Aller-retour

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Carole Lemay est une jeune femme de 27 ans brisée par la vie. Son père qui l'aimait beaucoup l'a surprise un jour commettant un geste qui à ses yeux était impardonnable. Il a renié sa fille, ne lui a jamais plus adressé la parole. Il est décédé quelques années plus tard.
Carole a donc vieilli en développant un sentiment de culpabilité qui fut une véritable entrave à son bonheur. Elle s'est isolée, refermée sur elle-même pour son plus grand malheur.
Un jour, elle sera attirée par une petite annonce qui fera jaillir en elle un désir de liberté.
C'est en donnant suite à cette petite annonce qu'elle fera la rencontre de Paul Mailloux, un homme de 44 ans, lui aussi brisé par la vie. Il est devenu un homme austère et froid incapable d'être heureux et de sourire à la vie.


Publié le : jeudi 7 avril 2016
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EAN13 : 9782334043472
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ISBN numérique : 978-2-334-04345-8

 

© Edilivre, 2016

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RECHERCHÉE

Jeune femme de 25 à 35 ans, secrétaire expérimentée, polyglotte, apparence distinguée, libre de voyager à l’extérieur du pays pendant 5 ans. 852-768

Premier chapitre
La petite annonce

*
*       *

Mercredi 30 mars 1983

C’est vendredi, la dernière journée de la semaine. À bien y penser, ça ne change absolument rien pour moi. Toutes les journées sont pareilles, des copies conformes l’une de l’autre. Ma vie est réglée comme un mouvement d’horlogerie, les mêmes gestes, aux mêmes heures, au gré des jours, des semaines, des mois et des ans. Le seul imprévu, c’est le temps qu’il fait ou qu’il fera et, encore, les services météorologiques sont de plus en plus précis dans leurs prévisions. Quelques nuages ce matin, pluie en après-midi, éclaircies en soirée. Peut-on demander mieux ? Bientôt, l’hiver fera place au printemps, puis il y aura un autre été suivi d’un autre automne. Tout n’est qu’une routine sans fin dénuée de sens. Je vagabonde dans la vie comme un clochard dans la ville, glanant ici et là des miettes de bonheur. Qu’on me fasse au moins la charité d’un bonjour, l’obole d’un sourire. Je tourne en rond comme un ours dans sa cage, sans intérêt, sans buts et sans projets. Je m’ennuie dans ma solitude. Toute ma vie se résume à attendre un train dans une gare désaffectée. On dit que la mort est un sommeil sans rêves, moi, j’entretiens mes rêves pour que la vie ne ressemble pas trop à la mort.

En prenant mon café, ma curiosité est piquée par une petite annonce sous la rubrique offres d’emploi, ce catalogue des rêves utopiques qui, avec mes toasts et mon café, me sert de nourriture en entretenant quotidiennement mes illusions. Je l’encercle en rouge, ça me semble intéressant, je vais téléphoner dès neuf heures en arrivant au bureau. Chaque matin, je parcours les petites annonces comme un chercheur d’or qui, jour après jour, inlassablement, filtre l’eau de la rivière avec l’espoir de trouver au fond de sa passoire la pépite qui le rendra riche et transformera sa vie. Des dizaines de fois, j’ai cru tenir la précieuse pépite. Je collectionne les rêves éteints. J’aurais voulu que ma vie soit un long roman-fleuve, je dois me contenter d’une mare stagnante.

Quitter le pays, changer de décor, modifier mes habitudes, côtoyer de nouvelles personnes et modifier mon image, cela me ferait le plus grand bien. L’aventure, l’imprévu, le risque, un brin de folie et de fantaisie : voilà ce qu’il me faut. C’est trop beau pour être vrai ! Ce n’est pas à moi qu’une chose pareille arriverait. Je vais quand même téléphoner, juste pour voir, pour forcer le destin avant que l’âge m’amène sur l’incontournable chemin du retour.

À première vue, je réponds à toutes les exigences. J’ai vingt-sept ans, bientôt vingt-huit, je travaille depuis huit ans pour une firme d’ingénieurs en tant que secrétaire. S’il est vrai que l’expérience est la somme de nos erreurs, je suis sans doute une personne très expérimentée, car toute ma vie est une suite d’erreurs. Depuis ma toute petite enfance, j’ai accumulé les bévues, les bourdes, les étourderies, les frasques, de quoi écrire une comédie que je serais la seule à pleurer.

Je n’ai jamais eu la réputation d’être une jolie fille. Les garçons ne se sont jamais précipités à ma porte. Je n’ai jamais gagné de concours de beauté ni même jamais osé y présenter ma candidature. Je m’habille toujours de façon très classique dans des tons et des lignes sobres. Propreté et confort ont toujours été mes deux seuls critères dans le choix de mes vêtements.

Me distinguer des autres, attirer les regards, plaire, provoquer et aguicher n’ont jamais été chez moi des préoccupations. Marie-Claude, dès la petite école, m’a toujours reproché ma retenue. Elle aurait voulu que je sois plus audacieuse, que j’adopte des lignes plus à la mode, des couleurs qui accrochent le regard, des tissus légers transparents et moulants. Je n’aime pas me faire remarquer, je préfère passer inaperçue, m’effacer discrètement, me fondre dans la masse.

Je m’exprime parfaitement en français et en anglais. Née d’une mère napolitaine, je sais aussi me tirer d’affaire en italien, et même aussi en espagnol. C’est au Cégep, il y a dix ans, que je me suis initiée à la langue de Don Quichotte. À cette époque alors que je venais à peine de sortir des griffes de Marie-Claude, j’étais tombée amoureuse de Rémi Cournoyer, un jeune professeur d’espagnol. Il devait avoir près de trente ans, j’en avais dix-huit. Il avait de longs cheveux bruns qui roulaient sur ses épaules, une barbe bien taillée ; il fumait la pipe avec élégance, emplissant l’espace de l’arôme subtil de son tabac. Je le trouvais beau comme un dieu, l’incarnation d’Apollon, mon Adonis à moi. Je m’étais inscrite à son cours en nourrissant le fol espoir qu’il me remarque et qu’il succombe aux charmes incertains de l’ingénue que j’étais.

Pendant deux trimestres, à raison de cinq heures par semaine, j’ai suivi fidèlement tous ses cours, m’imprégnant de chacune de ses paroles. J’étais toujours à l’affût du moindre signe, un geste tendre, une intonation vocale, une lueur dans le regard qui aurait pu me révéler que mon sentiment était partagé. Un jour, s’étant aperçu de l’intérêt que je lui portais, il me fit délicatement savoir, au fil d’une conversation anodine, qu’il était marié depuis deux ans, qu’il serait bientôt papa et qu’il était éperdument amoureux de son épouse. Je n’avais vraiment pas de veine : premier amour, première déception. Si j’avais eu les pouvoirs d’Aphrodite, je l’aurais changé en anémone. Pendant toute ma vie, prisonnier de mon amour, je l’aurais cajolé, câliné, choyé, mignoté sans répit jusqu’à mon dernier souffle. Ce qui m’a le plus humiliée dans ce triste épisode de ma vie, c’est qu’il ait vu clair dans mon jeu. Comment avais-je pu être si naïve ? Malgré sa grande délicatesse, sa discrétion et son tact à mon égard, j’imaginais, honteuse, ce qu’il avait pu penser de moi : une gamine amoureuse de son professeur, une chenille amoureuse d’un papillon, un enfantillage, une anecdote qu’il raconterait à son épouse ou à ses collègues.

Par la suite, j’ai abandonné le cours et j’ai esquivé le professeur pour ne pas rougir devant lui. Je m’étais vraiment conduite comme une petite fille et le monsieur m’avait remise à ma place. Je ne sais plus pendant combien de temps j’ai pleuré mon humiliation. Depuis ce jour, j’ai développé la vertu de prudence et j’ai pris la résolution de ne plus jamais dévoiler mes sentiments avant d’avoir l’assurance qu’ils soient partagés. De cette malheureuse aventure, il me reste une certaine connaissance de l’espagnol et, surtout, la certitude que je peux aimer un homme.

Libre de partir, de voyager, pendant cinq ans, ça, je le suis, aucune attache, aucun lien, pas de mari, pas d’amant et pas d’enfant, personne qui ait vraiment besoin de moi. Seule maman se sentirait délaissée, mais Gilles, mon frère aîné, saurait bien me remplacer. Après tout, n’a-t-il pas toujours été son préféré ?

Cette simple petite annonce a provoqué en moi une soif de liberté, une envie irrésistible de prendre le large et de rompre avec mon passé. Moi qui ai consacré toute ma vie à me forger des chaînes, voilà que je me surprends à vouloir les briser. J’étouffe dans ce bureau de la rue Peel. J’ai le goût de partir, de voir du monde, d’élargir mes horizons, de sortir de ma solitude, de m’éclater enfin pour boire à la vie à grandes gorgées, sans retenue.

Attention Carole, tu t’emballes, tu prends tes rêves pour la réalité, tu as pourtant déjà payé très cher pour cela, n’as-tu donc pas assez souffert ? Tu as passé l’âge de croire aux contes de fées. Cette annonce n’est peut-être qu’un attrape-nigaud, un guet-apens pour fille naïve. Même si c’était sérieux, il y a loin de la coupe aux lèvres ! Attention aux déceptions Carole, ne te fais pas mal une fois de plus. J’ai bien conscience des deux pulsions qui sont en moi, la peur qui me rattache à mon passé et le désir de vivre qui me propulse vers l’avenir. Je sais que l’heure du choix est arrivée. Si je tarde trop à me décider, il sera trop tard !

M’étant quelque peu attardée dans mes rêveries, c’est avec un retard d’une dizaine de minutes que j’arrive au bureau. Je n’aime pas être en retard, j’ai toujours l’impression qu’on va me gronder, me punir, me montrer du doigt ; c’était comme ça à la petite école. Je n’ai jamais pu me débarrasser de ce sentiment de culpabilité, j’ai toujours l’impression qu’on ne me pardonne pas mes erreurs. J’ai développé le complexe de « l’œil de Dieu qui surveillait Caïn ». Je revois toujours cette image, de madame Thomas, mon institutrice de cinquième année, pointant sur moi son doigt accusateur, le jour où elle avait trouvé dans mon pupitre, un paquet de cigarettes que je dissimulais pour protéger Marie-Claude ; j’en frémis encore quinze ans plus tard. Souvent, ce cauchemar hante mes nuits. Heureusement, M. Brisebois n’est pas encore arrivé et j’ai tout le temps nécessaire pour m’installer et commencer impunément ma journée de travail. Ce n’est qu’à 10 h 30, après avoir expédié les affaires pressantes, que je peux composer le 852-7687.

– Bonjour, Paul Mailloux à l’appareil.

– Bonjour, monsieur Mailloux, mon nom est Carole Lemay, je vous appelle au sujet de l’annonce que vous avez fait paraître dans le journal de ce matin. J’aimerais en savoir un peu plus.

– Répondez-vous à toutes les exigences formulées dans l’annonce ?

– Je crois bien que oui.

– Vous croyez ou vous en êtes certaine ?

– Euh… j’en suis certaine.

– Vraiment ?

– Oui monsieur, tout à fait.

– Quel âge avez-vous ?

– 27 ans, bientôt 28.

– Vous êtes polyglotte ?

– Oui, je parle et j’écris correctement quatre langues, l’italien, l’espagnol et, bien sûr, l’anglais et le français.

– Voici donc de quoi il s’agit. J’ai besoin des services d’une jeune femme dynamique et responsable, ayant un sens de l’initiative très développé, pour agir auprès de moi en tant que secrétaire itinérante. Je suis écrivain et je dois collaborer au niveau de mes compétences à la rédaction d’une série de volumes sur les plus grands musées du monde. Mon employeur est une grande maison d’édition française, de stature internationale. Au cours des cinq prochaines années, je dois parcourir toutes les grandes villes du monde, me documenter et visiter les musées, les grandes cathédrales et les salles de concert les plus prestigieuses. Ma secrétaire devra m’accompagner dans mon périple, s’occuper de toutes les formalités relatives à nos déplacements et bien consigner tous les renseignements que je lui dicterai.

– Cela me semble très intéressant.

– La personne que je choisirai devra entrer en fonction le lundi 2 mai prochain. Il s’agit d’un contrat de cinq ans qui prendra fin le 30 avril 1988. Ce contrat, vous devez bien vous en douter, ne sera pas renouvelable.

– Et le salaire ?

– Il sera de deux cents dollars par semaine.

– C’est moins que ce que je gagne actuellement !

– C’est à prendre ou à laisser mademoiselle, je dois cependant vous dire que je vais assumer tous les frais de déplacements, de repas et d’hôtel ainsi que les dépenses pertinentes à vos fonctions.

– C’est à considérer !

– Si le poste vous intéresse, je puis vous recevoir en entrevue, nous pourrions alors reparler de tous ces petits détails.

Je sens le rythme accéléré de mes pulsations, j’ai les mains moites, je ne sais plus si je dois dire non merci et raccrocher ou, encore, accepter l’entrevue qui m’est proposée. Il y a si longtemps que je n’ai pas pris une décision concernant ma propre vie que je suis prise de panique. Dans ma tête, les idées se bousculent. J’entends une voix qui me dit « N’y va pas, c’est de la folie, c’est un piège, tu vas le regretter, tu vas faire la bêtise de ta vie ». Mais une autre voix qui vient de très loin, des profondeurs de l’inconscient, une toute petite voix, à peine audible, mais bien réelle me dit : « Vas-y, c’est ta chance, tu ne dois pas la rater, c’est l’occasion de faire quelque chose de ta vie ».

– Vous êtes toujours là, mademoiselle Lemay ?

– Oui, je suis là.

– Peut-on se rencontrer ?

– Oui, ça m’intéresse grandement. (La réponse est sortie toute seule, comme un réflexe).

– Le mardi soir 5 avril à 20 h, ça vous convient ?

– Parfaitement.

– Je vous attendrai chez moi, au 1309 rue Musset. C’est la deuxième rue au nord de…

– Oui, je connais la rue Musset, le 1309 disiez-vous ?

– C’est exact.

– D’accord, c’est noté.

– Je vous attendrai, mademoiselle Lemay, à bientôt. Oh ! j’oubliais un petit détail, pouvez-vous m’apporter un curriculum vitae.

– Je l’apporterai.

– Au revoir

– Au revoir, monsieur Mailloux.

Pendant tout le reste de la semaine, je me suis demandé si j’allais me présenter à cette entrevue. Je pensais tantôt que c’était peine perdue, tantôt que j’allais vivre enfin une grande aventure. Tantôt, j’avais envie de décliner l’invitation par peur d’essuyer un autre refus, tantôt j’avais le goût de braver, de foncer, de me battre pour obtenir ce poste. J’aurais bien aimé en parler à quelqu’un, à maman peut-être, mais je savais à l’avance ce qu’elle me dirait ; à ses yeux, Paul Mailloux n’avait aucune chance de trouver grâce. À part maman, il n’y avait aucune autre personne dans ma vie à qui je pourrais confier mes tourments. Quand j’étais petite, papa me surnommait « la petite fonceuse » car rien ne me faisait peur. Il m’arrivait souvent de me porter à la défense de mon grand frère lorsque les gamins du voisinage voulaient lui faire un mauvais parti. Cependant, la vie a effacé ce trait de caractère, Carole « la petite fonceuse » est devenue « Carole, la timorée ». Pendant toute la fin de semaine, je me suis préparée mentalement à redevenir cette petite fonceuse que j’étais jadis. Vas-y Carole, fonce, chasse la peur, provoque le destin, tu vas réussir.

*
*       *

Le même jour, Paul s’était levé très tôt. Il n’était pas encore six heures que déjà, après une longue nuit d’insomnie à ruminer des idées noires, café à la main, il attendait le camelot qui fidèlement lui apportait le journal qui allait, comme tous les jours, le reconnecter avec la réalité du quotidien. Cette fébrilité était peu fréquente chez lui. Il est habituellement une personne calme et impassible, du moins c’est l’image qu’il cherche à projeter. Paul Mailloux cultivait un certain flegme. Il considérait que c’est là une vertu essentielle pour un enseignant et d’emblée pour un directeur d’école. Les gens le trouvaient étrange, distant, impénétrable et mystérieux. C’était un homme de peu de paroles, il craignait le ridicule et le jugement des autres. Sans véritable ami, il ne se laissait pas approcher facilement. Son espace vital était restreint, très rares étaient les gens qui pouvaient y pénétrer. Personne non plus ne cherchait à l’approcher, il avait le sentiment que les gens eussent peur de lui, ou, tout au moins s’en méfiaient. Il cultivait cette image et, pourtant, il savait qu’il en était prisonnier ; il en jouissait et en souffrait en même temps. Sa vie était faite de ces contradictions qui faisaient qu’il passait son temps à se quereller avec lui-même à se questionner sur son agir. Il n’arrivait pas à créer un lien entre ce qu’il désirait et ce qu’il faisait pour l’obtenir. Ainsi, il devait toujours vivre des situations qu’il n’avait jamais vraiment désirées. Il était souvent la victime de ses propres décisions. Mais ce matin, il ne tenait pas en place, il était comme une girouette au milieu d’une tornade. Il avait enfin osé donner une suite à son désir, faire le pas qui allait faire basculer sa vie. Si nous étions encore au temps biblique, tout comme Abraham, il adopterait un nouveau nom pour bien marquer cette nouvelle orientation qu’il allait donner à sa vie. Un nouveau Paul Mailloux est sur le point d’éclore, sa vie aura l’éclat et la longévité d’une météorite ou d’un feu d’artifice. Comme un moine dans le préau, il ne peut s’empêcher de faire les cent pas. Il se répète mentalement le scénario qu’il a préparé pour répondre à toutes ces jeunes femmes qui lui téléphoneront en réponse à la petite annonce qu’il a fait paraître dans le journal d’aujourd’hui.

À 7 h 10, il ouvrait son journal, à la rubrique « offres d’emploi ». Son annonce était là, bien encadrée comme il l’avait demandé, en évidence au sommet de la deuxième colonne. Le sort en était jeté, il ne pouvait plus reculer. Il se félicitait d’avoir enfin osé, il était fier de lui et il avait hâte : deux émotions qu’il n’avait pas ressenties depuis fort longtemps. « Ça ne coûte pas cher et ça rapporte bien », c’est ce que dit la publicité au sujet des petites annonces. Aujourd’hui, il est en mesure d’en vérifier l’exactitude. Il a reçu vingt-sept appels. La plupart des jeunes femmes ne répondaient pas à toutes ses exigences. Plusieurs se déclaraient polyglottes alors qu’elles n’étaient que bilingues. D’autres étaient tout simplement trop jeunes ou sans aucune expérience pertinente. Toutes cependant étaient prêtes à partir, libres comme le vent.

Il en a convoqué six en entrevue, les deux premières, lundi, deux autres, mardi et les deux dernières, mercredi. Son canevas d’entrevue est bien dessiné depuis longtemps ; il l’a planifié comme un général planifie l’invasion d’un pays ennemi. Ses critères de sélection sont, dans l’ordre : le nombre de langues parlées, le sens de l’initiative, le degré de culture artistique et historique, la personnalité, l’apparence et, finalement, l’expérience en secrétariat.

Il a établi une procédure de sélection en deux temps. Tout d’abord, lors de l’entrevue, il vérifiera si chacune des candidates répond à ses critères. Cette première étape passée, Paul choisira les deux ou trois jeunes femmes qui répondent le mieux à ses exigences et il les invitera à souper au restaurant afin de mieux les connaître, mieux les évaluer. Ce n’est qu’après cette dernière rencontre qu’il prendra sa décision qui sera sans appel.

Samedi 2 avril 1983

Cinq autres appels sont entrés aujourd’hui et Paul a convoqué une septième candidate jeudi. Pendant toute la journée, il a fait du ménage. Il a balayé partout, il a lavé les vitres, épousseté les meubles, mis de l’ordre dans toute la maison. Vivant seul et prenant la plupart de ses repas à l’extérieur, il ne vient chez lui que pour y dormir. Pourquoi perdrait-il son temps à entretenir cette grande maison alors qu’il n’y est que rarement présent ?

Exceptionnellement, il s’est couché très tôt. Il a ressenti d’autres douleurs à la poitrine. Il a dû travailler trop fort et a abusé de ses forces décroissantes. Il devra être un peu plus prudent s’il veut profiter un peu du voyage.

Il a du mal à s’endormir. Il est très attentif au rythme de ses pulsations, qui lui semblent très irrégulières. Au moindre malaise dans sa cage thoracique, il s’inquiète, s’ausculte et la peur l’envahit. S’il s’écoutait, il irait passer ses nuits à la salle d’urgence de l’hôpital. Branché de partout et sous la surveillance des infirmières et du médecin, au moins, il pourrait dormir en paix. Depuis que le docteur Bigras l’a informé de son état de santé, c’est comme ça tous les soirs, toutes les nuits. Paul Mailloux est un homme en sursis, pour combien de temps encore ? L’idée qu’il peut mourir d’un instant à l’autre le terrifie, il ne s’y habitue pas. Quand il a l’esprit occupé, il n’y pense pas trop, ça va bien, mais dès qu’il se retrouve seul, qu’il n’a rien à faire pour occuper le temps, l’angoisse l’étreint de nouveau, la panique s’installe et il imagine le pire. C’est pourquoi il retarde toujours le moment de se mettre au lit. Quand il décide de se glisser sous les draps, il est si fatigué qu’il sombre tout de suite dans le sommeil.

Heureusement, bientôt il ne sera jamais plus seul. Il y aura toujours quelqu’un auprès de lui, une femme qu’il aura lui-même choisit. Paul Mailloux veut bien mourir, il n’attend plus rien de la vie. Il sait bien qu’il y a en lui, de façon génétique, une incapacité chronique à être heureux, ilrésume sa vie en deux mots : honte et solitude. Quand on ne peut se regarder soi-même dans le miroir parce qu’on se déteste, comment peut-on avoir le courage d’imposer sa présence aux autres à moins de les payer ? C’est ce qu’il va faire.

Paul n’a pas eu le loisir de choisir celle qui pendant trois ans a été la compagne de sa vie, son père y a vu, lui imposant une épouse et une fille. Par contre, à 44 ans, il choisira lui-même la compagne de ses derniers jours, celle qui l’aidera à rattraper le temps perdu, à combler son déficit de bonheur. Il lui reste moins de cinq ans pour y goûter un peu.

Louise Plamondon, Élyse Gagnon, Marie-Hélène Tougas, Carole Lemay, Sandra Piché, Nicole Dutrisac, Martine Gobeil. Inlassablement, il répète ces noms pour s’occuper l’esprit un peu comme une prière, une supplique, une litanie qu’on répète des milliers de fois dans l’espoir qu’elle soit exaucée. Il les imagine toutes, l’une après l’autre, il les dessine dans sa tête. Elles sont toutes intelligentes, fines, délicates et jolies.

*
*       *

Deuxième chapitre
L’entrevue

*
*       *

Mardi 5 avril 1983

Aujourd’hui, il fait un véritable temps de chien. L’hiver n’en finit plus d’égrener ses derniers flocons blancs. En fin d’après-midi, la neige s’est transformée en pluie. L’air, tonifié par un vent vigoureux, me donne des ailes. Je marche d’un pas allègre, j’ai le cœur gai et l’âme en fête ; c’est toujours ainsi quand un rêve vient colorer ma vie. Une image surgit dans mon esprit. Je me revois, petite fille, à neuf ou dix ans, revenant de l’école le jour de mon anniversaire. J’ai hâte de voir le cadeau que mon père m’a acheté, mais, en même temps, je crains d’être déçue, car papa, à l’instigation de maman, m’offre parfois un vêtement plutôt qu’un jouet. Dans ma tête de petite fille, un cadeau, c’est nécessairement un jouet ; un vêtement, c’est le nécessaire. C’est dans cet état d’esprit, baignée par une douce euphorie sur un fond d’inquiétude, que je franchis le chemin qui m’amène à la maison.

En arrivant à mon appartement, il me faut entreprendre d’intenses travaux de débroussaillement capillaire. En effet, suite aux dégâts causés par l’action conjuguée du vent, de la neige, de la pluie et de l’humidité, ma chevelure ressemble à la pelouse des Plaines d’Abraham, après la défaite de Montcalm devant l’armée de Wolfe. Je ne dispose pas de beaucoup de temps. Dans moins de deux heures, je dois être chez M. Mailloux. Il me faut être impeccable et présenter la meilleure image possible.

De mon apparence, de mon attitude, de mes propos et de mes gestes doivent transparaître de façon évidente : la compétence, le dynamisme, la loyauté, le sens des responsabilités, le sérieux et une gentillesse toute féminine qui plaît aux patrons. M. Mailloux doit voir en moi le parfait portrait d’une jeune secrétaire de direction moderne pour qui l’intérêt de son patron passe avant tout. Sur ce point, je suis confiante, mon employeur actuel, M. Brisebois, m’a répété des centaines de fois : « Vous êtes une perle rare Carole, sans vous mon bureau serait handicapé. » Il n’en finit plus de me féliciter, de me remercier, de me flatter et, ma foi, je crois bien le mériter. Combien de fois suis-je restée au bureau très tard dans la soirée pour terminer un travail urgent ? Il est vrai que c’était souvent moins désolant que de rester seule à mon appartement, à broyer des idées noires ou à ressasser de vieux souvenirs. Je ne sais pas me vendre, je n’accroche ni le regard ni l’attention des gens, je suis un caméléon, on ne me remarque pas, on m’ignore, je me confonds avec le décor. C’est encore M. Brisebois qui me disait il y a quelques mois : « Il y a deux catégories de personnes, celles que l’on estime davantage en les connaissant mieux et celles qui déçoivent à mesure qu’on les découvre. Vous êtes de la première catégorie Carole. »

Ce soir, je dois me faire connaître, m’ouvrir davantage, vivre l’inconfort de me livrer à ce Paul Mailloux, qui doit découvrir en une heure ce que M. Brisebois a mis six mois à découvrir. Pour moi, qui suis repliée sur moi-même depuis si longtemps, le défi a la taille d’une montagne.

Le choix des vêtements que je vais porter est très important. Même si l’on dit que l’habit ne fait pas le moine, il contribue pour beaucoup à la première impression que l’on crée. Je dois être coquette sans attirer le regard, plaire sans provoquer, être sobre sans paraître austère, à la mode sans être futile. Une tenue trop sportive pourrait lui laisser croire que j’attache plus d’importance à mes loisirs qu’à mon travail. Une tenue trop sage et je risquerais de passer pour une vieille fille rabougrie, grincheuse et aigrie, un surplus d’inventaires, qui n’a pas réussi à se dénicher un homme. Je ne veux à aucun prix devenir une secrétaire-maman, qui tape les lettres et qui fait le café.

Malgré mes craintes, mes doutes et mes tergiversations, je veux cet emploi, j’y tiens vraiment et je me dois de ne rien laisser au hasard du moment. Je dois mettre toutes les chances de mon côté. C’est après plusieurs hésitations que j’opte finalement pour un tailleur brun en tweed léger que j’ai acheté il y a quelques années pour accompagner M. Brisebois dans un congrès à Toronto. Je m’assure que la jupe est assez longue pour recouvrir les genoux en position assise. Sous la veste, une blouse de couleur crème dont le collet en fine dentelle donne un peu de relief à un timide décolleté en V. En somme, ma tenue est plutôt classique, chic et distinguée, je me sens parfaitement à l’aise.

Il est déjà presque 19 h 30, je dois me hâter. J’appelle un taxi, avale un sandwich au jambon, une gorgée de Coca-Cola. J’ai juste le temps pour un dernier coup de peigne, une légère retouche au maquillage, le taxi est là. Je sens mon cœur qui bat plus vite, il est déjà 19 h 40.

Heureusement, la rue Musset n’est pas très loin. Dix minutes et 7,50 $ plus tard, j’y suis. Le 1309 est un gros cottage en pierres grises, caché derrière une haie de cèdres d’au moins deux mètres de hauteur. Je me dois d’être prudente, car la pluie s’est transformée en verglas, le sol est recouvert d’une mince pellicule de glace vive. J’actionne le bouton de la sonnette, on tarde à venir m’ouvrir. Je suis nerveuse. Je me demande encore si j’ai bien fait de venir, si je ne perds pas mon temps, si ce n’est pas une folie de ma part, une « étourderie » comme dirait maman. Une lumière s’allume, je distingue une silhouette à travers la vitre givrée, on ouvre.

– Mademoiselle Lemay, je présume ?

– Oui monsieur, c’est bien moi, je suis heureuse de vous rencontrer.

D’un geste vif qui semble le surprendre, je lui tends la main. Il referme la porte derrière moi et d’un mouvement brusque, il me tend la main à son tour.

– C’est un plaisir de vous rencontrer mademoiselle Lemay.

– C’est un plaisir partagé, monsieur Mailloux.

D’un geste de la main, il m’indique l’endroit où je dois accrocher mon manteau. Pendant que je m’exécute, il reste là, les bras croisés, sans dire un mot. Il me toise d’une façon presque impertinente des pieds à la tête. C’est fait, je suis dans l’antre du satyre ! Je ne me sens pas très rassurée. Dans son complet gris foncé, cravaté comme un ministre, ce Paul Mailloux a la physionomie sévère d’un professeur ténébreux ou encore d’un conservateur de musée. Je feins de me sentir à l’aise en esquissant mon plus beau sourire. Il me jette un regard pénétrant qui me refroidit jusqu’aux os.

– Passez donc au salon, nous serons plus confortables, me dit-il de sa voix de baryton.

Ce n’est pas une invitation, c’est un ordre, je m’exécute. La pièce, très vaste, est décorée dans un style vieillot. Les meubles sont tous en chêne massif. Les tentures, en velours écarlate d’une autre époque, font contraste avec un tapis qui fut sans doute jadis d’une blancheur immaculée. Au fond de la pièce, à droite, un vieux piano à queue orné de moulures sculptées, de style rococo, un Steinway, une vraie belle pièce de collection. À gauche, juste à côté du piano, un petit foyer métallique d’aspect moderne pour ne pas dire futuriste qui détonne dans cette pièce austère. Reposant sur la braise, une bûche pleure son agonie trop longue dans un sifflement plaintif. Une atmosphère d’une profonde tristesse se dégage de cette pièce, comme si les murs étaient imbibés des larmes suscitées par un drame affreux. Je ne me sens pas bien !

Toujours aussi avare de ses paroles, c’est d’un geste discret que M. Mailloux m’indique le divan sur lequel je dois m’asseoir. C’est un meuble gigantesque recouvert de velours doré, parsemé d’une douzaine de coussins recouverts du même tissu que celui des tentures. Je dois en déplacer quelques-uns pour m’y faire une place. Lui, s’assied sur la chaise berceuse, face à moi, juste devant le Steinway.

– Quel magnifique piano ! Vous êtes musicien ?

Ma question semble le surprendre. Il se tourne, pose un lourd regard sur le piano comme s’il découvrait soudain son existence. Pendant un long moment, il me semble que son esprit a quitté son corps pour errer dans l’univers de ses souvenirs. Mais il se ressaisit aussitôt.

– Je puis donc considérer que mon offre d’emploi vous intéresse ? poursuit-il, m’indiquant ainsi qu’il ne souhaitait pas parler de son piano.

– Oui, je suis vraiment intéressée.

– Qu’est-ce qui suscite votre intérêt ?

– C’est probablement que j’en ai assez de la routine. J’ai besoin de changement. Je rêve de visiter les grandes cathédrales européennes, les grands musées, d’assister à des concerts ou des opéras présentés par des troupes célèbres, les meilleures au monde.

– Avez-vous déjà voyagé ?

– Presque pas, j’ai déjà passé une semaine à Toronto pour accompagner mon patron dans un congrès, c’est tout.

– Pourquoi n’avez-vous pas voyagé davantage ?

– Je ne sais pas, par manque d’audace sans doute. Je suis une femme seule, célibataire de vocation, l’occasion ne s’est jamais vraiment présentée.

– Comment avez-vous découvert l’opéra et la musique classique ?

– Mes parents en étaient de grands amateurs, ils m’ont légué ça. J’ai plusieurs disques chez moi que j’écoute régulièrement.

– Partir plus de quatre ans avec un pur inconnu, cela ne vous effraie-t-il pas ?

– Oui, beaucoup ! j’ai peur, j’ai beaucoup hésité avant de venir.

– Vous êtes quand même venue !

– C’est peut-être parce que mon besoin de changement est plus grand que ma peur. Il y a des circonstances dans la vie où l’on doit foncer si nous voulons avancer et évoluer.

C’est bien plus qu’une entrevue, c’est un véritable examen au rayon X, une séance d’auscultation. Son regard me trouble, j’ai l’impression que, dans une heure, cet homme saura tout de moi. À tout instant, il s’arrête, il griffonne quelques notes dans un cahier qu’il tient sur ses genoux ; il en résulte une longue pause, un silence pesant, inconfortable. J’ai l’impression d’être un insecte qu’on examine minutieusement entre les deux lamelles d’un microscope. Il analyse chaque mot, chaque phrase, la moindre intonation ou fluctuation de ma voix. Mes réponses lui plaisent-elles ? Impossible de lire sur le visage de marbre de cet homme. Aucune émotion, aucun sentiment, aucun sourire de complaisance, il est de glace, d’un flegme absolu.

– Quelle formation avez-vous, mademoiselle Lemay ?

– J’ai fait les trois dernières années de mon cours secondaire dans un collège privé anglophone de l’ouest de l’Île, ensuite, deux ans dans un cégep francophone, en administration, puis un an en technique de secrétariat, dans une école privée également francophone.

– Vous travaillez présentement pour des ingénieurs, m’avez-vous déjà dit ?

– Depuis huit ans, en fait depuis que j’ai terminé mes études.

– Quel genre de travail faites-vous ?

– Du travail général de bureau, un peu de comptabilité, du traitement de texte, je réponds au téléphone et je tiens l’agenda de mon patron. Je confirme ses rendez-vous, je reçois les visiteurs.

– Pourquoi désirez-vous quitter cet emploi ?

– Je ne désire pas vraiment quitter cet emploi, car mon patron m’apprécie et me traite bien. Cependant, l’idée de parcourir le monde pendant quelques années me séduit davantage. C’est un vieux rêve qui deviendrait réalité ; une opportunité unique pour moi, car je n’aurai jamais les moyens de me payer un voyage autour du monde.

Pendant qu’il note ma réponse dans son cahier, j’en profite pour me redresser, car, imperceptiblement, je m’étais enfoncée dans ce fauteuil en guimauve qui exerce une forte attraction sur ma masse corporelle, j’étais très inconfortable.

– Vous parlez l’italien et l’espagnol si ma mémoire est exacte ?

– Oui, avec facilité, surtout pour l’italien.

– Où avez-vous appris ces deux langues ?

– Ma mère est italienne, pour l’espagnol c’est au cégep que je l’ai appris.

Il sort une feuille et me la tend.

– Vous pouvez me lire et me traduire ce texte ?

Je saisis la feuille, c’est en espagnol.

– Por lo qua mi si refiere, el tomar el aperitivo no se sienta mal, ni mi quita la ganas de comer.Et en français : En ce qui me concerne, prendre l’apéritif ne me fait pas de mal et ne m’enlève pas le goût de manger.

Sans faire de commentaires, il reprend la feuille et m’en remet une autre. Cette fois c’est en italien.

– In generale la cucina si fa al burro nel Nord dell’Italia ed all’olio nel mezzogiorno.Ce qui veut dire : En général, la cuisine se fait au beurre dans le nord de l’Italie et à l’huile dans le midi.

Ma traduction semble le satisfaire, mais c’est là pure supposition de ma part. Il me tend la main pour reprendre sa feuille. Puis, il se met à écrire pendant un long moment, m’ignorant complètement, comme si je n’étais plus là. Ce long intermède silencieux semble durer cinq minutes. Quel homme mystérieux et bizarre, tout à fait différent de l’image que je m’en étais faite. Il doit avoir un peu moins de cinquante ans. Assez grand, il est svelte pour un homme de cet âge. Sa chevelure noire est très fournie, bien lissée vers la droite avec une raie sur la gauche. Il a une moustache fine, méticuleusement taillée, qui lui donne l’air sérieux et distingué d’un gentleman anglais. Il ne lui manque que le parapluie et le chapeau melon pour que l’image soit complète. Il me rappelle Phileas Fogg, ce personnage de Jules Verne qui a fait le tour du monde en 80 jours avec son compagnon passe-partout. Puis, abandonnant son cahier, il me fixe du regard un long moment en se grattant le bout du nez avec son crayon.

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