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À toi, à jamais

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Quand Jared rencontre Laura, c’est l’attirance immédiate. Pourtant, tout semble opposer ces deux lycéens : lui, bad boy et populaire ; elle, timide et conservatrice. Au contact l’un de l’autre, de confessions en compromis, ils vont connaître un amour extraordinaire, parfait.

Jusqu’à ce que la tragédie les frappe... emportant Laura avec elle. Cet amour désormais orphelin restera-t-il à jamais perdu ou pourra-t-il se ranimer ? Et si l’impossible devenait possible ?

69 000 mots (roman)

« Coup de cœur : cette histoire est attendrissante, émouvante, touchante, j’ai eu des larmes, des joies, j’ai rigolé, parce que dans ce livre il y a aussi de l’humour. » Marina Martin (du blog secrete-alliance.blogspot.fr)


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Résumé

Quand Jared rencontre Laura, c’est l’attirance immédiate. Pourtant, tout semble opposer ces deux lycéens : lui, bad boy et populaire ; elle, timide et conservatrice. Au contact l’un de l’autre, de confessions en compromis, ils vont connaître un amour extraordinaire, parfait.

Jusqu’à ce que la tragédie les frappe… emportant Laura avec elle. Cet amour désormais orphelin restera-t-il à jamais perdu ou pourra-t-il se ranimer ? Et si l’impossible devenait possible ?



À TOI, À JAMAIS

Avivah Perez



Corrigé par Lucile Orliac et Jeanne Corvellec





ÉDITIONS LASKA

Montréal

Éditions Laska
Montréal, Québec
Courriel : info@romancefr.com

Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, personnages, lieux et incidents sont soit le fruit de l’imagination de l’auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des faits réels ou des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Tous droits réservés
© Barbara Dan Perez, 2013

Aucune reproduction ou transmission, totale ou partielle, n’est autorisée sans le consentement écrit préalable de la détentrice des droits et de l’éditeur.

Le téléchargement de cet ebook sur d’autres sites que ceux autorisés par l'éditeur ainsi que son partage au-delà du cadre strictement familial et privé est interdit et puni par la loi. Les Éditions Laska s’engagent à ne pas apposer de DRM ni d’autre mesure visant à restreindre l’utilisation de cet ebook par les personnes l’ayant dûment acquis.

Design de la couverture : Jeanne Corvellec
Photos de couverture : iStockphoto

ISBN : 978-2-924242-81-0

Table des matières

Prologue

Chapitre 1 : Par un beau crépuscule…

Chapitre 2 : Première rencontre

Chapitre 3 : Premiers baisers

Chapitre 4 : Aux yeux de tous

Chapitre 5 : Pris au piège

Chapitre 6 : La surprise

Chapitre 7 : Premières angoisses

Chapitre 8 : La confrontation

Chapitre 9 : La décision

Chapitre 10 : Le départ

Chapitre 11 : Le début du bonheur

Chapitre 12 : Un monde de souffrance

Chapitre 13 : Chaque jour est un nouveau jour

Chapitre 14 : Mensonges et tromperies

Chapitre 15 : La rencontre

Chapitre 16 : La découverte

Chapitre 17 : Ultime tentative

Chapitre 17 : Le bonheur retrouvé


L’auteure

Prologue

C’était ma promesse. Je serais à lui, je l’aimerais et le chérirais toute la vie…

Mais combien de temps durerait la vie ? Pourrais-je la récupérer là où elle m’avait abandonnée ?

Pourrais-je le récupérer là où je l’avais abandonné ?

Comment y parvenir ? Tout avait tellement changé : mon corps, mon âme, lui, le monde.

Mais je devais essayer.

Notre amour était la seule chose qu’il m’était impossible de perdre…

Chapitre 1
Par un beau crépuscule…

Nous prenions la route qui nous menait à l’autre bout du pays, celle qui le traversait d’est en ouest et dont les paysages étaient aussi divers et variés que tout le continent. On se l’était promis le jour où l’on s’était dit oui : nous ferions ce voyage. Nous traverserions les États-Unis, tous les deux, avant nos trente ans.

* * *

Jared conduisait, plus concentré sur l’ambiance sereine et détendue qui régnait dans la voiture que sur la route. J’aimais contempler son visage, ses yeux d’un bleu si clair que l’on aurait pu croire par moments qu’ils viraient au blanc, ses cheveux châtains qui prenaient la couleur orangée de ce crépuscule, ses joues arrondies comme s’il sortait tout juste de l’adolescence. Pourtant, depuis quelques années, une espèce d’inquiétude constante planait au-dessus de ses yeux. Il ne m’en avait jamais vraiment parlé, mais je me souvenais de l’idée qu’il s’était mise en tête, au lycée : me protéger. J’avais essayé de comprendre pourquoi cela l’obstinait tant, mais je n’avais eu droit pour toute explication qu’à la minuscule et incompréhensible narration d’un rêve. Il m’avait raconté qu’il m’avait vue sur un chemin. Apeurée, je lui tendais les bras tout en m’éloignant à reculons et lui, retenu par des chaînes, ne pouvait pas me rattraper. Ce rêve l’avait tellement marqué qu’il avait commencé à vouloir me protéger plus que de raison. Par moments, c’en devenait insupportable ; je me sentais étouffée.

Il fallait que je le rassure, sans arrêt, comme on rassure un enfant avant son premier jour d’école.

Contrairement aux apparences, je sentais de plus en plus devoir jouer le rôle protecteur d’une mère avec lui. Il avait failli perdre la sienne lors de sa naissance et l’éloignement de son père à son égard l’avait encore plus culpabilisé : il se sentait responsable de ce malheur qui avait failli emporter sa mère. Son rêve avait dû raviver en lui cette ancienne blessure qui ne s’était toujours pas refermée.

Cependant, cela n’avait pas d’importance car j’étais là, prête à bondir au moindre danger. Il était mien ; c’était sûr à présent : je l’aimais… malgré tout.

Je sentais que mes regards insistants le rendaient mal à l’aise.

« Chérie, me dit-il comme pour défaire mon regard de son visage, as-tu déjà vu un endroit aussi beau ?

— Non », répondis-je, sans même prêter attention à ce dont il parlait. C’était pourtant vrai : je n’avais jamais rien vu d’aussi beau… que lui. Comment était-il possible que Dieu me donne ce cadeau si précieux, cet homme aux traits si parfaits qui semblait ne jamais vieillir ?

« Tu veux bien arrêter de me fixer comme ça ? » me lança-t-il, en souriant, tout en regrettant déjà ses paroles.

« Oh ! mais tu sais combien j’aime te regarder », répondis-je, pour le moins vexée.

Il s’était armé de sa voix la plus sensuelle :

« Je sais aussi où cela nous mène quand tu commences à me regarder sous cet angle, et je ne crois pas que ce soit l’endroit idéal, à moins que… »

Il jeta un rapide coup d’œil dans le rétroviseur central puis, satisfait, me toisa avec tant de désir que je sentis mon sang bouillir. Il est vrai que je l’avais cherché, ce désir ; il me faisait me sentir tellement belle et désirable que par moments, je le faisais exprès juste pour être sûre qu’il me désirait encore !

« Où ? Là ? Au milieu de nulle part ? lui répondis-je, surprise et mal à l’aise à mon tour.

— C’est plutôt tentant, non ? Vu ce beau crépuscule, la nuit sera là dans peu de temps, alors qu’en dis-tu ? »

L’idée était effectivement séduisante. Nous étions comme deux jeunes amants, insouciants, dont rien ne peut calmer les ardeurs. C’était là que résidait la force de notre amour : dans notre jeunesse.

Malgré les années écoulées depuis que nous nous étions rencontrés, à la fin du lycée, nous n’avions jamais laissé la maturité de l’âge s’installer. Nous avions toujours agi selon ce que notre cœur nous dictait. Nous nous aimions d’un amour éternellement jeune.

« Vraiment tentant. Regarde ! » lui murmurai-je en lui montrant du doigt la petite prairie que l’on distinguait au loin.

Je glissais déjà ma main dans ses cheveux.

Son sourire illuminait maintenant tout son visage. Il me prit la main et lui donna un baiser si doux et si pressant que mon cœur s’emballa, comme au premier jour.

Ce n’est qu’au moment où il trouva un endroit pour s’arrêter que mes yeux le quittèrent pour regarder ce dont il m’avait parlé quelques instants plus tôt.

« Oh ! que c’est beau ! » dis-je soudain en regardant l’horizon.

Je ne pouvais défaire mes yeux de ce qui s’offrait à moi : ces arbres si verts, dont les feuilles paraissaient, à leurs extrémités, scintiller comme l’or, ce paysage magnifique qui se changeait en un horizon orangé de chaque côté de la route. On aurait dit un jour d’automne ensoleillé au Canada. Malgré les fenêtres fermées, je pouvais imaginer les senteurs qui se dégageaient de ces prairies, de ces arbres et de ces fleurs. J’ouvris la fenêtre pour humer ce parfum avec empressement, comme si c’était vital ; la chaleur pesante accentuait la puissance de ces odeurs alors qu’elles descendaient dans mes poumons et, je ne sais trop par quelle logique, traversaient toutes les zones de mon corps. C’était si bon, délectable comme un nectar, un plaisir que je ne connaissais pas. C’était si intense, je ne savais que c’était possible en ce monde. Était-ce réel ?

Je restais un bon moment ainsi, succombant au plaisir simple de cet instant magique. Que pouvais-je désirer d’autre ? Lui et moi, au milieu de ce qui s’apparentait le plus au paradis, en tout cas, selon l’idée que je m’en faisais. J’éprouvais un tel bien-être en cet instant !

* * *

Jared s’était déjà arrêté sur le côté et, ma main toujours dans la sienne, cherchait le CD qu’il avait acheté la semaine dernière et dont les ballades nous emportaient presque instantanément. Je savais que l’on s’apprêtait à vivre encore un de ces merveilleux moments qui restent à jamais gravés dans la mémoire.

Je lui retirai doucement ma main et ouvris la portière de la voiture pour le rejoindre de l’autre côté. Impatiente d’être de nouveau dans ses bras, je descendis de la voiture rapidement… Trop rapidement.

J’entendis le bruit sourd du frein d’une voiture qui me ramena à la réalité de cette route qui m’avait paru si déserte quelques instants plus tôt, puis tout se passa très vite… trop vite.

Je me sentis projetée en l’air et, en une fraction de seconde, je revins toucher le sol. Mon dos heurta le bitume en premier, suivi de très près par ma tête. Je sentis tous mes os se briser, un à un. Je ne pouvais plus bouger, paralysée par la douleur indescriptible qu’émettait mon corps. J’avais tellement mal ! J’étouffais, je sentais un poids si lourd sur mon torse qu’il me fallait fournir un effort d’autant plus douloureux pour permettre à mon cœur quelques battements, cependant irréguliers. Que m’était-il arrivé ? Qu’avais-je fait ? Je me concentrais sur mon corps. Pourquoi ne me répondait-il plus ? Mes mains, mes bras, mes jambes, même mes yeux, le reflet de mon âme, de mon amour, ne répondaient plus à ma volonté. Je me sentais telle une âme enfermée dans une pierre…

Puis, sans que je comprenne pourquoi ni comment, la douleur s’estompa, laissant place à la peur.

« Jared ? » essayai-je d’appeler non sans effort.

Mais il ne me répondait pas. Je l’entendais crier, je sentais la pression de ses mains sur mon visage, je savais qu’il était là, près de moi.

« Laura, tu m’entends ? Fais-moi un signe, Laura, je t’en prie, répétait-il sans cesse.

— Jared, aide-moi, j’ai peur, j’ai froid, je ne peux plus bouger, ne me lâche pas », pleurai-je.

Lui continuait de m’appeler, bien que sa voix, étouffée par les sanglots, n’ait plus la force de crier.

C’est alors que je compris qu’il ne m’entendait pas, que personne ne m’entendait. Je me mis à hurler, espérant que cet effort ferait céder ma bouche, mais en vain. Je ne pouvais plus bouger ni m’exprimer, pas même le voir. Je le perdais…

Je sentais que je m’éloignais peu à peu, au fur et à mesure que la peur et la douleur me quittaient, laissant place à ce bien-être, celui que j’avais ressenti quelques instants plus tôt.

Puis plus rien. Plus aucune douleur, plus aucune pression ; je pouvais juste entendre les quelques battements irréguliers de mon cœur et les voix qui s’accéléraient autour de moi.

Je n’avais plus peur. Je percevais maintenant l’horizon orangé et cette douce saveur de l’air qui me revenait également ; c’est là, à cet instant, que je compris que c’était fini, que je ne reverrais plus Jared.

Alors qu’une douce mélodie, comme je n’en avais encore jamais entendu, venait accompagner ce souvenir de mon dernier moment avec mon amour, je sentis la chaleur de ses larmes frapper mon visage, puis couler lentement le long de mes joues littéralement gelées.

Chaque goutte me transperçait comme une flèche et, sentant les derniers sursauts de mon cœur s’éloigner, je pus, dans un effort considérable, ouvrir les yeux et la bouche.

Je lui souris.

« Je t’aime, Jared. Pardon », réussis-je à lui murmurer.

Ce furent les derniers mots que ma bouche put prononcer.

Chapitre 2
Première rencontre

Je me souviens de cette année de première, quand je l’ai vu pour la première fois.

Je fréquentais un immense lycée de banlieue où près de cinq mille élèves et professeurs se croisaient chaque jour.

Toujours prête à bondir dès que sonnait la cloche marquant la fin d’une heure de cours, je dévalais les escaliers de ce bloc de pierre de quatre étages. En moins de cinq minutes, j’étais sur la pelouse avec mes amis — en tout cas, quand le temps nous le permettait — à discuter de la dernière chanson au top, de tel ou tel élève qui nous venait à l’esprit. Parfois, quand la soirée avait été trop occupée à papoter au téléphone, je profitais de ces pauses pour rattraper les devoirs que je n’avais pas eu le temps de faire.

Chaque matin, dès que mes parents partaient pour le travail, je fonçais dans la salle de bains prendre le maquillage de ma mère. Je passais quelques coups de mascara sur mes cils, un peu de blush sur mes joues, et il ne m’en fallait pas plus pour être de bonne humeur.

Je retrouvais mon amie Julie au coin de la rue et nous faisions le trajet ensemble. Nous profitions de ces vingt minutes quotidiennes pour échanger les secrets que personne d’autre n’avait le droit de savoir.

Elle commençait souvent la conversation, me parlant de son Franck, des disputes et réconciliations de la veille. Cela pouvait durer tout le trajet, comme ce fut le cas ce matin-là.

« Salut, Laura, ça va ? me dit-elle sans attendre de réponse. J’ai passé une sale nuit, continua-t-elle. Tu sais le coup qu’il m’a fait hier ?

— Non, répondis-je, pas surprise le moins du monde.

— Tu te rappelles, il devait m’emmener au ciné. J’ai passé au moins deux heures à me préparer. Moi qui pensais passer une soirée en tête à tête ! Tu vois pas le délire : il s’est ramené avec ses deux potes.

— Ah oui ? dis-je, essayant de paraître intéressée par les frasques de mon amie.

— Tu me connais, poursuivit-elle, je te l’ai renvoyé vite fait bien fait, lui et ses deux bouledogues. J’avais grave les nerfs. J’ai pas pu dormir avant deux heures du mat’. En plus, tu vois pas, il a osé m’appeler ! »

Je la laissai continuer sans pouvoir réellement l’écouter, tant je pensais moi-même à ce qu’il m’était arrivé la veille. Je n’osais pas lui en parler, j’avais peur qu’elle pense que j’étais une gamine ou une nulle. Pourtant, ça me brûlait les lèvres, car si ce n’était avec elle, alors avec qui pouvais-je en parler ? Qui, mieux qu’elle, pourrait m’aider ?

Je décidai de ne pas aborder le sujet, du moins pas encore. Je voulais attendre d’en savoir un peu plus sur mes hallucinations…

Arrivées au lycée, nous montâmes directement en cours, car le récit de la dispute de Julie avec Franck nous avait ralenties.

Cette journée allait s’avérer décisive pour mon avenir.

À l’entrée de la classe, je poussai un profond soupir : j’allais enfin savoir si c’était une illusion, ou si j’avais vraiment vu ce garçon qui avait hanté ma nuit jusque dans mes rêves.

Sous le regard interrogateur de Julie, je me précipitai vers le fond de la classe, de manière à pouvoir assouvir ma curiosité sans être repérée. La place près de la fenêtre, habituellement toujours occupée, était bizarrement restée libre.

Le cours d’anglais dura deux heures, pendant lesquelles je ne cessai de regarder par la fenêtre, le cherchant dans les moindres recoins de la grande cour qui allait de l’entrée du lycée jusqu’au stade. Mais bien vite, je me rendis à l’évidence : j’avais dû rêver. Encore une déception.

Évidemment, mon manque de concentration ne tarda pas à attirer l’attention de M. Beckmann, qui m’interrogea avec une pointe de perversité :

« Miss Seyvour, what could be more interesting than this class?[1] »

Ne comprenant pas un mot ce qu’il me disait, je fis mine d’être désolée et lui adressai une réplique banale, mais qui laissait penser que j’avais compris et que je répondais à sa demande :

« Sorry, Mr Beckmann, I will try to concentrate more on this class.[2] »

Il parut quelque peu désemparé devant ma réponse, mais n’en dit pas plus. Il reprit son cours, en me lançant de temps en temps un regard en coin.

La cloche retentit, mais, cette fois, je ne fus pas pressée de descendre. Bien au contraire, j’aurais voulu rester dans la salle encore quelques minutes et chercher par la fenêtre, mais c’était compter sans l’impatience de Julie de quitter les cours.

« Eh, Laura, ça va ?

— Oui, t’inquiète, j’étais juste un peu pensive.

— Oui, c’est ça, à d’autres ! » me dit-elle en s’emparant de mon bras.

Nous descendîmes l’escalier pour atteindre notre coin de pelouse habituel. Nous avions une heure de permanence, le professeur d’histoire étant absent, suivie par l’heure du déjeuner.

« Bon, vas-y : raconte-moi un peu ce qui te tracasse », finit par me lancer Julie.

Je savais qu’elle ne lâcherait pas le morceau.

« Julie, on a plus de trois heures de pause : ça te dirait qu’on aille chercher des fruits et du Coca chez l’épicier et qu’on reste là ? Il fait super beau aujourd’hui.

— Ouais, mais je pensais que Francky allait peut-être vouloir qu’on se parle un peu à midi. »

Je n’avais pas envie de rester seule pendant cette pause et la suppliai de mon regard abattu.

« Au diable Francky ! D’ailleurs, il avait qu’à bien se comporter hier. »

Elle décida d’aller chez l’épicier pendant que je rattrapais mon cours d’anglais. Mais je ne pus me concentrer, et mon esprit repartit de plus belle, sollicitant ma mémoire au maximum.

« Laura ? » m’interpella soudain une voix que je ne connaissais pas.

En moins d’une seconde, je me retournai et vis, enfin, celui que j’avais cherché toute la matinée. Je sentis mon sang traverser mon corps des pieds à la tête, s’arrêtant juste au niveau de mes joues, passées du rosé de mon blush au rouge écarlate.

« Euh, oui ? dis-je d’une voix hésitante.

— Oh, pardon : moi, c’est Jared.

— Bonjour, Jared.

— Salut, ça va ? Je te dérange pas ? On dirait que tu révises, non ? me questionna-t-il, très à l’aise.

— Euh, oui, non, un peu », répondis-je, amusée.

Il sourit, comprenant assez rapidement que j’avais répondu dans l’ordre à ses trois questions.

« Je peux ? me demanda-t-il, faisant mine de s’asseoir.

— Oui, mais j’attends mon amie ; elle doit arriver d’une minute à l’autre.

— Pas de problème, elle a l’air sympa. »

Sans me quitter du regard, il vint s’asseoir à côté de moi, assez près pour que son parfum, mélangé à l’air chaud, m’envahisse entièrement. Mais comment et d’où connaissait-il Julie ?

« Alors, me dit-il pour briser le silence, c’était bien, tes cours, ce matin ?

— Ouais, bof.

— Pourtant il est sympa, Beckmann…

— Comment sais-tu que j’étais en anglais ? dis-je, surprise.

— Je t’ai vue à la fenêtre. Tu avais l’air de chercher quelque chose, non ? » me demanda-t-il avec une pointe d’ironie.

Je virai de nouveau au rouge en moins d’une minute, tellement j’avais honte qu’il m’ait vue alors que c’était moi qui le cherchais.

« Euh… Non, non, pas du tout ! J’étais juste dans la lune, je m’ennuyais un peu, alors j’ai préféré voir ce qui se passait dehors. »

Ouf ! J’avais réussi à trouver une espèce d’échappatoire à la vraie raison de mon inattention.

« T’étais dehors ? ajoutai-je. Je ne t’ai pas vu… Y avait personne, à part le surveillant.

— J’étais en maths, mais de ma place, je pouvais voir ta classe ! dit-il, tout en savourant l’effet que produisait sur moi chacun de ses mots.

— OK. Toi aussi, tu as l’air hyper concentré en cours… T’es en quelle classe ?

— Terminale. »

Une multitude de questions envahissaient maintenant ma tête, mais je ne pouvais me résoudre à les poser tant je me délectait de cet instant.

« Et donc, si je comprends bien, tu passes ton cours de maths à me regarder ? »

J’avais réussi à le faire rougir.

« Euh, peut-être pas tout le cours, mais j’avoue que j’y consacre une grande partie.

— Et ça dure depuis longtemps ?

— On est en mars, réfléchit-il à haute voix. Depuis… euh… quatre ou cinq mois, je crois.

— Wouah ! Aussi longtemps ? »

Je fus sidérée : cela faisait des mois qu’il m’observait alors que je venais de réaliser qu’il existait. C’est vrai qu’après l’avoir vu la veille, j’avais décidé de mener ma petite enquête… Mais en quelques minutes, je venais d’en apprendre pas mal sur ses vues !

Il prit soudain un air sérieux, fronça ses sourcils.

« Franchement, je sais pas ce qu’il m’arrive, tu m’… »

Il s’arrêta net, comme pris de panique à l’idée d’en dire trop. Il se retourna brusquement, fit un signe à ses copains, qui l’attendaient sous le porche.

« Écoute, reprit-il, on pourrait se voir après les cours si tu veux… J’habite derrière chez toi, on peut faire la route ensemble ? »

Encore un électrochoc dans ma poitrine : il savait où j’habitais ! Je ne pouvais pratiquement plus respirer…

« Euh… Ben, euh… oui. »

Il sourit, et parut heureux de ce qu’il venait de voir sur mon visage.

« À quelle heure tu finis ?

— Dix-sept heures, je crois.

— OK, je t’attendrai devant la sortie. Tiens, voilà ton amie ! Tu vas pouvoir récupérer un peu ! se moqua-t-il gentiment. Salut, Julie.

— Eh, salut, Jared ! Tu connais Laura ? répondit-elle, stupéfaite que je ne le lui aie jamais dit.

— Apparemment, oui. Laura, à tout à l’heure. »

Il partit l’air amusé, savourant sa victoire. Je le suivis du regard jusqu’à ne plus distinguer que sa silhouette. Il m’avait parlé, m’avait même donné un rendez-vous ! Je crus que j’allais tomber dans les pommes tant ma respiration était irrégulière. Ça devenait même de pire en pire, d’autant que je voyais déjà dans les yeux de Julie les questions qui m’attendaient. Finalement, c’était peut-être mieux ainsi : comme ça, j’arrêterais de me repasser en boucle ce moment avec lui et surtout, d’essayer de comprendre la situation.

« Alors, comme ça, tu m’fais des infidélités ? commença-t-elle en prémices de l’interrogatoire.

— Premièrement, je ne te fais pas d’infidélités, et deuxièmement, j’ai quelques questions, petite cachottière.

— Quoi !? C’est la meilleure, ça ! Je crois que c’est plutôt moi qui ai le droit à des réponses, non ?

— OK. Viens, on commence par manger, je ne tiendrai pas une minute de plus. »

Nous nous assîmes toutes deux, face à face, en tailleur.

« Bon, alors, j’attends ; tu m’racontes ou j’t’étrangle ?

— OK. Je voulais t’en parler ce matin, mais tu étais tellement énervée par Franck que j’ai laissé tomber. Mais dis-moi, tu as l’air de le connaître, Jared ?

— Depuis la sixième que je suis là, je connais presque tous les anciens, dit-elle avec un haussement d’épaules. Attends, ça fait trois ans que t’es dans ce lycée, non ?

— Oui, depuis la quatrième, mais je l’avais jamais remarqué. Mais depuis que je l’ai vu, j’arrive plus à penser à autre chose.

— J’avais cru remarquer ça, railla-t-elle, faisant référence au cours d’anglais.

— Tu te rappelles, hier, quand on est descendues pour la perm’ ? C’était la première fois que je le croisais, en tout cas, que je le remarquais. Qu’est-ce qu’il est beau ! »

Ma gorge se noua en repensant à cette première rencontre dans les escaliers. Je descendais du troisième et lui montait ; c’est à l’entresol que nous nous étions croisés. C’était magique. Soudain, il n’y avait plus rien autour de moi, mes jambes s’étaient mises à flageoler, mon cœur s’était affolé. J’avais été hypnotisée en le voyant. Puis il avait levé les yeux sur moi, un sourire amusé accroché à son visage, certainement dû à mon rougissement et, sans s’arrêter, m’avait fait un clin d’œil qui m’avait figée sur place…

« Bon, t’arrêtes de rêver, ou quoi ? J’attends la suite ! me rappela Julie, impatiente.

— Oh, Julie, je crois que je suis en train de tomber amoureuse.

— Eh bien, on peut dire que t’es du genre rapide ! Mais bon, il était temps : je commençais à me poser des questions.

— Tu te rends compte, il habite à côté de chez moi et je l’ai jamais vu !

— Ouais, ben, te connaissant, l’inverse m’aurait étonnée !

— Ah bon, tu savais ? Dans ce cas, je crois que je vais commencer mon enquête avec toi. Dis-moi maintenant tout ce que tu sais sur lui. Je veux tout savoir.

— Eh ! c’est moi qui devais poser les questions, non ? »

Je la regardai avec une moue de petite fille implorant sa mère, ce qui, à ma plus grande surprise, fonctionna.

« OK. De toute façon, je ne crois pas que tu sois en état de me raconter quoi que ce soit !

Ses parents et les miens sont amis de longue date, mais on ne s’est jamais vraiment parlé. Je l’ai vu plusieurs fois lors de soirées — tu sais, ces fameuses soirées qui arrivent toujours quand tu as toujours un retard monstre à rattraper ! me rappela-t-elle avec une pointe de rancœur. Il s’éclate pas mal, il danse plutôt bien, et il a une meute de nanas qui n’attendent qu’un signe de sa part pour se jeter sur lui. Et en effet, il habite bien derrière chez toi, et je crois même qu’il a vue sur ta chambre. Mais la dernière fois que je suis allée chez eux, je devais avoir dans les huit ou neuf ans, alors tu vois, ça fait un peu loin, et puis c’est pas ma came, ces mecs-là.

— Quoi ?! Il peut me voir de chez lui ? »

En moins d’une seconde, je revis ma chambre et en fis une rapide inspection, imaginant ce qu’il pouvait bien voir à travers ma fenêtre. Mon lit, mon bureau ? J’avais l’habitude de laisser les rideaux ouverts, préférant avoir depuis mon lit vue sur les étoiles…

Cela devenait terrifiant et en même temps, tellement excitant. J’avais hâte de rentrer à la maison, de vérifier tout ça. Mais au fait, qu’avait-elle dit ?

« Julie, pourquoi “c’est pas ta came” ? Qu’est-ce qu’il a ?

— Tu sais, moi, les mecs qui passent leur temps à se défoncer entre les bières et les pétards, laisse tomber.

— Ah bon ? Il est comme ça ? On ne dirait pas…

— Bah, tu sais, ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu en soirée, peut-être qu’il a changé.

— J’espère bien, parce que moi non plus, ce n’est pas mon style. »

Je n’avais pas vu l’heure tourner, et il était déjà l’heure de retourner en cours. Sur le chemin, je précisai à mon amie :

« Je t’en prie, Julie : pas un mot à qui que ce soit, OK ? Surtout pas à Francky, en tout cas pas encore.

— Promis. Ah, au fait, Laura ! Essaie de rattraper ton retard à l’avance, railla-t-elle : samedi soir, c’est l’anniversaire de Micky. C’est un bon ami de Jared ; je les vois souvent ensemble. Ce serait bien que tu viennes pour ta petite enquête, et puis comme ça, tu seras fixée.

— Ah, ne commence pas à te moquer de moi ! Tu vois, c’est pour ça que j’hésitais à te parler : à part tes histoires avec Francky, tu te moques de tout le reste, m’énervai-je tout en remontant la petite colline qui nous ramenait vers la cour.

— Oh, ça va, Laura, t’énerve pas ! T’es bien susceptible, aujourd’hui… Je crois que t’as eu trop d’émotions ! » ricana-t-elle.

C’était vrai : je n’avais pas à m’énerver, et surtout pas contre Julie. C’était ma meilleure amie, et nous avions vécu tellement de choses ensemble, dont une grande partie de notre adolescence. Bien que nous ayions été séparées quelque temps — après le primaire, j’étais partie dans un collège privé —, nous étions toujours restées proches. C’était un peu la sœur que je n’avais jamais eue. Je la pris par le cou en m’excusant. Elle s’écarta, rit et me tira les cheveux en guise de pardon.

Le reste de la journée passa relativement vite. Je m’étais efforcée de ne pas regarder par la fenêtre et surtout, de ne pas lever la tête dans les escaliers pendant les transitions des cours. Maintenant, je savais que ce n’était pas un rêve : il existait vraiment et me portait de l’attention.

J’avais besoin de réfléchir. Tout allait trop vite, et mon cœur ne tiendrait pas s’il continuait à s’emballer ainsi à chaque fois que je pensais à lui. Il fallait que j’y voie un peu plus clair, mais c’était trop dur ce jour-là, car je savais qu’il m’attendrait.

La dernière sonnerie de la journée retentit, ce qui ne manqua pas de me nouer l’estomac. J’avais oublié de parler de ce rendez-vous avec Julie. Comment allais-je lui dire que je ne ferais pas la route avec elle ?

Alors que je rangeais mes affaires, je la vis s’approcher de moi.

« Laura, au fait, excuse-moi : je vais prendre un verre avec Francky à la sortie. Tu sais, à propos de ce que je t’ai raconté ce matin. Il veut qu’on discute. »

C’était parfait, je n’avais pas besoin de m’expliquer.

« Pas de souci, Julie. De toute façon, je vais rentrer direct. Je suis trop perturbée, tu comprends ?

— Génial, alors je t’appelle ce soir. Bye-bye ! »

Elle détala bien plus vite que je l’aurais imaginé.

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