A l'ombre du hors-piste

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Mariés depuis une dizaine d’années, Nina et Claude sont au bord de la rupture.

Un jour, Claude lui présente Soizic, une ancienne amie d’école avec qui il a décidé de refaire sa vie. Humiliée et déçue, Nina décide de partir, peu importe la destination, pourvu que ce soit loin de ses soucis. Elle entre dans une agence de voyages et se laisse attendrir par un gros lion publicitaire, qui l’invite à un safari en Tanzanie.

Là-bas, elle tombe immédiatement sous le charme de ce pays empreint de mystères et de légendes, où les animaux sont rois. Elle y fait la connaissance d’Édouard, un personnage énigmatique, dont elle tombe éperdument amoureuse. Mais quel est donc ce terrible secret qui semble le hanter ?

Nina apprendra à connaître le peuple massaï, au sens de l’honneur et à l’arrogance très prononcés. Mais elle découvrira aussi à ses dépens qu’il y a des règles à respecter, à savoir ne pas s’aventurer à l’ombre du hors-piste.

Nina trouvera-t-elle enfin le bonheur ?


Publié le : vendredi 13 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953755879
Nombre de pages : 282
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Nina referma derrière elle la porte vitrée de son bure au, puis dévala les marches de l’escalier en colimaçon menant à la cour intérieure de son immeuble ; un bâtiment ancien situé dans un quartier chic de Paris. Cette journée avait été la pire des journées qu’elle avait passée depuis longtemps. Elle poussa la lourde porte cochère donnant accès à la rue, et la laissa se refermer lourdement derrière elle. Le ve nt soufflait. Les feuilles tombées des arbres secoués par la b ise jonchaient le trottoir rendu glissant à cause de la pluie glaciale qui tombait depuis plus de deux jours. Elle releva le col de son imperméable et se mit à mar cher rapidement vers la station de métro la plus proche. Les g ens dans la rue pressaient le pas, tout comme elle. Tout le monde semblait avoir hâte de rentrer chez soi. Elle s’engouffra dans le couloir du métro où une odeur âcre d’huile de machine mêlée à l’humidité de l’air ambiant lui donna la nausée. Elle eut du mal à se frayer un chemin parmi tous ces gens qui, bien souvent seuls, continuaient leur lecture en attendant de pouvoir s’asseoir ; si toutefois l’occasion se présentait. Elle n’eut pas longtemps à attendre la rame de métro, q ui arriva dans un fracas de ferraille, puis s’immobilisa rapidement en faisant grincer ses freins avant de repartir rapidemen t pour la station suivante. Elle alla s’asseoir en face d’une v ieille femme aux cheveux gris bleuté. Cette dernière lui sourit, puis ferma les yeux. Nina en fit de même. Le métro s’arrêta deux fois. La prochaine station était la sienne.
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Elle rouvrit les yeux et vit qu’il n’y avait plus personne en face d’elle. Elle se demanda si elle n’avait pas imaginé cette petite dame si discrète. Une fois à l’air libre, elle héla un taxi et lui demanda de la conduire chez elle. Elle n’avait pas envie de marcher. Dix minutes plus tard, elle refermait la porte d’entrée de sa maison. Comme tous les soirs, elle écouta son répondeur. Tandis que les messages s’enchaînaient, elle quitta ses talon s, puis alla dans sa chambre enfiler une tenue d’intérieur confortable. En passant devant le miroir de la salle de bains, elle vit que ses longs cheveux noirs étaient trempés, malgré son parapluie. Elle regarda quelques instants son visage à l’ovale parfa it, ses yeux d’un noir profond et ses lèvres parfaitement dessinées et passa sa main sur ses joues rougies par le froid. Elle c onstata que des cernes donnaient à son regard une expression un peu triste. Elle saisit une serviette, puis se frotta vigoureusement les cheveux et le visage. La pluie cinglait violemment l es vitres. Elle s’allongea sur le canapé en cuir marron, mit un coussin sous sa tête, puis alluma machinalement la télévision. Elle prit une revue posée sur la table basse et se mit à la feuil leter nerveusement. Le répondeur égrainait inlassablement les messages laissés au cours de la journée. Soudain, elle reconnut la voix de son mari et baissa le son du téléviseur. — Nina ! C’est moi ! Si tu es là, réponds… Très bien, je vois que tu fais toujours la tête ! Alors, rendez-vous au tribunal dans un mois. — C’est cela… Très bien… Vivement que ce soit terminé, dit-elle en se levant brusquement du canapé. Il est plu s que temps que tout ceci cesse une bonne fois pour toutes.
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Elle se dirigea vers la cuisine et ouvrit le frigidaire. Elle resta un moment à regarder ce qui se trouvait à l’intérieur, mais rien de bien intéressant ne retint son attention. Elle referma alors la porte et prit une pomme sur le plateau de fruits posé sur la table de la cuisine. Elle la frotta lentement sur le revers de sa veste et retourna au salon. Son esprit était ailleurs. Alors qu’elle alla it s’asseoir sur le canapé et s’apprêtait à donner le premier coup de dents dans sa pomme, le téléphone sonna. Le répondeur se déclencha. — Nina ! C’est encore moi… Je sais que tu es là… Réponds, s’il te plaît. — Il ne me fichera jamais la paix ! cria-t-elle tout e n décrochant le combiné. Qu’est-ce que tu veux encore ? — Il faut que nous nous voyions au plus vite, j’ai des papiers à te faire signer. — C’est au sujet du divorce ? — Bien sûr ! Pour quoi d’autre voudrais-tu que ce soit ? — Je n’ai pas le temps en ce moment, j’ai énormément de travail au cabinet. Nous ne pourrons pas nous voir avan t la semaine prochaine. — Tu ne peux pas décaler un rendez-vous ? — Non ! Je suis désolée ! Tu sais aussi bien que moi qu’il m’est impossible d’annuler mes rendez-vous d’un coup de baguette magique. J’ai le respect du client moi ! dit-elle sur un ton de reproche. — Très bien ! J’attends ton coup de téléphone le plus rapidement possible. Elle allait raccrocher, mais elle se ravisa : — Claude ! — Chérie ?
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— Cesse de m’appeler par ce petit nom stupide ! Je te déteste ! Elle raccrocha violemment le téléphone.
* * *
Dès que Nina se réveilla, elle se dirigea vers la fenêtre de sa chambre afin de voir quel temps il faisait. La pluie tombait encore et toujours. « Cela ne cessera donc jamais ! » se dit-elle en bâillant. Elle brancha sa cafetière, puis alla prendre une bonne douche. Elle aimait prendre une douche le matin, cela la mettait en forme. Mais ce matin, elle se dit que, malg ré la douche, la journée allait de nouveau être stressante. Depuis qu’ils s’étaient séparés avec Claude, elle devait gérer seule le cabinet d’expert-comptable qu’ils avaient mon ensemble. Ils s’étaient rencontrés durant leurs études et s’étaient très vite mariés. Cela allait faire dix ans en novembre. Mais cette belle histoire d’amour était en train de se terminer. Claude n’était plus le mari amoureux et atte ntionné des premières années. Trop souvent pris par son travail, il la négligeait, et elle le supportait de moins en moins. E lle avait donc décidé de mettre un terme à leur couple. Elle n’avait pas imaginé à quel point cette séparation serait douloureuse, mais c’est elle qui l’avait souhaitée et el le ne pouvait pas revenir en arrière. Elle aimait toujours Claude, mais plus comme avant et, bien qu’il fût toujours très à son écoute, il n’était plus à ses yeux, à présent, qu’un associé. Elle se demandait comment ils avaient pu en arriver là. Sans doute était-ce à cause de cette fameuse routine dont parlent les gens. Elle ne pensait pas en être victime un jour, mais il fallait
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bien qu’elle se rende à l’évidence : dans quelques semaines, elle allait divorcer. Cet échec, elle ne l’avait pas imaginé une seule secon de le jour où elle avait dit « oui », devant toute la famille et les amis. Ses parents espéraient encore un revirement de situation, mais elle en était certaine, leur histoire était bel et bien terminée.
* * *
Ce matin, elle décida de se rendre à pied à son bureau, malgré la pluie. Elle se dit que la marche évacuerait le trop-plein de stress qui bouillonnait en elle. Son grand parapluie la protégeait des grosses gouttes qui résonnaient au-dessus de sa tête. Elle marchait d’un pas alerte. Les commençants commençaient à ouvrir leurs magasins. Nina aimait cette agitation de début de journée. Elle arriva à son bureau, poussa la lourde porte cochère qui se referma derrière elle. Alors qu’elle allait déposer so n parapluie dans le porte-parapluie situé dans le hall, elle vit que celui de Claude y était. Son sang ne fit qu’un tour. « Il est là ! » se dit-elle en levant la tête vers la fenêtre de son bureau. Voyant que la lumière de son bureau était allumée, e lle monta rapidement les marches. Son cœur tapait très fort dans sa poitrine. Elle était partagée entre la colère et l’envie de le revoir. Elle ouvrit la porte brusquement et le vit a ssis à sa place, les deux pieds sur son bureau. — C’est cela… Ne te gêne pas, fais comme chez toi ! dit-elle en constatant cette décontraction provocante. — Bonjour, ma chérie ! dit Claude. — Je t’ai déjà dit de cesser de m’appeler « ma chérie ». Cela ne rime plus à rien, si tant est que cela ait eu une signification un jour.
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— Je vois que tu as l’air de bonne humeur ce matin, dit- il en retirant ses pieds du bureau. — Je n’aime pas que l’on vienne chez moi sans mon autorisation, répondit-elle sans le regarder, tout en ôtant son imperméable. — Chez nous ! Veux-tu dire… Je suis encore chez moi, il me semble. — Plus pour longtemps… Aussi je te demande de profiter de ton passage pour commencer à rassembler toutes tes affaires. Je suppose que c’est pour cela que tu es venu ici ce matin ? — Non ! Je suis venu pour que nous discutions, une fois encore… — Nous nous sommes tout dit ! dit-elle sèchement. — Ne pourrions-nous pas donner un second souffle à notre couple ? — Je te connais, Claude. Cela durera quelques semaines, puis tu redeviendras très vite l’associé qui dirige, qui donne des ordres, et une fois à la maison nous continuerons à parle r travail. Non, vois-tu, je ne reviendrai pas en arrière. Elle n’osa pas lui avouer qu’elle souffrait de cette déc ision, mais elle était convaincue qu’elle faisait le bon choix. — Très bien ! dit-il. Comment allons-nous faire pour le cabinet ? — Je ne sais pas encore. — Puis-je te faire une proposition ? — Dis toujours. — J’aimerais que nous poursuivions notre collaboration. Après tout, les clients n’ont pas à supporter tes sautes d’humeur… — Mes sautes d’humeur ? Tu ne manques pas d’air ! Qui est-ce qui ne me regarde plus qu’avec les yeux d’un confrère et
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non d’un mari ? Nous vivons comme des colocataires et d’avantage encore, les soirs où il y a du football à la télévision ! Claude la regardait ébahi. Ce qu’elle lui disait lui transperçait le cœur. — Mais que me dis-tu ? Comment en es-tu arrivée à de telles conclusions ? Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de tes ressentis ? — J’aurais aimé que tu t’en rendes compte par toi-même. Je t’ai tendu la perche bien souvent, mais toujours ce sat ané travail… Tu ne vis que pour ton travail. Je pense qu’ une femme n’a pas sa place auprès de toi, du moins en ce qui me concerne. J’attendais plus d’un mari. — Tu attendais plus ? Pourquoi… — Je viens de te le dire. J’ai appris à vivre à tes côtés sans réel amour. Ah si… au début, mais cela n’a pas duré bien longtemps. — Si nous avions un enfant ? — Tu plaisantes, je pense ! — Non ! Cela nous rapprocherait peut-être ? — Non ! C’est trop tard. — As-tu rencontré quelqu’un ? — Non ! Je n’ai plus qu’une envie : être seule et remet tre mes idées en ordre… Et toi, as-tu rencontré une personn e plus conciliante que moi ? Claude ne répondit pas. — Alors… J’attends ta réponse ! Te voici bien silencieux… — Je ne sais pas encore… peut-être… — Et tu voulais un enfant ! hurla Nina. Tu me dégoûtes ! Claude sortit du bureau en faisant claquer la porte derrière lui. Il dévala les escaliers puis partit d’un pas rapide. Nina resta un moment pensive. Elle regarda sa montre : il était hu it
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heures. Elle sortit un dossier et l’ouvrit. On frappa à la porte : son premier client venait d’arriver. — Entrez ! Prenez place, je vous prie.
* * *
Nina regarda par la fenêtre de son bureau. Les néons de la ville commençaient à s’allumer. Il pleuvait toujours. Elle consulta sa montre, pour la seconde fois de la journée, e t vit qu’il était déjà dix-huit heures. Elle referma ses dossie rs, posa ses lunettes près de son ordinateur et passa sa main dans ses cheveux. Puis elle se leva, mit son imperméable, empoigna son parapluie en jetant un dernier coup d’œil à son bureau et sortit. Elle marchait tout en regardant les vitrines des magasins. Certaines étaient décorées de marrons d’Inde posés sur un lit de feuilles séchées aux tonalités brunes avec des reflets mordorés. D’autres avaient opté pour le thème de la chasse. Soudain, son regard fut attiré par une agence de voyages qui proposait un safari en Tanzanie. Un énorme lion bougea it la tête, invitant les passants à venir le rejoindre dans la sa vane africaine. Elle regarda cette magnifique bête. Ses ye ux se plongèrent dans les siens. Elle entra dans l’agence. — Mademoiselle ? demanda un jeune homme. Nina le regarda, ne comprenant pas ce qu’elle faisait là, puis dit : — Euh… Oui… Je voudrais des renseignements concernant votre voyage en Tanzanie. — Prenez place ! Le jeune homme lui sortit des catalogues ventant les mérites de plusieurs compagnies aériennes offrant des prestations toutes plus alléchantes les unes que les autres.
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