Au service de la Couronne (Tome 1) - Bons baisers de Londres

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La vie d'une aristocrate espionne dans le Londres de 1812 est palpitante ! A minuit, on dérobe une rivière de diamants avant d'être pourchassée par des hommes armés. A l'heure du thé, on préside un comité de bienfaisance. Meredith Sinclair fait partie d'une cellule d'espionnage composée de trois jeunes veuves aussi intrépides que patriotes. Cette fois, on lui a confié une enquête sur un trafiquant d'œuvre d'art qui vient de dérober un tableau dans une salle des ventes. Banale affaire de recel ? Oui, mais le coupable fait partie de l'aristocratie ! Il s'agit de Tristan Archer, autrement dit le marquis de Carmichael. Un ami d'enfance de Meredith. Sa mission : renouer avec lui et le confondre ? Sauf que Tristan lui a jadis sauvé la vie et qu'elle est toujours amoureuse de lui.
Publié le : mardi 29 juillet 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290060360
Nombre de pages : 292
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Bons baisers
de Londres JENNA
PETERSEN
AU SERVICE DE LA COURONNE
Bons baisers
de Londres
Traduit de l'americain par
Correze MAICA Titre original
FROM LONDON TO LOVE
Avon Books, an imprint of HarperCollins Publishers
© Jesse Petersen, 2006
Pour Ia traduction (ranraise
© Editions J'ai lu, 2008 Remerciements
Tous mes remerciements a mon amie Miriam
Kriss, pour ses encouragements ... et aussi pour ses
qual ites de bourreau de travail ! Un vrai barra­
cuda ... Merci egalement a Sus anna Ca rr, qui a songe
au feuilleton Dr6les de dames ... Elle plaisantait, mais
elle a fait mouche ! Et je ne peux oublier Shelley
Bradl ey, qui a toujours pose les questions dont j'etais
supposee conna lt re les reponse s. J'ai beaucoup
gemi , c'est vrai, mais cela m'a ete tres utile. Enfin,
merci a Joeley Sue Burkart, qui a bien voulu passer
le texte au peigne fn.
Ce livre est dedie a Michael, qui m'ecoute parler
encore et encore ... sans ja mais partir en courant. Du
moins pas ! Prologue
Lndres, 1808
Je me ch arge d'en con vaincre le roi, Char les.
Charles Isley se laissa aller en arriere dans le
conf ortable siege de Ia loge de theatre plongee dans
Ia penombre. II distinguait a peine le visage de son
interlocutrice, mais il connaissait son iden tite .
C'etait l'une des femmes les plus infuentes et les
plus appreciees de Ia haute societe londonienne . Or
person ne, dans le milieu de cette grande aristo crate ,
ne l'aurait crue un instant capable de concevoir le
projet dont elle venait de lui parler.
Et c'est ce qui en faisait sa force.
Tres bien, mada me, dit-il . Je m'en remets a
votre experience . II reste cependant des questions a
resoudre. Je recapitule : Ia cellule d'espion nage que
vous souhaitez former sera exclusivement composee
de femmes, et plus precisement de veuves. Je
conviens avec vous que l'univers des criminels peut
choquer des personnes n'ayant pas encore connu
certaines realites. Elles doivent aussi etre des fem­
mes du monde, afin d'avoir acces aux puissants de
!'empire. Avez- vous deja quelques noms en tete ?
J' ai arrete man choix sur Ia premiere de ces
dam es. Nous en retiendrons trois. Un petit nombre
7
---permet une meilleure coordination et une meilleure
entraide. Mais je vous demande d'approcher cha­
cune d'elles in dividuellement, pour des raisons evi­
dentes de discretion.
Dans un foufou soyeux, lady M. tendit le bras
pour prendre son reticule pose sur la banquette der­
riere elle. Elle en retira la liste que Charles avait
dressee a son intention quelques semaines aupara­
vant et la deplia. A la faible lumiere, il nota qu'elle
av ait ecrit de nombreux commentaires dans la
marge , mais il ne parvint pas a les dechifer.
Ne me faites pas languir plus longtemps, supplia­
t-il. Qui av ez-vous choisi pour etre votre premiere
espionne de haut vol ?
Il devina qu'elle souriait lorsqu'elle repondit:
-M eredith Sinclair. C'est une excellente candi­
date , vous ne trouvez pas ?
-S ans conteste ! Elle est tres populaire, intelli­
gente, et elle a perdu son mari il y a quelques mois .
Elle est brillante en societe. En outre, elle pos­
sede une grace et une force dans ses mouvements
qui me poussen t a penser qu' elle sera capable de
mait riser les aspects plus phys iques de ce metier.
Il tira un petit carnet de sa poche, et ecrivit le nom
de la dame avec une veritable jubilation. Le choix de
lady M. etait indis cuta blem ent le bon. Il ne lui res­
tait plus qu'a con vaincre l'in teressee.
Je vais entrer en contact avec elle sans atten­
dre, milad y, declara-t-il avec un sourire.
Parfait, Char les, repliqua-t-elle en lui adressant
un signe d'adieu tandis qu'il se levait. Tous mes
vcux vous accompa gnent.
----1
1812
Accroupie devant le cofe -f ort, un petit crochet
d'acier serre entre les dents, Meredith Sinclair retint
son soufe. A la lueur vacillante de la bougie posee
sur le sol, elle tira la lourde porte metallique a elle.
Celle-ci s' ouvrit en gra nd, revelant deux ecrins de
velours identiques.
Avec un soupir de soulagement, Meredith sortit
l'un des ecrins et tira une minuscule loupe de la
poche de son pantalon. Cette tenue avait deux avan­
tages : elle etait bien plus pratique qu'une robe pour
courir ou sauter, et si ja mais on l'apercevait, per­
sonne ne se douterait qu'elle etait une femme. Lors­
qu'elle ouvrit l'ecrin, une exclamation emereillee lui
echappa. Les diamants etincelaient d'un eclat pur qui
contrastait avec les refets d'un violet profond des
amethy stes. Ce bijou etait tout simplement royal !
Elle pencha la tete pour examiner les pierres de
plus pres. Comme elle ne trouvait pas ce qu'elle
chercha it, elle ouvrit le deuxieme ecrin , qui conte ­
nait un collier en tout poin t iden tique au premier.
Cherchez l'erreur ... murmura -t -elle en decou­
vrant la minuscule marque qui indiquait une con tre­
fa�on.
9
-Avec un sourire, elle repla9a !'original dans son
ecrin, le glissa dans son sac. Elle souf la la bougie,
qui prit le meme chemin, puis se redressa.
Elle quitta la piece sur la pointe des pieds, descen­
dit l'escalier. Le hall etait fa iblement eclaire, et elle
rejoignit sans encombre l'en tree de service elle
avait soudoye un valet pour qu'il ne verrouille pas la
porte. La maison etait aussi silencieuse qu'un tom­
beau, ses occupants assist ant a une reception a l'au­
tre bout de Londr es, sans doute pour reperer les
bijoux qu'ils comptaient voler dans les prochains
jours. La plupart des domest iques avaient conge
pour la soiree, quant a ceux qui etaient presen ts, ils
etaient couches depuis lon gtemp s.
Voila une affaire rondement menee ! so ngea
Meredith en traversant le jardin, a l'arriere de la
maison . Da ns quelques second es, elle grimperait
ldans la voiture qui l'attendait au coin de a rue, dis­
simulee sous les arbres, et rentrerait chez elle. Sa
mission serait terminee !
Un sourire satisf ait venait a peine de se former
sur ses levres qu' elle entendit crier derriere ell e.
Jetant un coup d'cil par-dessus son epaule, elle vit
trois hommes ja illir de la maison et foncer dans sa
direction.
-B on sang, marmonna-t-elle en se met tant a
courir .
La porte du jardin etait encore a une bonne ving­
taine de pas !
A cet instant, une balle passa en sifant au ras de
son oreille. Sans ralentir sa course, Meredith risqua
un regard en arriere. Lun des hommes braquait son
pistolet sur elle, le premier s' etant laisse distancer
pour recharger le sien.
Courbant les epaules, elle bifurqua vers la gauche ,
et atteignit la porte du jardin au moment ou la
10
-deuxieme balle s'en fon9ait dans le battant de bois.
Des ech ardes volerent dans toutes les directions .
Meredith agr ippa la poignee, tira ...
Quelqu'un avait referme la porte a de ! Cela ne
fai sait pourtant pas une demi- he ure qu'elle etait pas­
see par la ! Une grande variete de jurons lui traversa
l'esprit, mais ils n'atteignirent pas ses levres.
D'a bord, elle devait menager son souffle, et
ensuite , elle ne voulait pas que ses poursuivants
sach ent qu'elle etait une femme . Cela ne ferait que
compliquer les ch oses. Haletante , elle longea le mur
du jardin, esperant trouver le moyen de se tirer de ce
mauvais pas. Son souhait fut exauce sous la forme
d'une brouette qu'un jardinier obligeant avait laissee
appuyee debout contre le mur.
Merci , saint patron des espions ! murmura ­
t-e lle en grimpant dessus.
Elle se maintint un instant en equilibre au som­
met, avant de s'accrocher au bord du mur pour s'y
hi sser. Une seconde plus tard, elle he urtait les paves.
Ses dents s'en trechoquerent, mais deja elle
s'elan9ait au pas de course dans la rue. Elle aper9ut sa voi­
ture garee dans l'ombre a quelques pas. Son coche r
s'etait retoume sur le siege. Il avait probablement
entendu le coup de feu, car il avait sorti son arme
pour la couvrir si besoin etait .
Meredith ouvrit la portiere bruta lement et plon­
gea a l'in terieur.
Filez, Henderson ! cria-t-elle alors qu'une autre
balle fai sait eclater la vitre.
Elle tendit la main pour refermer la poriere
endommag ee, puis s'aplatit au sol, au cas ou.
Filez, vite !
Avant meme qu'elle ait repete son ordre, les
ch evaux avaient bondi en avant, et tandis qu'ils
s'eloignaient au galop , leurs poursuivants
s'immo11
---biliserent, haletants , en lachant une bordee de
jurons sonores .
EAh ! La vie d'une ari stocrate espion ne ! chapper
a des hommes armes a minuit, presider une reunion
de bienf aisance a l'heure du the . Les gentlemen qui
protegeaient l'emp ire etaient-ils capables de passer
ainsi d'un role a l'autre ? s'in terrogea Meredith. Elle
en doutait serieusement.
-V oila, c'est tout ce que nous avi ons a voir pour
auj ourd'hui , conclut Anastasia Wh ittig en otant ses
lunettes cerclees de metal . Comme d'ha bitude, le ha l
organise au proft de la Societe de secours aux veuves
et aux orphelins a connu un enorme succes.
La deuxieme partenaire de Meredith , Emily
Redgrave, haussa les epaules d'un air blase.
Ces evenements sont toujours tres apprecies.
Ma is nous avons d'a utres chats a fouetter, n'est-ce
pas ? Meredith , tu as du nouveau? questionna-t-elle
en posant son beau regard bleu sur son am ie.
Meredith ne put retenir un sourire malicieux.
Depuis son arrivee, elle avait eu du mal a ne pas se
vanter de son exploit.
Et comment ! repondit-elle.
Elle plongea la main dans son reticule et en sortit
l'ecrin qu'elle avait recupere la veille au soir. Elle l'ou­
vrit, et ses deux com pagnes se pencherent, fas cine es,
tandis qu'elle s'emparait du collier qui reposait sur le
velours sombre. Les joyaux scintillerent au soleil.
Pendant un instant, un lourd silence regna dans la
piece. Puis, avec un soupir de rav issement, Emily prit
le bijou des mains de Meredith et le posa sur sa gorge .
Mon Dieu, Meredith , il est magnif ique !
s'exclama- t-e lle. Encore plus exquis que les dessins
ne nous le laissaient deviner .
12
---Toujours paree des fabuleux diamants , Em ily se
touma vers le miroir accroche au-dessus de la ch e­
minee, et examina son refet .
J'av oue que j'en ai eu le soufe coupe quand je
l'ai decouvert , reconnut Meredith.
Anastasia fon�a les sourcils.
Est-ce bien prudent de l'avoir apporte ici ?
C'est contraire au protocole.
Meredith regarda Ana avec un sourire ironiq ue.
Son amie respectait toujours les regles, en toutes cir­
constan ces.
Pour une fois, j'ai decide d'ignorer le reglement,
repliqua-t-el le.
Devant !'exclamation horrifee d'Ana, elle se hata
de preciser :
Avec la permission de Char les, evidemment ! Je
tenais a vous montrer le fuit de notre demier travai l.
Charles sera ici d'un instant a !'autre pour remettre
notre butin a l'ofcier de quart.
Emil y ft volte-f ace, repla�a le bijou dans son
ecrin, et croisa les bras d'un air contrarie.
Cela me semble tellement in juste ! Nous fai­
sons le dur travail, nous mettons nos vies en danger,
tout cela pour qu 'un simple of icier, qui ne pourrait
probablement pas trouver son propre ...
iEm ly, l'in terrompit Meredith en arquant un
sourcil reprobateur.
Emily secoua la tete .
Je suis desolee, mais c'est ce que je ressens .
Lofcier de quart se verra attribuer tout le merite de
la decouverte. Pour I' amour du ciel, Meredith , on t'a
tire dessus, hier soir ! <a ne vaut pas des remercie­
ments, selon toi ?
Meredith croisa les bras a son tour.
Et comment sais-t u qu'on m'a tire dessus ?
Je sais mener une enquete , fgur e-t oi.
13
---------Comme son amie aff ichait une expression incre ­
dule, Emil y eut un geste desin volte.
-B on, d'accord ! J'ai entendu Henderson dire
qu'il fallait remplacer une des vitres de la voiture.
Ma is tu n' as pas repondu a ra question.
Meredith soupira .
Emi ly, lorsque nous avons decide de faire par­
tie de la Societe de secours, nous savions que ce tra­
vail d'espion nage serait difi cile. Et que d'autres
seraient recompenses a notre place .
Emily secoua la tete, degoutee, et se mit a arpen­
ter la piece.
Voyons, la gronda doucement Ana. Si nous
etions reconnues pour notre travail, lady M. ne
pourrait plus nous conf ier de missions, et nos car­
rieres d'espionnes seraient termi nees. Ce n'est pas ce
que tu souha ites, n'est-ce pas ?
Emily eut un long soupir .
-N on, bien sur. Je suis stupide, comme toujours.
Nous avons fait notre devoir.
-E n ef et, mesdames, rencherit une voix mas­
culine sur le seuil du salon. Et lady M. vous en remer­
cie, ave c beaucoup plus de chaleur que la
Couron ne.
Meredith tourna la tete vers la porte. Un grand
sourire aux levres, elle regarda Char les Isley penetrer
dans la piece. D'age moyen, l'estomac proeminent, il
arborait une calvitie qu'il tentait de dissimuler en
rabattant ses cheveux clairsemes sur son crane. Ses
joues rubicondes lui donnaient un air joyeux et le
sourire qu'il adr essait aux jeunes femmes trahi ssait
une af ection sincere .
-C har les ! s'exclama Meredith en se levant.
Elle traversa la piece, les mains tendues, et il les
serra dans les sienn es.
Tres, tres, beau travail, Meredith ! la felicita-t-il
14
---avec un sourire en coin. Ma is nous nous serions bien
passes du dernier acte .
Meredith haussa les epaules et gratifia ses compa­
gnes d'un sourire.
Je n'ai eu d'autre choix que de sauter du mur.
C' etait cela ou me prendre une balle .
Nous sous- estimons parfois nos adversaires.
Il s'efo n;a de prendre un air severe, mais l'etin­
celle dans son regard dementait son expression.
Meredith songea au soir ou il l'avait approchee pour
la premiere fois et avait cha nge le cours de sa vie a
ja mais en lui proposant de faire partie du petit
groupe d'espionnes qu'etait en train de former une
myster ieuse et puissante dame de l'aristo crati e.
Quelques semaines plus tard, elle s'etait retrouvee
dans cette maison pour renco ntrer ses partenaires.
Deux annees durant, elles avaient subi une forma­
tion difcile destinee a afl ter leurs capacites tant
mentales que physiques.
Puis les missions etaient arrivees. Des enquetes
sur des trah isons pendant la guerre contre Na poleon.
Des af aires de meurtre ou de vol. Elles av aient
meme dejoue une tentative d'assassinat sur la per­
sonne de la prince sse Char lotte . Les quatre dernie­
res annees avaient ete trepidantes, grace a Charles
Isley et a leur myster ieuse bienfaitrice, qu' elles ne
connaissaient que sous le nom de lady M.
-M eredith ?
La jeune femme tressa illit.
J e vous ai demande si vous avi ez le collier.
Toutes mes excuses, Char les. J' etais dans les
nuages. Bien sur, je l'ai .
Elle s'approcha de la table ou etait pose l'ecrin, et
l'app orta a Char les. Ce derier l'ouvrit pour y jeter
un coup d'ril et hocha brievement la tete .
Parfait. Merci.
15
-----Je n'y suis pas an ivee seule, precisa Meredith .
Ce sont les deductions d'Ana qui m'ont aide a trou­
ver le bon cofe -fort et a l'ouvrir. Et la reche rche
meticuleuse d'Em ily m' a permis de determiner quel
collier etait un faux.
Vous savez que mes remerciements s'adressen t a
vous toute s, rappela-t-il. Mais je crains de ne pas etre
en mesure de vous ofir un peu de repit, cette fois.
Vous avez deja une nouvelle af aire a nous
confier? s'enquit Meredith, ravie d'ava nce.
Elle avait touj ours deteste les periodes de calme
entre deux missions .
Ana secoua la tete .
Honnetement, Ch arles, je ne vois pas comment
je pourrais accepter une autre mission. Je travaille
sur un nouveau projet, et je suis censee retranscrire
mes notes sur cette af aire pour les arch ives ...
Ch arles l'in terrompit en levant la main.
Ne vous inquiete z pas, Ana, Meredith sera
seule a travailler sur le terrain.
Comme Ana poussait un soupir de soulagement,
Emil y protesta :
Ce n'est pas juste ! Meredith a deja ete ch argee
de la demier e mission sur le terra in.
Meredith lui tira la langue d'un air espiegle et Ana
fit de meme en reponse. Ch arles leva les yeux au ciel.
Juste ou pas, nous n'avons pas le ch oix. Cela
vous interesse de connaitre les details ?
Meredith ho ch a la tete .
Je vous ecoute, Ch arles. De quoi s'agit-il ?
Avant de repond re, il tira sa pipe et sa blague a
tabac de la poche de sa veste. Tout en tassa nt le dans le foumeau, il alla s'asseoir pres du
feu.
Vous avez certainement entendu parler de la
procha ine vente aux enc he res a Genny A ?
16
---------Bien sur, acquies<a Meredith . Cela promet
d'etre un evenement de premier ordre. On ne parlait
que de cela au bal de la Societe, la semaine derniere .
Il y a eu recemment deux incidents ennuyeux .
Et derierement, on a vole un tablea u.
C'est tout ? s'exclama Em ily d'un ton exaspere.
Je croyais que nous etions censees defendre la Cou­
ronne et le pays ? J'ignorais que nous avions ete enga­
gees pour rendre des bijoux voles a une duchesse
trop gatee ou retrouver quelque stupide tablea u
pour une salle des ventes !
Cette afaire est plus grave qu'il n'y parait,
Emily ! retorqua-t-il.
Meredith croisa son regard .
Mais encore ? ft-el le.
Nous pensons que celui qui a vole le tableau est
un personnage de haut rang, repondit-il sans ciller Un
aristocrate titre avec qui vous avez ete liee par le passe.
Meredith insp ira a fond avant de demander :
Qui est-ce ?
Tristan Archer.
Elle dut faire appel a tout son sang-foid pour ne
rien laisser paraitre de sa stupeur. Dieu merci, sa
form ation lui avait appris a se maitriser en toute cir­
constance .
Le marq uis de Carmichael ? murmur a-t-elle
d'une voix le plus neutre possible.
-L ui-m eme.
Char les l' observait avec attenti on, guettant la
moindre de ses react ions .
Se reprenant bien vite, elle emit un petit rire qui
ne laissait rien deviner de son tumulte interieur .
-C har les, c'est de la folie, commenta-t-elle .
Tristan Archer a au mains vingt mille livres de rente
par an. n possede plus de cinq domaines for issants.
Il n'a aucune raison de voler un tableau !
17
---------Charles tira une bouf ee de sa pipe.
Peut- etre, mais ce n'est pas la premi ere fois
qu'on a essaye de s'in troduire dans cette salle des
ven tes. Il y a environ une semaine, en descendant de
son appar tement qui se trouve a l' etage , M. Gen ny a
trouve cette pein ture deplacee et posee contre un
mur. Sur le moment, il a cru qu'un de ses employes
l'avait decrochee et oubliee la. Mais lorsque le
tablea u a disparu, il a compris la manruvre .
Meredith s' efona de faire co'ncider les pieces du
puzzle.
Vous pensez que, la premiere fois, le cambr ia­
leur a ete interrompu ?
Charles secoua la tete .
Non. Il n'y avait aucune preuve laissa nt suppo­
ser que les choses s'etaient passees ainsi. Lady M.
pense que la premiere tentative n'avait pas pour but
d'enlever le tableau .
Meredith refe chit aux diverses possibilites. Pour­
quai un voleur deplacerait-il une ruvre d'art sans
l'emporter quand il en avait l'occasion? Soudain,
elle comprit. C' etait vraiment tres fute !
La personne qui a deplace le tableau y a aj oute
quelque chose, c'est pour cela qu'elle ne l'a pas empor­
te, hasarda-t-elle. Et celle qui l'a vole venait chercher
!'information que le premier « voleur » y avait glissee.
Peut-etre parce que le tableau avait deja ete vendu et
qu'on ne pouvait pas le racheter tout de suite.
C'est ce que nous pensons , acquiesca Charles.
Superbe ! s'exclama Emi ly.
Meredith tressaillit. Elle etait tellement plongee
dans ses reflexions qu' elle avait completement
oublie ses deux ami es.
Anasourit .
Tu es brillante, Meredith ! Mais lady M. a-t-elle
une idee de ce qui a circule pa r ce moyen ?
18
-------Charles se leva, et se mit a aller et venir devant la
cheminee.
-(a peut etre toutes sortes d'informati ons . Des
rumeurs courent concer nant des agents doubles qui
utiliseraient ce genre de meth odes. Quoi qu'il en
soit, c'etait une inf ormation sufsa mment sensible
pour que les personnes impliquees aient voulu le
faire subrepticement.
Meredith acquies�a. Son c� ur ba ttait la chamade,
mais cela n'avait rien a voir avec !'apprehension
qu'elle eprouvait d'ordinaire au debut d'une mission.
Cela n'avait rien a voir non plus avec !'excitation de
la decouverte ou le plaisir de formuler un plan pre­
cis pour passer a 1' acti on.
Non, aujourd'hui, elle etait terrifiee.
Pourquoi soup�onnez- vous Tristan Archer ?
s'enq uit-elle d'une voix douce.
Le ton etait inhabituel, et Charles in clina la tete.
Nous n'avons pas choisi Carmichael pour le plai­
sir, Meredith . Lady M. a ete aussi choquee que vous.
Cet homme s'est toujours comporte comme un par­
fait gentleman. Mais Genny a raconte que le lende­
main de la vente du tableau, Carmichael etait passe et
avait ofert une somme exorbitante pour le racheter .
Em ily haussa les sourcils.
Et il n'a pas voulu le vendre?
Non. II avait donne sa parole au premier
acheteur et a refuse de revenir dessus. Apparemment,
lord Carmichael et�it furieux, et a quitte la salle des
ventes comme une tornade.
Meredith eprouva un accablement indicib le.
Vous avez d'autres preuves ? murmur a-t-elle .
Des temoins ont v une voiture portant les
armes de Carmichael quitter la salle des ventes la
nuit du vol. Lorsque d'a utres en queteurs ont ques­
tionne le marquis sur son emploi du tem ps, il ne
19
------s'est pas montre cooperatif et a fini par donner un
alibi qui s'est revele faux. Pire, il a de tres mauvai ses
frequentations depuis quelque temps . De toute evi­
dence, Carmichael a chose a cacher . Une
enquete s'impose.
Meredith carra les epaules. Elle ne devait pas
oublier ot t etait son devoir ! Elle avait fait un ser­
ment et elle ne le romprait pas, meme pour l'homme
qui lui avait sauve la vie des annees auparavant.
Cela va de soi, dit- elle.
Carmichael donne un bal demain soir. J' ai
obtenu une invitation pour Emily et vous. Pendant
qu' elle fouillera rapidement la maison, vous renouerez
avec le ma rquis et deciderez des mesures a prendre.
Charles saisit l'ecrin contena nt le collier que
Meredith avait derobe, et qu'elle avait deja oublie.
Avec un sourire a l'adresse des trois femmes, il ajouta :
Dans l'inter va lle, je vais envoyer a Ana une liste
des frequentations de Carmichael afin qu'elle fa sse
des recherches . Je sais qu'a vous trois, vous decou­
vrirez la verite et parviendrez a intercepter tout
echange d'inf ormations precieuses. A present, si
vous voulez bien m'excuser, je dois apporter ceci a
l'officier de quart . Bonne journee, mesdam es.
-Bo n apres-m idi, Char les, repliquerent en
chcur Em ily et Ana.
Meredith ne put se resoudre a repondr e. Elle se
dirigea vers la fenetre et jeta un coup d'cil dehors.
-M eredith, d'ou connais -tu lord Carmichael ?
s'en quit Emi ly. Tu ne nous as ja mais parle de lui.
Pourtant, il est evident que cette mission et la possi­
bilite que le marq uis soit un traitre te perturbent
enor mement .
Meredith fit face a ses am ies. Emily l' examinait
avec une intensite qu'elle reservait d'habitude aux
seances de tir, et Ana avait ote ses lunettes.
Lesto20
---no w�, Meredith songea que ses compagnes mac
etaient vrai ment trop perspicaces parfois.
Meme Charles a remarque que cela te boulever­
sait, rencherit Ana. Qui est Tristan Archer pour toi ?
Meredith rendit mentalement grace a la forma­
tion qu'elle avait re�ue, et qui lui perm ettait de dis­
simuler les emotions contradictoires qui la
tenaillaient.
-L ord Carmichael etait un ami de mon cousin
quand j'etais enfant, rien de plus.
Ana fron�a les sourcils et Em ily ouvrit la bouche
pour parler, mais Meredith aj outa vivement :
Je fle ! J'ai des dispositions a prendr e pour le
bal demain, lan�a-t-ell e. Et tu devrais te preparer
aussi, Emily .
Mais ... commen�a Emil y en observant son
amie avec une suspicion grandissante.
Meredith devait a tout prix sortir avant que ses
partenaires ne lui arrachent la verite. Une verite
qu'elle ne parvenait meme pas a s'avouer a elle­
meme, du reste
- A plus tard ! lan�a-t-elle par-dessus son epaule
en s'enfuyant.
Elle traversa le hall en courant presque, salua le
ma jordome d'un signe de tete , et s'engoufa dans sa
voiture, qui l'attendait dehors. Mais une fois a l'abri
des regar ds, elle ft prise d'un tremblement irrepres­
sible. Que lui arrivait-il ? D'ordinaire, elle savait si
bien se controler . Elle ne pouvait absolument pas se
pere ttre de laisser libre cours aux emotions qui la
submergeaient. Elles etaient bien trop dangereuses !
Car le pire pour une espionne, c'etait d'ep rouver de
la tendresse pour un homme .
Surtout si cet homme se revelait etre un traitre a
la nation.
---2
Lorsque Meredith fanchit les partes d'acajou mas­
sif ouvrant sur la salle de bal de lord Carmichael,
elle avait la gorge nouee et le crur battant. Il lui fal­
lut faire appel a toute sa volonte pour paraitre
en jouee et insoucia nte.
Qu'est-ce qui la bouleversait autant, a la fin ? Si
Tristan etait reellement un traitre, peu im porait
qu'a une epoque elle l'ait trouve a couper le soufe .
De toute fac on, il n'avait cesse de l'eviter depuis qu'il
lui avait sauve la vie.
Elle etait une espionne, bon sang ! Et elle excellait
dans son metier. Elle ne pouvait laisser de stupides
souvenirs de jeunesse fausser son jugement. Elle jeta
un bref regard a Emi ly. Celle-ci afchait un sourire
suave tandis qu' elle en scrutait attentivement la foule.
Dieu merci, el e etait concentree sur sa mission, elle !
11 etait dif icile de distinguer une personne d'une
autre tant la salle etait bond ee. Meredith n'avait pas
v pareille cohue depuis longtemp s, cela dit, les
receptions de la fn de la saison etaient souvent les
plus courues.
Ana t' a donne la liste des personnes a sur­
veiller ? chuchota-t-elle en ouvrant son eventail.
22
-Seules Em ily et elle savaient qu'une lame etait
cachee dans la poignee, et qu'il sufsa it pour 1' ouvrir
de presser legerement sur un petit dispositif au bas
de l'objet. C'etait Ana, dont }'esprit inve ntif etait sans
limites, qui avait mis au point cette arme secrete.
Oui, repondit Emily tan dis qu' elles se fayaient
un chemin dans la foul e. C' est vraiment domma ge
que nous n'ayons jamais pu la persuader de venir
travailler sur le terrain avec nous . Elle est incroya­
blement intelligente .
Meredith acquies�a. Ana etait passee maitre dans
l'art d'inventer des codes ou d'en decrypter. Laction
l'interessait peu, et elle pretendait preferer travailler
dans un bureau.
Un bureau ! Meredith ne pouvait im aginer un
instant trouver le moindre plaisir a rester toujours
au meme endroit, pour decoder les informations que
d'autres lui rapporta ient. Elle, en revanche , vivait
pour le plaisir de la poursuite, la tension de la
cha sse. Elle aimait ras sembler les elements d'un
puzzle afn de determiner si un suspect etait inno­
cent ou coupable.
Il y a tellement de monde, soupira-t-ell e. Cela
va etre difcile de reperer les mauv aises fequenta­
tions de lord Carmi chael .
Elle balaya de nouveau la foule du regard, salua
de la main quelques amis, fdele a son ima ge de
veuve que la haute societe appreciait. C'etait cette
popularite, justement, qui lui permettait de penetrer
dans des milieux les plus fere s.
Emily eut un petit geste discret.
Voila lord Carmi chael, soufa-t- elle. Le mom ent
est ideal pour renouer avec lui, tu ne crois pas ?
Meredith se touma dans la direction que son amie
lui avait indiq uee. Tristan etait en efet a deux pas,
appuye contre un pilier. Et seul.
23
---Il etait plus beau que ja mais , et aussi tenebreux
que dans les visions qui hantaient parfois ses reves.
Sauf que ce soir, ce n' etait pas une vision. Le regard
vert de Tristan se posait de temps en temps sur la
foule, reconnai ssant ici ou la un ami . Un regard tou­
jours aussi pen etrant, nota-t- elle.
Il repoussa une meche qui lui tombait sur le font,
but une longue gorgee du verre qu'il tenait a la main
et se detourna. Elle fissonna. Apres toutes ces
annees, il continuait de la fa sciner .
-M eredith ? chuchota Em ily d'un ton pressant.
La jeune femme se reprit bien vite.
Oui, c'est le mom ent ideal, murmura- t-elle
avant de jeter un coup d'�i l a l'horloge de parquet
situee pres de la porte . On se retrouve sur la terrasse
dans trois quarts d'heure ?
Parfai t. Cela devrait me laisser amplement le
temps de fouiller la maison. Sois prudente !
Emily se gli ssa dans la foule et disparut dans le
sillage de robes colorees et de messieurs en fa c. Res­
tee seule, Meredith se concentra de nouveau sur Tris­
tan. Le sourire aux levres, il echangeait quelques mots
avec un domestique qui passait, et la jeune femme se
rememora sa gentillesse envers elle lorsqu'elle etait
enfant. Jamais elle ne l'aurait imagi ne capa ble de la
moindre vileni e. Encore moins de trahir son pays !
D'ailleurs, elle n'arrivait pas a le croire en depit des
preuves qui l'impliquaient dans le vol du tableau .
Il n'y avait qu'un seul moyen de decouvrir la
verite. Avec un sourire mal assure, elle se dirigea
vers lui.
Sa mission venait of ciellement de commencer.
Tristan Archer buvait son whisky a petites gor­
gees, mais l'alcool ne parvenait pas a apaiser son
24
--mala ise. 11 n'appreciait guere les grandes receptions,
auj ourd'hui moins que ja ma is. Meme avant que sa
vie soit devenue si compliquee, il ne prenait aucun
plaisir a ces fiv olites. Da ns ce genre de soirees, il
pouvait parler a une cen taine de personnes et ne pas
se rappeler une seule convers ation digne d'interet.
Du reste, si cela n'avait tenu qu'a lui, il aurait
cesse d'en organiser, ou d'y assister. Mais c'etait
impensable pour un homme de son ra ng. C' etait
l'une des choses que son pere lui avait inculq uees.
Meme apres toutes ces ann ees, il l'entendait encor e
lui expliquant le comportement qu'on attendait d'un
marq uis. Sa voix resonnait tres souvent a ses
oreilles, severe et autoritaire .
11 avait done fait de son mieux pour etre al a hau­
teur de la situa tion, mais depuis un an, la vie mon­
daine avait pris un tout autre sens. Ces receptions
etaient aussi le moyen d'entretenir des relations avec
des individus peu recommanda bles, mais qui lui
etaient malheureusement necessaires.
Avec un soupir, il leva les yeux et renco ntra le
regard lumineux de Meredith Sinclair. Son crur
s'emballa comme s'il venait de courir plus d'une
lieue ! Decidement, elle lui fai sait toujours le meme
efet, songea-t-il en la regardant se fayer un chemin
dans la foule. 11 l'a vait apenue a de multiples repri­
ses dans les salles de bal et les salons de la capita le,
mais jamais ce sourire eblouissant ne lui avait ete
adresse. Un fait dont il etait seul responsable, bien
sur. 11 avait fait de son mieux pour eviter tout
contact avec elle depuis des anne es.
11 y avait sans aucun doute quelque chose de
magique dans le sourire de cette femme. Alors que la
plupart des dames se cachaient derriere leurs even­
tails en se detoura nt modestement, Meredith se
devoilait totalement. Cette absence d'af fectation
25 semblait presque deplacee dans !'atmosp here guin­
dee de la haute societe londonienne, et pourtant, elle
fa scinait .
Lorsque Meredith s'ar� ta devant lui, il la salua
d'un simple signe de tete, trop emu pour parler.
Bonsoir , lord Carmi chael, dit-elle en ef ectuant
une petite reverence.
Il s'inclina devan t elle, presque ga uchement.
Veuillez me pardonner de vous approcher si
fam ilierement, mais je ne pouvais attendre de vous
feliciter, poursuivit-elle . Cette reception est vraiment
tres reussie.
Il cligna des paupieres. La ? Ah oui ...
EElle appreciait ce genre de soirees ? videmment,
cela n' aurait pas du le surprendre . Ils etaient aux
antipodes l'un de l'autre . Meredith avait toujours ete
tres appreciee dans leur milieu, et plus encor e
depuis qu' elle ne portait plus le deuil de son defunt
mari .
Il etait tellement bouleverse qu'il en oubliait les
bonnes manieres. Avec difi culte, il parvnt a lui
retoumer un sourire crispe. En espe rant qu'il n'ap­
paraiss ait pas aussi sinist re qu'il le sentait.
Il s' eclaircit la voix.
Inutile de vous excuser , madame. Apres tout,
nous sommes de vieilles conna issances. Entre amis
de longue date , on se passe de forma lites.
Il avait a peine prononce ces paroles qu'il les
regrettait deja. Pourquoi evoquer le passe ? Elle
avait certainement oublie les brefs moments qu'ils
avaient partage s lorsqu'ils etaient enfants . Et quant
a la nuit ou elle avait fcl la trag edie, nul doute
Aqu'elle l'avait chassee de sa memoire. ce souvenir ,
un muscle tr essaillit dans la joue de Tristan. Mais il
se hata de reprimer la colere qui l'en vahi ssait lors­
qu'il son geait a ce soir-l a. C'etait a cause de ces
26
---reactions excessives qu'il avait tellement lutte pour
garder ses distances avec Meredith.
Le visage de la jeune femme prit une expression
melancolique, et son sourire disparut.
Oh, c'etait il y a bien longtemps, n'est-ce pas ?
repliqua-t-ell e. Je n'etais pas certa ine que vous vous
en souveniez. Nous ne nous sommes pas parle
depuis ...
Elle se tut, son regard se voila un instant.
Depuis votre derni ere visite chez man oncle et
ra tante , acheva-t-elle avec son sourire habit ue!.
Il baissa la tete . Comme cette epoque insouc iante
lui paraissa it loin taine ! Il n'avait aucune responsa­
bilite a assum er, en ce temps-l a, et ni aucun secret .
S'il avait su quelle prison sa vie allait devenir , il
aurait sans doute davantage savoure sa jeunesse.
Meredith, ne put-i l s'empecher de se ra ppeler,
et ait une enfant solitair e qui le suivait partout,
accept ant de jouer les otages quand il pretendait etre
un pirate , ou celui de son ennemi, tue d'un coup de
pistolet, ou encor e celui d'un simple soldat dans son
armee ima ginaire.
Je m'en souviens tres bien, lady North am. Vous
etiez une tres bonne campagne de jeu.
Elle eclata d'un rire melodieux, qui n'atteig ni t
cependant pas ses yeux. Elle n'avait rien perdu de sa
beaute , songea-t -il. Enfant deja, elle etait la grace
incar ee. La deri ere fois qu'il avait rendu visite a
son cousin, avant qu'ils partent en pension, il avait
remarque qu'elle avait change. Il y avait une lumiere
nouvelle dans son regard qui l'avait fas cine. Qua nt a
son sourire, si rare a l'epoque, il le captiv ait.
Le soir ou il l'avait decouver te dans un pub, un an
seulement apres cette derniere visite, il etait evident
que d'autres hommes n'avaien t pas manque de
remarquer son incroyable beaute . Ils n'etaien t qu'a
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