola est bien moins austère, même si visiblement peu habituée aux touristes.

A dix heures précises, j’embarque sur le bateau avec quelques autres personnes. Contrairement à eux et malgré la température ambiante, je préfère rester sur l’étage supérieur, à l’air libre, car je redoute le mal de mer qui me gâcherait ce trajet maritime de vingt-cinq minutes. D’ailleurs, à peine le bateau sorti du port, une petite houle secoue déjà la traversée.

*
*       *

Je suis dans un paysage splendide. J’ai toujours essayé de réussir ma vie en choisissant d’y mettre dès que possible du beau et du sublime, comme le préconisait Emmanuel Kant, un des philosophes que je préfère. Adolescent, je m’étais rendu compte que je pouvais y parvenir surtout grâce à la langue des émotions qu’est la musique. Depuis, elle tient plus qu’une place importante dans ma vie, elle fait même partie intégrante de ma personnalité. Elle est ma béquille et une compagnie de tous les instants. En la pratiquant depuis ma tendre enfance, elle s’est imposée à moi en permanence puisque j’ai presque toujours dans la tête des harmonies ou des mélodies, les morceaux pouvant changer brusquement en fonction de mes activités, ou bien se répéter de façon obsessionnelle sans que je puisse avoir le moindre contrôle sur cette activité cérébrale.

En sortant du port, j’entends en moi le début du poème symphonique intitulé La Mer, qui décrit un lever de soleil sur les îles Sanguinaires, et je me dis une fois de plus que Claude Debussy avait tout compris au rythme et au mouvement de l’eau. Il a mis en musique avec majesté et finesse ce que je vis à cet instant précis, à savoir le bruit du vent et la vision des reflets du soleil sur la mer. Sa démarche créatrice montre l’idée d’un phénomène sonore en perpétuel renouvellement, jamais prisonnier d’un carcan, ces idées mélodiques prenant des cheminements à la fois audacieux et évidents, paradoxe qui a fait sa réussite. Son goût pour le rare et le précieux, son insoumission permanente aux doctrines musicales au nom de son propre plaisir, son courage lié à une lucidité que seuls les grands créateurs peuvent posséder, ont fait que sa musique commence là où la parole est impuissante. Elle est écrite pour l’ineffable et m’a toujours été d’un précieux secours.

J’imagine qu’il aurait été heureux ici, même si le paysage ne ressemble pas à la Corse… Et dire qu’il avait hésité entre une carrière de marin et de musicien ! Heureusement pour nous tous, ce grand compositeur français avait choisi l’Art des sons.

*
*       *

L’île est proche à vol d’oiseau mais le bateau doit contourner l’imposante chaîne de hautes falaises noires se terminant par trois rochers isolés dessinant comme un point de suspension, la Punta Fariones, lieu que j’imagine être un véritable sanctuaire pour les amateurs de plongée sous-marine. J’aurais aimé consacrer un peu de temps à l’exploration de cet endroit pendant mon séjour mais je sais que cela ne sera pas possible. Je remets ce projet à plus tard, peut-être dans un an…

Après être passé au large de ce cap, le bateau fait un virage brutal à bâbord pour entrer dans le Rio, ce détroit d’un peu plus d’un kilomètre de large, et j’aperçois enfin une bonne partie de l’île tant convoitée. Elle semble me tendre ses bras, toute généreuse avec sa forme étirée en longueur ; je le prends comme un signe de bienvenue.

Le vent fraîchit tandis que nous longeons à tribord le village de Pedro Barba, puis de longues plages désertes, pour enfin nous approcher du seul port de l’île, rempli de bateaux de tailles diverses aux couleurs chatoyantes. La ville de Caleta del Sebo l’entoure avec ses rangées de maisons toutes blanches, avec en fond, d’admirables anciens volcans aux couleurs variées. Le reste de l’île semble envahi par de grandes étendues sableuses aux formes irrégulières.

La houle aidant, ce que je redoute arrive, à savoir la nausée à cause du tangage. Mais le mal au cœur, j’y suis habitué, je l’ai depuis longtemps déjà…

« Charlotte,

Nous ne nous sommes pas revus depuis quatre ans et demi, et malgré tout le chemin parcouru depuis, je ne peux t’oublier. Sans que je puisse lutter contre, j’ai toujours ta petite voix dans ma tête, j’entends toujours tes mots doux, ceux que tu me disais tous les jours. Tu me rassures lorsque je suis anxieux, tu m’apaises quand je me sens perdu.

En fait, rien n’a changé depuis de ton départ, comme si tu étais partie hier. Tu es toujours mon cœur, mon souffle, ma raison de vivre. Tu ne peux imaginer à quel point tu me manques !… »

2
La Graciosa

La souffrance est une île de certitude

dans un océan d’incertitude.

(Amos Oz)

Je descends du bateau en prenant une respiration profonde. Je ressens un soulagement. A cet instant précis, j’ai l’intime conviction que je ne visiterai pas la « huitième merveille des Canaries » pour rien.

Je suis fasciné par les îles depuis toujours. Durant mon enfance, je passais mes vacances estivales au Dramont, près de Saint-Raphaël. De toute la côte d’Azur, c’est un des endroits que je préfère car la couleur des roches est en toute saison remarquablement attrayante. J’aime ce lieu comme si j’y étais né. En face de moi, je voyais l’île d’Or avec sa tour d’inspiration médiévale, immortalisée par Hergé. Je ne rêvais que d’une seule chose : y habiter, même si elle est minuscule. A l’âge de neuf ans, j’avais entendu dire que cet endroit avait été momentanément un royaume, ce qui avait excité ma curiosité ; j’avais alors imaginé la tête que pouvaient avoir le roi et sa reine, leurs serviteurs, leurs habitudes, le voilier majestueux avec lequel ils avaient accosté ainsi que la vie qu’ils avaient pu mener dans un endroit à la fois aussi exigu et si proche du continent. J’en avais rêvé pendant des jours. J’appris bien plus tard qu’une grande fête avait été organisée lorsque le propriétaire s’autoproclama Auguste 1er, roi de l’île d’Or en 1913. Le jour où je pus enfin échapper au regard de mes parents en allant seul à la nage jusqu’à cet îlot, je fus très déçu d’y être accueilli par une pancarte indiquant « PROPRIETE PRIVEE. DEFENSE D’ENTRER ». J’avais douze ans et je me suis alors dit qu’un jour, je l’achèterais et qu’il n’y avait qu’à attendre le décès des occupants de l’unique maison cachée derrière les immenses roches rouges…

Synonymes de rêve, de liberté et d’évasion, j’ai donc vite compris que les îles symbolisaient l’ailleurs et que « l’autrement » pourrait nourrir mon imaginaire à la perfection. Une fois de plus, ma pratique du piano m’a démontré que bien avant moi, de grands hommes étaient arrivés aux mêmes conclusions. Adulte, je découvris en écoutant des œuvres comme Vers la plage lointaine, Sur les flots lointains ou plus tard Au loin, que Charles Koechlin y avait dépeint en musique aussi bien des silhouettes diffuses s’estompant à l’horizon que des beautés exotiques et paradisiaques inspirées des œuvres de Monet ou de Turner. Décidemment, ce qui semble imprécis et inaccessible éveille ma soif de connaissance et finit par devenir une sorte d’idéal.

Depuis toujours, les hommes adorent ces endroits ou les redoutent, craignant les dangers auxquels ils peuvent avoir à faire face une fois qu’ils se sont donnés tout le mal qu’il faut pour y parvenir en affrontant les caprices des flots et la longueur parfois interminable du voyage. Dans tous les cas, ces lieux ne les laissent point indifférents. Qu’elles soient des écrins de solitude et de pureté, archipels exotiques façon lagons et cocotiers, lieux totalement hostiles à cause des conditions météorologiques, endroits où les êtres humains qui les habitent sont retournés à leur cruauté première, ou simplement des sociétés miniatures, j’aime les îles car les frontières y sont clairement définies par la mer et l’homme ne peut rien contre ça. Je m’y sens plus fort et ma présence me paraît d’emblée comme légitime. La terre n’étant qu’un accident de la mer, je perçois désormais l’océan comme un cocon paternel : il m’entoure, me protège et saura me rappeler à l’ordre si j’essaie de le dominer car il sera alors le seul à décider de mon sort.

Tout est différent sur un continent qui est trop vaste pour en appréhender ses limites et ses règles complexes. Son organisation confuse facilite l’aliénation des hommes et la difficulté de s’y faire une place, j’en suis convaincu depuis fort longtemps.

Une île, c’est aussi le meilleur moyen de voir la mer tout le temps, elle qui me manque tellement lorsque je rentre chez moi...

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