Aussi fort qu'autrefois... (Harlequin Azur)

De
Publié par

Aussi fort qu'autrefois..., Anne McAllister

Stupéfait, Flynn découvre que la lettre qu'il vient d'ouvrir a été postée cinq ans auparavant. Que s'est-il donc passé pour que la missive, à présent tachée et jaunie par le temps, ait mis si longtemps pour parvenir à destination ? Soudain, la stupeur de Flynn se mue en choc. Car dans cette lettre, Sara McMaster, la jeune femme avec laquelle il a eu autrefois une liaison, lui apprend qu'elle a accouché d'un bébé prénommé Liam. Un bébé dont il est le père, et qui est aujourd'hui un petit garçon âgé de cinq ans...

Publié le : lundi 1 juin 2009
Lecture(s) : 22
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280272094
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
1.

— Je ne sais pas ce qu’est cette… chose, Monsieur le Comte.

Mme Upham tenait à deux doigts une enveloppe bleu pâle, toute tachée et déchirée.

— Ce courrier est… particulièrement sale, poursuivit-elle d’un air dégoûté.

Elle avait posé le reste de la correspondance sur le bureau de Flynn, en trois tas bien distincts, selon son habitude. Ce qui concernait les affaires de la propriété — la plus grosse pile — puis les lettres d’ordre professionnel, y compris celles des lecteurs. Enfin, le courrier personnel, qui lui était adressé par son frère et sa mère.

Tout était méticuleusement rangé, comme si elle songeait à faire de même dans la vie de son patron.

Eh bien, bon courage ! pensa Flynn avec ironie.

Car son existence était centrée sur Dunmorey, vieux château de quelque cinq cents ans, humide et délabré, rempli des portraits de ses aristocratiques ancêtres qui semblaient se gausser de ses efforts à vouloir conserver un toit au-dessus de leurs têtes. Comme si cela ne suffisait pas, son frère Dev, passionné de chevaux, parlait de faire revivre le haras, alors qu’ils n’avaient pas un sou vaillant, et sa mère, veuve depuis sept mois, ne cessait de lui répéter qu’il devait prendre une épouse !

Comment, dans ces circonstances, la méticuleuse Mme Upham pouvait-elle trouver le moindre agrément à organiser son quotidien ? Pour l’heure, le meilleur conseil que Flynn pût lui donner, c’était de jeter cette lettre.

Conseil que son père aurait certainement approuvé, pour une fois, pensa-t-il. Car feu le huitième comte de Dunmorey n’avait jamais accordé le moindre intérêt à ce qui n’avait pas d’apparence convenable. N’avait-il pas un jour jeté une lettre que Flynn avait griffonnée sur un papier d’emballage, depuis un pays en guerre où il se trouvait en reportage ? « Si tu ne peux faire l’effort d’écrire un courrier digne de ce nom, je refuserai de le lire », l’avait-il informé à son retour.

Tandis que Flynn se débattait maintenant avec les problèmes du château, il croyait encore entendre son père lui faire des reproches… « Je savais que tu n’y arriverais pas. A sauver le château, à être un comte respecté et responsable, à… »

— Monsieur le Comte ? insista Mme Upham.

Flynn leva les yeux, passablement irrité. Il lui fallait revérifier les comptes, voir si, d’une manière ou d’une autre, il disposait d’assez d’argent pour remplacer le toit et rénover les écuries, avant que Dev ne revienne de Dubaï avec le nouvel étalon.

Impossible ! Il avait plus de chances d’atteindre la liste des best-sellers du New York Times avec son nouveau livre qui sortait aux Etats-Unis le mois prochain. Car, quoi qu’en eût dit son père, il écrivait avec talent. Journaliste, il s’était distingué par ses interviews sans complaisance, ses articles de fond. Mais c’était avant que le titre de comte ne vienne bouleverser sa vie.

Pour autant, il n’allait pas renoncer à ses responsabilités au sujet de Dunmorey, même si la bataille qu’il avait engagée pour sauvegarder le vieux château irlandais était ardue. C’était une obligation, pas un plaisir, et en tant que fils cadet, il n’avait jamais prévu de l’endosser. Il en avait hérité par un malheureux hasard, alors qu’il avait eu en tête d’autres projets. Qu’à cela ne tienne ! Il était farouchement déterminé à montrer qu’il était capable de relever le défi.

— Le courrier urgent est ici, Monsieur le Comte, fit remarquer Mme Upham. Je jette donc cette saleté, n’est-ce pas ?

Flynn opina et reprit ses calculs.

— Puis-je vous apporter une tasse de thé, Monsieur le Comte ? Votre père aimait que je lui serve du thé au moment du courrier.

Flynn serra les dents à cette nouvelle interruption.

— Non, merci, Madame Upham. Je préfère être seul !

S’il ne ressemblait pas à son père — et Dieu merci ! pensa-t-il —, il avait sa propre notion de l’autorité. Et chaque fois qu’il en usait, Mme Upham comprenait le message.

— Très bien, Monsieur le Comte, fit-elle avant de se retirer.

Flynn recommença à additionner ses colonnes de chiffres. Mais il n’obtenait toujours pas le résultat escompté. En soupirant, il se laissa aller contre le dossier du fauteuil et fit quelques mouvements d’épaule pour chasser la tension qui l’accablait. Dans une heure, il avait rendez-vous avec un entrepreneur pour évaluer les travaux à effectuer dans les écuries, avant le retour de Dev avec l’étalon dans deux semaines.

Ce cheval était un champion et promettait d’être d’un bon rapport. Il devenait donc urgent de retaper les écuries.

Sauf que les prix de la saillie et les droits d’auteur semblaient bien insuffisants pour restaurer Dunmorey et le domaine.

Le château appartenait à la famille depuis plus de trois cents ans. Il avait connu des jours meilleurs et des périodes sombres. Pour Flynn, il justifiait amplement la devise gaélique familiale : Eireoidh Linn — Nous vaincrons malgré l’adversité. Ce que son père avait eu coutume de traduire par : Nous survivrons ! pour ceux de ses convives qui ne parlaient qu’anglais.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.