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À tout hasard (Partie 1)

De
134 pages
Erin Easter n’a qu’une hâte : partir à l’université pour fuir sa mère toxico et le harcèlement de ses camarades. Alder et Sonny, capitaines de l’équipe de pom-pom girls du lycée, font de sa vie un enfer : loin d’être aussi riche et populaire qu’elles, Erin fait office de vilain canard. Cela pourrait être supportable si Weston, le garçon dont elle est secrètement amoureuse, daignait poser les yeux sur elle rien qu’une fois…
Un événement inattendu viendra toutefois changer le cours des choses. Chance ou destinée ? Rien n’arrive jamais par hasard…
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couverture
JAMIE McGUIRE

À tout hasard

PARTIE 1

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Tiphaine Scheuer

image
Présentation de l’éditeur :
Erin Easter n’a qu’une hâte : partir à l’université pour fuir sa mère toxico et le harcèlement de ses camarades. Alder et Sonny, capitaines de l’équipe de pom-pom girls du lycée, font de sa vie un enfer : loin d’être aussi riche et populaire qu’elles, Erin fait office de vilain canard. Cela pourrait être supportable si Weston, le garçon dont elle est secrètement amoureuse, daignait poser les yeux sur elle rien qu’une fois…
Un événement inattendu viendra toutefois changer le cours des choses. Chance ou destinée ? Rien n’arrive jamais par hasard…
Biographie de l’auteur :
Diplômée en radiographie, Jamie McGuire vit dans l’Oklahoma avec son mari et ses trois enfants. D’abord autoédité, son premier roman Beautiful Disaster est rapidement devenu un best-seller mondial, lauréat du prix BookExpo America dans la catégorie « Meilleure romance ».

D’après © Sandrine Pic / Plainpicture et © Pinkomelet / Shutterstock

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

BEAUTIFUL DISASTER

 

WALKING DISASTER

 

BEAUTIFUL WEDDING

 

BEAUTIFUL OBLIVION

 

BEAUTIFUL REDEMPTION

 

BEAUTIFUL SACRIFICE

 

BEAUTIFUL BURN

 

MME MADDOX

(Numérique)

 

RED HILL

 

MONSTERS

(Numérique)

 

 

En poche

 

BEAUTIFUL DISASTER

N° 11552

 

WALKING DISASTER

N° 11572

 

BEAUTIFUL WEDDING

N° 11583

À Lori Bretch

1

— Rentre chez toi. Éteins les lumières. Et suicide-toi.

Erin Alderman me jetait un regard noir. Une haine pure brillait dans ses beaux yeux brun-miel. Elle était à la tête d’un groupe de neuf pom-pom girls qui se trouvaient de l’autre côté d’une petite fenêtre rectangulaire. Mais la vitre n’était pas la seule chose qui nous séparait.

Neuf personnes posèrent leurs yeux sur mon tablier noir maculé de milk-shake au chocolat et de sauce caramel, avant de se regarder en pouffant de rire. Le spectacle semblait leur plaire, mais aucune d’elles ne croisa franchement mon regard.

Erin Masterson, la meilleure amie d’Erin Alderman, cocapitaine de l’équipe de pom-pom girls, tenait à la main le banana split que je venais de lui préparer, le regard empli de vengeance. Elle était aussi apprêtée que sa meilleure amie, mais à la place d’une longue chevelure souple et blonde, elle arborait une grande crinière châtaine.

— Je t’ai dit « avec des noix ». Ta mission est simple, mettre de la crème glacée dans un bol, une coupe ou un cône, et mélanger les ingrédients. Si à dix-sept ans tu n’es pas capable d’effectuer un boulot de base au Dairy Queen, comment comptes-tu t’en sortir quand tu seras adulte ? Tu devrais laisser tomber tout de suite, Erin. Meurs avec dignité.

Erin Masterson ne s’adressait pas à sa meilleure amie, mais à moi, Erin Easter, la troisième Erin de notre classe. Nous n’avions pas toujours été ennemies. À la maternelle comme en cours préparatoire, nous passions chacun de nos moments éveillés ensemble, au point que nos maîtresses et nos parents avaient dû nous trouver des surnoms pour parer à toute confusion. Erin Alderman adopta le nom d’Alder. Erin Masterson, celui de Sonny. Mon nom était simple : Easter. Nous ne partagions pas seulement nos prénoms, nous partagions aussi notre date d’anniversaire : le 1er septembre. Elles étaient revenues de la maternité avec leurs parents, tous membres du country-club, qui finiraient un jour à la tête d’associations de parents d’élèves ou de loges franc-maçonnes. De mon côté, j’étais rentrée avec ma mère, âgée d’à peine vingt ans, qui n’avait personne pour l’aider, pas même mon père.

Notre amitié s’était radicalement transformée à la fin de l’école élémentaire, vers nos dix ans, quand, pour des raisons qui m’échappaient encore aujourd’hui, j’étais devenue leur souffre-douleur préféré. Maintenant que nous étions en dernière année de lycée, j’essayais généralement de les éviter, mais elles adoraient venir me voir au Dairy Queen, où je travaillais le week-end et presque tous les autres jours après les cours.

Je remontai la vitre coulissante et passai ma main à travers.

— Je suis désolée. Donne-le-moi, je vais le refaire.

Frankie me poussa sur le côté d’un coup de reins, prit sèchement la coupe des mains de Sonny, puis vida le bloc de crème glacée marron avec des morceaux de cacahuète dans la poubelle. Elle versa une demi-douzaine de noix dedans et la lui rendit.

— Je ne vais pas gâcher toute une coupe de glace parce que ta maman ne t’a pas appris à gérer la déception. Va voir ailleurs, dit-elle avec un geste dédaigneux du menton.

— Je dirai à ma maman ce que vous pensez de son éducation, Frances.

Sonny avait littéralement craché ces mots, et s’était bien assurée d’appeler Frankie par son vrai prénom, celui qu’elle détestait.

— Je suis sûre que votre progéniture vous a rendue experte en la matière.

Frankie sourit poliment.

— C’est plutôt le terme qu’on donne aux portées de chiens, Masterson. Il n’y a que ta mère pour appeler ses enfants comme ça.

Les deux Erin la fusillèrent du regard, puis les dix filles s’éloignèrent comme un seul homme.

— Désolée, dis-je en regardant les pom-pom girls traverser la rue en sautillant gaiement, galvanisées par leur affrontement.

Frankie fronça les sourcils et posa une main sur sa hanche.

— Pourquoi t’excuses-tu ? Je te l’ai dit une centaine de fois, mais je vais te le répéter : arrête de te laisser faire par ces espèces de harpies. Cela ne fait qu’empirer les choses. L’ignorance ne fonctionne pas avec ce genre de petits tyrans. Je le sais, crois-moi.

— Il ne reste plus que trois mois, de toute façon, dis-je en nettoyant la substance collante de mes mains.

Frankie leva les yeux au ciel en soupirant.

— Je me souviens de ma remise des diplômes. L’une des meilleures soirées de ma vie. Toute cette liberté à portée de main, qui n’attend plus que vous… L’été, la fac, la majorité à vingt et un ans. (L’expression rêveuse quitta son regard et elle se mit à essuyer le comptoir.) Il n’a fallu qu’une nuit avec Shane pour que tout ça disparaisse. Sept ans plus tard, je fais toujours le même boulot qu’au lycée.

Elle secoua la tête et lâcha un rire en frottant un morceau de chocolat séché.

— Mais pour rien au monde je n’échangerais mes bébés.

Avec un petit sourire, je la regardai ruminer les choix qui l’avaient retenue au Dairy Queen. Elle s’estimait heureuse d’avoir un travail. La compagnie pétrolière avait déserté la région, et avec elle tous les derniers emplois relativement bien rémunérés. Dans notre modeste ville, une paie du Dairy Queen valait donc toujours mieux que rien.

Le téléphone sonna et Frankie répondit.

— Non, Keaton, tu n’as pas le droit de manger le beurre de cacahuète à même le pot. Parce que je l’ai dit. Si tu as très faim, prends une banane. Alors c’est que tu n’as pas faim ! J’ai dit non, et c’est comme ça. Passe-moi Mamie. Coucou, Maman. D’accord. Comme toujours. Et toi ? Bien. Non, Kendra a son cours de danse à 18 heures. Kyle a base-ball à 19 heures. (Elle sourit.) Très bien. Je t’aime aussi. Bye.

Elle raccrocha et se tourna vers moi, imitant l’étrange expression de mon visage.

— Tu en as perdu un ? demandai-je.

Frankie gloussa.

— Non. Le bébé dort, Dieu merci.

Elle se remit à astiquer le comptoir, tandis que je nettoyais de mon côté la pagaille laissée par le banana split de Sonny. Le Dairy Queen occupait le plus ancien bâtiment de ce minuscule point sur la carte de l’Oklahoma appelé Blackwell. Les propriétaires, Cecil et Patty, se faisaient un plaisir de laisser les étrangers prendre en photo leur édifice unique des années 1950. Les clients pouvaient passer commande par l’une des deux vitres coulissantes situées sur la façade, où au drive-in du côté sud. Frankie et moi avions à peine la place de nous mouvoir, et nous nous bousculions souvent en périodes d’affluence, par exemple après les matchs de base-ball ou pendant la fête foraine. Un unique banc était placé à l’ombre sur le côté du bâtiment, pour les clients qui voulaient manger leurs glaces ou leurs hot-dogs sur place, mais il était généralement vide.

— Oh, chouette. L’entraînement est fini, déclara Frankie en voyant passer les diverses voitures des joueurs de l’équipe de base-ball.

Quelques-unes pénétrèrent sur le parking du DQ, une douzaine de gars en sueur en sortirent et se dirigèrent vers ma vitre. Frankie ouvrit la sienne et deux files se formèrent.

Weston Gates dut se pencher pour me regarder dans les yeux, les siens apparaissant derrière des mèches de cheveux bruns et hirsutes, encore humides de transpiration. Il portait un tee-shirt gris foncé, sur lequel était écrit « Blackwell Maroons », et dont les lettres bordeaux étaient usées par les nombreux lavages de ses quatre années en tant que membre des équipes de football, de basket-ball et de base-ball du lycée. Son père était également un ancien sportif vedette du lycée, et sa mère ainsi que sa grande sœur Whitney avaient toutes deux été à la tête de l’équipe des pom-pom girls. Whitney était maintenant en deuxième année de droit à l’université de Duke et ne rentrait que rarement à la maison. Je ne la connaissais pas très bien, mais elle avait de beaux yeux remplis de gentillesse, comme Weston.

— Sers-moi ce que tu veux, Erin. J’aime tout ce que tu fais, dit-il avec un sourire.

— J’ai bien entendu, Wes ? Tu aimes tout ce qu’elle te fait ? gronda Brady Beck. C’est sérieux ? Je ne savais pas que tu étais tombé si bas.

Les autres pouffèrent et émirent des bruits idiots.

Les joues de Weston étaient déjà rougies par l’effort, comme si on lui avait appliqué un peu de blush, ou giflé plusieurs fois, et elles gagnèrent encore deux teintes. La rougeur de ses joues accentuait l’éclat de ses yeux émeraude. Je m’efforçais tant bien que mal depuis la primaire de ne pas me noyer dans ces yeux-là, et je redoublais d’effort depuis qu’Alder avait jeté son dévolu sur lui l’année précédant notre entrée au lycée.

— Ignore-les, Erin. Ce sont des crétins.

Il s’étouffa légèrement et tourna la tête pour tousser dans le creux de son coude.

Je lui préparai un simple cône à la fraise – double dose parce que je savais que c’était son préféré –, encaissai son argent et le vis glisser sa monnaie dans mon bocal à pourboire.

— Merci, dit-il en avalant un gros morceau avant de retourner vers son pick-up.

Les autres ne me témoignèrent pas la même politesse, et la plupart d’entre eux ne me regardèrent même pas dans les yeux. Mais j’avais l’habitude. J’avais grandi avec une mère qui visitait souvent l’intérieur d’une cellule de prison, et les autres parents ne se cachaient pas pour tenir leurs enfants à l’écart de la fille de Gina Easter. Pourtant, ma mère n’avait pas toujours été aussi paumée. Elle avait été élue reine du bal de Blackwell en 1995. Je l’avais appris en tombant par hasard sur les photos. Elle était magnifique avec sa frange blonde peignée sur le côté, ses joues rondes et saines et ses grands yeux marron.

Comme Frankie, elle était tombée enceinte jeune. Mais, contrairement à Frankie, son ressentiment d’avoir échangé ses rêves contre un bébé imprévu lui était devenu tellement insupportable qu’elle avait trouvé refuge dans l’alcool. Et l’herbe. La liste de ses déceptions s’allongeait au fil des ans, et toutes les drogues étaient bonnes à prendre, du moment qu’elles lui permettaient d’oublier la femme qu’elle aurait pu devenir. La situation ne m’aurait pas ennuyée outre mesure si, au moins, ces drogues atténuaient sa colère, mais la plupart des nuits, l’ajout d’un pack de Keyston Light à sa rage ne faisait qu’empirer les choses.

Chaque soir, quand Frankie éteignait les lumières et lançait sa phrase préférée, je me renfrognais à la perspective de rentrer retrouver Gina.

— ¡ Adios bitchachos !

— N’oublie pas que j’ai une réunion de classe demain après les cours, alors je serai un peu en retard.

— Je n’ai pas oublié, dit-elle en attrapant son sac et ses clés. (Elle me tint la porte.) Je te ramène ?

Je secouai la tête. Elle me faisait la même proposition tous les soirs et, tous les soirs, je déclinais. Ce qui expliquait qu’elle n’en faisait pas une véritable question. Je ne vivais qu’à quelques pâtés de maisons du DQ de toute façon, et le printemps pointait le bout de son nez.

Les semelles de mes chaussures crissaient sur le gravier du bord des routes plongées dans l’obscurité. Seuls quelques quartiers de la ville étaient pourvus de trottoirs, et le chemin le plus court pour rentrer chez moi n’en faisait pas partie. Quelques voitures passèrent, mais à part ça, c’était un jeudi soir tranquille. Pas de messe, pas de match. Pour rentrer à pied, le jeudi était mon jour préféré.

Je grimpai les marches en béton du perron, et la porte moustiquaire s’ouvrit en grinçant. J’entendis sa musique de l’autre côté et je marquai une courte pause, le temps de me préparer mentalement à ce qui m’attendait à l’intérieur. Quand j’ouvris la porte et découvris le salon vide, je filai dans ma chambre et m’y enfermai.

La musique provenait de sa chambre, située à l’autre bout du couloir par rapport à la mienne. J’avais senti l’odeur de l’herbe en entrant, m’indiquant qu’elle était probablement en train de fumer et de se détendre dans son lit, ce qui était toujours préférable à une débauche alcoolique.

Je dénouai mon tablier et retirai le reste de mes habits, que je jetai dans le panier de linge sale déjà rempli. Le soir, j’étais généralement trop fatiguée pour faire ma lessive, alors je l’empilais jusqu’à n’avoir plus d’autre choix que de l’emmener au Lavomatique situé quelques rues au sud du Dairy Queen. L’endroit me donnait la chair de poule, et je préférais attendre le samedi en début d’après-midi. Gina était levée à cette heure-là, et c’était une excuse pour quitter la maison avant de prendre mon service.

Je dormais avec un tee-shirt noir trop grand et délavé sur lequel était écrit « Oakland Raiders ». Je supposais qu’il avait appartenu à mon père, mais je n’en étais pas sûre. Il pouvait aussi bien provenir des boutiques d’occasions dans lesquelles Gina piochait des vêtements au hasard. Mais, pour une curieuse raison, j’aimais penser qu’il « lui » appartenait et il rendait un peu plus chaleureux le palais infesté de cafards dans lequel nous vivions.