À bientôt mes amours

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Ava, trentenaire paumée, est enfermée dans un hôpital psychiatrique. Elle ne sait plus où sont ses enfants, passe son temps droguée par les médicaments ou en isolement. Jusqu'au jour où un mystérieux inconnu entre dans sa vie. Grâce à lui, et à un humour décapant, elle va tenter de retrouver ses souvenirs et reprendre une vie normale. Au milieu de coups bas entre résidents, de séances d'électrochocs musclées, et de la douloureuse réalité, il lui faudra du courage pour continuer son chemin vers la guérison. Pourra-t-elle s'extirper de sa condition ? Sa volonté sera-t-elle suffisante pour la faire revivre ?
Publié le : mardi 19 janvier 2016
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EAN13 : 9791026203636
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Albine Tangre

À bientôt mes amours

 


 

© Albine Tangre, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0363-6

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A mes deux petits chéris, sans qui je ne serais rien aujourd’hui.

 

 

« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. »

 

Friedrich Nietzsche

 

1. Un homme dans sa vie

 

Lundi 23 juin

 

Comme on dit, cher journal,

Je suis Ava, j’ai trente-deux ans, et je suis une maman normale. Enfin, normale, pas tout à fait. Car je suis une maman sans enfant. Cela dure depuis cinq ans. Mais ce n'est pas ça que je veux raconter aujourd'hui.

 

J'ai rencontré un homme il y a quelques jours. Et je pense que je l'aime bien. Lorsque je l'ai vu pour la première fois, j'étais attachée et enfermée.

 

Et ce n'était pas vraiment de ma faute, en plus. C'est Claudia qui m'avait cherchée. On était à table et je mangeais tranquillement. Cette folle m'a chapardé mon pain sans raison. Elle ne voulait pas me le rendre. Alors, j'ai pris la fourchette de mon voisin (moi j'y ai pas droit. Il paraît que ça pourrait être dangereux !). Et je lui ai plantée dans sa sale petite main de voleuse. Elle a lâché mon bout de pain, mais j'ai même pas eu le temps de le manger. Deux surveillants sont venus, et pendant qu'un me tenait, l'autre m'a fait une piqûre.

 

Quand je me suis réveillée, j'étais seule dans une pièce capitonnée, et j’avais les idées pas très claires. Comme si je risquais quoi que ce soit, on m'avait mis une camisole de force. Je me suis rendormie presque aussitôt.

 

Quand j'ai enfin réussi à émerger du brouillard, un homme était assis à côté de moi. Il n'était pas drogué, n'avait même pas de blouse ou de pyjama. Non, il était habillé élégamment avec son costume gris, comme pour aller dehors. Et quand je dis ça, je parle à l'extérieur des murs grillagés de l'hôpital. Il m'a regardée sans rien dire, du coup j'ai fait pareil. Il était blond, très grand et très beau. On aurait dit un suédien, ou un norvégeois. Il est resté longtemps avec moi, à me regarder avec un beau sourire. Il n'a rien dit tout ce temps-là.

 

Au bout de trois jours, le psychiatre est venu me chercher. Il m'a emmenée dans son bureau pour me dire que ce que j'avais fait à table, ce n'était pas bien. Je lui ai demandé si c'était bien de piquer le pain des autres. Mais il n'a pas répondu. Il a fait venir Jeff, un infirmier. Et j'ai encore eu droit aux électrochocs.

 

Je tenais à peine debout quand on m'a emmené dans mon lit. Le volet était fermé, mais je l'ai vu dans la pénombre. Le beau blond s'est penché à mon oreille et m'a dit :

 

- Soyons meilleurs amis pour toujours !

 

2. Le psychiatre

 

Jeudi 26 juin

Je sors tout juste du bureau du psychiatre. Il m'a encore augmenté les doses des calmants. J'essaie toujours de ne pas les avaler. Au début je les cachais (haha, cachais-cachets. J'arrive encore à faire de l’humour !). J'ai tout tenté : à l’intérieur de la joue, sous la langue, ou même j'avalais et je me faisais vomir. Mais les surveillants ont l’œil partout. Ou les yeux, vu qu'ils sont plusieurs. Donc je n'ai pas trop le choix que de les avaler.

 

Le psychiatre s'appelle le docteur Bon. Bon, il ne l'est certainement pas ! C'est un trou du cul sadique. Physiquement déjà, on voit bien que c’est un homme pédant : petit, bedonnant et quasi chauve, il a dans les yeux une lueur suffisante. Il adore nous enfermer, nous piquer, et nous griller. Quand on fait quelque chose de mal, il s'adresse à nous à la troisième personne.

 

- Qu'est-ce qu'on a encore fait ? On a été une vilaine dame !

 

Quel plouc, je vous jure !

 

Donc j'ai eu rendez-vous avec lui ce matin. Il m'a fait entrer dans son bureau, le bon docteur Bon. Je me suis assise en face de lui, et j'ai attendu. C'est toujours lui qui commence. Il pose une question et on a intérêt à vite répondre. Je vous refais la conversation :

 

- La question d'aujourd'hui est la même qu'à l'accoutumée. Où sont vos enfants?

 

Je ne savais pas ce qu'il voulait dire par l'accoutumée. Il faut toujours qu'il utilise de ces termes ! Comme si ça le rendait supérieur à moi de dire des mots que je ne comprends pas. Mais la question, je la connaissais. On était en boucle là-dessus depuis le début.

 

- Mes enfants sont chez ma sœur, Célia, depuis que je suis en vacances ici.

 

- Tss-tss ! Mauvaise réponse. Une dernière fois pour aujourd'hui. Répondez bien, sinon vous savez ce qui vous attend. Me dit-il d’une voix menaçante.

 

Bien sûr que je le savais. Mais je n'arrêtais pas de lui dire la même chose. Pourquoi ne me croyait-il pas ?

 

- Mes enfants sont... ils sont... je ne sais pas. Chez ma sœur ?

 

Ça n'a pas loupé. J'ai eu droit à ma petite séance de barbecue cérébral. Et me revoici, morceau de viande rescapé du grill officiel de l’hôpital. Je suis fatiguée. Je vais dormir un peu maintenant … Mais où sont mes enfants s'ils ne sont pas chez ma sœur ? Où sont-ils ?

 

3. Proche de la mort

 

Samedi 4 juillet      
 

Me revoilà cher journal,

 

Il y a quelques jours j'ai failli mourir. Définitivement, et totalement. Mais je vais commencer par le début.

Mardi dernier, j'ai encore fait « ma vilaine dame ». Il faisait si chaud que les surveillants nous avaient permis de sortir dans le jardin. Enfin, jardin c'est un bien grand mot. Six résidents et moi étions donc dans les dix brins d'herbe dehors. Je m'étais assise et je tentais de bronzer. Parce qu'en isolement, c'est pas trop ça pour avoir une bonne mine !

 

Je me disperse encore. Mais c'est pas simple de rassembler ses esprits avec leurs foutus médicaments. Je me sens souvent comme dans le brouillard.

Alors que j'étais tranquille à profiter de l'air estival, une colonie de fourmis a commencé à m'escalader. Je leur ai gentiment demandé de descendre, parce que je ne suis pas une montagne. Mais elles n'ont pas écouté. Ça m'a énervée et j'ai crié. Après je les ai écrasées. Mais elles étaient partout, sur chaque résident et chaque surveillant. J’avais peur, je voyais le film de leur mort atroce se dérouler sous mes yeux. J'ai voulu les sauver pour pas qu'ils se fassent dévorer. Mais je ne sais pas pourquoi ça n’a pas plu.

 

En deux temps trois mouvements, je me suis retrouvée allongée et attachée sur un lit, avec des fils qui sortaient de partout. J’ai compris tout de suite que j’étais bonne pour refaire un tour à grillade-land. Mais ils ont dû faire une erreur avec leur machine. Ça a fait très mal. C'est jamais la jouissance, mais là, c'était vraiment pire.

 

Sans que j'y comprenne quoi que ce soit, j'ai commencé à voler. Mon corps, léger comme une plume d’oisillon, a commencé à planer. Et c'est vrai de vrai. Je me suis élevée jusqu'à toucher le plafond. En même temps je me voyais en bas. J'ai cru devenir folle (Haha ! Elle est pas mal celle-là aussi !). Le pire c'est qu'à côté de moi, il y avait mon « meilleur ami pour toujours ». Il a décollé ses pieds du sol et m'a rejoint au plafond.

 

- Salut ! C'est pas la grande forme à ce que je vois. Tu fais quoi au plafond, sans indiscrétion ?

 

Bien sûr, je n'ai pas su quoi lui répondre. Même pour moi c'était trop bizarre.

 

- Ne t'inquiète pas, je vais tout arranger. Mais d'abord, si on allait se promener un peu ? Me proposa-t-il d’une belle voix sensuelle.

 

Il m'a pris la main et on s'est enfui. On est passé à travers la fenêtre, et on a plané, loin, très loin. J'ai vu plein de choses. Nous avons volé au-dessus de la cour grillagée, puis direction la grand-rue. J’ai vu la mer, la montagne et la forêt. J'aime bien mon nouvel ami, mon seul ami. Il m’a emmenée partout autour de l'hôpital. On est même allé chez ma sœur. Mais mes enfants n'étaient pas là. Où peuvent-ils être passés ?

 

Au bout d'un moment je me suis retrouvée dans mon lit. J'étais de retour dans mon corps. Le psychiatre n'a rien dit sauf :

 

- Mais vous n'avez pas honte de nous faire une telle peur ? On aurait été dans de beaux draps !

 

Je n’ai pas compris pourquoi il parlait de draps. Et ça y est je vais mieux, donc ils n'ont pas à s'inquiéter de ma mort. Pas pour l'instant.

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