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Alexandre

De
204 pages
Alexandre de Thierry, un garçon à l’aube de ses treize ans, aux yeux couleur des Caraïbes et aux cheveux ébouriffés châtain clair, est sur le point de s’embarquer pour la plus grande aventure de sa vie. Loin de se douter de ce qui l’attend, il se verra propulser dans un monde peuplé d’étranges créatures, de sortilèges, de complots, d’enlèvements, de batailles épiques et de magie.
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Copyright © 2012 Alain E. Parpal Copyright © 2012 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Révision linguistique : Daniel Picard Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Conception de la couverture : Paulo Salgueiro Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Paulo Salgueiro Illustration : Alain E. Parpal ISBN papier 978-2-89667-734-4 ISBN PDF numérique 978-2-89683-751-9 ISBN ePub 978-2-89683-752-6 Première impression : 2012 Dépôt légal : 2012 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Sébastien, A. E. Alexandre et Gaia (Alexandre ; 1) Pour les jeunes de 13 ans et plus. ISBN 978-2-89667-734-4 I. Titre. PS8637.E235A83 2012 jC843’.6 C2012-941890-0 PS9637.E235A83 2012
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Pour tous les enfants du monde, petits et grands, en espérant que ce roman leur apporte autant de moments de joie que lorsque je l’ai écrit.
I
Avely
A u-delà des champs de blé, d’orge et de foin, passé le bord de la forêt de chênes centenaires et des collines, les nuages gris acier et noirs, gonflés d’eau, menaçaient depuis plusieurs heures d’éclater à nouveau et de noyer non seulement la vallée, mais également le village paisible d’Avely. À part quelques accalmies, aucune relâche depuis quatre semaines. L’Irole poursuivait, à travers le village, son parcours serein, serpentant, infatigable. Une bourrasque de vent s’éleva. La pluie recommença à tomber, drue, froide, inlassable. — C’est reparti, soupira René Chamboux. Regardez-moi ça ! Les champs ressemblent à des lacs ! On ne pourra jamais rentrer les foins. Un éclair découpa le ciel, le tonnerre retentit, son roulement se répercutant dans la vallée, suivi d’un râlement lointain, guttural. — Qu’est-ce que c’est ? demanda, inquiet, le fils aîné, Patrick. — Je ne sais pas ! répliqua sa mère, jetant un regard interrogateur vers son mari. Il haussa les épaules, s’avançant vers la fenêtre. — Quoi que ce soit, ça ne me dit rien de bon ! La musique qui jouait à la radio s’arrêta, remplacée par la voix de la présentatrice. «Nous venons d’apprendre que le barrage de Nonteau, retenant l’Irole, vient de céder sous la pression des pluies diluviennes que nous avons connues depuis plusieurs semaines, la sécurité publique demande à la popu…» … Des parasites sortirent du haut-parleur. Ils pouvaient entendre, s’intensifiant, le râlement de l’eau que le barrage de Nonteau, à soixante kilomètres en amont d’Avely, venait de libérer. Des bruits de déchirement, d’éclatement, se percutaient de colline en colline, de rocher en rocher. L’Irole déchaînée, libérée de son carcan, avalait tout sur son passage, arbres, maisons, animaux. Rien ne lui résistait plus. Les cloches de l’église Saint-Jean retentirent avec une frénésie depuis longtemps oubliée. À leurs voix métalliques s’enchaîna le cri strident des sirènes d’urgence. — Mon Dieu, ayez pitié de nous ! dit Simone en se signant. Les lumières s’éteignirent, les plongeant dans l’obscurité. Seul le feu dans l’âtre jetait un peu de clarté dans la pièce. René gratta une allumette et l’approcha de la bougie sur la cheminée. La flamme jaunâtre de la mèche lança soudainement des ombres grotesques sur les murs et le plafond. Le vieil Octave, assis dans le coin de la cuisine, près de l’âtre, demanda de sa voix frêle : — Qu’est-ce qu’elle a dit ? — Elle disait que le barrage de Nonteau venait de céder, lui répondit Patrick. — Le garage à Brancheau est fermé ? répéta Octave, incrédule. — Non, grand-père, le barrage de Nonteau a cédé. — Le message de Proteau ? Quel message ? Patrick s’approcha de son oreille
— BARRAGE — NONTEAU — CASSÉ. Il le fixa d’un regard réprobateur. — T’as pas besoin de crier, mon p’tit. Je ne suis pas sourd, tu sais ! Il tira sur sa pipe, des volutes de fumée s’envolèrent vers le plafond. D’une voix lasse, légèrement rauque, il enchaîna : — Joshua le savait. — Qu’est-ce qu’il savait ? pressa Patrick. — À tous ceux qui passaient devant sa porte, il zézayait. « On n’endigue pas la nature, c’est pas naturel ça. Il va nous arriver un malheur, j’vous l’dis, moi, il va nous arriver un malheur ! » Faisant une pause, il aspira une autre bouffée de tabac, se balançant dans sa chaise à bascule. — Personne n’écoute plus les vieux, mon p’tit Patrick. Personne. Les gens nous pensent séniles. Pourtant, Joshua, avec ses quatre-vingt-dix-neuf ans, il en avait vu et entendu des choses. Il contempla le feu, puis reprit d’une voix presque imperceptible : — On nous regarde d’un air niais, notre présence presque dérangeante, et on passe son chemin. Il secoua ses longs cheveux blancs ondulants. — Même nous, les plus jeunes d’entre les plus âgés, ne prêtions plus attention à ses radotages. Il était devenu invisible et nous, complètement sourds. Tu vois, s’adressant toujours à Patrick, en vingt ans rien n’était jamais arrivé… Un bruit sourd, un craquement et des beuglements affolés lui coupèrent la parole. Ils se regardèrent consternés. — L’étable ! cria René. Il se précipita vers la porte pour sortir. — Non René ! N’y va pas, c’est trop dangereux ! exhorta Simone, le retenant par la manche de sa veste en laine brune. — Il faut que je sauve le bétail, Simone, notre survie en dépend. C’est tout ce que nous avons ! dit-il d’une voix rauque. — Pas au prix de ta vie ! Pense à nos enfants, ils ont besoin de toi… et moi aussi ! — Lâche-moi, s’il te plaît, Simone, laisse-moi aller ! — Non ! S’il te plaît, papa ! s’éleva la voix chargée d’émotions de Patrick. — On n’peut plus rien, regarde, là ! Il pointa du doigt. Son père s’approcha de la fenêtre. Dans la pénombre, une vision d’apocalypse l’attendait. L’étable construite sur la rive opposée à la maison, ainsi que le petit pont enjambant la rivière, servant à traverser le bétail vers les pâturages, avaient succombé à l’assaut du courant. Les bêtes, vagissantes, essayaient désespérément de nager jusqu’à la berge, sans succès. Des carcasses d’animaux descendant des fermes en amont, les pattes en l’air, s’éloignaient à vive allure vers le barrage de Gonten en aval d’Avely. René, couvrant son visage de ses mains calleuses, soupira de désespoir. — Nous sommes perdus ! Un cri strident vint de la droite. — Yoann ! s’exclama Simone. Yoann, le dernier-né des Chamboux, s’époumonait du haut de ses sept ans, ses cris provenant d’une des chambres du rez-de-chaussée. Simone se leva brusquement, renversant sa chaise, et se précipita en courant dans le couloir, marmonnant des « Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! » qui se noyaient au fur et à mesure qu’elle s’y enfonçait. René prit la bougie et, protégeant la flamme de sa main, se lança aux trousses de sa femme suivie de près par Patrick.
— René, dépêche-toi ! cria Simone, la voix teintée d’une pointe d’hystérie. — Je ne peux pas ouvrir la porte. Yoann est enfermé à l’intérieur ! De l’eau rougeâtre, remplie d’alluvions, coulait sous la porte, inondant le plancher. Sa chambre se trouvait juste au-dessus du garde-manger, situé dans la cave, qui avait dû être submergée. Plus de doute maintenant. La maison serait la prochaine victime de l’Irole. Yoann redoublait ses hurlements, de plus en plus stridents, appelant à l’aide. — Regarde, l’eau monte ! Fais quelque chose ! implora Simone. — Je ne peux pas. La poignée est coincée. Je ne comprends pas ! Quelque chose en effet l’immobilisait. Elle luisait et était chaude, presque brûlante au toucher. Simone regarda son mari, des larmes coulant le long de ses joues blêmes. — Maman, aide-moi ! suppliait Yoann. — Courage, mon petit ! Maman et papa sont là ! Nous allons te sortir de là ! René lança son poids contre la porte. Il rebondit sur le mur opposé avec un bruit sourd. Elle semblait fabriquée en caoutchouc. Il réessaya. Rien. Elle épousait simplement la forme de son corps et le renvoyait en face. Les cris du petit frère de Patrick se faisaient de plus en plus pressants. Un éclair blanc stria le ciel. Le tonnerre retentit, la maison trembla sur ses fondations. « CRAC ! » Dans le jardin avant, la foudre frappa une branche qui, s’enflammant instantanément et en tombant, fracassa la fenêtre du salon ; le vent et la pluie s’y engouffrèrent. « CRAC ! » Dans la cuisine, les photos dans les cadres sur le dessus de la cheminée volèrent en éclats sur le plancher en céramique. Une lueur aveuglante éclaira le couloir, momentanément, suivie d’une forte odeur de soufre. Une boule de feu traversa, en zigzaguant, de l’âtre au salon, ressortant par la fenêtre. « CRAC ! » Le plafond en bois de la cuisine s’effondra, en feu. Une épaisse fumée brune envahit le couloir. — Non ! s’exclama René. — Non, pas maintenant ! cria Simone hystérique. — Papa ! hurlèrent Patrick et Yoann à l’unisson.
II
Tegnon
Lhorloge sonna sept coups cristallins. Mis à part la pluie qui battait frénétiquement aux carreaux, les bourrasques de vent qui faisaient claquer l’étendard des comtes de Thierry sur le mât dans le jardin et les gargouilles qui crachaient l’eau ; le calme régnait dans la tour ouest du château de Tegnon. Là se trouvaient les appartements d’Alexandre, un garçon gringalet aux yeux couleur de la mer des Caraïbes et aux cheveux ébouriffés châtain clair. Vêtu d’un jean noir et d’un chandail jaune d’or trop grand pour lui, il était recroquevillé dans le gros fauteuil bergère vert chasse fané de son cabinet de travail et rêvassait. Il aimait cette pièce. Les murs étaient tapissés, du plancher au plafond, de livres aux reliures en cuir orangé, brun, rouge vin et vert mousse. Elle avait un air de « je ne sais quoi », parfois mystérieux, parfois joyeux, parfois lugubre, mais était toujours accueillante. Il s’y sentait en sécurité. En face de la porte d’entrée crépitaient les bûches dans la cheminée en marbre italien vert, veiné de blanc. Au-dessus était accroché le portrait grandeur nature de son ancêtre Lutgard. Vêtu d’un costume en velours pourpre, brocart blanc et galons d’or, sa main gauche était posée sur le pommeau d’or de son épée dont la poignée ciselée était incrustée de pierres de lapis-lazuli, de rubis, et de diamants. Peint légèrement de profil, il était assis sur le coin du bureau en bois d’amarante ; le même qui trônait à ce jour sur le tapis oriental au centre de la pièce. Deux immenses fenêtres flanquaient la cheminée et baignaient la pièce de lumière aujourd’hui grisâtre, d’habitude étincelante. Il y avait passé la journée à exécuter les travaux d’histoire, de géographie, de latin et d’anglais, que mademoiselle McTavish lui avait donnés. Mademoiselle McTavish, originaire d’Écosse, avait été engagée par sa mère comme gouvernante et professeure. C’était une femme d’un certain âge, sombre, droite et sèche comme un piquet qui n’entendait pas à rire, ni à folâtrer. Il ne faisait aucun doute qu’elle n’aimait pas sa profession. Son attitude démontrait son dégoût pour les enfants et plus précisément pour lui. Alexandre avait l’impression distincte qu’elle le prenait pour un riche petit morveux, dépourvu de toute intelligence, idiot et de surcroît paresseux. Qu’à cela ne tienne ! C’était tout à fait réciproque, et qu’elle se le tienne pour dit ! Il admettait, toutefois, avoir une tendance à la paresse, n’aimant pas particulièrement les études. Il préférait, de beaucoup et à la moindre occasion, se faufiler à la recherche de passages secrets dont recélait le château. En ce qui avait trait à « idiot », sûrement pas ! « Vous avez jusqu’à trois heures cet après-midi pour finir vos travaux et les remettre sur mon bureau ! » avait dit mademoiselle McTavish de sa voix pointue, roulant ses « r ». « Je vous laisse seul quelques heures, je dois descendre au village chez l’apothicaire Lanctot. Mes rhumatismes me font souffrir horriblement, et j’ai besoin de quelques remèdes. N’oubliez pas, trois heures ! » « Oui, mademoiselle », avait-il répondu avec un soupir. Elle l’avait repris, exaspérée. « Mademoiselle MC-TA-VISHHH,if you please, young sir.» « Oui, Mademoiselle McTavish », avait-il répété, avec une pointe de dédain, insistant sur son nom. Sur ce, elle avait fait volte-face et était sortie du cabinet de travail, sa cape aux tons vert et brun des Highlands flottant derrière elle.