Amour latino - Tome 1

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Jasmine a trente ans. Chargée des communications dans une compagnie d’assurances, sa vie est un exemple de stabilité. En couple depuis trois ans avec Georges, ingénieur doué, elle planifie l’achat d’un condo au cours de la prochaine année dans le but de fonder une famille. Les papillons du début ont fait place à la routine, mais Jasmine se dit que, de toute façon, la passion est le lot des gens trop émotifs, à l’image de sa mère et de sa sœur Rose.



Mais c’est sans compter sa rencontre avec Felipe, un séduisant danseur, dans un club latino du centre-ville de Montréal…
Publié le : mardi 7 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895497394
Nombre de pages : 300
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Extrait



— Alors, on se rejoint chez elle à 19 h, chéri ?

— Est-ce qu’on est vraiment obligés d’y aller ? a soupiré Georges. Il y a un match de hockey ce soir en plus… Je l’aime bien, ta sœur, mais elle est tout le temps en peine d’amour. Je ne vois pas ce qu’il y aurait de différent avec celui-là.

— Je sais, mais tu aurais dû l’entendre au téléphone… Je ne pouvais pas lui dire non. Et puis, le hockey, tu peux le regarder là-bas si tu veux.

Mon copain m’a regardée en hésitant. Il était assis à la table de la cuisine et avait relevé son regard de la tranche de pain multigrain fraîchement grillée qui ne demandait qu’à être badigeonnée de confiture. Il portait la robe de chambre en soie vert forêt que je lui avais achetée pour Noël l’année précédente, et qui lui donnait un air de dandy. Évidemment, pour voir la ressemblance, il fallait faire abstraction du pantalon de pyjama avec des autos de course que sa mère lui avait offert, par pur hasard, lors de la même occasion. Ses cheveux, habituellement bien rangés sur le côté, étaient séparés en des endroits incongrus le long de son crâne. Il a saisi sa tasse de la Polytechnique dans le creux de ses mains et a bu une longue gorgée de café, comme pour se donner du courage, avant de continuer :


— Je sais, mais il y a des gars de la job qui allaient au bar à côté du bureau pour la regarder et je leur ai dit que j’y allais aussi…

C’était à mon tour de soupirer. J’adorais ma petite sœur, mais je comptais quand même un peu sur Georges pour détendre l’atmosphère comme seuls les hommes savent le faire par leur insouciance et leur nonchalance parfois exaspérantes. Surtout quand il s’agissait de la peine d’amour de la sœur de sa blonde qui, il était vrai, en avait significativement plus que la moyenne de la population mondiale. Je ne voulais cependant pas être la fille qui contrôle son chum, et, par-dessus tout, je ne voulais pas commencer à argumenter un lundi matin.


— O.K., c’est bon. Je vais y aller toute seule alors, ai-je dit en me résignant.

— Tu es certaine ?

— Ben oui. On se verra plus tard à la maison. Allez, je file, sinon je vais être en retard. Bonne journée !

— Bye, ma belle ! À plus tard ! a-t-il lancé, trop enthousiaste.

Je l’ai embrassé sur le front, j’ai agrippé mon sac à main et j’ai descendu en trombe les deux étages qui séparaient notre appartement du trottoir. En marchant jusqu’à l’arrêt d’autobus, j’ai jonglé avec mon thermos de café et mon cel lulaire avant de réussir le tour de force d’envoyer un texto à ma sœur pour la prévenir que Georges avait déjà autre chose de prévu pour ce soir. La réponse n’a pas tardé à arriver.



Rose – 8 h 34

Tu vois comment ils ne sont pas fiables ? On ne peut jamais compter sur eux ! C’est fini. Je n’y crois plus.

Seulement 8 h 34 et je poussais déjà mon deuxième soupir de la journée. Ma sœur avait toujours eu tendance à dramatiser. Même quand nous étions enfants, Rose donnait l’impression d’avoir été élevée avec la petite fille aux allumettes, tant elle laissait croire que sa vie était misérable. D’ailleurs, avec les années, elle avait réussi à élaborer un genre de regard, à mi-chemin entre le regard implorant d’un épagneul et celui blessé et fier d’un héros de guerre, qui lui permettait d’avoir ce qu’elle voulait. Habituellement, je ne pouvais pas supporter ce type de personne qui se lamente constamment, mais c’était ma petite sœur… et, moi non plus, je ne pouvais résister à ses grands yeux.


Alors que j’étais dans l’autobus en train de regarder défiler le paysage urbain du boulevard René-Lévesque, j’ai rapidement visualisé toutes les tâches de ma journée. Je me suis retenue pour ne pas soupirer encore une fois. Au coin de la rue Université, j’ai sonné l’arrêt et, comme tous les matins, j’ai tenté de me frayer un chemin pour descendre sans enfoncer un de mes talons aiguilles dans le pied de quelqu’un. J’avais essayé de prendre la voiture pour me rendre au bureau, mais, après de nombreux tours circulaires tous les matins, je m’étais rendue à l’évidence que les stationnements au centre-ville étaient une denrée rare, et m’étais résolue à adopter le transport en commun. L’hiver, ça me dérangeait moins de le prendre, mais l’été !… L’été, c’était pénible. Les odeurs corporelles, toujours plus accentuées en fin de journée, me levaient le cœur. Et puis, je détestais le fait que nous soyons tous entassés à essayer de nous accrocher à un poteau, à une fenêtre ou même à l’épaule de quelqu’un quand l’autobus freinait brusquement. Je m’étais d’ailleurs toujours demandé si le chauffeur ne prenait pas plaisir à faire des freinages-surprises pour nous regarder, pauvres petites sardines, nous cogner les uns contre les autres en maugréant des excuses confuses.
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