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Aller simple au Paradis

De
171 pages
Aller simple au Paradis, est un roman fiction qui propose un autre regard sur les temps modernes: celui que porte deux amants sur le monde. Au travers de leurs voyages, Rose et Igor, les héros de cette histoire, connaîtront la passion, le doute, la tentation et la mort. Ils n'hésiteront pas à questionner le sens de l'évolution, l'ordre économique, les fondements de notre spiritualité, ainsi que la relation entre l'Islam et l'Occident. Leur regard sera bien sûr influencé par l'environnement social et culturel qui les entoure, mais il sera aussi sans cesse renouvelé par une forme d'authenticité et de ferveur! Les amants purifient le monde par la façon dont ils le regardent. Ils le regénèrent. Ils lui redonnent un sens.
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Aller simple au Paradis

Francis Brikké
Aller simple au Paradis





ROMAN













Le Manuscrit
www.manuscrit.com














© Éditions Le Manuscrit, 2006
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6723-6 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6722-8 (livre imprimé)













A Helena, Sarah, Nicolas,
Ivan et Marie-Thérèse











Il suffit, pour la vérité,
d’apparaître une seule fois, dans un seul esprit,
pour que rien ne puisse, jamais plus,
l’empêcher de tout envahir et de tout enflammer.

Pierre Teilhard de Chardin

FRANCIS BRIKKÉ







1


Du haut de la colline, Igor pensait. Il pensait, au
monde, à la vie, à lui-même. Il s’était assis dans l’herbe
et dominait le lac et la ville. En vérité, il ne s’agissait pas
d’un lac mais d’une rivière, le Swan River, qui se
transformait à cet endroit en une vaste étendue d’eau,
juste au pied des gratte-ciels du centre ville de Perth,
capitale de l’Australie Occidentale.
« Pourquoi la vie ? », se demandait-il en contemplant
l’infini pour y puiser un peu de son mystère. Il persistait à
croire que la vie devait avoir un sens, sinon, quelle perte
de temps ! Tant d’efforts, tant de partages, tant
d’émotions, tant de beauté, tant de pleurs, tant d’amour
pour rien ! Pour que tout parte en fumée, en une fraction
de seconde, le jour de notre mort. C’était absurde, voire
scandaleux !
Depuis qu’Igor était arrivé à Perth, il y avait à
peine une semaine, une émotion nouvelle l’habitait et se
propageait comme une légère ivresse, une douce
hypnose. Il avait l’impression qu’un passager clandestin
se promenait avec lui, regardait avec lui, écoutait avec
lui, rêvait avec lui. Quelqu’un avait élu domicile dans
son âme, à son insu. Lorsqu’il tentait de démasquer ce
troublant compagnon de voyage intérieur, c’était
13ALLER SIMPLE AU PARADIS
toujours le même visage qui apparaissait dans sa
mémoire: celui de Rose.
Il avait rencontré Rose pour la première fois lors
de la Conférence sur l’avenir social et la pauvreté qui se
déroulait en ce moment à Perth dans les locaux de
l’Université de l’Australie Occidentale. La question
sociale faisait l’objet d’une attention soutenue de la part
des médias, tant l’opinion publique était aujourd’hui
convaincue que l’équilibre même de la planète était
menacé par la multiplication des conflits sociaux et la
persistance de la pauvreté. De toute évidence, le monde
était encore à la recherche d’un idéal humain fédérateur.
Assistante de recherche au département
d’anthropologie culturelle de l’Université de Columbia à
New York, Rose était venue à la Conférence pour
présenter le résultat de ses travaux sur l’évolution. Dès
la première journée de la Conférence, Igor avait été
séduit par le charme de Rose, sa figure élégante et son
élan plein d’enthousiasme. Blonde, de taille moyenne, sa
féminité rayonnait autant que son énergie et son
intelligence. Avec un regard vif et un sourire
communicatif, elle parvenait à captiver son auditoire et
à déjouer avec adresse toutes les critiques. Elle pouvait
rester de longs moments, contemplative, à l’écoute d’un
exposé transformant ainsi le discours de son
interlocuteur en une complicité intérieure.
Leur première rencontre eut lieu dans une des
salles de la Conférence, où Igor présentait un exposé. Il
s’apprêtait à partager les résultats de ses travaux sur la
mondialisation, sujet de sa thèse à l’Ecole des Hautes
Etudes en Sciences Sociales de Paris, dont il était
devenu récemment lauréat.
14 FRANCIS BRIKKÉ
Pour lui, la mondialisation était un vaste
mouvement d’expansion géographique et imaginaire,
propulsé tout au long de l´histoire par un besoin
atavique de dépasser les frontières de l’espace et de
l’inconnu. La mondialisation n’était qu’une conséquence
historique, un phénomène irréversible, le fruit d’une
évolution.
Alors pourquoi tant de bruit autour de la
mondialisation ? La lutte contre la mondialisation était-
elle devenue soudain, peu de temps après la chute du
mur de Berlin, la nouvelle panacée capable de galvaniser
les foules vers un monde meilleur ?
Le vrai défi était ailleurs, bien plus réel, bien plus
grave. Le véritable combat à mener aujourd’hui n’était
pas celui contre la mondialisation, mais celui contre la
déshumanisation. Contre la dévalorisation de la
personne au profit du maintien de systèmes politiques
despotes, de géostratégies militaro-industrielles opérant
à l’abri de toute impunité, de licenciements massifs de
personnes pour des intérêts purement spéculatifs et
financiers, de débats politiques nationaux insipides et
grotesques ne visant que la conquête du pouvoir au
détriment du bien-être réel des populations, de la
contamination et de la pollution des écosystèmes et par
conséquent de notre habitat, de la disparition de
l’homo-diversité vers une uniformisation de la pensée.
L’enjeu de l’avenir de l’humanité ne pouvait se
limiter à une seule révision de la dimension spatiale
qu’implique la mondialisation. L’enjeu était bien plus
profond, bien plus vaste. Il s’agissait d’une dimension
vivante intérieure à chacun, à tous: notre capacité à
humaniser davantage.
15ALLER SIMPLE AU PARADIS
– “Interesting” ! dit Rose, qui était venue écouter
l’exposé d’Igor. Mais,… quelle est la suite ? On ne peut
pas se satisfaire d’une constatation, même si elle semble
pertinente.
Interpellé par cette remarque ainsi que par le
charme de son interlocuteur, Igor ne sut comment
réagir.
– Merci…Bonjour, je m’appelle Igor, dit-il en la
regardant avec une certaine timidité.
– Hello, moi, je suis Rose, dit-elle avec un accent
américain. C’était intéressant ce que vous racontiez là,
mais vous allez vous mettre à dos de nombreuses
personnes.
– Comment nier les évidences ? répondit-il
encore ébloui par le charme de Rose.
– Igor, est un prénom d’origine russe ? demanda-
t-elle.
– Oui. Mon grand-père a quitté la Russie
pendant la révolution bolchevique, comme bien d’autres
russes blancs, expliqua-t-il.
– Petit fils d’aristocrate, je présume ?
– Mon grand-père était prince.
– Woah ! Bonjour, Prince Igor, s’exclama-t-elle
en s’inclinant, comme pour marquer un certain respect,
mais aussi avec une pointe d’ironie.
– Il ne s’agit que d’un souvenir, précisa-t-il avec
modestie.
En effet, sa famille ne lui avait légué ni fortune,
ni terres, mais un autre trésor qu’il apprenait à apprécier
chaque jour un peu plus. Il ne s’agissait pas d’un bien
matériel. Il s’agissait d’une attitude, d’un comportement.
Confiant sans être arrogant, passionné sans être absolu,
altruiste sans être naïf. C’était d’ailleurs grâce à cette
16 FRANCIS BRIKKÉ
attitude qu’il avait réussi à convaincre les mandarins de
l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris,
où il terminait ses études, de l’inclure dans la délégation
qui irait à Perth.
– Et vous ? demanda-t-il à son tour, curieux de
connaître son interlocuteur.
– Mon prénom vient d’une chanson « The Rose »,
de Bette Middler. Une chanson pleine d’espoir invitant à
accomplir un rêve. Ma mère l’aimait beaucoup.
– Accomplir un rêve !… Avez-vous déjà
accompli un rêve ? demanda-t-il.
– Je ne sais pas…peut-être en partie, par petits
bouts, inachevés, répondit-elle avec hésitation.
Soudain, un tumulte se fit entendre dans
l’auditoire, et surgit du groupe en émoi la figure d’un
homme, visiblement un aborigène australien, dont le
visage meurtri pouvait laisser penser qu’il avait connu
l’indigence.
– Que savez-vous de la pauvreté ? vociféra-t-il.
Vous avez enfermé le monde dans des boites
idéologiques !
– Du calme ! S’il vous plaît ! Qui êtes-vous ? dit
avec fermeté le Président de l’assemblée.
– Je suis…, je suis un pauvre, eut-il à peine le
temps de dire alors qu’il etait emmené par le service
d’ordre.
Un certain malaise se propagea dans la salle,
auquel Igor ne resta pas indifférent. Il avait été frappé
par l’intervention de l’intrus, et était persuadé que cette
visite impromptue ne devait pas rester lettre morte.
Quelques intervenants expliquèrent que la
pauvreté était à la base de la plupart des déséquilibres et
conflits contemporains. Cependant, jusqu’à aujourd’hui,
17