//img.uscri.be/pth/c0a446fa59d8ea724326c13a58baeb5650488a74
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

8 romans Blanche + 1 gratuit (nº1218 à 1221 - mai 2015)

De
1300 pages
8 romans de la collection Blanche en un seul e-book (nº1218 à 1221 – mai 2015) !

Exceptionnel : 1 roman gratuit à retrouver dans cet e-book !


Leur mission : sauver des vies. Leur destin : trouver l’amour. Ils sont médecins avant tout. Ils sont aussi irrésistibles, courageux, charmeurs et sexy. Des héros, des vrais, dont les passions tumultueuses sauront vous faire battre le cœur comme jamais…

Dans les bras du Dr Bishop, de Melanie Milburne
Un rendez-vous à Paris, de Robin Gianna
Leur petit miracle, de Kate Hardy
Une attirance irrésistible, de Meredith Webber
L'audace d'aimer, de Sarah Morgan
Rencontre au Glenmore Hospital, de Sarah Morgan
Un papa pour Jenny, de Amber McKenzie
Passion dans les Caraïbes, de Joanna Neil

BONUS ! 1 roman GRATUIT inclus :
Irrésistibles promesses, d'Emily Forbes
Voir plus Voir moins
couverture
couverture
pagetitre

1.

Ma carte postale, punaisée au tableau d’affichage. Ce fut la première chose que je vis en entrant dans mon bureau de l’hôpital, au retour de ma lune de miel. Enfin… Au retour de ce qui aurait être ma lune de miel. J’avais posé cette semaine de congés plusieurs mois à l’avance. Il n’était pas facile d’obtenir trois semaines de vacances d’une seule traite à St Ignatius — « St Iggy » pour le personnel —, surtout juste avant les fêtes de fin d’année. De nombreuses mamans y travaillaient et je me serais sentie coupable de priver l’une d’elles du concert de Noël de son gamin. D’où ma décision de ne pas revenir de ma « lune de miel » avant la traditionnelle dinde en famille.

Ma carte trônait au centre du tableau. On ne voyait qu’elle. Je l’avais laissée dans ma chambre, au chalet de la station de ski, en Italie, avec les deux autres que j’avais écrites pour mes voisins âgés. Et je m’étais juré de ne pas les poster. Ma mère m’avait suggéré de les rédiger pour me libérer des énergies négatives. Un employé perfectionniste avait dû tomber dessus et cru bien faire en les postant.

Si j’avais retourné cette fichue carte, j’aurais pu lire les mensonges que j’y avais tracés en sirotant un cocktail en solitaire. J’en étais peut-être au deuxième verre, en fait. Pour être honnête, je crois même que c’était le troisième. Tout se passe super bien ! Je m’amuse comme une folle !

Avec le recul et une froide objectivité, je voyais clairement tous les signaux d’alarme, les drapeaux rouges que, sur le moment, je n’avais pas vus. Et bien sûr, comme souvent, tout le monde avait compris, sauf moi : ma mère, mon père… Quant à Jem, ma sœur, elle avait catalogué Andy dès la première rencontre : pour elle, c’était un crétin. Point final.

Je suppose que, au bout du compte, ils avaient raison.

* * *

L’occasion de faire disparaître ma carte postale me passa sous le nez quand Jill, la réceptionniste, arriva derrière moi avec deux internes.

— Et voici notre jeune mariée rougissante !

Rougissante, ça oui, je l’étais. Devant ces trois visages réjouis, je n’eus ni le cœur ni le courage d’avouer qu’il n’y avait pas eu de mariage. Avec un sourire forcé, j’ai prétexté un patient âgé à aller voir et je me suis lâchement défilée. Je n’étais au St Iggy que depuis dix mois, et mes relations avec l’équipe étaient encore trop superficielles pour que je raconte mes problèmes à qui que ce soit. Pourtant, l’une des infirmières des soins intensifs, Gracie McCurcher, était vraiment très sympathique.

Quant aux réseaux sociaux, j’avais fermé ma page profil depuis deux ans, après que quelqu’un s’était introduit sur mon compte et avait utilisé ma photo sur un site pornographique. Essayez d’expliquer ça à vos collègues, en particulier masculins…

Mon village natal, dans le Yorkshire, était suffisamment loin de Londres pour que je ne me sente pas obligée de claironner partout que j’avais été « larguée » la veille de mon mariage. Ne rien dire n’était pas très courageux de ma part, mais j’essayais encore de me faire à l’idée que j’étais de nouveau célibataire. En dépit de mon éducation non conformiste, j’ai des principes assez conservateurs, et je n’avais donc jamais emménagé avec Andy, mais nous étions en couple depuis cinq ans et demi.

Evidemment, la question se posait : comment avais-je pu ignorer, pendant tout ce temps, qu’il ne m’aimait pas ? A vrai dire, je ne le savais pas vraiment moi-même. Je l’aimais, et j’imaginais donc que cet amour était payé de retour. C’était un raisonnement plutôt naïf, mais sans doute était-ce ma nature. D’un autre côté, peut-être me doutais-je, sans vouloir l’admettre, qu’il était avec moi en attendant de trouver mieux ?

Toujours est-il qu’en ce matin de janvier froid et lugubre, j’étais devant le lit de M. Simmons, un vieux patient que je connaissais bien et que la vie quittait lentement. Il y avait quelque chose d’incroyablement sacré à voir quelqu’un mourir. Bien sûr, ce n’était pas toujours paisible. Certains luttaient, tentaient de résister ; sans doute ne se sentaient-ils pas prêts à quitter ceux qu’ils aimaient. D’autres s’en allaient avec un simple soupir au moment précis où leurs proches arrivaient, comme s’ils avaient attendu cet instant, ce dernier regard, cet ultime contact, pour lâcher enfin prise. J’avais assisté à tant de départs pour l’autre monde… Mais c’était inévitable pour qui travaille aux soins intensifs. Tous les patients n’en ressortaient pas le sourire aux lèvres.

Tous les patients n’en ressortaient pas — tout simplement.

Lorsque c’était une personne âgée, comme M. Simmons, je pouvais le supporter. De même s’il s’agissait d’un adulte qui avait vécu une vie pleine et heureuse, et qui était jusqu’à ses derniers instants entouré de ceux qu’il aimait. Mais lorsque c’étaient des enfants, et surtout des bébés, j’avais beaucoup de mal à prendre le recul nécessaire. Il était si injuste qu’ils n’aient pas la chance de vivre leur vie, et même de la gâcher, comme j’avais gâché la mienne.

Les petits-enfants et arrière-petits-enfants de M. Simmons étaient venus lui faire leurs adieux la veille au soir. Sa femme était morte deux ans plus tôt, aussi seuls son fils et sa fille étaient-ils à cet instant près de lui. Ils l’embrassaient sur le front, caressaient sa main parcheminée et contenaient difficilement leurs larmes devant cette longue vie qui s’achevait.

Le service des soins intensifs était un endroit où l’on mourait couramment, et c’était la raison pour laquelle j’avais dû me battre pour que la direction m’accorde un endroit tranquille où les proches pouvaient désormais passer une heure ou plus avec le malade sans être constamment dérangés. J’avais même obtenu l’installation de bougies électriques ainsi qu’un diffuseur de parfum très discret qui parvenait à faire oublier les odeurs d’antiseptiques.

Evidemment, pendant mon absence, ces détails avaient été quelque peu négligés, mais j’étais de retour et bien décidée à finaliser la mise en place de mes méthodes pour lutter contre le stress. Je voulais démontrer qu’un aménagement adéquat de l’environnement dans lequel la famille vivait la maladie ou la mort d’un des siens en soins intensifs pouvait réduire de façon significative les coûts pour l’hôpital — moins de demandes d’assistance psychologique, moins de litiges et par conséquent moins de frais, et moins de congés pour cause de stress pour le personnel du service. J’avais l’intention de présenter ce projet à la prochaine réunion administrative, tant j’étais certaine de pouvoir prouver que tout le service bénéficierait de cette baisse de stress — les patients, bien sûr, mais aussi les membres de l’équipe.

Laissant la famille de M. Simmons, je refermai doucement la porte — eh oui, parce qu’une vraie porte avait remplacé le rideau — et retournai dans la salle vitrée où les chefs de clinique et les internes étaient briefés par l’un des médecins. Je n’avais pas encore rencontré le nouveau directeur. Il était arrivé le lendemain de mon départ.

Pour l’instant, je ne le voyais que de dos. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait du Pr Rasar — un pessimiste notoire que nous avions baptisé entre nous « professeur Rasoir » — mais, en me rapprochant, je vis que c’était quelqu’un de bien plus jeune. Un homme aux épaules carrées, et grand. Très grand. Il dépassait même Mark Jones, l’interne, ce qui n’était pas peu dire.

Quelqu’un lui indiqua sans doute mon arrivée car il se retourna soudain et nos yeux se croisèrent. Les petits cheveux, sur ma nuque, se dressèrent comme sous l’effet d’un choc électrique. Jamais je n’avais vu un regard gris-bleu aussi intense. Aussi perçant, intelligent et incisif. Il m’observait avec une franche curiosité, et son intérêt non dissimulé était totalement troublant.

— Docteur Clark ? Beatrix Clark ?

— Bertie, dis-je avec un sourire un peu forcé. C’est plus simple que Beatrix.

Il me regardait comme si j’étais une curiosité. Etait-ce à cause de mes cheveux châtains que je ne peux pas laisser libres lorsque je travaille ? Ils sont mi-longs, bouclés, et totalement indisciplinés. Ce jour-là, je les avais relevés en deux mini-chignons de chaque côté de ma tête, comme deux oreilles de nounours. A moins que ce ne fût ma tenue. Pour moi, pas de tunique blanche ni de pyjama chirurgical, sauf pendant les opérations, naturellement. J’aime les couleurs. Elles ont un effet très bénéfique sur l’humeur des patients, surtout chez les enfants. En ce matin d’hiver tristement dominé par les bruns et les gris, je portais un jean cigarette rose et un pull vert prairie orné de grenouilles bleues.

Les yeux de mon nouveau chef s’arrêtèrent deux secondes sur les adorables petites rainettes avant de croiser de nouveau mon regard. Quelque chose se ferma alors en lui, comme s’il tirait un rideau. Je n’aurais pas été plus mortifiée si j’avais été en string…

Enfin, il se présenta.

— Matt Bishop, dit-il d’une voix grave et d’un ton autoritaire. Pourrions-nous nous voir cinq minutes dans mon bureau ?

Il s’éloigna dans le couloir sans m’attendre, comme si je n’étais qu’une étudiante de première année. Pour qui se prenait-il, celui-là ? En tant qu’anesthésiste, j’étais aussi qualifiée que lui. Enfin, presque.

— Tu ferais mieux de ne pas le faire attendre, Bertie, me conseilla Jill, la secrétaire du service. C’est un maniaque de la ponctualité. Alex Kingston s’est déjà fait remonter les bretelles parce qu’il est arrivé deux minutes en retard pour les visites du service.

Gracie, qui avait assisté à notre échange, soupira.

— Il va nous faire regretter Jeffrey.

Jeffrey Hopper, notre ex-directeur, avait pris sa retraite juste une semaine avant que je ne parte pour… mes vacances. C’était le spécialiste des soins intensifs le plus gentil et le plus encourageant que j’avais jamais rencontré. Bien sûr, il savait aussi se montrer ferme mais chacun, ici, savait que ses emportements n’étaient qu’une façade.

— C’est bien le problème, justement, dit Jill. Jeffrey n’avait pas l’autorité nécessaire pour diriger ce service. Les dépenses ont explosé et c’est le Dr Bishop qui va devoir tout reprendre en main. Franchement, je ne voudrais pas être à sa place. Il ne va pas se faire que des amis, c’est sûr. C’est vraiment un rôle très ingrat.

Comme toujours en situation de stress, je me mordis l’intérieur de la joue. Pour quelqu’un dont le projet de recherche portait sur la réduction du stress, c’était assez malvenu… J’étais censée être l’image même de la sérénité. En vérité, j’étais comme les canards qui barbotaient sur la Serpentine, dans Hyde Park ; ils donnaient l’impression de flotter sans le moindre effort alors que, en réalité, ils pagayaient comme des fous avec leurs pattes palmées sous l’eau.

— Garde tes photos pour plus tard, quand on aura fini la journée, dit Gracie.

Mes photos ? Oh ! bien sûr. Je me forçai à sourire ; tous les yeux étaient braqués sur moi. Ç’aurait sans doute été l’occasion de leur révéler la vérité. D’avouer qu’il n’y aurait pas de photos pour la bonne raison qu’il n’y avait pas eu de mariage. Mais le courage me manqua.

— Bonne idée, répondis-je en m’enfuyant vers le bureau du nouveau patron.

Je frappai à la porte entrouverte.

— Entrez.

En m’avançant dans la pièce, je découvris qu’elle avait été complètement transformée. Plus de notes, de post-it, de rapports budgétaires empilés sur le bureau. Pas de photos de famille non plus. Et pas davantage de gobelets de café froid à moitié vides, de miettes de cookies, de bonbons colorés pour les jeunes patients. L’endroit, vidé de tout ce qui l’avait rendu accueillant, était désormais aussi stérile et froid que l’homme assis dans le fauteuil.

— Fermez la porte.

Je m’immobilisai, la tête légèrement inclinée. J’avais peut-être eu une éducation un peu originale, mais mes parents m’avaient tout de même enseigné le b.a.-ba de la politesse.

— S’il vous plaît, fit-il, une très fugace lueur amusée dans les yeux.

Premier round pour moi, me dis-je.

Je refermai donc la porte et m’avançai vers lui. Non sans nervosité. J’avais l’impression de pénétrer dans une zone interdite contrôlée par d’invisibles radars.

La bouche ferme de Matt Bishop donnait l’impression de ne jamais avoir appris à sourire, sa mâchoire rigide semblait fâchée avec toute notion de flexibilité et son teint, bien que mat, laissait à penser qu’il n’avait pas vu le soleil depuis un moment. Ses cheveux, coupés très court, étaient épais et d’un brun riche, ses joues rasées de frais, et je respirai une très fraîche et très subtile odeur de lemongrass.

Il avait ôté la veste de son costume et remonté les manches de sa chemise blanche impeccablement repassée. Il portait une cravate noir et argent, et un pantalon anthracite au pli irréprochable. Ses mains étaient longues, très fines, avec des ongles courts et nets, contrairement aux miens, de nouveau à demi rongés — contrecoup des deux semaines qui venaient de s’écouler.

Je m’arrangeai pour dissimuler mes mains et m’assis face à lui sans attendre d’y être invitée. Pas question de me prêter au jeu du maître convoquant l’élève qu’il voulait manifestement m’imposer.

Son regard impassible rencontra le mien.

— Je crois que des félicitations s’imposent, on m’a dit que vous veniez de vous marier.

— Euh… Merci.

Que dire d’autre ? Que j’avais trouvé mon fiancé dans le lit de la sœur de la demoiselle d’honneur la veille du mariage ? Pas question. Pas à lui en tout cas. Je ne l’avouerais que lorsque cela s’avérerait inévitable, ce qui n’était pas le cas dans l’immédiat.

Le silence s’étira. J’avais l’impression qu’il attendait que je le rompe, mais pour dire quoi ? Finalement, il prit la parole.

— Vous vous sentez bien ? demanda-t-il.

— Très bien, oui, répondis-je.

— Harrison Redding, le directeur général, m’a informé que vous prépariez un projet pour réduire les effets, et les frais, du stress.

— En effet.

Ouf. Là, au moins, j’étais en terrain sûr. Et je pouvais en parler des heures. Je me lançai.

— Je cherche des moyens de réduire le stress des patients, de leurs proches et du personnel, lors des admissions aux soins intensifs, et en particulier lorsqu’il s’agit d’un cas désespéré. Le stress est un fardeau coûteux pour le service. Certains membres du personnel doivent prendre des semaines, si ce n’est pas des mois, de congé maladie quand ils y sont trop exposés. Il arrive même que les patients intentent des procès injustifiés — et dramatiques pour les carrières du personnel — lorsqu’ils se sentent négligés ou qu’ils estiment les soins insuffisants. Mon but est donc de démontrer qu’avec l’aide de différentes méthodes de réduction du stress et d’approches concrètes, comme des huiles essentielles, des musiques douces et autres améliorations de l’environnement, il est tout à fait possible de diminuer les coûts pour l’hôpital. Mon projet aidera à la fois le personnel, les patients et les familles à mieux accepter la situation, à mieux y faire face.

Je me tus et attendis sa réponse, qui ne vint qu’après une bonne vingtaine d’éprouvantes secondes.

— Vous avez l’accord du comité d’éthique ?

— Naturellement.

J’essayai de déchiffrer son expression mais il aurait aussi bien pu être en plein tournoi de poker.

— Votre projet me pose quelques problèmes, dit-il enfin.

Le ventre noué, j’attendis la suite.

— Je ne suis pas certain que ce service a les moyens de s’offrir l’espace qui vous a été promis. Si je comprends bien, le Dr Hooper vous allouait la salle au bout du couloir ?

— Oui, mais le directeur général m’a aussi…

— Et la pièce qui jouxte la salle réservée aux proches ?

— En effet, car je pense qu’il est important d’offrir aux gens le choix de…