//img.uscri.be/pth/e2e5efed970c776983426b084c083552afdcd6ca
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Animal

De
148 pages
Martine épinglait les photos de cinq fillettes sur le tableau de liège, cinq fillettes âgées de huit et dix ans dont leurs disparitions restaient inexpliquées. Un mystère total. Pourtant, le premier cas remontait déjà un peu moins que cinq ans. Elle regardait ces cinq visages enfantins et elle ne savait pas par qui ou par où commencer. Elle avait beau relire les rapports d’enquête de ces prédécesseurs, elle n’avait aucune piste. Dans ces temps-là, il n’y a qu’une option. Il faut tout recommencer à zéro. La sergent-détective savait que recommencer à zéro signifiait rencontrer les familles et ressasser des souvenirs difficiles. Des rencontres éprouvantes en vue. Certaines familles ont fait leur deuil, d’autres espèrent encore que leur enfant soit vivante, d’autres oscillent entre le deuil et la certitude de revoir leur enfant. Avec le temps, l’espoir s’effrite et les sentiments sont d’autant plus douloureux. Bien que le désir le plus profond de Martine soit de trouver ce kidnappeur ou ce meurtrier, elle
ne se sentait pas la force nécessaire de les confronter et d’entendre leurs sanglots. Enceinte de quelques mois, elle avait la larme plus facile. Pourtant, une hantise l’obsédait. Cet être ignoble était peut-être sur le point de récidiver. Cette possibilité était plus que probable, cette possibilité était réelle et imminente, elle le pressentait. Martine n’avait pas le choix: maîtriser ses émotions, foncer et rechercher ce monstre, cet animal. Arrivera-t-elle à temps pour contrecarrer son plan machiavélique, avant qu’une sixième fillette ne tombe entre ses sales mains ?
Voir plus Voir moins
AVERTISSEMENT : Les personnages et les situations de ce roman sont purement fictifs. Toute ressemblance avec des faits connus ou des personnes existantes serait entièrement fortuite et indépendante de la volonté de l’auteure. Les lieux ne respectent pas l’exactitude historique ou actuelle concernant l’adresse, le type de commerce ou tout autre détail des bâtiments. Pour des fins littéraires, les procédures policières et d’enquêtes ne reflètent pas la réalité. Ceci est une œuvre de fiction, et non un documentaire. Copyright © 2013 Danielle Dumais Copyright © 2013 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Révision linguistique : Féminin pluriel Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Conception de la couverture : Paulo Salgueiro Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Matthieu Fortin, Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89733-046-0 ISBN PDF numérique 978-2-89733-047-7 ISBN ePub 978-2-89733-048-4 Première impression : 2013 Dépôt légal : 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Dumais, Danielle, 1952-L’âme d’une détective Sommaire : 3. Animal. ISBN 978-2-89733-046-0 (v. 3) I. Titre. II. Titre : Animal. PS8607.U441A83 2013 C843’.6 C2012-942360-2 PS9607.U441A83 2013
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.com
À chaque mouvement de l’horloge, un proche vous ment. Le tic-tac du mensonge. Une oscillation entre le vrai et le faux. Une horloge d’hypocrisie tournant autour de vous,toujours et à jamais, dans un mouvement sans fin. Pourquoi vous mentent-ils ? me demandez-vous. Par peur d’être jugé, par peur de révéler leur infidélité, par peur d’être abandonné par leurs amis, par peur de décevoir une personne chère, par peur pour leur vie. Alors, me direz-vous, pourquoi ne pas dire la vérité et en finir avec cette peur ? Parce que, tout simplement,mentir est une drogue ex citante et dangereuse ! Que dire de la vérité,sinon qu’elle est parfois plus risquée que le mensonge ?
1
NOSTALGIE
En ce premier samedi soir de mars, Martine, emplie d’une nostalgie étrange, murmurait une magnifique chanson pleine de douceur que fredonnait sa mère de temps à autre. Elle la revoyait chanter en lavant la vaisselle, seule en des moments heureux et lointains, perdue dans ses souvenirs, probablement au bras de son Michel, décédé quelques jours avant leur douzième anniversaire de mariage. Dans ces moments, Martine savait qu’elle ne devait pas la déranger. Ce soir, j’ai l’âme à la tendresse. Tendre tendre, douce douce.
Pliée en deux, Martine tirait une lourde boîte d’un placard situé à l’entrée. Elle cessa abruptement son fredonnement ainsi que ses efforts à extirper la boîte de ce lieu étriqué lorsque deux manteaux et leur cintre lui tombèrent sur la tête. Grognant et reprenant son souffle, elle replaça les manteaux et poursuivit l’extraction de la boîte placée dans cet étroit appendice mal conçu et inaccessible latéralement. Elle tira encore à deux reprises, puis la traîna jusqu’à la table de la salle à manger. Elle fixa son regard sur le dessus poussiéreux aux rebords écornés. Elle l’avait rangée au fond de ce long placard le jour de son emménagement, qui remontait à un peu plus de six ans. Tout ce temps, la boîte aux souvenirs oubliés était restée bien tranquille dans cet abîme. Satisfaite, elle s’assit et l’ouvrit. « Une boîte de livres », pensa-t-elle en raison de son poids. Elle reprit sa mélodie.
Ce soir, j’ai l’âme à la tendresse. Tendre tendre, douce douce. Martine reconnut au premier coup d’œil un mélange de livres d’école et de ses romans préférés. Elle soulevaK… comme Killingde Jude Smith. — Ah ! s’exclama-t-elle, cessant à nouveau de chanter, ouin, la détective Maria Bond, une détective mariée brièvement à deux reprises, si je me souviens bien. Ce fait l’attrista davantage. N’est-ce pas le sort des femmes détectives ? Et aussi des hommes ? Dans sa section, seul le lieutenant Rousseau était encore marié. Était-ce sa première femme ? Elle ne pourrait le jurer ; elle ne le lui avait jamais demandé. Bernard était nouvellement divorcé, et les autres, de ce qu’elle en savait, vivaient de courtes relations amoureuses après un mariage désastreux. Sur un ton plus nostalgique, elle chantonna la suite de la chanson. N’était-elle pas, comme Maria, portée sur la solitude ? Bien sûr, Alain était là ce soir, près d’elle, mais dès lundi, il disparaîtrait pour retourner chez sa maman, dans la luxueuse maison du Chemin Rockland dans le Plateau Mont-Royal. Elle jeta un œil dans sa direction. Allongé sur le divan, il relaxait en lisant des magazines d’architecture. Il en avait une pile. Semblait-il qu’il n’avait pas eu le loisir de les examiner ces dernières semaines. Martine se remit à chantonner.
Ce soir, j’ai l’âme à la tendresse. Tendre tendre, douce douce.
Elle pénétra à nouveau dans le placard de l’entrée, tassant davantage les bottes d’hiver et les vêtements suspendus. Trois autres boîtes, plus légères, étaient entassées plus profondément dans le réduit. En déplaçant la dernière boîte, les manteaux tombèrent à nouveau sur elle. Elle reçut un des cintres près de l’œil gauche. Elle s’emporta. Martine ouvrit la porte d’entrée avec force. Le battant frappa avec fracas le mur et rebondit contre elle. Sa rage doubla. Elle était prête à arracher la porte et à la jeter avec les manteaux dans l’escalier intérieur lorsqu’Alain lui demanda qui était à la porte. — Personne, répondit-elle en y allant d’un bonswingpour fermer la porte. Elle replaça bruyamment les manteaux récalcitrants sur la tringle. — J’avais juste besoin d’un peu d’air, ajouta-t-elle. — De l’air ? dit-il d’un ton interrogateur, en étirant le cou. — Oui, de l’air. Ce placard est mal foutu. Qui est l’imbécile qui a construit un placard si étroit ? Tout me tombe sur la tête, s’exclama-t-elle, énervée, en montrant les vêtements dans le placard. — Sûrement pas un architecte ! répliqua-t-il en ricanant, avant de poursuivre sa lecture. — Sûrement pas, marmonna-t-elle tout en déplaçant les trois boîtes. Béate, elle en ouvrit une. Des pots de gouache complè-tement sèche, une bouteille de colle maintenant inutilisable, une paire de ciseaux, une boîte d’aquarelle de 36 couleurs pratiquement neuve, des crayons aquarelle, des pinceaux impeccables de dimensions variées et une grande quantité de tablettes de papier aquarelle sommeillaient au fond de ce carton. Une onde de plaisir lui parcourut l’échine. Ce matériel stagnait dans cet appendice depuis des années sans jamais être utilisé. Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse Vous, mes amis d’hier et d’aujourd’hui, Cette amitié dans la continuité, Un mot, un regard, un silence, un sourire, une lettre.
Elle retira une tablette, quelques pinceaux et la boîte d’aqua-relle. Elle les déposa sur la table. Moment de bonheur, de bonheur oublié. Elle courut prendre un bol dans l’armoire de la cuisine et le remplit d’eau. Quel plaisir de mouiller le pinceau et de chatouiller une pastille bleue ! Peu à peu, les poils du pinceau prirent une teinte bleutée. Comme une enfant, Martine redécouvrait le pouvoir de la couleur, de la transparence et de la fluidité de ce médium. Pendant une demi-heure, elle s’exerça. Rien de trop exaltant ne sortit de son expérience. Elle avait perdu la main. Malgré son regret d’avoir délaissé cette passion, elle se promit de réessayer. Elle rangea le matériel dans la boîte originale et s’attaqua à une autre boîte. Elle en sortit d’anciens journaux intimes dont les couvertures étaient un assemblage de photos, de rubans et de coquillages. « Wow ! j’avais oublié leur existence ! Comme ils sont beaux ! » songea-t-elle. Elle se mit à rire lorsqu’elle tomba sur une page où elle répondait à la question « Qui suis-je ? » Sur deux colonnes, elle avait décrit les points positifs et négatifs de son futur métier, alors qu’elle n’avait que treize ans. Alain l’entendit rire. — Chérie, qu’est-ce qui te fait rire comme ça ? cria-t-il en se redressant et en allongeant le cou. — Hé ! tu ne me croiras pas ! J’ai écrit que je voulais être une designer d’intérieur. Designer avec un grand D. Je ne m’en souvenais plus. Bizarre ! Pourtant, je me souviens très bien de mon hésitation entre un baccalauréat en arts et un en criminologie avant de commencer mes études au cégep. Il me semblait que c’était beaucoup plus tard que cet intérêt pour le design
d’intérieur m’était venu. Alain ferma son magazine. — C’est triste que tu n’aies pas choisi ce métier. Je peux facilement imaginer une belle affiche en étain fixé sur NOTRE ÉDIFICE, dit-il en insistant sur ces derniers mots, une belle affiche où on lirait « Groupe DG, architecte et designer », le groupe Desrochers-Gendron, toi, la designer, moi, l’architecte. On aurait fait un beau tandem. Mais qu’est-ce qui t’a fait changer d’idée ? Martine hoqueta et se mit à sangloter. — Tu pleures ? s’étonna-t-il. Alain quitta définitivement sa lecture et le divan pour aller consoler sa douce. Il l’étreignit, et elle se colla contre lui. — Excuse-moi, Alain. J’ai les hormones au plancher. — Tu penses à ton père ? — Oui. Comment oublier ce stupide accident ? En effet, comment oublier cette stupide balle perdue, cette balle qui a transpercé le thorax de son père 22 ans plus tôt, cette balle qui l’a rendue orpheline un après-midi de juillet, cette balle qui, finalement, l’a transformée et l’a fait devenir policière ? — J’ai bien essayé de ne pas choisir le métier de policier. J’ai étudié la criminologie à l’université, un parcours différent des autres policiers. Ce n’est pas moi qui ai choisi ce métier, c’est lui qui m’a choisie. Alain lui frictionna le dos, essayant de calmer sa douleur. — Mon père aurait aujourd’hui 57 ans, ajouta-t-elle, sans pouvoir retenir ses larmes. Cet été, ça va faire exactement 23 ans qu’il est décédé. Oui, comment pourrais-je oublier ? Impossible d’oublier cette scène d’horreur. Tous les matins, sur la route qui la menait au bureau, elle passait devant cette banque au coin des rues Monkland et Girouard, devant ce bâtiment d’allure classique, en briques brunes et beiges surmontées d’un linteau massif de pierres, à ce coin de rue où son père s’était effondré en juillet. Comment oublier le soleil chaud qui lui cuisait les épaules ? Comment oublier qu’elle portait ses beaux souliers ornés d’une boucle bleue et qu’elle tenait dignement la main de son père, un professeur émérite en administration à l’université ? Comment oublier qu’elle portait une robe d’un blanc immaculé qui fut, en un instant, éclaboussée de fines gouttelettes rouges ? Alain se pencha pour l’embrasser sur le front. — Eh ! masweet princess, dit-il, je suis là ! Le passé est le passé. Ton père est près de toi, ma chérie. Il ne t’a pas abandonnée. Martine tressaillit en l’entendant dire ces mots de contes de fées. Alain mit une main sur son épaule. — J’étais, en effet, sa princesse, dit-elle en relevant la tête. D’autres images refirent surface : la blessure au thorax, le liquide rouge coulant de la plaie béante. Elle avait tant voulu arrêter l’hémorragie. Elle avait appliqué ses deux menottes sur le trou. Elle avait aussitôt senti à quel point le liquide était chaud et le jet, puissant. Ses petites mains avaient baigné dans le fluide. Avec amertume, elle avait conclu qu’il était impossible de réparer ce trou d’où jaillissait un geyser de sang. Son cœur frémit d’horreur. Il tressauta avec une telle force que des vomissements lui vinrent. Elle courut à la salle de bain. Son ami la suivit. Elle mouilla son visage d’eau froide. Après quelques respirations profondes, elle se calma. Alain savait qu’elle avait envie d’en parler. — Une balle perdue, n’est-ce pas ? demanda-t-il. — Une balle perdue. Elle aurait pu frapper une branche, un mur ou disparaître au loin, mais non, elle s’est logée dans la poitrine de mon père. Elle l’a tué sur le coup. Tout ça pour de l’argent ! Et dire qu’ils ne les ont jamais retrouvés, ces bandits, ces voleurs de banque ! Ils sont
sûrement en liberté. Ces tueurs. Tout ça pour de l’argent non réutilisable en raison de l’encre rouge, un système de sécurité contre le vol. L’argent a été retrouvé non loin de l’endroit, mais pas les bandits. La police n’a trouvé aucun indice pouvant les conduire à ces vauriens, aux meurtriers de mon père ! cria-t-elle sans suite logique. — Hum… je te comprends, soupira-t-il en saisissant la main mouillée de Martine et en la portant à ses lèvres. La chaleur de sa bouche sur sa main froide la consola, et elle s’attrista. — Je m’excuse d’avoir interrompu ta lecture. — Bah ! j’avais presque fini, fit-il en affichant un sourire charmeur. Demain, dans le métro, je pourrai la terminer. Après quelques baisers dans le cou, il lui prit la main. — Allons nous coucher, ma chérie, proposa-t-il. N’oublie pas que demain, nous allons chez ta mère, ma future belle-mère, ironisa-t-il. Son visage s’assombrit. Il ajouta : — Tu sais. Il va falloir discuter d’une date de mariage. — Si tu le dis, répondit-elle en se redressant. « Tu peux bien courir mon lapin, pensa-t-elle. J’ai la tête à autre chose qu’une date de mariage. Le retour au travail dans deux jours. Mes collègues n’auront aucune tendresse envers moi. La jeune recrue qui est enceinte. Brrr ! Ils seront sans pitié. » Elle ne remarqua pas que le visage d’Alain était devenu subitement inquiet et songeur.