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8 romans Blanche + 1 gratuit (nº1298 à 1301 - janvier 2017)

De
1152 pages
Intégrale 8 romans Blanche : tous les titres Blanche de janvier 2017 en un seul clic !

Leur mission : sauver des vies. Leur destin : trouver l’amour
Ils sont médecins avant tout. Ils sont aussi irrésistibles, courageux, charmeurs et sexy. Bref, des héros, des vrais, dont les passions tumultueuses sauront vous faire battre le cœur comme jamais.


Un défi à relever, Wendy S. Marcus
Une bouleversante promesse, Wendy S. Marcus
Un bébé dans leur vie, Emily Forbes
L'inconnu de l'Indian Pacific, Amy Andrews
Sept jours pour s'aimer, Louisa Heaton
Le trouble d'une infirmière, Janice Lynn
Cette nuit inoubliable, Judy Duarte - réédité
Un patient impossible, Judy Duarte - réédité

BONUS ! 1 roman GRATUIT inclus :
Une surprenante passion, Meredith Webber - réédité
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Couverture : Roxanne Rustand, Un patient impossible, Harlequin
Couverture : Wendy S. Marcus, Une bouleversante promesse, Harlequin
Page de titre : Wendy S. Marcus, Un défi à relever, Harlequin

1.

Kira Peniglatt ferma les yeux en soupirant tandis qu’un correspondant furieux lui hurlait dans l’oreille au téléphone, la bombardant d’exigences déraisonnables.

— Je veux parler au responsable !

— Je suis la responsable, répondit-elle. Je suis la directrice de gestion des dossiers chez Votre Santé Nous Concerne.

Elle n’avait pas fini de parler qu’elle regretta sa formulation.

En parlant avec un client mécontent, il fallait se rappeler de toujours utiliser le sigle VSNC.

— « Votre santé nous concerne », répéta le mari de Mme Limone en imitant sa voix. C’est une plaisanterie ?

Si elle avait reçu un dollar chaque fois qu’elle avait entendu ce genre de propos au cours des cinq dernières années, elle serait riche aujourd’hui et aurait pris sa retraite à trente ans dans un endroit de rêve, loin de la pollution de New York, de ce poste qu’elle détestait, de son grippe-sou de patron et des appels téléphoniques stressants de clients en colère. Tout cela ne serait plus qu’un lointain et déplaisant souvenir.

— Vous ne semblez pas du tout concernée par la santé de ma femme ! déclara son interlocuteur. Ou alors, vous m’enverriez quelqu’un pour m’aider à m’occuper d’elle. Je ne peux pas m’en charger seul. En trois jours, je me suis cassé le dos à la lever, mes genoux ont doublé de volume à force de me pencher, et mes hanches me brûlent de monter et descendre l’escalier à longueur de journée.

Elle jeta un coup d’œil à l’écran de son ordinateur affichant le dossier de l’épouse :

Diagnostic primaire : accident vasculaire cérébral avec hémiparésie résiduelle du côté droit et aphasie. Diagnostics secondaires : hypertension, ostéoporose, hypothyroïdie.

En retirant sa femme contre avis médical du centre de rééducation où elle avait passé huit jours au lieu de l’y laisser un mois, il avait assumé l’entière responsabilité de ses soins. Il avait sous-estimé l’importance de cette tâche, en dépit des mises en garde de l’employé chargé du dossier, de l’assistante sociale, de l’infirmière chef, du kinésithérapeute et de l’ergothérapeute de la patiente. Avant son attaque, la patiente avait rempli une procuration désignant son mari comme son représentant légal et lui donnant tout pouvoir pour décider à sa place si son médecin l’en jugeait incapable, ce qui était le cas en l’occurrence. L’hôpital n’avait rien pu faire.

« Vous vous êtes mis tout seul dans ce pétrin, alors débrouillez-vous, espèce de vieil entêté ! », eut-elle envie de lui assener. Mais elle s’était toujours enorgueillie de son professionnalisme, quelles que soient les circonstances.

— Monsieur Limone, votre épouse n’était pas prête à rentrer chez elle. L’expérience a prouvé que, après une attaque, les patients qui suivent une rééducation intensive en centre spécialisé avant de regagner leur domicile montrent une amélioration nettement supérieure aux autres.

— Elle n’était pas bien là-bas, mademoiselle Peniglatt. Elle piquait une crise quand on venait la chercher pour ses soins. Elle ne voulait plus manger ni boire, expliqua le vieil homme, visiblement très attaché à son épouse. On menaçait de lui introduire une sonde dans l’estomac pour la nourrir. On ne voulait pas de ça. Elle répétait sans cesse « maison » en serrant ma main. Alors, je l’ai ramenée chez nous.

Le cœur de Kira se serra de compassion.

Mais que faire ?

— Votre contrat d’assurance santé ne prévoit pas la prise en charge d’une aide médicale à domicile vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

— Qui parle de vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? La voisine d’en face a obtenu une assistance pour sa mère six heures par jour, sept jours par semaine, et elle est loin d’en avoir autant besoin que ma Daisy !

— Avez-vous de la famille…

— Mes garçons ne vivent pas dans la région, et ils sont très pris. Ils ont leur propre vie.

Kira retint un soupir.

On doit prendre soin de sa famille. Elle savait ça depuis toute petite, et elle l’avait toujours fait, aussi loin qu’elle s’en souvienne.

— Vous n’avez pas une autre assurance que nous pourrions exploiter ?

— Non. Nous n’avons que Votre Santé Nous Concerne. Et vous devez faire ce que vous promettez dans vos brochures et être là quand on a besoin de vous. Et on a besoin de vous !

Les promesses du marketing entraînaient inévitablement des attentes irréalistes des patients, c’était normal.

— Pouvez-vous vous offrir une assistance privée ? Je pourrais…

— Pourquoi devrais-je débourser de l’argent pour ça alors que je vous verse des cotisations chaque mois depuis des années ?

— Monsieur Limone, votre couverture médicale ne comprend pas les soins tels que la toilette et l’habillage fournis par les aides privées, expliqua Kira en s’efforçant de garder son calme. Avez-vous une amie ou une voisine ? Avez-vous posé la question à votre entourage ? Peut-être…

— Confortablement assise dans votre beau bureau à chercher comment ne pas payer les services que vous devez assurer, vous comptez les énormes bénéfices que vous amassez en refusant d’aider ceux qui en ont besoin, et vous partagez avec vos collègues l’économie réalisée sous forme de gros chèques de fin d’année ! Vous n’êtes que des voleurs ! Comment arrivez-vous à dormir la nuit ?

Elle inspira, souffla.

Ne pas se laisser atteindre par ces paroles. Elle faisait de son mieux. Elle dormait bien la nuit.

Non, elle ne dormait pas bien.

— Monsieur Limone, comme je vous l’ai expliqué, votre régime d’assurance santé Medicare HMO ne couvre pas les actes comme la toilette, mais uniquement les soins spécialisés réalisés par du personnel médical lié par contrat à HMO, et pour une durée limitée. Nous avons passé contrat avec un service de santé à domicile agréé par Medicare dans votre secteur.

En quelques clics, elle fit apparaître le contrat d’assurance santé de Mme Limone sur son écran.

— Une infirmière est venue chez vous évaluer les besoins de votre épouse. Elle a élaboré un programme de soins incluant les visites d’un kinésithérapeute, d’un ergothérapeute et d’un orthophoniste. Ce programme a été approuvé par le médecin de votre femme.

— Pas par moi ! hurla M. Limone. Cette infirmière a tout décidé en moins d’un quart d’heure. Elle a dit que Daisy n’avait pas droit à une aide. Comment est-ce possible ? Elle ne peut pas se lever du lit, ni manger, ni s’habiller seule. Et depuis la visite de l’infirmière, personne n’est venu. Elle ne répond même pas à mes appels. Vous devez venir ici voir par vous-même à quoi je suis confronté. Je peux envoyer quelqu’un vous chercher.

C’était curieux qu’aucune aide à domicile n’ait été recommandée, compte tenu des nombreux services spécialisés requis…

— Mon bureau est situé à quatre bonnes heures de votre domicile, et je suis responsable de la gestion de quatre cent trente-sept dossiers de patients à ce jour. Ce n’est pas parce que je ne viens pas voir votre épouse que je me désintéresse de votre situation ni que j’ignore ce qu’il se passe chez vous. Nous travaillons en collaboration avec le médecin de votre épouse, et nous passons contrat avec le personnel médical de votre circonscription pour déterminer les besoins des patients en soins à domicile. Si vous jugez que l’état de santé de votre femme s’est dégradé depuis la visite de l’infirmière il y a trois jours, ou si vous ne voulez ou ne pouvez plus vous occuper d’elle à domicile, vous devez appeler immédiatement le 911 et la faire transférer…

— Votre patron, coupa-t-il. Passez-moi votre patron !

Elle se fit violence pour ne pas s’esclaffer.

Son nouveau patron — qui lui avait fait prendre son travail en grippe — se moquait bien des soins des patients et de la satisfaction des clients, ce qui expliquait les conflits épuisants qui l’opposaient à lui depuis des mois.

De toutes ses qualifications — maîtrise de soins paramédicaux, maîtrise d’administration des affaires et agrément de gestion sociale —, c’était son diplôme d’infirmière qui comptait le plus pour Kira. Les patients passaient toujours en priorité pour elle, et elle devait parfois user de créativité pour leur permettre de rester à leur domicile en toute sécurité. Elle entendait déjà la voix tonitruante de son directeur quand il apprendrait qu’elle avait décidé de rembourser les frais de transport d’une aide à domicile vers une zone difficile d’accès.

« Indiquer les raisons, maîtriser les coûts, couper les dépenses, budget, fond du problème, bla-bla-bla… »

Les gestionnaires de dossiers jonglaient entre leur employeur, leur compassion pour les patients et la comptabilité fiscale. Un travail rendu de plus en plus difficile par des mesures draconiennes et les contraintes financières.

— Je rends compte au directeur général. Il ne prend pas les appels des clients. Mais il existe une procédure d’appel que mon assistante se fera un plaisir de vous exposer. Ou, si vous estimez avoir été traité de façon non professionnelle par moi-même ou mes subordonnés, vous pouvez déposer plainte. Là encore, elle vous expliquera la procédure à suivre. Je vous la passe immédiatement.

Sans attendre sa réponse, elle transféra l’appel. Puis, s’adossant à sa chaise, elle prit une inspiration et compta jusqu’à dix.

Elle arrivait à sept quand la porte du bureau s’ouvrit devant Connie, son assistante.

Ses courts cheveux noirs hérissés de gel, elle portait un chemisier rouge et une jupe noire qui épousaient ses formes généreuses, avec des bottines noires sexy et des chaînes en argent. Son joli visage rond était clairement désapprobateur.

— C’était mesquin, dit-elle en croisant les bras sous sa poitrine opulente.

— Tu n’as pas eu le temps de remplir le questionnaire de plainte ou d’appel de M. Limone en si peu de temps, remarqua Kira.

— Je l’ai mis en attente pour régler mes comptes avec toi.

De petite taille, Connie était débordante d’énergie, et aussi divertissante qu’efficace. Kira ne savait pas ce qu’elle ferait sans elle.

— Je me rachèterai ce soir. La tournée sera pour moi.

— Bon, répondit Connie en se déridant. Après la semaine que tu viens de passer, on a bien mérité de picoler un peu.

Les rares fois où elles avaient réussi à aller boire un verre au cours des six derniers mois, Connie s’était soûlée. Kira, toujours responsable, l’avait ramenée chez elle. Sa sœur, Krissy, étant là pour une fois, elle pourrait lui confier leur mère toute la nuit.

Toute une nuit à faire ce qu’elle voulait ! A dormir sans être réveillée, sans sursauter au moindre bruit, inquiète à l’idée que sa mère pouvait vouloir se lever seule et tomber du lit…

— Ta coloc est d’accord pour que je squatte ton canapé ce soir ? demanda-t-elle.

— Elle est d’accord, répondit Connie. Mais, ma chérie, si j’ai mon mot à dire, tu n’auras pas besoin de dormir sur mon canapé, reprit-elle avec un clin d’œil.

— Mais bien sûr ! C’est tout à fait mon genre de passer la nuit avec le premier venu…

Le téléphone de Connie sonna.

— Je suis venue te dire que j’ai le fils de M. Limone en ligne. J’espère que tu apprécies que je me sois déplacée en personne pour t’avertir au lieu de te passer la communication, mmm ?

— Tu es la meilleure assistante du monde, répondit Kira avec un coup d’œil à la pendule. Il n’est même pas encore midi. Cette journée finira-t-elle un jour ?

— Tu veux que je lui dise que tu es occupée ?

Kira secoua la tête.

— Rends-moi un service, dit-elle comme Connie s’apprêtait à regagner son bureau.

— Tout ce que tu voudras, rétorqua Connie en souriant. Légal ou illégal, je suis ton homme !

— Prépare-moi un déca, s’il te plaît, dit Kira en riant.

— Avec une goutte de Bailey’s ? J’ai peut-être dans un tiroir de mon bureau une bouteille qu’on m’a offerte pour Noël et que j’ai oublié de rapporter chez moi, répliqua innocemment Connie.

Kira lui montra la porte.

— Arrête de me mettre des pensées non professionnelles dans la tête et passe-moi cet appel… Et quand tu auras fini avec M. Limone senior, veux-tu appeler Myra Douglas, des Services de santé à domicile ? Le bureau de soins à domicile qu’elle préfère dans la circonscription de Guilderford Ouest se trouve au nord de l’Etat de New York, là où vit Daisy Limone. Demande-lui pourquoi on n’a prévu aucune aide à domicile dans le contrat d’assurance santé de Daisy. Même quelques heures plusieurs fois par semaine, ce serait mieux que rien du tout.

— A vos ordres, patronne, répondit Connie avec un salut militaire avant de refermer la porte derrière elle.

Quelques secondes plus tard, le téléphone de Kira sonna.

Prenant une profonde inspiration — M. Limone junior étant encore plus odieux que son père —, elle décrocha.

— Bonjour, monsieur Limone. Je viens d’avoir votre père au téléphone. Je tiens d’abord à vous prévenir que si vous me menacez ou m’injuriez, je raccroche immédiatement. A présent, que puis-je faire pour vous ?

— Docteur, dit-il.

— Je vous demande pardon ?

— Docteur Limone. Je suis son autre fils.

Doux Jésus, il y en avait deux…

— Trois, corrigea-t-il d’une voix grave teintée d’humour.

Oups. Elle avait dû parler à voix haute.

Connie choisit cet instant pour lui apporter son café.

— En quoi puis-je vous être utile, docteur Limone ? demanda-t-elle après en avoir pris une gorgée, en remerciant son assistante d’un sourire.

— J’appelle pour vous présenter des excuses au nom de ma famille. Notre père peut être… difficile.

Et son frère donc !

— Mais c’est notre père. Il a cumulé trois emplois pour que ses trois enfants aient un toit et aillent tous à l’université. Pendant qu’il travaillait, ma mère gérait la maison, les finances et ses fils. Et ça a marché pendant cinquante-quatre ans. Depuis l’attaque de maman, papa s’efforce de s’adapter, mais il n’aime pas beaucoup le changement.

Comme la majorité des gens.

— Vous savez que la loi sur l’assurance santé ne m’autorise pas à discuter des soins de Mme Limone sans une autorisation signée, observa Kira.

— Je vous en prie. Entre professionnels…

Elle avait parfois cédé à ce genre de requête, s’entendant tacitement avec des professionnels de santé pour assouplir les règles strictes de confidentialité pour des collègues. Mais comme son patron n’arrêtait pas de lui causer des problèmes et qu’il y avait un avocat dans la famille Limone, elle préférait cette fois suivre la procédure à la lettre.

— Je regrette, monsieur Limone. Apportez-moi une dispense nominative signée par votre père, représentant légal de votre mère, me donnant l’autorisation de discuter avec vous de l’état et du traitement de votre mère, et je serai ravie de m’entretenir avec vous.

— Vous cherchez juste à me dissuader.

— Je me contente de suivre la procédure, qui exige une dispense du ministère de la Santé désignant la personne à qui mon personnel et moi pouvons parler d’un patient spécifique, hormis le patient lui-même et son médecin. En tant que praticien, vous devriez être familiarisé avec les lois sur la santé, docteur Limone, conclut-elle d’un ton acide.

— Son contrat d’assurance santé est inadapté ! cria-t-il.

Si la patiente était restée au centre de rééducation, elle aurait bénéficié des soins et de la surveillance dont elle avait besoin vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

— Je ne peux pas en discuter avec vous.

— Expliquez-moi juste pourquoi aucune aide médicale à domicile n’a été prévue. Et pourquoi la thérapie n’a pas encore commencé ?

Elle enquêterait là-dessus dès que possible.

— Je ne peux pas en parler avec vous.

— Bon sang de bonsoir !

— Fournissez-moi une dispense signée.

— Et comment diable me suggérez-vous de procéder ? Même en travaillant quatre-vingts heures par semaine, je n’arrive pas à tout faire. J’habite à trois heures de chez mes parents. Ils n’ont ni fax, ni scanner, ni e-mail.

— Vous êtes diplômé de médecine, vous êtes un homme intelligent. Je suis sûre que vous trouverez une solution.

Le Dr Limone frappa violemment quelque chose, et le bruit résonna à l’oreille de Kira.

— Vous n’avez pas idée à quel point c’est compliqué ! hurla-t-il avec frustration.

Oh si, elle le savait. D’un point de vue professionnel et par expérience personnelle.

Il soupira.

— Je suis inquiet pour mon père, avoua-t-il d’une voix épuisée. Il n’est pas en bonne santé. Et je redoute que ma mère ne fasse une chute et se blesse, parce qu’ils n’ont pas l’aide dont ils ont besoin à la maison.

— Je comprends vos préoccupations. D’après ce que je sais, vous avez toutes les raisons d’être soucieux.

— Mais vous ne faites rien pour garantir la sécurité de ma mère !

— Ce cas a été porté à mon attention seulement hier après-midi.

— Ma mère n’est pas un cas, mademoiselle Peniglatt. C’est une femme aimante, douce et gentille, qui gît impuissante dans son lit sans personne pour s’occuper d’elle excepté mon père âgé, parce que vous ne voulez pas lui accorder l’assistance médicale à laquelle elle a droit !

Kira était à deux doigts de perdre son sang-froid.

— Ce n’est pas à Medicare ni à VSNC, le régime d’assurance maladie de votre mère, de lui fournir une aide à domicile vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On doit prendre soin de sa famille, docteur Limone.

C’est pourquoi elle-même avait besoin d’un salaire élevé, pourquoi elle avait rarement un moment à elle. « On prend soin de sa famille. » Ce principe avait toujours guidé la vie de sa mère. Alors, quand elle avait eu besoin qu’on s’occupe d’elle, Kira s’était empressée de répondre présente. Il n’était pas facile d’être la seule personne fiable sur laquelle sa mère dépendante pouvait compter. Et elle n’avait guère d’indulgence pour les proches d’un malade qui refusaient de s’investir.

— Si vous et vos frères êtes aussi inquiets pour vos parents, vous devriez passer moins de temps en menaces et en récriminations et les aider vous-mêmes.

Elle avait dépassé les bornes, elle le savait. Mais elle avait atteint ses propres limites.

Le Dr Limone aussi, apparemment, car il lui raccrocha au nez. C’était peut-être puéril, mais elle en fit autant.

La porte de son bureau s’ouvrit, et Connie apparut.

— Tu vas bien ?

Non, elle n’allait pas bien. Elle ne se laissait pas aisément ébranler par les clients. Mais ce type, son frère, son père… C’était trop !