Au menus des festivals

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Dossier : au menus des festivals, tous les théâtres de l'été. Bond, Marker, Motton, Stock : la famille anglaise en crise. Brecht et Bourdet : sous l'œil de Freud. Cuba : ton théâtre revient au galop.
Publié le : lundi 1 mai 1995
Lecture(s) : 251
EAN13 : 9782296305335
Nombre de pages : 144
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tI8

THEATRE
1995

N°2
(REVUE BIMESTRIELLE)

Éditions L'Harmattan 5-7, Rue de L'École-Polytechnique 75005 PARIS

COUPS DE THÉÂTRE LANCE UN GRAND CONCOURS OUVERT A TOUS...
UNE PIÈCE EN UN ACTE. Le meilleur L'HARMATTAN. manuscrit sera publié par

CONDITIONS: ne jamais avoir été joué ni publié.

DATE LIMITE DE DÉP(jT DES MANUSCRITS: LE 16 OCTOBRE95
Le manuscrit, en langue française, ne devra pas dépasser une cinquantaine de feuillets dactylographiés de format courant et être déposé ou envoyé en trois exemplaires aux éditions de l'Harmattan sous le libellé suivant:
CONCOURS COUPS DE THÉÂTRE UNE PIÈCE EN UN ACTE ÉDITIONS DE L HARMATTAN 16 RUE DES ÉCOLES

75005 PARIS Il ne sera pas délivré de récépissé.
Un jury constitué de personnalités compétentes se réunira afin de délibérer du meilleur texte et décider sa publication. La vocation du théâtre étant d'être joué, la pièce présentée par les auteurs devra en tenir compte.

Directeur de la rédaction GÉRARD ALLOUCHE

Rédaction GAËLLE ABOUT MONIQUE CHARRON VÉRONIQUE HOTTE NICOLE LAMOTHE ALEXIS LAUNAY CLAUDE LISCIA WILLIAM MICHAËL CHRISTILLA VASSEROT
Correspondants

GAËLLE ABOUT (Bourgogne) ERIC TALBOT (Haute Normandie)
Di.fJùsion, publicité NICOLE CZARNIAK Maquette de couverture TOUN LEBREC

(Téléphone:

4621

4409)

Rédaction GÉRARD ALLOUCHE 17 rue de la Procession, 75015 Paris

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384- 3412-6

Sommaire
ÉditoriaL Ce terrible bonheur du théitre !... Gérard Allouche 9

L'éternité Py : A Avignon, le théitre de la nuit et du jour.
24 heures sur scène de la lumière de la "servante" Véronique Hotte. ll

Bertold Brecht et Gildas Bourdet. La résurrection de Brecht à la sortie du divan: ...Et nous avons une ime ! 15
Gérard Allouche.

Femmes.. .Femmes.. .Femmes... Sur les scènes de la solidarité, de la solitude jalousie. Éternelles et protéiformes Alexis Launay.

ou de la 23

Au menu des Festivals. Ils ont déjà commencé. Un été entier avec eux. Sillonner la province et applaudir de bonheur. Qui et quoi? Un dossier détaillé et classé en coups de cœur et coups de théitre 37 Gaëlle About.

Un opéra écrit dans les camps de la mon SergeNoyellel'a monté. Monique Charron l'a vu

57

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Cuba, ton thé~tre revient. Et au triple galop! Où en est la culture cubaine? Des fidélités qui remontent du plus lointain des ~ges 61 Christilla Vasserot Jean-Denis Malclès: de peinture Nicole Lamothe. métier, décorateur. Un demi-siècle .91

Il n'en est pas à son premier essai: Daniel Sibony surprend le corps de l'acteur. Psychanalyse d'un texte en mouvement 97 Gérard Allouche. La famille malade dans le thé~tre anglais. De vieux jeunes gens en colère ont redoublé de hargne. Véronique Hotte ...1 OS Anciens textes et jours nouveaux. Quand il y a plus d'un siècle Octave Mirbeau "se payait" Le Comédien. Mais il vaut mieux en rire. C'est ce que Jacques Destoop a fait .111 Octave Mirbeau Une troupe qui monte et à saisir au vol. Des réussites en cascade pour le Ballatum thé~tre William Michaël.

121

Aux marges du thé~tre : Mon~jât Yultchieva. Ce chant profond d'orient qui rejoint le conte et le rite.12S Claude Liscia

6

Le théâtre dans toutes ses écritures. Notes, livres, parutions Gérard Al/ouche, Claude Liscia

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Editorial

Ce terrible bonheur du Théâtre Gérard Allouche
Tout le monde a été, est ou sera brechtien. Boutade à peine distanciée en hommage à celui auquel on a fait franchir la haie marxiste et qu'on assoit sur le divan de la psychanalyse, encore et toujours en irrésistible ascension! Ainsi Gildas Bourdet a réincarné Brecht dans la complexe et féérique réalité d'une Chine qui ressemble à Marseille et d'une putain qui est la Bonne mère des hommes. A Cuba, à l'intérieur de l'île, on brandit le modèle brechtien, dernier avatar du régime officiel. En vain. Les refoulements refluent. Le théâtre danse, chante et rebondit en une myriade de miroirs métissés e.t impurs, mythiques et sacrés, surgis du cœur et de la chair des chants yerouba. Corps, Mrique, acteurs. Le corps est un langage qui est l'ultime recours de la parole, .labéquille sur laquelle le comédien fait porter son texte. Sans lui, sur scène, il est aux: limbes de son être. l'identité solidaire: femmes de Féminin-Plurielles. Immigrées à Stains elles se reconstruisent dans la clarté citoyenne. Ou femmes rivales, complices, assassines, sans famille. Outre-Manche, on brinquebale un landau dans une banlieue sordide. La famille anglaise est malade. Edward Bond, Howard Barker, Gregory Motton, James Stock dressent l'état-civil du délabrement. Toujours cette terrible voix: de Satan qui roule dans nos têtes. 9

Olivier Py: la pièce qui ne finit jamais, la pièce de l'éternelle parole réincarnée. Dieu, l'amour, l'homosexualité, trilogie de la lévitation pasolinienne que Py vit ou montre dans une expérience-limite: vingt-quatre heures sur scène sans entracte. Ce sera à Avignon, c'est au programme du festival. Les festivals ont déjà commencé: festival du Jeune théâtre, des Découvertes, de la Cartoucherie, troupes du Chaudron ou de la Tempête. Pluie d'étoiles sur la France : Alès, Strasbourg, Aurillac, Rouen, Périgueux, EpinaI, Ramatuelle, Rennes, Carpentras, Orange, Le Mans, Narbonne... Même Paris. Festivals partout. Province piquée de petites îles d'un bel été, sous le soleil du théâtre. Pour ceux qui y ont planté leur ciel.

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L'Éternité PY Véronique Hotte
En Avignon, vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant sept jours, La Servante, Comédie Humaine en cinq parties, écrite et mise en scène par Olivier PY, auteur et metteur en scène d'une dizaine de spectacles déjà., dont La jeune fille, le diable et le moulin pour les enfants. Cette longue Servante n'en finirait pas ; à peine achevée, Uza, Pierre, Nour et Oreste. recommenceraient autour de Marthe, à laquelle ils semblent reliés, leurs. boucles d'aventures. Olivier Py aime le mot d'aventure, et préfère franchement vivre le mot en se jetant dans cet immense projet qui se distingue des autres travaux trop calibrés à son goût, de simples produits encore auxquels manque l'idée d'utopie. C'est pourquoi il a pensé à - non pas une pièce

-

longue

- mais

à une pièce qui ne finirait jamais pour donner

corps à l'image de l'éternité. Le titre de La Servante est symbolique pour cet ensemble puisque. La Servante est justement cette lampe qui veille habituellement le décor, la nuit, sur le plateau de théâtre, véritable personnage de la patience. L'objet de cette histoire semble à Olivier Py, la recherche de cinq jeunes gens pour l'expérience d'un lieu. L'expérience advient quand l'idée de prétexte se fait sentir, quand on sent que ce qui est vécu n'est pas là simplement en tant que tel, mais en tant que reflet d'autre chose: le dialogue avec l'invisible a lieu tout sirnpkment avec la foi et le Christ, notamment.

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La première pièce, L architecte et la Forêt, raconte une histoire d'amour, bucolique et douce, qui met en lumière l'expérience de la fascination aveugle et autodestructrice d'une jeune fille pour un jeune homme. La suivante - Le Pain de Roméo - fait allusion à la guerre, à une ville cernée; un jeune homme Roméo, amoureux d'une Juliette, tente de tenir une position paradoxalement intenable en faisant de sa chambre comme de sa tête un lieu de la neutralité, un lieu pour se donner lieu, soi et les autres: dans un espace qui ressemble étrangement au théâtre. La troisième pièce, créée précédemment, La panoplie du squelette aurait à voir avec

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le mal; son personnage est un assassin et ses accents sont proches de Genet. Le jeu du veuf-la quatrième pièce - est presque autobiographique puisque c'est l'histoire d'un metteur en scène qui pousse son spectacle jusqu'à un point qui n'est pas recevable: Le jeu du veuf-c'est son titre inmontable, précisément. La cinquième pièce - La Servante - est aussi la première puisque l'ensemble compose une boucle: une jeune fille - Marthe - donne aux quatre héros de
nos quatre pièces l'injonction de partir immédiatement en quête d'une parole essentielle. On n'est nullement obligé de voir les cinq pièces chronologiquement; elles fonctionnent comme cinq paraboles ou bien cinq contes dont certains personnages sont horizontaux, qui traversent toutes les histoires, qui ont des fonctionnements semblables mais autres aussi, dans les couleurs, dans l'autonomie donnée à chacun. Mais Olivier Py est un metteur en scène toujours insatisfait; quand l'auteur devient réalisateur, le passage à la réalité est douloureux et décevant. Il ne conçoit pas son métier autrement que comme un et indivisible auteur et
metteur en scène

-, le

-

second se faisant le serviteur

de celui

qui, un jour, a eu inspiration que ce qu'il écrivait pourrait faire un spectacle. Si Olivier Py est auteur de théâtre, c'est qu'il prend la parole au premier degré; la paroi a à voir avec le parlé, 12

l'oralité. Dans la parole, à la différence du discours, se tient quelqu'un; et sur scène, s'installe plus qu'un simple texte puisque l'acteur est là... Les textes qui ont une parole laissent entrevoir non seulement un auteur, mais une personne à la recherche d'elle-même qui suscite une rencontre avec le spectateur. La parole doit être dite et incarnée. Depuis toujours, Olivier Pyse demande ce qui relie en lui ces trois passions l'amour du théâtre, la chrétienté et l'homosexualité: elles sont prétextes d'une même expérience qui se révèle plus ou moins par les aventures racontées. Et la parole de Py porte le message déjà entendu chez Claudel, chez Pasolini, chez Tarkovsky. L'idée d'une compatibilité entre théâtre, vie spirituelle et vie sensuelle compose la découverte même de l'auteur-metteur en scène. La débauche ne tourne pas le dos à la pureté. et à l'émerveillement. Ce que souligne encore Olivier Py, c'est l'universalité de la vie: l'artiste pointe ces instants où l'on sent que ce que l'on vit ne nous appartient pas en propre, mais au genre humain, comme la douleur ou bien le deuil. La souffrance que l'on perçoit au théâtre n'est pas uniquement nôtre, elle ressortit à ceux qui sont venus avant nous, à ceux qui viendront après. Le sentiment d'éternité est ce qui fait communier les générations passées avec celles de l'avenir. Le rire est présent dans les spectacles de Py, et les images de mort aussi, comme ce crâne que l'on surprend dans la panoplie du squelette ou dans l'ensemble de la Servante. Le geste de théâtre, l'amour de la théâtralité s'inspire ~rofondément chez lui de la Peinture des Vanités du XVII me siècle: la vanité morbide du cadavre mais aussi la vanité d'une jeune fille se faisant belle devant un miroir; l'éternité affleure dans ces deux images opposées. Olivier Py aurait aimé être un gangster, un séducteur, un metteur en scène fou: il vit ces expériences limites, à blanc grâce au théâtre. " Vivez quelque chose pour vous" suggère le metteur en scène à ses acteurs, sûr alors que

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l'expérience théâtrale est l'Expérience. L'auteur de formules - il en dénombre trois cents à peu près avoue se diriger de plus en plus vers une certaine abstraction, abstraction qui révélerait encore au spectateur sa condition de prince, sa spiritualité tout simplement. Il est vrai qu'Olivier Py confère à ses mises en scène une atmosphère personnelle, faite d'éléments simples, bruts et beaUJ{comme un mini-orgue de barbarie en bois naturel qui offre sur le plateau un parquet de lattes de bois régulières à l'intérieur duquel se dessine un jeu de croix christiques -, sa mélodie entre les différents tableaux du Pain de Roméo. Dans ce spectacle, des personnages fortement dessinés qui vivent leur folie jusqu'à l'extrême limite, surgissent avec intensité; et ce sont eux qui donnent cette touche originale

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au travail d'Olivier Py: une femme clown en tutu de tulle
noir, un fou sorte de chien fou qui aboie, des êtres macabres et sombres qui annoncent le mal, le malheur, la tragédie, devant des êtres purs, neutres et forts qui respirent largement une dignité conquise. C'est tout l'engagement de Py pour l'espoir, pour l'amour de Roméo et Juliette.
Bibliographie:

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- La Jeune Fille, le Diable et le moulin Aux Éditions "Les Solitaires Intempestifs" - Les Aventures de Paco Goliard

Olivier Py à L'École des Loisirs:

-La Nuit au cirque - Les Drôles Aux Éditions Actes Sud/Papiers: -La Servante:
- L'architecte
- La panoplie

-Le Pain de Roméo
- Le jeu du veuf - La Servante

et la Forêt du squelette

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