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Averia

De
162 pages
Seki vit sur Averia, une colonie humaine qui a été conquise il y a 20 ans lors de la guerre avec les Tharisiens. Malgré cela, elle s’accommode bien de l’occupation. N’a-t-elle pas la chance d’étudier à l’université?
Sa soeur, Myr, ne partage pas son point de vue. Pour elle, la présence des Tharisiens sur Averia est une abomination. Le seul moyen de mettre fin aux injustices que subit le peuple humain est de se rebeller contre l’envahisseur. Mais voilà que Seki, intimement convaincue que la reprise des hostilités serait une erreur, se voit entraînée malgré elle dans un groupe de résistants. Les choses tournent mal. Une bombe explose. La spirale de violence s’accélère. Seki, qui doit assumer un rôle qu’elle n’a pas désiré, arrivera-t-elle à se sortir indemne de l’insurrection qui gronde dans la colonie d’Averia?
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Copyright © 2012 Patrice Cazeault Copyright © 2012 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Révision linguistique : Daniel Picard Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Conception de la couverture : Tho Quan Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89667-548-7 ISBN PDF numérique 978-2-89683-344-3 ISBN ePub 978-2-89683-345-0 Première impression : 2012 Dépôt légal : 2012 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Cazeault, Patrice, 1985-Averia Sommaire : t. 1. Seki. ISBN 978-2-89667-548-7 (v. 1) I. Titre. II. Titre : Seki. PS8605.A985A97 2012 C843’.6 C2011-942705-2 Version ePub: www.Amomis.com
Note de l’auteur
Averia est une double-série qui raconte, tour à tour, ce que vivent deux groupes de personnages. D’un côté, le récit s’intéresse aux épreuves de Seki, une jeune humaine prisonnière de sa carapace, et de sa sœur, Myr, captive de ses blessures qu’elle ne cesse d’entailler plus profondément. Ensemble, elles affrontent la réalité de l’occupation que subit leur sol natal, Averia. De l’autre côté, dans le tome qui suit celui-ci, l’histoire nous transporte auprès d’Annika Aralia, sur Tharisia, l’arrogante capitale du peuple contre lequel les humains ont mené la guerre il y a vingt ans. Annika, une Tharisienne impulsive et déterminée, mène sa lutte personnelle, au grand désespoir de ses compagnons, contre son gouvernement, ses semblables et, surtout, contre elle-même. À leur insu, la trajectoire de ces personnages les mène vers une éclatante collision, leurs actions s’entremêlant, les forçant à commettre des gestes aux conséquences qui secoueront la galaxie tout entière. À commencer par Averia, minuscule colonie occupée par une force étrangère…
À Julie, qui m’inspire les plus delles histoires
Première partie
Je saisis mes bandelettes, devenues rugueuses par l’usage, et une bouteille d’eau tiède que je fourrai dans mon sac à dos. Me penchant à nouveau sur mon lit étroit, je ramassai une chemise grise et un pantalon noir. — Tu sais, fit une voix dans mon dos, lorsque l’insurrection débutera, ce ne seront pas des arts martiaux dont nous aurons besoin, mais bien de désintégrateurs. Je pivotai sur moi-même et trouvai Myr appuyée contre le cadre de ma porte, les bras croisés. Elle plissait légèrement les yeux pour se protéger de la lumière chaude qui traversait la grande fenêtre de ma chambre et qui se perdait tout juste à la pointe de son abondante chevelure noire. — Je n’ai pas l’intention de désintégrer qui que ce soit, lui répondis-je en terminant de remplir mon sac. Je me faufilai entre le cadre et elle, entreprenant de descendre les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée. Ce faisant, j’attrapai un vieil élastique au fond de mes poches et attachai mes longs cheveux bruns derrière ma tête, geste automatique et détaché. — Sais-tu ce qui s’est passé aujourd’hui à l’Assemblée ? demanda ma jeune soeur. — Non. Je m’en fiche un peu, eus-je envie de répondre. — Eh bien, figure-toi donc que le Gouverneur a encore une fois utilisé son veto pour entraver le projet de libre circulation entre la Colonie et le Haut-Plateau. J’atteins le palier, toujours talonnée par Myr, et j’allai jusqu’au réfrigérateur, déposant mon sac au passage sur le comptoir. — Et comment crois-tu que nos représentants ont réagi ? insista-t-elle, vraisemblablement désespérée d’obtenir une réaction de ma part. — Je l’ignore, Myr. — Ils n’ont rien fait ! Pas même un cri de protestation indigné ! Ce ne sont que des pantins. Ils se contentent de ramper devant les Tharisiens et de… de… Dis, tu m’écoutes ? Je pianotai quelques touches sur le panneau du réfrigérateur, sélectionnant les items que je souhaitais apporter avec moi pour souper. — Il n’y a plus de lait ? Le visage de Myr vira au cramoisi. Elle serra les dents et les poings avant de tourner les talons et de remonter bruyamment les marches. J’hésitai, la main toujours sur la porte du frigo et une pointe de culpabilité dans l’âme. Myr, quatorze ans, était une élève brillante. Elle décrochait aisément les meilleures notes de sa classe, et ce, sans étudier, car, à la maison, elle occupait tous ses temps libres à éplucher les bulletins de nouvelles sur le réseau et à nous prédire, à mon père et à moi, que nous devrions bientôt nous soulever contre l’oppresseur. Le souper que j’avais commandé ne m’inspirait plus rien. Je ramassai une pomme, ignorant cette petite voix qui ne manquait pas de me rappeler à quel point mon estomac grondait à la suite de mes séances d’arts martiaux. Je haussai les épaules. Myr savait que ses histoires de politiques ne m’intéressaient pas. J’enfilai les ganses de mon sac à dos et je traversai le salon silencieux et vide pour atteindre la porte. Une fois dehors, je fus accueillie par les rayons déclinants du soleil couchant. Ceux-ci filtraient à travers le feuillage des grands arbres qui bordaient la rue, m’éblouissant par intermittence. Plaçant une main devant mes yeux pour les protéger, je trouvai mon père agenouillé dans ses plates-bandes, un peu sur ma gauche. Quand il me vit passer, il déposa sa vieille truelle et essuya la sueur qui perlait sur son front. — Seki, appela-t-il. N’oublie pas ton quart de travail à l’usine ce soir. — Oui, papa. Je n’oublierai pas. Il me suivit des yeux alors que je m’éloignais vers la rue.
— Ton superviseur m’a encore convoqué hier soir au sujet de tes nombreux retards. — Je lui ai expliqué un millier de fois déjà. Mes cours à l’université se terminent parfois plus tard que prévu. Et l’usine n’est franchement pas la porte d’à côté. Mon père déplia les jambes et massa ses genoux couverts de terre noire. — Prends un taxi, Seki. Je peux te donner un peu d’argent pour tes déplacements. Nous ne manquions de rien à la maison, mais c’était tout juste. J’avais beau travailler près de trente heures par semaine chez Averia Composante, mes études universitaires accaparaient une part importante du budget familial. Comme Myr poursuivrait elle aussi ses études, nous devions mettre de l’argent de côté pour elle également. Si, comme mon père me le suggérait, je devais me payer le luxe d’épargner mes pauvres petites jambes, je devinais aisément qui se priverait davantage. — Non merci, lui répondis-je en atteignant le trottoir. Je préfère marcher, mais je me dépêcherai, c’est promis ! Je ne laissai pas le temps à mon père de protester et je m’élançai dans la rue. Le soleil me chauffait les épaules, mais une agréable brise caressait mes mollets, emportant avec elle les odeurs familières de mon voisinage. L’herbe fraîche et les effluves des feuillus cohabitaient avec la cité cosmopolite qui s’agitait à quelques pâtés de maisons à peine de mon chez-moi. Activant le rythme de mes pas, je quittai mon quartier et me retrouvai à longer la voie rapide, l’artère principale de la colonie, que dominait le tramway magnétique qui passait justement à toute vitesse dans un sifflement surréaliste. J’eus le temps de remarquer qu’il était pratiquement vide. À cette heure et dans cette direction, c’était tout à fait normal. Le train filait depuis les zones d’agriculture vers les districts culturels et industriels de la ville. Après quoi, les wagons amorceraient leur ascension vers la région du Haut-Plateau et y déverseraient le peu de Tharisiens qui travaillaient dans l’enceinte d’Averia. Le tramway, bien que ridiculement rapide, ne constituait pas le mode de transport préféré des habitants d’Averia. La plupart, tout comme moi, privilégiait la marche pour leurs déplacements. Malgré les rares voitures et les artères dégagées, la colonie avait été conçue de manière à ce que tout soit accessible aux piétons. Ainsi, nous avions beau nous amasser en un tas de 500 000 âmes, notre cité ne connaissait ni les embouteillages ni les dangers de la circulation. En comparaison, certains reportages que j’avais visionnés de la Terre me fichaient le mal de crâne. Vues du ciel, leurs agglomérations ressemblaient à de vieux organismes malades, pompant un sang gris, nerveux et sale à travers des artères bouchées. Averia, m’avait-on dit, avait été planifiée et construite par les plus brillants esprits de l’aérospatiale. Quand ils ont commencé à comprendre que les colons répétaient sur leurs nouvelles planètes les mêmes erreurs que sur la Terre, les gouvernements se sont attelés à la tâche de mettre sur pied la colonie parfaite. Averia devait servir de modèle. Nous devions être le joyau des étoiles. Dans les rues qui se remplissaient peu à peu des travailleurs qui terminaient leur journée, je laissai mes yeux suivre la silhouette du train magnétique qui s’éloignait vers l’est, en direction du Haut-Plateau et de ses miroitantes structures ouvragées. Ouais, pensai-je. Mais tout ça, c’était avant la guerre…
* * * Mon arrivée à l’université concordait avec la fin des classes. Un torrent d’élèves se déversait dans les corridors aux vieux murs vert sombre. Réseaux à la main, la plupart n’accordaient pas la moindre attention à leurs trajectoires erratiques et je devais lutter pour préserver l’intégrité de ma bulle personnelle. Tentant de me frayer un chemin à