Audacieuse Sarah

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Une Américaine à la cour de Marie-Antoinette...

1783. La Guerre d’indépendance touche à sa fin. Avant son retour en France, Louis doit remettre à Sarah le médaillon de son frère disparu. La jeune femme est troublée par la visite de l’officier, d’autant que des pluies torrentielles contraignent ce dernier à prolonger son séjour dans la plantation familiale. Menacée par un cousin qui veut l’épouser pour son héritage, Sarah va conclure un faux mariage avec son visiteur. Et si cette union n’était pas un simple échange de bons procédés ? De retour en France avec son Américaine dépourvue de titre de noblesse, la mission de Louis s’annonce plus compliquée que prévu...


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EAN13 : 9782820516534
Nombre de pages : 360
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couverture

Éléonore Fernaye
Audacieuse Sarah
La Famille d’Arsac – 2
 
Milady Romance

À toi, qui m’as accompagnée tout au long de cette aventure.

Chapitre premier

Delaware, mars 1783

 

Le ciel bas et les nuages menaçants portaient la promesse d’une nouvelle averse de neige. Resserrant les pans de son manteau pour se préserver du froid et de l’humidité, Louis d’Arsac arpentait d’un pas vif les rues de Wilmington pour rejoindre les quartiers du duc de Lauzun, son colonel, qui l’avait fait appeler. Les troupes françaises s’étaient installées là pour hiverner et le duc, comme tous ses officiers subalternes, était logé chez un notable de la ville.

Arrivé devant la vaste demeure où résidait M. de Lauzun, Louis se fit annoncer et patienta quelques instants avant d’être mis en présence de son supérieur. Celui-ci, assis derrière un bureau massif, était penché sur une carte d’état-major avec le comte de Dillon, son commandant en second ; dans un coin de la pièce, l’aide de camp du colonel rangeait la correspondance de son maître. Sachant bien comment se comporter, Louis salua et attendit en silence que l’on s’adresse à lui, ce qui ne tarda pas.

— Ah, monsieur d’Arsac, je vous remercie d’avoir répondu si promptement à mon appel.

— Je suis à vos ordres.

D’un geste, le duc congédia son second, avant de murmurer quelques mots inintelligibles pour son aide de camp, qui s’éclipsa après avoir hoché la tête.

Lauzun portait bien ses trente-cinq ans, ce qui lui avait valu son surnom, « le beau Lauzun ». Vêtu de son uniforme et d’une perruque simple mais impeccable, il émanait de lui une autorité et une force incontestables, quoique discrètes.

— Comme vous le savez, nous repartirons en France dès la fin de l’hivernage, et je transmettrai prochainement des ordres pour que les hommes se préparent au retour. L’Angleterre est vaincue et abandonne ses positions ici ; c’est une victoire éclatante pour nous, mais nous n’avons plus de raison de rester. À titre personnel, il me tarde de retrouver la France et sa civilisation…

Louis sourit, n’osant toutefois interrompre son supérieur pour lui affirmer qu’il était également impatient de retrouver Paris et ses divertissements.

— Lors de mon séjour à la cour, cet automne, le roi a eu vent de vos exploits et a manifesté le désir de vous voir prolonger votre service à ses côtés.

— C’est trop d’honneur, mais je suis reconnaissant à Sa Majesté de ses bonnes grâces.

En réalité, Louis était particulièrement soulagé. La campagne américaine l’avait contraint à engager d’importantes dépenses pour assurer son train de vie de l’autre côté de l’Atlantique, et même si son beau-frère, Henry Wolton, l’avait aidé sans compter, il avait horreur de se sentir redevable. L’approbation royale était prometteuse et lui vaudrait sans doute une généreuse récompense. Il était évident que son colonel avait décidé d’user de son entregent pour faciliter son retour au pays.

— Monsieur, vous m’avez demandé l’octroi d’une permission pour… raisons de famille, c’est bien cela ? reprit le duc.

— En effet. Comme vous le savez, ma sœur est mariée à un armateur de Philadelphie, et je ne l’ai pas vue depuis notre dernier hivernage.

— Je me souviens que la cour et la ville n’ont parlé que de cette union lorsqu’elle a eu lieu. C’était il y a quatre ans ?

— Cinq ans, monsieur. Élisabeth s’appelle désormais Mrs Wolton.

— Le temps passe si vite… Vous devez avoir des neveux, à présent ?

— En effet. Ma sœur a mis son troisième enfant au monde il y a deux mois, un second garçon. J’aimerais avoir la chance de le voir avant notre retour, d’autant que l’on m’a demandé d’être son parrain…

Louis ne pouvait s’empêcher de se demander à quoi rimait cette conversation qui ressemblait à s’y méprendre à un interrogatoire. On aurait dit que M. de Lauzun tournait autour du pot, ce qui ne manquait pas de le surprendre.

— Vous vous demandez où je souhaite en venir, n’est-ce pas ?

— Vous êtes le maître, monsieur, répondit Louis avant de croiser les mains dans son dos, craignant de s’être trahi par un geste déplacé.

L’ombre d’un sourire passa les lèvres de Lauzun, et il était sur le point de reprendre la parole, quand ils furent interrompus par le retour de son aide de camp. Ce dernier déposa sur le bureau un petit paquet enveloppé d’un linge. Quand l’objet toucha le bois, un léger cliquetis se fit entendre.

Le duc attendit qu’ils soient de nouveau seuls pour exposer son problème.

— Voyez-vous, je me suis retrouvé, par un hasard assez extraordinaire, en possession d’un objet que j’ai promis de faire remettre à son propriétaire légitime. Malheureusement… je n’ai pas le loisir de m’absenter pour effectuer une commission, mais je ne souhaite pas confier cette tâche à n’importe qui.

Louis se contenta de hocher la tête sans rien dire, pressentant ce qui allait suivre.

— Vous êtes un officier de confiance, monsieur, reprenait son supérieur. Qui plus est, vous avez la grande chance de parler l’anglais et de connaître les coutumes et la géographie locales grâce à votre sœur.

C’était beaucoup dire. S’il en savait effectivement plus long que les autres officiers, il n’était pour autant pas un spécialiste.

— Je connais assez bien Philadelphie et je peux demander à mon beau-frère de m’introduire auprès de particuliers si besoin est, reconnut-il, un peu à contrecœur.

— Ah, mais il n’est pas question de Philadelphie. (Le duc déplia le linge qui recélait une broche ovale très simple, un simple cabochon sur une monture en or.) Ce bijou appartenait, m’a-t-on dit, à un jeune officier américain, du nom de Francis Hart, qui a succombé à l’épidémie survenue juste après la bataille de Yorktown. Il m’a été remis par l’un de nos aumôniers qui a assisté le mourant afin d’exaucer ses dernières volontés : remettre ce bijou à sa sœur.

À présent, les questions de Lauzun sur la situation d’Élisabeth prenaient tout leur sens. Louis comprit qu’il obtiendrait son congé, mais uniquement à certaines conditions.

— Je suis prêt à vous octroyer la permission que vous avez requise, mais j’aimerais vous confier cette tâche par la même occasion. La famille Hart réside à Annapolis, à environ une journée de cheval d’ici.

Et au sud de Wilmington, soit à l’opposé de Philadelphie, calcula Louis en son for intérieur. Sa contrariété dut se lire sur son visage, car Lauzun reprit d’un ton conciliant :

— Je sais que cette mission vous oblige à faire un détour… mais en contrepartie, je suis prêt à vous accorder six semaines de permission, pourvu que vous soyez de retour lors de l’embarquement. Cela vous laissera amplement le temps de faire la connaissance de votre neveu. En outre, je considérerai que vous m’avez fait une faveur personnelle.

C’était une offre généreuse, à laquelle il n’aurait de toute façon pu se soustraire. Le duc avait visiblement conscience de lui imposer un imprévu désagréable, et entendait le récompenser pour sa peine.

— Je m’acquitterai de cette mission avec toute la diligence et la célérité possibles, monsieur. Je vous suis très reconnaissant de votre bonté.

Son supérieur sourit à cette réponse et, après avoir replié le tissu, lui remit le bijou.

— Quand avez-vous l’intention de partir ?

— Dès demain, si possible ; juste le temps de faire mes bagages.

— Demain, c’est parfait. Bon voyage.

Louis salua et sortit tandis que M. de Lauzun, après avoir sonné pour rappeler son aide de camp, se replongeait dans son travail.

Annoncer la nouvelle de leur détour à son valet s’était avéré autrement plus difficile. Dufay était entré à son service quelques mois après son arrivée en Amérique, après que son précédent serviteur, blessé, était rentré en France, visiblement soulagé d’en avoir fini avec la guerre. C’était un jeune homme capable, qui vouait une grande admiration à Louis, mais son franc-parler pouvait lui jouer des tours.

En apprenant qu’il faudrait se rendre à Annapolis, Dufay avait levé les yeux au ciel avant d’emballer les affaires de son maître sans cesser de maugréer. Quand il se mit à lancer des imprécations à voix basse contre le duc, Louis dut le rappeler à l’ordre et lui intimer d’achever son ouvrage.

Ils avaient pris la route au petit matin… si tant est que l’on pouvait appeler cela une route. Le chemin était boueux, car la neige n’avait finalement pas tenu, et à peine assez large pour laisser passer une voiture ou deux cavaliers. Fort heureusement, le temps toujours aussi inclément faisait qu’ils croisaient peu de monde, même s’ils avaient dû se ranger sur le bas-côté à plusieurs reprises et, une fois, aider un chariot embourbé.

En arrivant à Annapolis peu avant la tombée de la nuit, Louis était fatigué et surtout pressé d’en finir. Il enrageait déjà de ne pas pouvoir rallier Philadelphie avant le lendemain et, après avoir pris une chambre à l’auberge, se rendit chez le gouverneur dans l’espoir d’en apprendre plus sur cette fameuse Miss Hart et l’endroit où il pourrait la trouver.

Celui-ci, trop heureux d’accueillir un officier français, l’invita à rester dîner tandis qu’il chargeait ses aides d’obtenir les informations qu’il cherchait. Louis rongea son frein pendant tout le repas, mais il ne souhaitait pas offenser son hôte et risquer ainsi de perdre encore plus de temps. Enfin, le gouverneur se retira avec lui dans son bureau.

— Cela ne fut pas simple, mais nous avons réussi à retrouver la trace d’une Miss Hart, sœur de Francis Hart, commença-t-il après leur avoir servi un alcool fort.

Louis trempa les lèvres dans la liqueur pour dissimuler son impatience.

— Voyez-vous, l’on vous a mal renseigné : cette branche de la famille Hart n’est pas installée dans notre ville, mais dans une plantation, plus au sud.

Le Français se raidit en apprenant la nouvelle. Un délai supplémentaire ! À ce rythme-là, il n’arriverait jamais à Philadelphie avant la fin de son congé… Retenant un juron, il demanda :

— Cette plantation se trouve-t-elle loin d’ici ? Il est de la plus haute importance que je rencontre cette dame.

Le gouverneur eut l’air intrigué.

— Cette famille vous aurait-elle porté préjudice ? Si tel était le cas, il va de soi que je suis prêt à vous accorder mon aide…

— Non, absolument pas.

Le jeune homme chercha un moyen de ne pas révéler la nature de sa mission tout en veillant à ne pas compromettre la réputation de la femme qu’il recherchait.

— C’est seulement… que Mr Francis Hart m’avait chargé d’un ultime message pour sa sœur. Je ne voudrais pas contrevenir à ses dernières volontés, je suis certain que vous le comprenez, conclut-il d’un air entendu.

Un instant décontenancé, son interlocuteur hocha vigoureusement la tête.

— Bien entendu. Il serait inutile de bouleverser un peu plus cette pauvre dame, commenta-t-il d’un air entendu.

La pauvre dame se fiche de notre visite comme d’une guigne, songea Louis avec amertume, avant de remercier chaleureusement son hôte pour l’aide qu’il lui avait apportée.

D’après les explications qu’on leur avait fournies, la plantation se situait à une demi-journée de cheval d’Annapolis. Dufay, fidèle à sa réputation, avait gémi haut et fort, se plaignant des pérégrinations que leur imposait cette mission, et de l’inconfort qui caractérisait tout voyage sur ces routes si mal entretenues.

— Que le retour en France me tarde, monsieur ! Je vous confesse que je n’en peux plus de cette terre de sauvages.

— Ne t’inquiète pas, nous repartirons dès l’aube, la rassura Louis avec un sourire en coin. Il est hors de question que je reste plus longtemps que le strict nécessaire dans une ferme qui doit être dépourvue de tout confort, voire des plus simples commodités !

Ils continuèrent à deviser sur ce ton tout en chevauchant, ne croisant qu’occasionnellement d’autres voyageurs. Le ciel menaçant et les températures encore froides n’encourageaient sans doute pas aux déplacements, et Louis maudit une fois de plus le sort qui l’avait envoyé dans cette expédition.

Pourtant, à mesure qu’ils avançaient et épuisaient leur sujet de prédilection, le silence se fit et le jeune homme en profita pour observer les alentours. Si la vie devait être rude en ces lieux, il fallait néanmoins reconnaître que le paysage était somptueux, fait de grands arbres aux bourgeons naissants et de champs s’étalant à perte de vue. Il y avait quelque chose de farouche et de sauvage dans cette nature que l’on sentait domptée mais non domestiquée, comme si elle n’attendait qu’un signe de faiblesse de l’homme pour reprendre le dessus…

Louis secoua la tête. La chevauchée et l’énervement ne lui valaient vraiment rien ! Voilà qu’il se mettait à divaguer.

Raffermissant sa prise sur les rênes, il poussa son cheval à franchir une petite rivière à gué, Dufay et sa monture dans leur sillage. Si les indications étaient exactes, ils ne devaient plus être bien loin à présent. Louis scruta les alentours, à la recherche d’un signe indiquant qu’ils étaient sur la bonne voie.

Longeant un champ, il aperçut plusieurs silhouettes penchées et les héla. L’une des personnes les plus proches de la route, un homme dans la force de l’âge, s’approcha d’eux avec méfiance. Quand il fut suffisamment près, Louis sursauta ; la couleur de peau de l’homme ne trompait pas, c’était forcément un esclave. Il allait se rendre sur les terres d’esclavagistes ! L’espace d’un instant, il envisagea de tourner bride et de prétendre avoir échoué.

Lors de la campagne, leur régiment avait été envoyé aux Antilles pour contrer les Anglais sur la mer, et Louis avait eu la possibilité de découvrir la vie des plantations locales et s’était indigné d’une telle pratique. Bien sûr, il en avait entendu parler lorsqu’il était en France, mais à l’époque cela lui paraissait lointain et ne le concernait pas.

Il échangea quelques mots en anglais avec l’homme, dont l’accent ne lui était pas familier, avant de se faire confirmer qu’il se trouvait bien sur les terres de la famille Hart, et qu’ils atteindraient la demeure dans peu de temps. Traduisant la réponse pour son valet qui n’avait saisi que quelques expressions, Louis remercia ensuite son interlocuteur.

On ne les avait pas trompés : une dizaine de minutes plus tard, au tournant de la route, une grosse bâtisse apparut. C’était un bâtiment à l’architecture simple mais d’apparence solide, et sans doute vieux d’au moins un demi-siècle. Çà et là, quelques éléments de décor apportaient une touche élégante à l’ensemble. La pelouse était entretenue, et on pouvait supposer qu’un jardin se trouvait de l’autre côté de la maison.

Visiblement, la plantation Hart était une demeure familiale, et non une simple ferme.

Dufay siffla entre ses dents.

— On dirait que certains savent quand même vivre dans ce pays, monsieur. Peut-être qu’on pourra rester un jour ou deux ? ajouta-t-il d’un ton mi-railleur, mi-sérieux.

Louis le rappela à l’ordre d’un coup d’œil sévère, mais ne dit rien. Après tout, il avait été le premier à croire qu’ils allaient découvrir une masure au milieu des champs.

Ils approchèrent du perron, mais personne ne vint les accueillir. À bien y réfléchir, les lieux étaient silencieux et paraissaient déserts. Louis descendit de cheval et fit signe à son valet de tenir les rênes, puis entreprit de gravir les quelques marches menant à la porte. Il frappa quelques coups déterminés au heurtoir et attendit.

La grande maison paraissait assoupie tant elle était silencieuse, et il craignit que personne ne soit là. Si c’était le cas, que faire ? S’en retourner à Annapolis, trouver un endroit où passer la nuit… ? Avec impatience, il réitéra son geste et tendit l’oreille. Cette fois-ci, il lui sembla discerner des bruits de pas précipités.

Au bout de quelques instants, ce bruit se fit plus fort, et il eut la confirmation que l’on venait à leur rencontre. La porte s’ouvrit, dévoilant une jeune femme. Assez quelconque, vêtue d’une robe de laine brune et d’un tablier maculés de farine, les cheveux entièrement dissimulés sous une coiffe, elle arborait un air sérieux, presque revêche, qui contrastait avec son apparente jeunesse.

Il s’agissait sans doute d’une servante ou d’une parente pauvre recueillie par la famille. Comme elle ne disait pas un mot, Louis prit la parole en prenant garde de ne pas l’effaroucher. Après tout, il ne devait pas être commun par ici de voir débarquer un officier français !

— Je suis Louis d’Arsac, lieutenant-colonel au sein du régiment de M. de Lauzun, et je viens pour une mission de la plus haute importance. Conduis-moi à ta maîtresse.

La fille ne dit rien, se contentant de l’observer de ses grands yeux verts, son unique trait un peu remarquable dans un visage constellé de taches de rousseur. Mal à l’aise, Louis craignit qu’elle soit muette…

— As-tu compris ce que je viens de dire ?

La servante plissa les yeux comme pour l’examiner et finit par répondre :

— Oui, j’ai bien compris. Mais vos paroles n’ont aucun sens.

— Ce n’est donc pas ici la demeure de la famille Hart ?

— En effet, mais je n’ai pas de maîtresse.

Voilà qu’elle parlait par énigmes, à présent ! Se contenant, Louis reprit le fil de la discussion.

— L’on m’aura mal renseigné, alors. Je cherche Miss Hart, sœur de Francis Hart, et l’on m’a assuré qu’elle vivait ici.

Ce regard si intense semblait le toucher au fond de l’âme et le scruter sous toutes les coutures, mais Louis s’interdit de détourner les yeux ou même de laisser paraître son inconfort. La jeune femme incurva les lèvres en un sourire imperceptible.

— En effet, elle vit ici. Je suis Sarah Hart. Enchantée de faire votre connaissance, monsieur.

Chapitre 2

Sarah s’était levée avant le soleil, comme chaque jour, pour se consacrer à ses tâches. Dirigeant la plantation depuis la mort de son père, elle était sur tous les fronts : il fallait prendre soin des récoltes, préparer la terre, organiser la vente des produits, mais aussi s’occuper de la maisonnée, organiser des travaux de rénovation ou de terrassement… Jamais, quand elle s’était retrouvée avec son jeune frère à hériter de la propriété, elle n’aurait imaginé que cela ferait peser de si lourdes responsabilités sur ses épaules. Bien entendu, son père avait toujours consacré beaucoup de temps à l’administration du domaine, mais elle avait l’impression de vider un puits sans fond.

En outre, elle devait faire face à un problème inattendu : sur son lit de mort, Mr Hart avait affranchi les esclaves de la plantation, avec le soutien de ses enfants. Malgré leur liberté fraîchement acquise, les travailleurs ne pouvaient pas pour autant circuler librement, risquant bien souvent d’être capturés et asservis par des voisins. Sarah les avait autorisés à demeurer sur ses terres, mettant un point d’honneur à les rétribuer, ce qui mettait ses finances dans un équilibre précaire. Elle avait calculé qu’elle aurait besoin d’un an ou deux pour remettre la plantation à flot, et cela aurait sans doute été le cas si Francis, son frère, n’avait pas décidé de rejoindre l’armée…

La jeune femme poussa un soupir, refusant de s’attarder sur ces souvenirs qu’elle s’efforçait d’oublier. L’absence de Francis se faisait plus diffuse, la douleur était moins vive que les premiers temps, mais elle préférait ne pas s’appesantir dessus.

La journée s’était déroulée comme à l’ordinaire. Après s’être aspergé le visage et les mains d’eau fraîche, Sarah s’était habillée seule pour gagner du temps : sa vieille nourrice, Mama, insistait pour s’occuper d’elle, mais la jeune femme répugnait à la faire lever si tôt et parcourir la moitié de la demeure simplement pour venir l’assister. En outre, compte tenu de ses multiples activités, elle privilégiait les tenues pratiques et peu salissantes. Ce jour-là, son choix s’était arrêté sur une vieille robe brune en lainage qui se fermait sur le devant, avec un tablier et une coiffe pour ne pas être gênée dans son labeur par ses cheveux.

Mama lui reprochait souvent de se vêtir comme une servante et non comme la maîtresse des lieux, mais Sarah n’en avait cure. Ils recevaient si peu de visiteurs, surtout en cette saison ! Quant à leurs voisins, tous la connaissaient depuis son plus jeune âge et l’estimaient plus pour son travail à la tête de la plantation que pour ses tenues vestimentaires. Et puis, elle avait remarqué que les hommes la prenaient plus au sérieux quand elle traitait avec eux dans des tenues austères.

Après avoir consacré plusieurs heures à l’étude des comptes et à sa correspondance, elle avait rejoint sa tante pour le déjeuner. Lors de la disparition de sa mère, Sarah avait accueilli avec soulagement l’arrivée de sa tante, Emma Hart, venue soutenir son frère endeuillé. Elle s’était entièrement consacrée à l’éducation de ses neveu et nièce, au point de faire une croix sur un éventuel mariage. Elle avait beau passer pour excentrique, grâce à elle, Sarah avait eu l’opportunité d’apprendre plus de choses que ce que l’on enseignait d’ordinaire aux filles de la région.

— Vous êtes encore affreusement matinale aujourd’hui, l’avait-elle accueillie tout en tartinant un scone de confiture.

— Il faut bien que quelqu’un s’occupe de la propriété, fit remarquer Sarah d’une voix égale, balayant d’un revers de la main les éternelles préoccupations de sa tante. Ce climat instable m’inquiète un peu : je crains que nous ne puissions commencer les semis comme prévu. En outre, une des vaches semble sur le point de vêler, j’espère que cela ne nécessitera pas trop de main-d’œuvre.

Tante Emma ne put retenir une grimace.

— Mon enfant, j’ai beau admirer votre capacité à gérer ce domaine, quels qu’en soient les aspects, je vous saurai gré de m’épargner ce genre de détails, au moins au repas ! Pas étonnant que vous fassiez fuir vos prétendants avec un tel manque de délicatesse.

La vieille dame avait conclu sa phrase d’un sourire, atténuant le caractère cinglant de sa remarque, mais Sarah ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Alors qu’Emma Hart avait choisi de demeurer célibataire, elle avait décidé de marier sa nièce, au grand dam de celle-ci.

Sarah n’avait pas la moindre envie de convoler, et était convaincue que les rares soupirants qu’elle aurait pu avoir dans le comté ne lui portaient aucun intérêt. Franchement, à quoi lui servirait un mari ? À mettre le nez dans ses affaires, exiger des comptes sur sa gestion du domaine, remettre en cause ses choix, réclamer la propriété de ce qui lui appartenait ? Plutôt mourir vieille fille.

Elle ruminait encore ces sombres pensées lorsque, profitant d’une accalmie, elle envoya la plupart des manouvriers aux champs, afin de préparer la terre. Puis, comme sa tante s’était retirée dans son petit salon sous prétexte de lire, Sarah avait rejoint les cuisines où une paire de bras supplémentaire était toujours la bienvenue.

Ce jour-là, les lieux étaient plus paisibles qu’à l’ordinaire. Outre la cuisinière et Mama, qui passaient le plus clair de leur temps à raconter des histoires et à préparer les repas, il n’y avait qu’une jeune servante qui boitait depuis l’enfance et ne pouvait donc participer aux travaux des champs. Cette dernière était assise devant la longue table en bois brut et épluchait des pommes et des poires, que l’on mettrait ensuite à macérer dans du rhum avec des épices.

En dépit des protestations indignées de Mama, Sarah s’était mise avec entrain à pétrir la pâte qui servirait à préparer des gâteaux, se délectant de ces moments simples où elle n’était plus la maîtresse des lieux, mais juste une jeune fille qui aimait passer du temps auprès du personnel de la plantation qu’elle considérait comme sa propre famille. Les femmes chantaient dans ce français mâtiné de créole que Sarah avait entendu depuis son plus jeune âge et qui avait bercé toute son enfance. Elle peinait encore à en comprendre le sens, mais appréciait la musicalité de cette langue, la façon dont on semblait s’attarder sur les syllabes, les intonations douces et presque sensuelles… Chaque fois, il lui semblait être transportée dans un monde où la vie était plus facile et les responsabilités moins pesantes.

Prise par sa rêverie, elle n’avait tout d’abord pas entendu le heurtoir, mais un bruit lointain lui fit soudain dresser l’oreille. Interrogeant du regard les trois servantes, celles-ci haussèrent les épaules avec surprise : on n’attendait pas de visiteurs et les voyageurs égarés poussaient rarement jusqu’à la propriété. Croyant s’être trompée, Sarah fit mine de reprendre son ouvrage, quand des coups se firent entendre plus distinctement, appuyés par la sonnette actionnée par sa tante depuis le salon.

S’essuyant les mains sur un torchon et secouant ses jupes pour en ôter le gros de la farine, Sarah s’élança vers la porte, plus rapide que les autres femmes. Tout en marmonnant dans sa barbe, elle vérifia du bout des doigts que sa coiffe était bien en place et qu’aucune mèche ne s’en échappait : inutile d’attirer l’attention.

Quand elle parvint enfin devant le lourd battant, la jeune femme crut que son visiteur allait le défoncer à force de tambouriner. Néanmoins, il se calma dès qu’elle ouvrit et, s’il parut un instant décontenancé par son apparence, n’en demeura pas moins parfaitement aimable.

L’homme était si imposant qu’il semblait occuper tout l’encadrement de la porte. Il portait une tenue d’équitation blanche avec de hautes bottes noires, une longue veste bleue bordée de rouge et un tricorne noir, et sa chevelure était parfaitement coiffée et poudrée, ce qui était pour le moins inhabituel. D’un rapide coup d’œil, Sarah aperçut un autre homme vêtu à l’identique qui se tenait au bas du perron, et elle comprit qu’elle avait affaire à des militaires.

Son interlocuteur lui avait posé une question mais elle se trouvait incapable d’y répondre, fascinée malgré elle par la prestance et l’autorité qui émanaient de lui. D’après ses propos, c’était un officier français… mais que diable venait-il faire ici ?

D’un ton qui lui parut condescendant, l’homme lui demanda si elle était capable de le comprendre. Piquée au vif, Sarah répliqua vertement, brûlant d’envie d’effacer le mépris qu’elle croyait lire sur son visage. Après s’être amusée à laisser planer le doute, elle finit par reconnaître qu’elle était la maîtresse des lieux, et la personne qu’ils cherchaient.

L’expression de stupeur sur les traits du lieutenant – car c’était ainsi qu’il se présentait – lui sembla si drôle qu’elle se retint d’éclater de rire par crainte de l’offenser. D’un geste, elle l’invita à la suivre dans le petit salon de sa tante, après avoir indiqué à l’autre homme, sans doute un domestique, comment rejoindre les écuries.

Ils marchaient en silence, et Sarah ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œil à la dérobée à son étrange visiteur. Il devait avoir quelques années de plus qu’elle, mais il était difficile de juger sans le dévisager ouvertement. Son regard était d’un bleu éclatant, si vif qu’elle avait envie de s’y noyer. Il avait de larges épaules que sa veste semblait à peine contenir, et des traits réguliers et agréables…

L’homme la surprit à l’observer, et elle détourna vivement les yeux, se sentant rougir, en proie à d’étranges fourmillements. À grand-peine, Sarah retint un soupir agacé : voilà que son corps décidait de faire des siennes ! Néanmoins, elle ne pouvait nier qu’elle trouvait l’officier très à son goût.

Elle fut heureusement sauvée par leur arrivée devant le salon. Après avoir frappé un coup à la porte, elle fit entrer leur visiteur, s’excusant auprès de sa tante d’interrompre son repos quotidien.

— Ma tante, un officier français est venu nous voir. Il s’agit de monsieur…

Elle s’interrompit soudain, prenant conscience qu’elle n’avait pas retenu son nom.

— Louis d’Arsac, madame, compléta celui-ci en ôtant son chapeau et en s’inclinant, non sans avoir lancé un regard légèrement moqueur à la jeune femme. Je suis venu rencontrer votre nièce, Miss Hart, ajouta-t-il avant de donner quelques explications sur son voyage.

Emma se redressa, comme ragaillardie par la perspective qu’un militaire français ait fait tout ce chemin pour rencontrer Sarah. Cette dernière se mordit la lèvre, persuadée que sa tante allait passer à l’offensive, et envisageait déjà d’inviter l’officier à la suivre dans le bureau pour échapper aux menées de son aînée, mais elle fut prise de court.

— Monsieur, en effectuant ce long trajet, vous avez fait preuve d’une admirable galanterie. Laissez-moi donc vous offrir des rafraîchissements pendant que ma nièce revêt une tenue plus appropriée…

Là, c’était trop fort ! Sarah sentit de nouveau la moutarde lui monter au nez et s’empressa de contre-attaquer :

— Ma tante, je suis certaine que M. d’Arsac aimerait régler au plus vite l’affaire qui l’a amené ici. Je suis parfaitement en mesure d’entendre ce qu’il a à me dire avec cette robe !

Sarah ne put s’empêcher de remarquer que l’homme la considérait avec un sourire en coin, comme s’il trouvait distrayante la scène qui se déroulait devant lui. Raison de plus pour ne pas céder, se dit-elle.

Néanmoins, sa tante avait déjà tiré le cordon de la sonnette et meublait la conversation en parlant du temps qu’il faisait et de l’état des routes, quand Leah, la servante boiteuse, apparut sur le seuil.

— Demande à la cuisinière de nous apporter du thé et des gâteaux, ordonna-t-elle. Et dis à Mama qu’elle est attendue dans la chambre de Sarah pour l’aider à s’habiller.

— Voyons, tante Emma…

— Allez-y, mademoiselle, je serais fâché que vous ne puissiez vous présenter sous votre meilleur jour par ma faute.

Le traître ! Sarah serra les dents et sortit sans mot dire, tremblant de colère et… d’une autre émotion qu’elle peinait à identifier.

Arrivée dans sa chambre, elle résista à l’envie de revêtir une robe encore plus défraîchie, et commença à sortir quelques vêtements avec des gestes brusques. Ce fut ainsi que Mama la découvrit quelques minutes plus tard.

— Mademoiselle ! Vous allez froisser toutes vos robes si vous continuez ! Allons, ôtez vite cette pelure qu’on devrait vous interdire de porter et je viendrai vous aider à lacer votre corset.

À contrecœur, Sarah obéit, car il lui était impossible de trop résister à sa nourrice. En outre, plus vite elle serait prête, plus vite elle recevrait le message et plus vite ce M. d’Arsac disparaîtrait.

Abandonnant sa tenue sur le paravent, elle se laissa engoncer dans un corset et s’opposa farouchement à un laçage trop serré, de peur de ne plus être libre de ses mouvements. Elle enfila ensuite une robe de fine laine d’un vert encore soutenu en dépit de son âge, qui allait à ravir avec ses yeux et son teint. Elle s’apprêtait à redescendre quand Mama la retint d’un geste.

— Et vos cheveux ? Vous ne pouvez pas garder cet affreux bonnet.

Sentant qu’il serait plus simple – et plus rapide – de céder plutôt que d’argumenter, la jeune femme se résigna à s’asseoir devant sa coiffeuse avec un soupir. Elle arracha son bonnet de toile d’un coup sec, libérant de longues boucles cuivrées qui lui tombaient jusqu’au bas du dos. Elle ne prenait pas le temps de les couper et préférait les attacher de telle sorte qu’ils ne la gênent pas.

Mama prit la brosse et se mit à la passer doucement dans la longue chevelure, chantonnant une vieille berceuse créole. Sarah se détendit peu à peu, apaisée par ce contact réconfortant. Avec quelques épingles, la vieille servante réalisa un chignon simple dévoilant le cou de sa maîtresse, qui sortit précipitamment.

Sarah essayait vainement de remonter son corsage tout en marchant, mais rien à faire : la robe était fermée dans le dos et assez ajustée. Elle n’avait plus l’habitude de porter des tenues aussi élaborées depuis qu’elle avait renoncé à son statut de jeune fille à marier pour se consacrer corps et âme à la plantation. C’était comme être propulsée cinq ans en arrière, et elle se sentit soudain intimidée, comme une débutante.

Exaspérée par l’apparente désertion de ses facultés intellectuelles, elle fit irruption dans le salon sans frapper et alla s’asseoir auprès de sa tante sur le sofa, non sans avoir coulé un regard à l’homme qui était demeuré debout pour converser.

Elle crut déceler une étincelle fugace dans ses yeux – de surprise ? d’intérêt ? elle n’aurait su le dire – mais il inclina la tête pour la saluer et, quand il se redressa, il affichait une expression parfaitement neutre.

— Voulez-vous du thé, Sarah ? Ce gentilhomme a refusé que je le serve tant que vous ne seriez pas de retour parmi nous.

La jeune femme murmura son assentiment, incapable de détourner les yeux de leur visiteur. Il ne souriait pas, mais semblait parfaitement à son aise, comme si prendre le thé chez des étrangers au fin fond de la campagne était une habitude. N’y tenant plus, elle se lança :

— Monsieur, je devine que vous avez fait un long chemin et que vous souhaitez sans doute rentrer chez vous dans les plus brefs délais. De grâce, faites-moi part de votre message.

M. d’Arsac n’appréciait peut-être pas ses manières directes, mais il n’en montra rien. Il choisit de s’installer sur un fauteuil face à ses hôtesses et tira un petit paquet de la poche de son habit. Sarah sentit sa gorge se nouer.

— Ainsi que je l’ai dit lorsque vous m’avez accueilli, je suis venu remettre quelque chose à Miss Hart, en souvenir de son frère. Je n’ai pas eu l’honneur de le connaître, mais le duc de Lauzun, qui commande mon régiment, m’a demandé d’être son messager.

Il s’apprêta à confier le paquet à Sarah, qui tendit machinalement la main, et le déposa doucement dans sa paume, lui effleurant les doigts par inadvertance. La jeune femme sentit une vague de chaleur remonter le long de son bras, mais tâcha de ne pas y prêter attention.

Avec des gestes lents et précautionneux, elle défit l’étoffe qui enveloppait le petit objet niché au creux de sa paume. Quand elle découvrit celui-ci, elle ne put retenir un cri de surprise. Il s’agissait d’une broche ancienne, faite d’un simple cabochon, mais qui avait appartenu à sa mère. Sarah n’avait même pas remarqué sa disparition mais, à en juger par les quelques explications du lieutenant, son frère Francis l’avait emportée en rejoignant l’armée.

Francis… Un profond sentiment de regret et de culpabilité l’étreignit quand elle songea à son frère disparu. Son décès remontait à presque deux ans, et quand celui-ci était survenu, elle n’avait pas eu de nouvelles depuis plusieurs mois, mais Sarah avait toujours espéré, au fond d’elle-même, que son jeune frère franchirait de nouveau la porte de la demeure. Elle s’en voulait de n’avoir pas su le convaincre de rester parmi eux et, surtout, elle éprouvait un vif remords en repensant à son comportement vis-à-vis de l’officier français. À n’en pas douter, celui-ci était venu s’acquitter d’une mission délicate, et elle n’avait pas su le comprendre, plus soucieuse de son apparence que de sa propre famille. Que devait-il penser d’elle !

Sarah se reprit. Ce que M. d’Arsac pensait d’elle n’avait aucune espèce d’importance. Il n’était qu’un messager, un visiteur qui repartirait le soir même, le lendemain au plus tard. Pour sa tranquillité d’esprit, elle avait hâte de le voir rebrousser chemin.

Sa tante se racla la gorge, et Sarah comprit qu’elle était demeurée silencieuse un moment. Se reprenant, elle leva la tête et regarda l’homme droit dans les yeux.

— Je vous remercie d’avoir pris la peine de nous rapporter ce bijou. Il a peu de valeur, mais c’est un souvenir précieux…

Était-ce donc elle qui parlait d’une voix enrouée, si différente de son habituel ton posé et pragmatique ? Son interlocuteur hocha imperceptiblement la tête et elle décela un soupçon de pitié dans ses yeux. Se raidissant, Sarah demanda d’un ton presque acerbe :

— Mais dans quelles circonstances vous êtes-vous trouvé en possession de cet objet alors que vous ne connaissiez pas mon frère ?

— Sarah, voyons ! s’exclama sa tante d’un air outré. Pardonnez l’emportement de ma nièce, monsieur. La douleur l’égare…

La jeune femme voulut répliquer, mais un coup d’œil sévère de tante Emma l’en dissuada. Celle-ci avait l’air franchement courroucée de son éclat, et mieux valait faire preuve de contrition en attendant que l’orage passe. Préférant ne pas dire un mot pour ne rien trahir de ses émotions, elle se contenta d’esquisser un petit signe de tête que chacun pourrait interpréter à sa guise.

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