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Amour fragile

De
226 pages

Deux jeunes adolescents passent leur jeunesse dans l’écrin provençal que je décris de caresses d’âme. Les études, le destin respectif de chacun les séparent mais, dans un concours incroyable de circonstance, ils se retrouvent afin de vivre une amitié amoureuse, seul sentiment qui traverse les hivers de la vie .L'amitié pour fondations, puis l’amour aussi fragile qu'inattendu...
Aimer n'est point oser pleurer dans les larmes de l'autre. L'amour est un arbre dont les fruits se cueillent sur les plus hautes branches pour d'un équilibre fragile oser cueillir ceux qui sont inaccessibles.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-60658-7

 

© Edilivre, 2013

Prologue

La Provence… Seule région où la clémence de l’hiver s’autorise le droit d’anticiper les prémices printanières, où la tramontane parfois capricieuse dépose ses armes. Les cheminées, parvenues au point de non retour d’une jouissance saisonnière, sonnent l’hallali des derniers froids, laissant s’échapper voluptueusement quelques traînées blanches annonciatrices de la fin de l’hiver. D’un regard extasié je constate avec satisfaction que celui-ci n’a pas pris fâcheuse mesure sur cet environnement. Enfin je vais pouvoir libérer ma pensée, étendre mon champ visuel à cet horizon cotonneux, embrumé de doutes si souvent installés en dualité avec le moteur de l’humanité, l’espoir.

Fatigué, la hâte de me reposer suscite en moi un besoin d’apaisement contemplatif. Je m’assois sur une vieille pierre sculptée par l’érosion, empreinte inexorable du temps. Courbé, accoudé sur mes genoux en position méditative, admiratif, j’assiste à la naissance prématurée de quelques crocus, constatant à leur pieds une fissure de terre fraîchement craquelée par le feu du soleil. Par quel prodige peuvent-ils associer leur fragile beauté à une telle opiniâtreté, leur farouche volonté ayant pour seul objectif de défier cette ultime couche terrestre asséchée afin d’y venir embrasser la douceur printanière. En signe de victoire où résurrection trouve place, gaillards, la tige ferme et vindicative, d’un air pétri d’assurances les plus téméraires, ils jettent à la face de leur nouveau voisinage des pétales d’un jaune vif velouté au point d’en exciter les sens de la faune environnante.

D’un sourire discret, je contemple, ébloui, ces pieds de lavande qui, révérencieusement sous caresses de brise, s’abandonnent au plaisir d’une danse parfumée de senteurs méditerranéennes.

Indifférents au cycle des saisons, stoïques, les chênes verts se refusent à changer la parure de leur toilette. Telles des sentinelles, gardiens de cet écrin naturel, dans un ballet de Sade nuancé de sensualité, les cimes des pins et les oliviers orchestrent leurs déhanchements lascifs empreints de volupté, respectueux des caprices d’une brise doucereuse en lisière de bourrasques plus autoritaires.

Rassasié d’une telle gourmandise visuelle je décide d’aller me promener. Sans aucune destination précise, mes pas guidés par le hasard, j’emprunte ce petit sentier où l’ombrage excelle. D’une démarche paisible, sereine d’assurance, je me laisse surprendre aux bruits secs de branches de bois mort, dépouillées de toute survie possible. J’emplis mes poumons allègrement, m’enivrant de ces senteurs provençales. Mon regard est à l’affût du moindre détail pour de temps à autre lever la tête en quête d’un vol d’oiseaux, ou de celui d’un papillon aux ailes multicolores. Je laisse mes yeux, soumis au clignotement de mes paupières, jouer dans le feu de chaque rayon ensoleillé et dont l’intensité m’inonde de sa luminosité. Quel paradis ! Quel cadeau du ciel !!! Un sourire furtif aux lèvres, je continue ma ballade, prenant pleinement conscience qu’instamment je suis l’homme le plus heureux de cette planète.

Soudain j’aperçois, dissimulée derrière une touffe de végétation, une fleur… Oh !!! Je n’ose y croire ! Une orchidée sauvage d’un bleu soyeux, auréolée d’un pastel de même couleur. Immobile, souffle coupé, émerveillé, j’hésite à m’approcher dans la crainte de profaner par ma présence le privilège de cette rencontre magique. Comment aurais-je pu imaginer cueillette sans offenser le respect du à la nature ? Quelle délicatesse ! Quel bonheur ! Quelle grâce en suspension d’étonnement ! Timidement, dans une flexion cérémonielle, de bonne intention, je m’agenouille, me penchant exagérément en avant afin de l’observer de plus près. Instinctivement j’approche avec délicatesse mon nez en bordure de pétales. Mes narines, éclaboussées de plaisir s’enivrent de son odeur aux essences de liberté, fragrance que nul parfumeur ne serait en capacité d’extraire pour en créer copie.

Figé par cet instant surnaturel, je ressens à quel point je suis amoureux de la nature, quelles que soient ses saisons et ses caprices ! À quel point j’aime ses joyaux trop souvent bafoués par l’indifférence du quotidien ! À quel point j’apprécie d’éterniser mes réflexions à la lecture de ses messages ! Mais nous, ses locataires, lui avons-nous octroyé tout le respect qu’elle mérite ? Le hasard du destin a voulu par cette grâce me faire comprendre combien la frontière entre l’admiration et le viol visuel est infime. Doucement, je me relève pour ne pas déranger outre mesure, et poursuis mon chemin.

Mon ombre silencieuse, ma doublure, fidèle compagne, ne me quitte point, elle mime harmonieusement mes gestes et comportements, m’accompagne sans en avoir le choix dans cette promenade jouissive.

Dans leur vol fou les oiseaux lacèrent le ciel en milliers de lambeaux. Avec minutie et de manière sélective, les abeilles bourdonnent en quête du meilleur pollen. D’un coup d’aile aussi délicat que paresseux les papillons flirtent de-ci de-là, sans destination précise, mais assurément avec la ferme intention de mettre en exergue leur parure de soie multicolore. Devant moi une clairière, ouvragée par la main cruelle de l’homme, offre malgré tout un havre de paix où seul s’impose un silence ecclésial. De son appétit féroce le feu du soleil ne peut ignorer cet espace dénudé de toute végétation originelle. Une bouffée de chaleur envahit mon corps, la peau me brûle, ma sueur telle des perles de rosée matinale ruisselle lentement le long de mes joues. D’un rapide coup d’œil à 180° je prends conscience de l’espace dans lequel je viens de pénétrer, tout en repérant quelques ombrages protecteurs d’éventuels coups de soleil.

En observateur avisé, je distingue au loin une forme animale, assurément un lièvre assis tranquillement sur son postérieur, en train de calculer son angle de survie jusqu’à son plan de repli afin d’échapper aux impitoyables intentions couramment orchestrées par les chasseurs. Ma bouche esquisse un sourire narquois. Face à face, dans un immobilisme absolu, qui a peur de l’autre ? !!!! Majestueux, maître de lui, ses grandes oreilles se dressent, telles des paraboles de satellites actives, changeant d’orienta-tion au moindre bruit suspect. Après avoir mesuré le danger potentiel, par petits bonds successifs, il se faufile pour disparaître furtivement dans les fourrés. Voilà bien une rencontre inattendue où la spontanéité de l’homme et celle de l’animal se mesurent à l’instinct de survie, preuve du peu de chemin qui les sépare.

D’un pas feutré, sur un tapis de thym sauvage où quelques arbousiers au feuillage huileux tentent de subsister, avec précaution, je me déplace lentement pour ne rien perdre de ce paysage de carte postale. Entre les troncs de chaque pin les rayons de soleil jouent à cache-cache, composant ainsi un damier de diamant. Des flashes de lumière jouent avec l’ombre tel un kaléidoscope sans structure définie.

Je mesure à quel point il est bon d’archiver ses souvenirs, il est bon de respirer les saveurs de l’instant pour se sentir impartial entre hier et demain et de jouir de l’immobilisme du moment, il est bon de déposer ses soupirs dans l’antre de l’apaisement où règne la plénitude.

Suspendre notre imaginaire au seuil de nos rêves, nous glisser dans ce diaporama écologique, nous identifier à ces paysages, me donnent envie de faire de mes regrets la tour Effel de mes espoirs les plus fous.

D’un appétit gargantuesque, les nuages étirés par le vent avalent ces quelques traînées blanches de fumée issues de cheminées frileuses et voilées par l’ardeur des premiers rayons de soleil printaniers.

J’aime écouter le bruit du silence, j’aime le beau orphelin des regards, j’aime la discrétion de cette pudeur maladroite. J’aime parfois laisser la raison accrochée aux étoiles, j’aime douter pour que passe le temps.

Seule ma Provence bien aimée ne se dévêt point du camaïeu de ses pastels, les saisons n’y ont aucune influence sur le cycle du temps, seule sa gourmandise lumineuse la rend jalouse des tapisseries de Laurencin.

Oh oui ! Que ma Provence est belle ! D’un appétit insatiable, mon odorat ne se lasse pas de cette brise fleurant bonne les senteurs de miel, les pieds de thym sauvage aux brindilles ébouriffées presque quelconques d’apparence.

Oui, j’aime Dame Nature, ses éléments, ses colères. Je voudrais pouvoir déposer champs de coquelicots sur l’autel de ses orages. L’alliance du Bien et du Mal n’est-elle pas le trait d’union d’un infime équilibre d’espoir ?

J’aime observer ses collines pisser en sources d’eau limpide, impassibles. J’aime caresser les caprices de mon ouïe sensible au bruissement des gouttes d’eau se dispersant en chapelet et qui d’un floc-floc cadencé s’écrasent dans ce bassin de vieilles pierres taillées par la corne d’une main assurée et experte.

Il est temps pour moi de rebrousser chemin, la faim titille le creux de mon estomac jusqu’à me déconcentrer des merveilles qui m’entourent. Je quitte cet écrin non sans regret. Instinctivement j’en fixe les souvenirs au plus profond de mon être. À présent la seule pensée du bol de chocolat qui m’attend fait naître en moi une grande excitation.

Je vous promets, chères lectrices et lecteurs d’écrire mon roman aussitôt ce festin matinal terminé. Comment s’adonner à la grâce de l’écriture sans les apports énergétiques d’un copieux petit déjeuner ?

Quelque peu essoufflé j’arrive à la maison, les poumons remplis de cet élixir de jouvence, batterie de cuisine de circonstances en avant ! Voilà déjà mon chocolat sur le feu ! Plus il chauffe, plus ces volutes parfumées aiguisent mes papilles. Humm ! Je m’installe sous la tonnelle de glycines, la garrigue en toile de fond m’efforçant d’en discerner les moindres détails qui en font tout son charme. Mon regard s’y baigne, s’y noie, s’impatiente d’être à demain pour en jouir encore et encore… Je suis bien.

Imposant par sa taille, le gros pain de campagne encore tiède domine la tablée, il en est le maître. Avec une régularité rassurante je le coupe en tranches prêtes à être tartinées. Mon bol en lisière de bouche, juste sous mon nez, me fait oublier momentanément que la misère existe, voilà comment naît en chacun de nous un certain égoïsme qui, saupoudré d’inconscience, nous permet de vivre l’indifférence.

Afin de faire durer le plaisir mon palais, par petites gorgées successives, se languit de cette restriction sadiquement organisée par mes soins. Après trempettes successives d’un petit bruit sec, mes tartines beurrées craquent sous mes dents. Tel un four de boulanger ma bouche s’empresse de vivre ses premières émotions, chocolat, pain grillé, beurre et confitures diverses, pour en malaxer la consistance gourmande.

Isolé, presque anodin au milieu d’une table quelque peu en désordre, devant moi un pot de confiture de fabrication maison dont la recette ancestrale repose sur l’amour fusionnel entre la qualité du contenu et le respect du savoir faire. Dans un sourire aux lèvres pincées, d’un regard de convoitise mon imaginaire culinaire scanne l’épaisseur du pot qui absorbe généreusement les reflets du soleil. Dans ce jeu de lumière je distingue quelques morceaux de fruits confits provenant du verger de mes grands-parents, cueillis en pleine maturation et dont la qualité confirme le fondement de mon observation.

Saisi d’une envie gourmande de petit garçon exigeant, je m’arroge le droit d’imaginer qu’une petite tartine de cette confiture là pourrait satisfaire un désir bien compréhensible. J’ouvre le pot, puis j’y glisse ma petite cuillère avec une sensualité non déguisée. Avec nonchalance sans débordement maladroit, je nappe doucement de confiture mes tranches de pain grillées. Mes papilles s’encanaillent jusqu’à en devenir insupportables et déraisonnables. Vient alors l’instant magique de la mise en bouche…quel régal ! Je sens encore ce petit filet sucré, onctueux, qui essaie de s’échapper en dégoulinant sur ma lèvre inférieure, et d’un vif coup de langue goulue je remets immédiatement de l’ordre à tout cela !!!

Ces moments là, n’entrent-ils pas dans la panoplie des justes et vraies valeurs de la vie, ne sont-ils pas ceux qui traduisent le mieux la simplicité de la beauté, d’une qualité de vie ? Je le crois vraiment. Après ce petit déjeuner et au-delà de tout qualificatif d’appréciation me voici fin prêt à tartiner la folie des mots, mais cette fois pour écrire mon roman.

Je vous invite à présent chères lectrices, chers lecteurs, à m’accompagner sur cette terrasse ombragée d’une glycine mauve pour assister à la naissance de mes deux personnages, Jean Claude et Bernard qui ont foulé ensemble cet écrin de verdure dont je suis moi-même tombé amoureux.

Chapitre I
Jean-Claude et Vanessa

Jean Claude et Bernard ont grandi ensemble dans le petit village provençal de Saint-Siffret, ravissante petite commune située au pied de la chaîne des Cévennes, entre l’ancien Duché d’Uzès et Pont saint Esprit. Ses maisons en fragile suspension, s’accrochent au flanc d’une colline rocailleuse où règne depuis des générations un bien être absolu et où il fait bon vivre.

Dès leur plus tendre enfance ces deux compères, inséparables, ont joué ensemble, collectionnant petites et grandes bêtises d’adolescents. Unis par une complicité à toute épreuve, leur bonhomie témoignait d’une intense joie de vivre, leur sourire étaient si radieux à rendre jaloux leurs éclats de rire. Quelle paire que ces deux là ! Rien ne leur échappait, jusqu’au jour où leurs études respectives allaient les séparer. La raison et le bon sens étaient là pour leur rappeler que l’avenir de chacun devait se construire par des études qui seules leur assureraient une position sociale respectable.

Jean-Claude, d’une corpulence élancée, du type genre hidalgo aux traits fins, brun, au regard d’un vert sombre, et d’une assurance sans faille était le reflet de l’élégance masculine avec un zest de féminité. Son physique ne laissait aucun doute sur son origine hispanique. Il affûta sa jeunesse par de brillantes études qui le propulsèrent quelques années plus tard ingénieur en agronomie. Belle réussite, premier de sa promotion, fierté de sa famille. Ses proches, réjouis de sa fulgurante ascension le montraient en exemple. Il était la figure de proue d’une famille modeste dénuée de la moindre écaille de reproche, et dans laquelle seule l’honnêteté était de mise, le verbe juste, sans artifice ni complaisance. Une famille unie qui, naturellement, avait toujours fait les bons choix pour ses enfants.

Devenu adulte, à l’aube d’une vie professionnelle pleine d’avenir, le jeune homme trouva son premier job dans le département de l’Yonne en Puysaie, tout près de Saint-Fargeau. Cette petite ville Bourguignonne, connue pour le charme de son château dont l’origine remonte au dixième siècle, lieu de résidence de personnages aussi célèbres que le grand argentier Jacques Cœur, est encore aujourd’hui chaque été le théâtre de somptueux spectacles historiques.

Inondé d’une volonté farouche, persévérant, Jean-Claude fut vite reconnu comme élément de grande valeur, couvert d’éloges par ses aînés. De par sa détermination et son sérieux professionnel, tous lui prédisaient un avenir plus qu’honorable.

Absorbé par son travail, poussé certainement par la conjonction du hasard et du destin, il trouva le moyen de caser dans son agenda l’invitation à un vernissage, trouvée dans la boîte aux lettres de son lieu de travail. Pendant un dixième de seconde Jean-Claude marqua un temps d’arrêt, surpris d’avoir si vite accepté et paraphé le bristol qu’il devait retourner à son expéditrice, une jeune artiste peintre du nom de Vanessa Marchal. D’un hochement de tête il prit acte de ce bref instant d’abandon pour finalement en sourire jusqu’à s’accorder indulgence.

Son élégance était parfaite, l’allure à la fois légère et stricte, un port de tête de jeune premier, cheveux tirés en arrière mettant en valeur la luminosité de ses yeux verts émeraude qui lui donnaient à la fois une allure sévère et rassurante. Sa prestance et son charisme, étoffes de sa personnalité, tissaient une parfaite harmonie entre l’homme et ses fonctions aux grandes responsabilités. Désireux d’honorer l’invitation, d’être comme de coutume l’homme le plus élégant de la soirée tout en laissant derrière lui une journée de travail inachevée, il se surprendre lui même, campé devant le miroir du salon, à sourire de cet instant de faiblesse. Son autosatisfaction rassurante faisait vite oublier cette négligence passagère, il était désormais fin prêt à se rendre au vernissage de Mademoiselle Vanessa Marchal.

Assis au volant de sa voiture, durant tout le trajet, l’esprit rêveur, ses idées vagabondèrent dans les méandres du doute et d’incertitudes. Il arrivait plus à mettre les réponses aux questions qui se succédaient au fil des kilomètres. « Qui sera là ? » « Serais-je à la hauteur ? » « Comment ces gens vont-ils me percevoir ? » « Qui est cette jeune artiste, comment est-elle ? »

Un crissement de pneus sur le gravillon accompagna le braquage brusque de Jean-Claude enfin parvenu à destination. Une vaste propriété, dressée au milieu d’un parc aux arbres centenaires, une maison bourgeoise, cossue, privée de toute décoration extérieure ostentatoire. De grandes baies vitrées propices à la luminosité indispensables à l’artiste qui doit avoir le don de voir ce qu’autrui ne vois pas. Comment ne pas mettre en exergue la splendeur de l’art sans que lumière ne jaillisse de toute part ? D’un pas léger, habité par certaine curiosité, Jean-Claude se saisit de la main de bronze scellée à la porte de chêne massif et frappa de deux coups secs. Il distinguait confusément les rires qui fusaient en échos tous azimuts, puis dans un grincement de gonds mal huilés les battants s’écartèrent. A ce moment, Jean-Claude, sans quitter de son regard respectueux la personne qui venait de lui ouvrir, lui présenta les civilités d’usage. Empressé d’affronter cette assemblée mondaine disparate il cherchait des yeux avec cette insupportable impatience qui le tenaillait depuis son départ, l’artiste organisatrice du vernissage, cette demoiselle Vanessa.

D’une discrétion courtoise les regards se devinèrent puis se croisèrent sans froisser la pudeur de chacun, laissant le mystère au mystère. Vanessa tourna instinctivement la tête vers son futur destin, ce dont elle ne pouvait point se douter en cet instant même. Une coupe de champagne à la main, entourée de maints admirateurs, son regard se figea sans ciller dans un immobilisme foudroyant qui attirait aussitôt l’attention de son entourage. Elle était vêtue d’une robe de soirée en mousseline de soie couleur lie de vin. D’émotion, elle laissait tomber sa coupe de champagne sur le marbre du salon. Le bruit sec du cristal provoqua dans la salle un blanc, les secondes devinrent éternité. Dans le même état émotionnel, Jean-Claude n’avait rien à envier au comportement de Vanessa, le diagnostic de ce trouble réciproque n’était-il pas ce que l’on désigne communément « coup de foudre » ? Ce ressenti qui vous poignarde en plein cœur et bouleverse votre vie sans engendrer la moindre crainte, cette sensation inattendue qui sème subitement le désordre dans l’existence sans que l’on puisse percevoir la réalité de ses conséquences. La magie d’un tel moment ne nécessite aucune explication.

Telle une chape de plomb, un silence monacal s’était abattu sur la pièce pendant cet arrêt sur image. Interloqués, les hôtes devenaient les involontaires témoins de la naissance d’une histoire d’amour. Tout en s’approchant de Jean-Claude, d’une voix aussi féminine que sensuelle, Vanessa demanda à ses invités de continuer pour éviter que cette situation particulière ne crée une gêne excessive. D’un fluide et noble pas de princesse digne d’un premier bal de jeune fille, Vanessa avançait, son regard ne quittant toujours pas celui du jeune homme. D’un geste élégant, elle lui tendit sa main qu’il effleura d’un baiser. Devant la délicatesse de cette demande et la façon dont Jean-Claude venait de s’exécuter, nous ne pouvons douter que ces jeunes pousses, allaient être dépourvues de tout système immunitaire à l’encontre de cette harmonie amoureuse. Il y a des moments où le bruit du silence a toute sa signification, où les attentes deviennent désirs, où le temps devient passion sans en connaître la force ni les conséquences.

Après l’échange de quelques sourires discrets, ils s’engouffrèrent au cœur de cette assemblée conviviale. D’un geste d’une évidence déconcertante, Vanessa prit soudain Jean-Claude par la main, l’entraînant près de ses chefs-d’œuvre, fruits de plusieurs années de travail. Un silence pudique, une brise de timidité qu’exigeait une attente admirative, furent suivis de quelques commentaires feutrés. Attentif au moindre détail artistique, Jean-Claude, par chuchotements rapprochés, félicitait généreusement Vanessa et à juste titre, puis d’une politesse brossée de sincérité, lui déclarait qu’il trouverait désormais fâcheux de ne point la voir un jour au sommet de son art.

Mal à l’aise parfois sous l’insistant regard de Vanessa, les yeux de Jean-Claude fuyaient pour s’éterniser hypocritement sur une toile qui parfois ne méritait pas quelconque admiration. Dans cette confusion la pudeur de leurs regards jouaient à cache-cache, se cherchaient, se dérobaient, sans oser dire qu’is crevaient d’envie de se noyer l’un dans l’autre. Empreints de conviction, leurs échanges verbaux leur faisaient oublier cet environnement mondain. La sensation d’être seuls au milieu de tout ce monde leur était jouissive, enfin !! seuls au seuil de leur destin. Les dernières joutes de cristal où coupes de champagne s’embrassaient ayant pour seul témoin l’élégance, annonçaient la fin prochaine de la soirée.

Sous une volée d’applaudissements nourrie d’encouragements sincères, Vanessa amena de force Jean-Claude au milieu du salon pour à ses cotés profiter avec elle du succès de cette chaleureuse soirée. Etrangement elle se sentait coupable d’avoir pratiquement passé toute la soirée avec lui sans la moindre indulgence pour ses invités, elle ressentait le besoin de leur présenter ses excuses pour avoir inconsciemment fait preuve d’un excès d’égoïsme.

Ils se séparèrent enfin, se promettant de se revoir, imaginant chacun le souhait d’un scénario identique, sans en dire mot.

Jean-Claude se disait en lui-même « vivement une prochaine fois… »

Vanessa ajouta : « Je suis ravie de cette soirée, à bientôt peut être… »

Leur relation sentimentale allait évoluer crescendo pour s’immiscer peu à peu dans leur quotidien, diluant progressivement leur célibat en souvenirs.

Jean-Claude apprenait rapidement à se partager entre sa vie amoureuse et ses responsabilités professionnelles. Cette coexistence, au lieu d’être difficile, le plaçait bien au contraire sur un socle inébranlable, rien ne pouvait plus lui arriver de fâcheux. Vanessa, pendant ce temps, roucoulait, laissant glisser son coup de pinceau à la lisière du paroxysme de son art.

La vie, les circonstances, veulent qu’un jour nous archivions notre adolescence, sans toutefois l’enfouir à jamais. Dans cette évolution qui d’évidence ne peut pas être un scoop, l’horloge impitoyable du temps rapprochait de plus en plus nos tourtereaux du mariage et les accompagner vers cette union sacrée, pacte complice de l’amour.

Vanessa, en artiste peintre avertie, maîtrisait à la perfection sa passion, et par sa griffe personnalisait son style pour rapidement ouvrir sa galerie au 17 rue des Sages à Saint-Fargeau tout près du village de Saint-Sauveur en Puysaie, commune où Colette avait excellé elle-même dans des confessions littéraires ne laissant aucun doute sur sa vie tumultueuse. Quant à Jean-Claude, travailleur acharné insoupçonné, il gravit avec une facilité surprenante les échelons de sa carrière professionnelle.

Ils dénichèrent pour location une petite maison bourguignonne entourée d’un lopin de terre de caractère sauvage. Il possédait un goût commun pour ce type de bâtisse en pierre taillée du pays de couleur grise comme l’acier. Le toit pentu était recouvert de petites tuiles d’ardoise. Les murs, épais, étaient envahis par une épaisse vigne vierge qui ressemblait à une excroissance naturelle vert foncé dont l’environnement s’accommodait fort bien. Fiers de leur trouvaille, l’intérieur fut rapidement meublé de façon relativement austère où la patine aux essences de chêne et de noyer était de mise, et où quelques reliques et bibelots chinés chez les antiquaires des environs trouvaient leur place avec justesse. Vanessa aimait jouer avec les contrastes, mélangeant allègrement l’ancien et le contemporain. Sa touche personnelle trouvait instinctivement l’harmonie adéquate. Elle assemblait naturellement une armoire bourguignonne de bonne facture avec un fauteuil acheté chez un de ces designers dont la notoriété attirait ces parvenus qui ont pour coutume de mesurer la valeur de l’art au montant de la facture. Rien ne rend plus prospère que la stupidité, il suffit d’un peu d’intelligence pour exploiter la bêtise de ces nouveaux riches.

Ils trouvèrent très vite l’harmonie dans leur couple, une harmonie jalousement perceptible par leur entourage. Chacun anticipait naturellement sur la réaction de l’autre, comme en apesanteur permanente entre tendresse et admiration. Nous vîmes rapidement apparaître un petit bout de chou, une petite fille prénommée Mohanna, adorablement potelée à donner envie de la croquer, enfant fruit de l’arbre de l’amour qui ne peut se cueillir qu’à quatre mains. Seule une grande complicité amoureuse peut être coupable d’offrir un tel diamant tant désiré. Comme un cours d’eau nonchalant en caresses de berges, installée confortablement, cette petite famille nouvellement constituée respirait le bonheur jsuqu’à en perdre haleine dans un bien être absolu.

Chapitre II
Bernard et Christine

Bernard, l’incarnation nordique, les traits fins, blond comme les gerbes de blé en juillet, de stature longiligne, arborait une chevelure magnifique. La profondeur océane de son regard bleu azur laissait présumer d’anciennes et futures victimes féminines. Issu d’une famille plus aisée que celle de Jean-Claude, le père de Bernard notable chirurgien spécialisé en urologie était à la retraite. Sa mère de même origine sociale que son mari, loin d’être une parfaite femme d’intérieur, était professeur de piano. Bernard avait deux sœurs, ses cadettes de quelques années, Isabelle et Myriam.

Il fut en grande partie élevé et éduqué par sa nounou, Clémentine, veuve dès l’âge de vingt cinq ans et qui, tel un sacerdoce, ne remit en aucun moment en question sa solitude intime. Elle appartenait à cette génération de femmes pour lesquelles la fleur de l’extrême intimité ne pouvait supporter l’idée d’être partagée, malgré le destin cruel d’abandon lié à la séparation.

Quelle femme ! Bien plantée sur ses jambes, la croupe appétissante, les hanches d’une assurance de matrone en parfait équilibre, dotée d’une poitrine opulente et généreuse de bonne laitière, à vrai dire quelque peu engoncée dans un soutien gorge bien trop petit, le trop plein faisant presque disparaître les bonnets de ce dernier. Ses mouvements harmonieux et ses déhanchements n’avaient rien à envier à ceux d’un mannequin d’Yves Saint Laurent. Elle connaissait absolument tous les recoins de la propriété. Les parents de Bernard lui vouaient une confiance au-delà de tout ce que l’on peut concevoir. Seconde maman à part entière, vaillante, sans compromission, elle articulait en maîtresse femme tous les rouages de la maison dont le fonctionnement était irréprochable. Avec un regard de primate domestiqué à la fois fuyant et respectueux, concentrée sur la tâche du moment, d’un œil inquisiteur elle anticipait déjà la besogne suivante. Clémentine, malgré le poids de son travail éreintant, prenait le temps d’adresser quelques furtives petites caresses sur les joues de porcelaine des enfants qui, sans compter, par quelques sourires juvéniles les lui rendaient largement.

Brillant dans ses études, passionné d’aéronautique, Bernard collectionnait, de la part de ses aînés, mentions sur mentions. Nommé major de sa promotion, il embrassa aussitôt la vie active au poste de copilote chez Air-France. Avec son premier vol son rêve d’enfant se réalisait enfin. Assoiffé d’espaces, de liberté, d’horizons sans frontières et de cultures différentes, le voilà aux commandes de son air bus A320. Très vite reconnu par ses aptitudes et son talent, on lui attribua la ligne Paris Tunis Paris, une consécration pour un débutant, car il était rare d’endosser, à peine promu, de telles responsabilités sur une ligne régulière.

Bernard savourait le fruit de dix années d’études. Uniforme flambant neuf, tiré à quatre épingles, tel un Amiral chevronné il prenait la visière de sa casquette pour l’emblème de sa réussite. Toutes ces caractéristiques faisaient de lui un beau parti. Le coquin conscient de ses attributs, costumé en commandant de bord, ne laissait pas indifférente la gente féminine qui souffrait aucunement de cécité chronique à son égard. Le gentleman des airs n’avait que l’embarras du choix.

Comme très souvent, profession oblige, Bernard fit la connaissance d’une hôtesse de l’air. Christine, jeune femme originaire du Limousin, dont la maturité féminine vous éclabousse comme une rose embrassée par son premier rayon de soleil, était âgée de trente deux ans. Son chignon de circonstance, style banane, mettait en valeur une élégance accentuée par un tailleur bleu pétrole made in « Air France », summum du classicisme des plus élémentaire. Sans déhanchement excessif, elle arpentait l’allée centrale de l’habitacle avec grâce, dissimulant difficilement et par pudeur la classe qui la distinguait. Le charme féminin n’est-il point l’axe de nos trois points cardinaux existentiels, l’eau qui représente la vie, la terre encrage de nos valeurs, et l’air qui représente nos rêves ? Alors soit, disons que ceux de Christine étaient les reflets d’une sublime créature, digne de figurer sur la couverture de magazines au papier glacé, de la race de celles qui provoquent admiration et jalousie chez beaucoup de femmes.

Difficile d’être courtisée entre Paris et Bangkok lorsque son admirateur multipliait les allers et retours Paris – Tunis. Téléphone portable greffé en permanence aux oreilles, soumis à une écoute hachée par l’absence de secteur disponible ou couverte de grésillements, il fallait bien malgré tout construire cette histoire d’amour ! Le souci primordial était celui d’accorder leurs jours de congés ou de vacances afin de profiter de ce monde d’en bas, celui de la planète Terre. Secouée par maintes impossibilités professionnelles leur idylle ne cédait en rien, et, bien au contraire, chaque rencontre donnait lieu à un feu d’artifice digne d’un quatorze juillet au somment de la tour Effel, avec comme effroyable injustice le devoir de reprendre les airs sans que baisers n’aient exulté de toutes leurs saveurs.

Dans un tourbillon, d’hôtel en hôtel, l’amour trouvait sa place pour, de ses fondations, constituer une armure à toute épreuve. Vint le moment de poser la première pierre, pas la moindre, celle du mariage où les rêves et illusions triomphent pour devenir empreintes de serments, promesses dont on ne mesure pas toujours la véritable signification. Mais qu’importe le contenu, il faut boire jusqu’à la lie le calice de nos destins respectifs. Emportée par cet élan de joie où la philosophie du bonheur doit attendre, leur union fut programmée pour une date où les probabilités de beau temps sont les plus certaines, en juillet mois des moissons.

Le vingt et un juillet deux mille huit, au cours d’un atterrissage forcé sur le parvis de l’église Saint-Michel entourée de parterres agrémentés d’orchidées blanches, nos deux amoureux, s’embrassaient éperdument sous une pluie de riz. Ils venaient d’échanger les anneaux nuptiaux, liés à jamais pour l’éternité. Sous les rafales d’applaudissements et de félicitations, leurs collègues et amis de travail, stewards et hôtesses, formaient la haie d’honneur. La spontanéité des sourires, l’éclaboussure des rires faisaient feu de tout bois. Comme il était bon de voler en gardant les pieds sur terre, le comble du bonheur pour un pilote et une hôtesse de l’air.

Parents, beaux-parents, se congratulaient, recevant remerciements et félicitations, heureux d’avoir hissé leurs progénitures jusqu’aux sacrements du mariage. Les deux familles s’appréciaient du regard, sans oser les présentations d’usages ni engager une quelconque conversation, un round d’observation en quelque sorte. Tous endimanchés comme des manequins d’un jour, les choix vestimentaires n’étaient pas toujours judicieux. Certains sentaient la naphtaline ou bien un goût renfermé de vieilles armoires de noyer mal encaustiquées. Qu’importe le décor, nos jeunes mariés se délectaient de leurs baisers gourmands parfumés d’impatience. Rompant à peine avec son quotidien Christine semblait planer sur un tapis oriental telle une princesse comblée par un bonheur surréaliste. Son regard inondé de paillettes scintillaient comme de vrais diamants, son visage au maquillage épuré de raffinement laissait apparaître une peau blanche presque laiteuse trahissant un zeste de fragilité. Tout contribuait à éloigner la pensée qu’un jour une telle beauté puisse flirter avec l’érosion du temps.

Bernard du haut de son un mètre quatre vingt quatre, convaincu et fier des charmes de sa jeune épouse, précipitait les présentations afin que tous les invités puissent l’admirer, persuadé qu’il était d’avoir fait le bon choix.

Que voulez vous lectrices, lecteurs, lorsque le tsunami de l’amour vous inonde qu’importe le sens de rotation de notre planète, l’instant fait déjà partie du passé alors que l’amour ridiculise la notion du temps, seul l’avenir et ses espoirs resteront le moteur de notre raison d’exister. Christine savourait elle-même les félicitations de ses proches et les témoignages d’admiration concernant son époux.

À l’apogée de sa force et de sa jeunesse, Bernard avait en tête d’avoir rapidement un enfant pour lui donner sans doute ce qui lui avait manqué, malgré tout l’amour que Clémentine lui avait offert. Il aimait partager cette idée avec ses proches les plus chers. Fonder une famille dans la quiétude, l’amour et la paix ne pourrait que le rassurer et nourrir son ego des compliments d’autrui.

Après avoir fait bombance, le mariage consommé, nos jeunes mariés pour plus de commodité professionnelle, décidèrent de s’installer à Paris, dans le seizième arrondissement, se promettant d’effectuer un voyage de noces remis à plus tard en raison de plannings discordants. Ils envisagèrent pour destination l’archipel des Seychelles, véritable carte postale incontournable, écrin de verdure que jalousent les pollueurs ou que vénères les écologistes, ce souvenir là resterait sans aucun doute dans la profondeur des...