Amour, bancs et voitures

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Catherine ne peut plus joindre l’homme qui a rompu avec elle. Elle se rend souvent dans le parc du Butard et lui laisse des mots d’amour derrière un banc où elle lui en avait laissé jadis. Elle attend, et cette attente lui redonne de l’espoir. Au bout de trois mois, les mots disparaissent régulièrement. Mais qui les lit ? Elle pense que c’est Pierre, mais deux autres personnes, une jeune fille et un certain Petrus, ont surpris son secret.
S’ensuit toute une série de quiproquos et de rebondissements, qui vont aider l’héroïne à « tourner la page ».
Publié le : lundi 7 juillet 2014
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EAN13 : 9791026200321
Nombre de pages : non-communiqué
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Catherine Choupin

Amour, bancs et voitures

 


 

© Catherine Choupin, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0032-1

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« Nous ne savons renoncer à rien. Nous ne savons

qu’échanger une chose contre une autre »

Freud

 

 

 

 

 

 

A ma fille chérie, Isabelle.

 

Prologue
« 
Objets inanimés, avez-vous donc une âme ... ? »

 

 

« Voici les faits. Madame de Langeais envoya sa voiture et sa livrée attendre à la porte du marquis de Montriveau depuis huit heures du matin jusqu’à trois heures après midi…

- Eh bien ! disaient les autres, madame de Langeais a commis la plus noble des imprudences ! En face de tout Paris, renoncer pour son amant au monde, à son rang, à sa fortune, à la considération, est un coup d’Etat féminin… »

Une voiture n’est pas qu’une voiture, un banc n’est pas qu’un banc, un chapeau n’est pas qu’un chapeau. Les objets ont une âme parce qu’ils sont liés à une personne et à une histoire. La voiture de celui ou de celle que nous aimons peut faire battre notre cœur aussi fort que son propriétaire, et là où d’autres ne voient qu’un banc pour s’asseoir, nous voyons le banc magique où eut lieu la plus folle des étreintes. Derrière la réalité que croient voir les autres, il en existe une autre, chargée de signes et de symboles, bien plus profonde et intéressante que la première. La duchesse de Langeais le sait bien puisque, grâce à sa seule voiture, elle réussit à faire croire au tout-Paris qu’elle s’est donnée à Montriveau, qui n’est même pas chez lui. Pour cela, il suffit qu’un jeune officier qu’elle a dédaigné passe rue de Seine, aperçoive le carrosse de celle qui obsède ses pensées, et répande la déshonorante rumeur…

Je voudrais, à ce propos, raconter une histoire de bancs, de voitures et de chapeaux. Il s’agit d’une femme qui essaie de renouer avec le grand amour qu’elle a perdu parce qu’elle a refusé de lui sacrifier ce que lui-même refuse de lui sacrifier, « la paix du ménage ». L’homme qu’elle veut reconquérir est extrêmement orgueilleux, impulsif et irascible ; il faut donc qu’elle use de la plus fine des stratégies et qu’elle fasse preuve d’une grande patience. Mais parfois, comme nous l’allons voir, le hasard, qui nous échappe, nous sert beaucoup plus efficacement que nos misérables stratégies.

 

Chapitre I
Une étrange boîte aux lettres      

 

La nuit s’était abattue sur la terre depuis que je ne voyais plus son beau et ardent visage. La noire mélancolie insufflait en moi son brouillard vénéneux, l’hiver tout entier pénétrait dans mon âme alors que nous n’étions qu’en septembre. C’était sans doute pour moi « qu’on clou(ait) en grande hâte un cercueil quelque part… ».

Quand j’avais essayé de l’appeler fin juillet, il m’avait interdit de le joindre désormais sur son téléphone portable ; j’avais bravé son interdiction, je pensais qu’il m’en serait peut-être reconnaissant, et son silence me torturait. Je n’avais entendu que… son répondeur, et les représailles furent terribles ; lorsque j’avais « craqué » une nouvelle fois, quinze jours plus tard, j’étais tombée sur la plus ignoble des messageries : « ce numéro n’est pas attribué, veuillez consulter l’annuaire et le service des renseignements ». J’avais d’abord cru que je m’étais trompée de numéro, mais, après plusieurs tentatives vaines, l’horrible évidence s’était imposée à moi : je n’entendrais plus sa belle voix au téléphone, même pas celle de son répondeur, je ne pouvais plus lui parler. Ce service des renseignements avait du reste quelque chose de troublant. Il ne renseignaitapparemmentque certains privilégiés qui auraient un membre de leur famille en poste au ministère de l’Intérieur ou à celui de la Défense nationale. Les autres n’avaient plus qu’à mourir d’amour ou…à guérir.

Voilà encore un exemple de ces petites phrases anodines que chacun connaît et a entendues sans y prêter une grande attention. Qui pourrait soupçonner qu’elles peuvent parfois tuer ? En tout cas, Pierre savait que cette phrase aurait sur moi l’effet du célèbre arrêt de l’ancien Code pénal : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Il avait changé « d’opérateur » pour rompre chirurgicalement avec moi et pour couper définitivement les ponts. Ce n’était d’ailleurs pas si facile, et je tentais (vainement) de me consoler en me disant que les efforts qu’il avait dû déployer pour arriver à ce résultat montraient combien j’occupais encore ses pensées !

Certes je possédais son courriel, mais à quoi bon ? Il suffisait qu’il me classât dans les « messages indésirables », et même si je lui adressais mille suppliques, il n’en saurait jamais rien. Il pouvait aussi changer d’adresse électronique ; quelqu’un qui était capable de changer de numéro de téléphone en si peu de temps était capable de tout, même à son détriment.

Lui écrire une lettre chez lui ? Et si sa femme tombait dessus ? Ce n’était même pas la peine d’y penser, il viendrait m’invectiver sur mon lieu de travail ou crever mes pneus. Une chose était sûre : une telle audace compromettrait définitivement mes chances d’être à nouveau dans ses bras.

Désespérée, je me rendis dans le seul lieu où j’avais encore envie d’aller, le pavillon du Butard. L’architecte Gabriel fit ériger ce pavillon de chasse pour Louis XV : le roi libertin y pratiquait deux sortes de « chasses ». Napoléon 1er l’acheta pour s’y promener à cheval, le couturier Poiret le restaura au début du XXe siècle. Il sert aujourd’hui de cadre à des soirées ou à des expositions. Il donne sur un grand parc et sur une forêt profonde, la forêt de Fausses-Reposes, qu’apprécient les citadins en quête de nature et de… vrai repos. Ce nom paradoxal évoque les feintes du cerf ou du sanglier qui se cachait dans un repli du terrain ou dans un fourré pour déjouer la meute de chiens qui le pourchassaient. Joséphine aimait beaucoup flâner à l’ombre des châtaigniers ; la veille de sa mort, elle avait écrit une lettre qui disait son projet de se rendre au Butard le lendemain.

C’est le lieu où Pierre et moi nous nous étions le plus souvent promenés, car il constitue un asile de verdure et de calme à cinq minutes en voiture du Chesnay. Lorsque nous n’avions qu’une heure, voire une demi-heure devant nous, nous nous évadions là-bas et nous marchions gaiement dans les bois ou comparions nos lectures, assis sur notre banc. Le parc offre aux visiteurs quatre bancs, symétriquement répartis, mais nous choisissions toujours le même, sans doute parce que le soleil s’y repose souvent lui aussi. De toute évidence, c’était le banc le plus prisé de tous, et il arrivait que je ne pusse venir m’y asseoir, après avoir attendu en vain le départ des couples qui semblaient y prendre racine.

Ce banc, c’était le banc du bonheur. Il pouvait sembler étrange que je trouvasse du plaisir à y retourner. Pourtant c’était le cas. La première fois que j’y étais revenue seule, je m’étais dit que j’allais remuer le fer dans la plaie et déclencher un déluge de larmes. Ce fut le contraire qui arriva. Barrès disait qu’ « il est des lieux où souffle l’esprit », je dirais qu’au Butard souffle la sérénité, bien que la sérénité évoque plutôt l’image d’une mer étale que ne trouble aucune brise. Le banc du bonheur était devenu le banc de la solitude ou le banc du souvenir du bonheur.

Le Butard était ainsi devenu pour moi comme la charmille de Catherine dans la nouvelle juvénile de Jane Austen, un lieu en dehors du temps, en dehors de la souffrance : « Ce lieu exerçait sur ses sens un tel charme qu’il tranquillisait toujours son esprit et rendait le calme àson âme ». J’y lisaiset relisais d’ailleurs ces romancièreset ces romanciers anglais du XIXe siècle que j’aime tant.

Je dois avouer que le plaisir que je trouvais à aller là-bas était aussi inspiré par le désir secret d’y retrouver Pierre, qui n’était pas homme à renoncer à une promenade agréable sous le motif qu’une femme indésirable aurait pris possession du terrain. Je l’entendais, comme si j’y étais, s’exclamer, tel Swann à propos de Pierrefonds : « Que diable, le Butard est à tout le monde ! Il ne lui appartient pas ».

Je prolongeais donc mes stations sur le banc en espérant cet improbable retour. Je me remémorais les instants bénis que nous vécûmes ici, les paroles exaltées que nous prononçâmes, les baisers profonds que nous échangeâmes dans la forêt, loin du regard des mortels, ce qui convient à des baisers divins. Ici même, il me donna son premier baiser lors de notre premier rendez-vous : il me raccompagnait à ma voiture (chacun était venu avec la sienne, par prudence) et paraissait me dire au revoir d’une manière assez détachée. Me conformant à son attitude, je lui tournai le dos et m’apprêtai à ouvrir ma portière, déçue de n’avoir même pas droit à un serrement de main significatif, mais peu désireuse de manifester ma déception, lorsqu’il m’appela, pour la première fois, par mon prénom : « Catherine ! ». Depuis, il avait dit ce prénom des milliers de fois, mais je n’oublierais jamais cette fois-là ; l’intonation chantante et légèrement étrangère en est à jamais gravée dans les oreilles de mon cœur, si je puis dire. Je me retournai et aussitôt il me prit dans ses bras avec une fougue et une douceur que je n’avais jamais connues. Quand il cessa de m’embrasser, j’étais chavirée, chavirée pour toujours.

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