A la merci d'un play-boy

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Maisey est prête à tout pour assurer le bonheur de Kostya, le bébé orphelin qu’elle a recueilli. Aussi est-ce avec méfiance et désarroi qu’elle accueille la décision soudaine d’Alexeï Ranaevsky, le tuteur légal de l’enfant, d’en récupérer la garde. Car Alexeï a beau être immensément riche – en plus d’être incroyablement séduisant –, elle ne le croit pas capable d’entourer Kostya de toute l’affection dont il aurait besoin. Aussi supplie-t-elle le milliardaire russe de ne pas la séparer du petit garçon. A sa grande surprise, Alexeï lui offre alors de l’engager comme nurse. Une offre que Maisey accepte aussitôt. Même si cela implique de suivre Alexeï dans sa villa des environs de Naples, une propriété loin de tout où elle sera à sa merci…
Publié le : vendredi 1 mars 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280292443
Nombre de pages : 160
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Alexeï Ranaevsky ramassa le journal qu’un de ses employés avait été assez négligent pour laisser traîner dans le salon de son yacht. Il avait refusé de lire la pluie d’articles parus depuis la tragédie qui avait frappé les Kulikov, mais, maintenant qu’il avait encaissé le choc initial, il ne pouvait s’empêcher de revenir à ces terribles événements. Gérer ce tapage médiatique était désormais sa prio-rité. Il pleurerait plus tard la mort de son meilleur ami. En troisième page, il trouva une photo de Léo et Anaïs lors d’un Grand Prix automobile à Dubaï. La tête rejetée en arrière, Léo riait, son bras passé autour de la taille ne d’Anaïs. Un couple magnique. Le deuxième cliché montrait exactement ce qu’Alexeï ne voulait pas voir : la carcasse de leur voiture. L’Aston Martin 1967, le « bébé » de Léo, qui avait broyé leurs corps, ne leur laissant aucune chance de survivre à l’accident. Le commentaire, dans un style emphatique, rappelait que Léo avait travaillé pour les Nations unies et rendait hommage à la beauté d’Anaïs. Alexeï le parcourut et retint soudain son soufe tandis qu’un nom lui sautait aux yeux. Konstantine Kulikov. Kostya… Pour la première fois, ce qui lui apparaissait comme
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un cauchemar s’ancra enn dans la réalité. Au moins n’y avait-il aucune photo du petit garçon, Léo ayant ve illé à protéger leur vie privée. Lui et Anaïs avaient beau être des personnalités en vue, il avait tenu à préserver jalousement leur bulle familiale. Alexeï, qui partageait la même vision de l’intimité, en avait éprouvé davantage d’estime encore pour son ami. — Alexeï ? Il tourna la tête, le regard dur. L’espace d’une seconde, son prénom lui échappa. — Oui… Tara ? Elle ne parut pas remarquer son hésitation. Pas une ombre n’entacha son visage sublime qui lui rapportait plusieurs millions de dollars par an, en tant qu’égérie d’une célèbre marque de cosmétiques. — Tout le monde t’attend, chéri. Quand elle s’approcha et voulut lui prendre le journal, il se raidit, la main crispée sur le papier, et vit une lueur de colère s’allumer dans les yeux de Tara. Elle avait du caractère.Nétait-cepascequilavaitséduitchezelleen premier lieu ? Çanesertàriendelirecesinepties,dit-elledunton coupant. Tu dois te reprendre et faire bonne gure. Tes invités t’attendent. Il savait qu’elle avait raison, mais cette fois les sentiments prenaient le pas sur la raison. D’aucuns prétendaient que son cœur était sec, qu’il ne savait même pas ce qu’était une véritable émotion. Mais, en cet instant, son cerveau était bien incapable de réagir comme il l’aurait dû. Quelque chose l’avait foudroyé lorsqu’il avait lu le nom de cet enfant imprimé en noir et blanc. — Eh bien, qu’ils attendent ! rétorqua-t-il dans so n anglais teinté d’accent russe. Pourquoi diable t’es-tu
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habillée comme ça ? demanda-t-il brusquement. Nous n’allons pas à un cocktail. C’est une simple réunion entre amis. Tara eut un rire bref. Il appréciait auparavant cette désinvolture qui la caractérisait, comme si sa beauté renversante lui autorisait toutes les folies, tous les excès. — Une réunion entre amis ? Tu plaisantes ? Tu as autantlespritdefamillequunchat,Alexeï,dit-elleenvenant se lover contre sa poitrine. Untrès groschat… Sa main aux ongles laqués de rouge glissa sur le devant de son pantalon et il ne put empêcher son corps de réagir, même s’il n’avait nullement l’intention de lui faire l’amour. Cela n’était pas arrivé depuis lundi, quand Carlo, son bras droit, était venu lui annoncer la mauvaise nouvelle en tout début de matinée. Alexeï se rappelait encore le cliquetis de l’interrup-teur, juste avant que la lumière emplisse la chambre, et la voix basse et atone de Carlo qui lui livrait les faits bruts. Puis la solitude s’était refermée sur lui, alors que Tara dormait à ses côtés d’un sommeil de plomb, plongée dans cette torpeur articielle provoquée par les somnifères… « Je ne veux plus jamais coucher avec cette femme ! », songea-t-il soudain. Il la prit par le bras et, avec fermeté, la t pivoter vers la porte. — Va les rejoindre sur le pont. Je ne vais pas tarder. Et tiens, prends ça, ajouta-t-il en lui tendant l’e xemplaire du journal. Tara était assez intelligente pour comprendre que son heuredegloireétaitpassée.Sansdouteavait-ellecrupouvoir s’attacher le distant Ranaevsky plus longtemps que les autres. Quoi qu’il en soit, sa voix frémissait de colère lorsqu’elle articula :
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— Danni avait raison. Tu n’as vraiment pas de cœur ! Alexeï ne savait pas qui était ce ou cette Danni. Il s’en moquait bien. Il voulait juste que Tara quitte la pièce. Et sorte de sa vie. Il voulait être seul. Il voulait remonter le cours du temps jusqu’au dimanche précédent. Tara s’immobilisa au moment de franchir le seuil. Un rictus ironique sur ses belles lèvres écarlates, elle lâcha : Etcommentvas-tuéleverunenfant?Jesuiscurieuse de voir ça ! Surtout, ne pas exploser… Se contrôler… Alexeï tourna les yeux vers la baie vitrée et la côte de la Floride, visible à l’horizon. Il fallait faire les choses dans l’ordre. Avoir une discussion avec Carlo, puis voir Kostya, ce petit garçon de deux ans. Mais pour cela, il lui fallait d’abord traverser l’Atlantique.
— La chouette et le gros chat s’en allaient voguant sur leur beau bateau blanc, chantonnait Maisy de sa voixdoucedecontralto,penchéeau-dessusdulit-cageoù reposait le petit garçon blond. Sitôt couché, l’enfant s’était mis à sucer son pouce, mais maintenant que le sommeil l’avait happé et que ses paupières s’étaient fermées, sa menotte rose reposait sur l’oreiller. Cela faisait un moment que la jeune femme chantait ainsi pour l’apaiser, après une séance de lecture d’une bonne demi-heure. Elle commençait à avoir la gorge sèche et la voix enrouée. Mais cela en valait la peine, songea-t-elle,carmaintenantildormaitpaisiblement. Elle se redressa et balaya la pièce du regard pour véri-er que tout était en ordre. Même si tout avait désormais
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changé pour Kostya, sa chambre était toujours ce cocon douillet, ultra-sécurisé… Sur la pointe des pieds, Maisy sortit et referma la porte. Le babyphone était branché et elle savait d’expérience que l’enfant dormirait au moins jusqu’à minuit. Elle devait en proter pour manger un morceau et prendre elle-même un peu de repos — ce qui n’était guère arr ivé au cours des trente-six dernières heures. Deux étages plus bas, elle gagna la cuisine plongée dans une semi-pénombre. Valérie, la gouvernante des Kulikov, avait juste laissé un spot allumé au-dessu s de l’îlot central. Maisy trouva un gratin de macaronis au réfrigérateur et la remercia en silence tandis qu’elle glissaitleplatdanslefouràmicro-ondes. Elle ne savait pas comment elle se serait débrouillée sans Valérie au cours de la semaine écoulée. Lorsque la terrible nouvelle était tombée, Maisy se trouvait dans sa chambre, occupée à boucler sa valise en prévision de ses vacances qui devaient commencer mardi. Elle se rappelait avoir répondu au téléphone, puis s’être laissée tomber sur son lit, où elle était restée un long moment avant de pouvoir songer à faire quoi que ce soit. Puis elle avait cherché Valérie pour la mettre au courant. Toutes deux s’étaient attendues à voir débarquer les familles respectives de Léo et Anaïs, mais contre toute attente la grande demeure du quartier chic de Londres était restée silencieuse. Valérie avait continué à faire ses heures de travail habituelles et à rentrer chez elle le soir, tandis que Maisy s’occupait de son petit protégé, redoutant les pleurs et les cris qui n’étaient pas encore venus. « Où est maman ? Je veux maman !» Depuis deux jours, les journalistes se pressaient dans la rue, devant les fenêtres. Certains escaladaient
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la grille en fer forgé pour s’introduire dans le jardin. Valérie veillait à tirer les rideaux, et Maisy n’était sortie qu’une seule fois avec Kostya, pour l’emmener dans le petit parc privé situé de l’autre côté de la rue. Elle travaillait pour les Kulikov depuis la naissance de l’enfant. Léo et Anaïs voyageaient beaucoup, et Maisy était habituée à rester seule avec le petit, parfois plusieurs semaines d’aflée. Mais ce soir, la maison paraissait si… vide. Et bien trop silencieuse. Maisy sursauta lorsque le micro-ondes bipa. Sa main tremblante eut du mal à presser le bouton qui commandait l’ouverture de la porte. « Ressaisis-toi ! » s’enjoi gnit-elle en attrapant une manique pour aller déposer le plat sur la longue table de ferme. Elle ne prit pas la peine d’allumer le plafonnier, trouvant la pénombre plutôt réconfortante. Le gratin fumait devant elle. Elle aurait dû avoir une faim de loup, et elle avait besoin de reprendre des forces. Machinalement, elle piqua les dents de sa fourchette sur le pourtour du plat. Elle croyait encore voir Anaïs qui, une semaine plus tôt, se trouvait dans cette même cuisine et riait à gorge déployée à la vue du dessin malhabile que Kostya avait crayonné sur le carrelage. Maisy se rappelait très bien leur première rencontre. Adolescente boulotte et studieuse, elle s’était liée d’amitié avec cette incroyable sylphide aux jambes interminables qui, comme elle, était pensionnaire à l’école ultra- chic de Sainte-Bernice. Anaïs Parker-Stone, future top-modèle à la carrière internationale, ignorait encore que Maisy Edmonds était boursière et issue d’une famille modeste. Lorsqu’elle l’avait appris, elle n’avait pas changé d’attitude pour autant. Elle savait ce qu’« ostraciser » voulait dire. Car si Maisy avait plus d’une fois été snobée pour ses
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origines sociales, Anaïs, elle, subissait les quolibets de ses camarades, qu’elle dépassait tous d’une tête. Elles avaient été les meilleures amies du monde pendant deux ans, jusqu’à ce qu’Anaïs abandonne ses études, à seize ans, pour devenir mannequin à New York. En grandissant, Maisy s’était afnée. Ses courbes féminines et sa taille menue étaient devenues des atouts. Elle s’était inscrite à l’université, sans grande conviction. Elle n’avait plus de contact avec Anaïs, qu’elle apercevait parfois dans les pages des magazines de mode qu’elle feuilletait avidement. Puis un jour, par hasard, elles s’étaient croisées chez Harrods. Anaïs, immense avec ses talons de douze centimètres et son carré blond au lissage parfait, avait poussé un cri de joie avant de lui sauter au cou comme une gamine. Une gamine enceinte, comme l’attestait son ventre rebondi. Trois mois plus tard, Maisy emménageait à Lantern Square pour prendre soin du bébé et soulager une Anaïs débordée, qui pleurait à chaudes larmes et menaçait de se tuer si elle continuait à ne pas pouvoir mettre un pied dehors. Personne ne l’avait prévenue que la maternité ne cessait pas sur un coup de tête, comme un contrat qu’on déchire. Un enfant, c’était un engagement à vie. Une vie qui s’était révélée bien trop courte pour son amie, pensa Maisy, le cœur lourd. Elle repoussa son assiette encore à moitié pleine. Inutile d’insister, elle n’avait pas faim. Au moins ne pleurait-elleplus,unsentimentdetristesseinnieetdemenace diffuse ayant depuis peu remplacé les larmes. Bientôt, un homme de loi viendrait, représentant l’une des deux familles. Des dispositions seraient prises. On lui enlèverait Kostya. Maisy ne savait rien des Kulikov, à part que Léo était
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ls unique et que ses parents étaient morts. Mais elle se souvenait d’avoir rencontré Arabella Parker-Stone , la grand-mère maternelle de Kostya, quelques jours aprè s la naissance du bébé, lors d’une brève visite qui avait dégénéré en dispute. — Je la déteste, je la déteste, je la déteste ! avait sangloté Anaïs par la suite, roulée en boule sur le canapé, pendant que Maisy berçait Kostya dans ses bras. Arabella malmenait tout son entourage. Mais, victime d’Alzheimer, elle se trouvait désormais dans un institut spécialisé, et il était impensable que Kostya aille vivre auprès d’elle. Une chose était sûre, cependant : on ne laisserait pas l’enfant à Maisy. L’idée de remettre ce petit bout de chou entre des mains étrangères la désespérait. Elle ne pensait pas en avoir la force. L’idée l’avait même efeurée, dans ses moments les plus noirs, de s’enfuir avec Kostya. Pourquoi pas, puisque personne ne semblait se soucier d’eux ? Mais elle savait bien que la justice les rattraperait fatalement. Etcommentsensortirait-elle?Elleétaitauchômageet n’avait aucune véritable compétence professionnelle. Sa véritable vocation était l’amour qu’elle portait à cepetitgarçonendormilà-haut,danslanurserie.Ilétait devenu sa seule famille et lui n’avait plus qu’elle au monde. Il fallait à tout prix qu’elle trouve le moyen de rester avec lui. Ce serait si cruel de les séparer… Avec un profond soupir, Maisy repoussa les cheveux qui lui tombaient dans les yeux. Elle se força à prendre une bouchée de macaronis. Elle avait besoin d’énergie. Demain, elle irait fouiller le bureau de Léo pour savoir qui contacter. Ce dernier protégeait tellement son intimité que très peu de visiteurs étaient autorisés à pénétrer chez lui. Anaïs ne s’en plaignait pas. Elle sortait, de
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toute façon. Voir des gens était un prétexte pour ne pas s’occuper de son ls. Maisy n’avait jamais compris son incapacité à tisser des liens avec Kostya, mais elle lui avait toujours cherché des excuses. Aujourd’hui, cela n’avait plus la moindre importance… Ce fut un mouvement fugace qui l’arracha à ses pensées moroses, tandis qu’une décharge d’adrénaline explosait dans son corps. Quelque chose venait de se déplacer dans sa vision périphérique. Il y avait quelqu’un dans la maison. Elle pivota dans un sursaut. Et se gea. Deux hommes vêtus de costumes sombres venaient de franchir le seuil de la cuisine. Glacée, Maisy ouvrit la bouche, sans qu’aucun son ne franchisse sa gorge nouée. Par la porte de communication, elle vit trois autres silhouettes masculines s’engager dans l’escalier, au moment où deux autres faisaient irruption par la porte qui donnait sur le jardin. L’un d’eux marcha droit sur elle et lui ordonna quelque chose dans une langue étrangère. Tétanisée, elle le xa de ses yeux écarquillés. Oh ! Seigneur ! La maIa russe ! Alors que cette pensée lui traversait l’esprit, un deuxième homme, plus jeune, plus grand, t un mouve-ment déterminé dans sa direction. Maisy réagit enn dans un réexe de survie. Se levant d’un bond, elle saisit sa chaise par le dossier et la lança de toutes ses forces contre l’homme. Puis elle se mit à hurler.
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