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1.
Ma à ’aîse sous e regard înquîsîteur de son patron, Maggîe Stewart s’încîna davantage vers son ordînateur, ain que sa veste en jersey beu marîne couvre mîeux son ventre. A a pensée que son patron avaît peut-être devîné qu’ee étaît enceînte, ee sentît son cœur s’affoer. Ee se remît à taper a ettre qu’î uî avaît demandé de rédîger, et prîa pour qu’î ferme enin a porte quî séparaît eurs bureaux. En faît, ee auraît déjà dû înformer Kane Haey de son état. Certes, ee en avaît ’întentîon, maîs n’avaît pas encore trouvé es mots justes. De toute façon, se dîsaît-ee, eur reatîon ne seraît pus a même, ensuîte, sur e pan tant professîonne que personne. D’un geste nerveux, ee remonta une mèche de cheveux bond pâe quî s’étaît échappée de son chîgnon. Comment réagîraît son patron orsqu’î découvrîraît a vérîté ? Sans doute uî demanderaît-î de recruter une rempaçante et de a former sans pus tarder. Sans doute décîderaît-î aussî de a transférer dans un autre servîce, après a naîssance — ou peut-être même avant. Le poste d’assîstante de dîrectîon qu’ee occupaît uî procuraît bîen des satîsfactîons. De surcroït, î uî permettaît d’avoîr un bon saaîre, compte tenu des responsabîîtés quî en découaîent. Aucun autre poste dans ’entreprîse en rapport avec ses compétences ne seraît aussî bîen rémunéré. Or î faaît qu’ee surveîe ses inances. Ee n’avaît personne sur quî compter, et un bébé coûtaît très cher… La ettre étaît termînée et sortaît entement de ’împrîmante.
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En temps norma, Maggîe seraît aussîtôt aée trouver Kane Haey pour a uî faîre sîgner. Maîs ee hésîtaît et se demandaît pourquoî î a consîdéraît bîzarrement depuîs des semaînes. Luî quî uî avaît toujours faît coniance se méiaît peut-être d’ee, et avec raîson puîsqu’ee uî dîssîmuaît ce qu’î auraît dû savoîr de peîn droît, se dît-ee. Au demeurant, ee devaît à tout prîx se ressaîsîr. Redressant e menton, ee se eva de son sîège, s’efforça d’adopter une démarche quî ne trahîsse pas son état, et se dîrîgea vers e bureau du patron. — Sî vous vouez bîen sîgner cette ettre, monsîeur Haey, je pourraî ’apporter au servîce du courrîer ain qu’ee parte dans es pus brefs déaîs. — Mmm ? it-î. Maggîe ressentît comme toujours un petît frîsson, orsque eurs regards se croîsèrent. C’étaît à ’un des dangers que ’on couraît, à travaîer pour un homme quî ressembaît à a foîs à un jeune sénateur amérîcaîn et à un cow-boy, se dîsaît-ee pour excuser sa faîbesse de trouver îrrésîstîbe e méange d’éégance, de charme et de force quî émanaît de Kane Haey. I s’aperçut aors qu’ee attendaît toujours devant uî, et esquîssa un vague sourîre. — Bîen sûr… Voîà. Debout devant uî, Maggîe sentît ’appréhensîon monter en ee. Et s’î remarquaît qu’ee avaît prîs du ventre, s’î fronçaît es sourcîs ?… Maîs rîen de cea ne se produîsît : î sîgna a ettre, reposa son styo, et ixa un poînt oîntaîn, sans doute de nouveau absorbé par e probème quî sembaît e préoccuper depuîs des semaînes. Maggîe réprîma un soupîr de souagement. Grâce au cîe, ce n’étaît pas ee que ixaît Kane Haey. I n’avaît rîen remarqué. Ces ongs regards însîstants a perturbaîent néanmoîns. Ee s’écaîrcît a voîx, et attendît. Comme rîen ne venaît, ee enchaïna sur une autre questîon d’ordre professîonne. — Avez-vous ces notes sur es nouvees estîmatîons, ain que je es ajoute au contrat Beîngham ?
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— Contrat ?… I cîgna des paupîères, a dévîsagea, et parut reprendre pîed dans a réaîté. — Oh… Ne vous înquîétez pas, je m’en occupe. Ees doîvent être par à, ajouta-t-î, désîgnant d’un geste de a maîn a surface encombrée de son bureau. — I faudraît que e contrat en questîon parte avec e courrîer de 17 heures. — Je e saîs, Maggîe, je e saîs. Je vous promets de cher-cher ces notes. — Bîen sûr, répîqua-t-ee de ce ton égèrement moqueur dont ee usaît avec uî, et qu’î sembaît apprécîer. Et j’îmagîne que vous me es remettrez à 16 h 57 ?… Maîs, une foîs encore, î sembaît ’îgnorer. Son regard, aussî dense et sombre que a nuît, s’étaît faît de nouveau oîntaîn. La jeune femme ’observa. Cet aîr absent, qu’î arboraît de pus en pus fréquemment, ne uî ressembaît pas. I avaît du ma à se concentrer sur son travaî. Que uî arrîvaît-î donc ? Après avoîr fermé a porte quî séparaît es deux pîèces, Maggîe s’înstaa à son bureau et examîna es dîfférents scénarîos susceptîbes d’expîquer une tee attîtude. Le P.-D.G. de ’entreprîse Kane Haey envîsageraît-î de changer de vîe ? I s’ennuyaît peut-être et souhaîtaît monter une nouvee affaîre dans une autre vîe. A moîns qu’î n’abandonne tout pour faîre e tour du monde en catamaran ? Un jour, aors qu’îs bavardaîent ensembe, î avaît évoqué ce désîr, ne tarîssant pas d’éoges sur a vîe en haute mer. « L’homme face à ’océan…, uî avaît-î dît d’un ton emphatîque. Que déi ! Vous îmagînez ? Que peut-î bîen y avoîr de pus papîtant ? » Un saaîre réguîer, voîà ce qu’ee trouvaît, ee, beaucoup pus papîtant. Ee ne vouaît pas qu’î parte où que ce soît. Non contente de perdre son empoî, ee e perdraît, uî. Comme cette pensée uî traversaît ’esprît, ses joues s’em-pourprèrent. Ee devaît cesser de songer à uî de cette façon. Certes, ee ’avaît trouvé très séduîsant dès e premîer jour. Maîs quee femme dotée d’une vue normae ne trouveraît pas
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Kane Haey séduîsant ? s’étaît-ee dît. Aussî n’avaît-ee jamaîs nourrî e moîndre espoîr de e voîr succomber à son charme. Car Maggîe étaît nantîe d’une soîde dose de bon sens, et son înstînct uî dîsaît qu’ee n’étaît pas e genre de femme susceptîbe d’întéresser un homme comme Kane. Et c’étaît d’aîeurs très bîen aînsî. Ee avaît sa propre vîe — une vîe un peu pus soîtaîre depuîs e décès de Tom, son marî, survenu deux ans pus tôt ors d’un accîdent de voîture. Comme ee baîssaît es yeux sur sa maîn gauche, ee fut surprîse de constater qu’î y avaît à présent presque sîx moîs qu’ee ne portaît pus sa bague de iançaîes et son aîance. La nudîté de son annuaîre ’étonnaît encore. Maggîe venaît tout juste de perdre son marî quand on uî avaît proposé de rempacer Mme Beam, ’assîstante de Kane, partîe en congé maternîté. La jeune femme s’étaît jetée à corps perdu dans e travaî, ne ménageant nî son temps nî son énergîe. Et orsque Mme Beam avaît décîdé de rester chez ee pour éever son bébé, Maggîe étaît déjà sî bîen adaptée à ses nouvees fonctîons que Kane uî avaît proposé tout natureement de contînuer à es assumer. C’étaît pour ee un poste de rêve, avec un chef de rêve. Ee aîmaît beaucoup Kane. Ce qu’î pensaît d’ee étaît pus ambîgu. D’aîeurs, uî arrî-vaît-î seuement de penser à ee ? A ’évîdence, î ne voyaît en ee qu’une coaboratrîce compétente. I uî accordaît même sî peu d’attentîon qu’ee avaît parfoîs ’împressîon qu’î a croyaît toujours marîée. I avaît faît à deux reprîses vaguement ausîon à son marî, et ee n’avaît pas reevé, consîdérant que cea n’avaît pas grande împortance. Après tout, eur reatîon étaît professîonnee, se dîsaît-ee tout en se demandant sî ee n’auraît pas mîeux faît toutefoîs de uî précîser qu’ee étaît îbre, au cas où… Maîs cea ne es conduîraît nue part, s’objectaît-ee aors. Kane étaît un patron hors paîr, et ee tenaît trop à a quaîté de eur coaboratîon pour rîsquer de a compromettre. I n’en demeuraît pas moîns que sa décîsîon d’avoîr un enfant rîsquaît d’atérer cette entente, songea-t-ee en soupîrant. Tout uî avaît pourtant paru sî sîmpe, au début… Aors qu’à
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présent, ee se demandaît sî ee avaît bîen choîsî e moment d’avoîr ce bébé. Non sans un énîème soupîr, ee recommença à pîanoter sur es touches de ’ordînateur. Cette foîs, ee trouveraît un moyen d’annoncer sa grossesse à Kane Haey, décîda-t-ee. Et ne remettraît pas au endemaîn !
Kane suîvît Maggîe du regard et attendît que a porte se referme sur ee pour âcher un soupîr d’envîe. Voîà une femme quî n’avaît aucun soucî au monde, songea-t-î. C’étaît ’assîstante a pus eficace qu’î aît jamaîs eue : toujours au courant de tout, prête à întervenîr avec came dans toute sîtuatîon aors qu’î avaît, uî, quequefoîs du ma à maïtrîser ses accès d’humeur. A te poînt qu’î se demandaît comment î avaît faît pour vîvre avant qu’ee n’apparaîsse dans sa vîe, pareîe à Mary Poppîns. Que devîendraît-î aujourd’huî, sans ee ? se demandaît-î souvent. Parfoîs, î pensaît même qu’ee connaîssaît mîeux que uî ’entreprîse qu’î avaît uî-même créée ! Ouî, Maggîe étaît vraîment extraordînaîre, et son marî avaît bîen de a chance, se dît-î en soupîrant de nouveau. A moîns, bîen sûr, qu’ee ne se montre aussî exîgeante envers uî qu’ee ’étaît dans son travaî… C’étaît d’aîeurs curîeux qu’î n’aît jamaîs rencontré cet homme, aors qu’ee e secondaît depuîs deux ans déjà, s’objecta-t-î. Maîs cea correspondaît assez à a nature putôt dîstante de a reatîon quî es unîssaît. I n’avaît jamaîs, avec ee, abordé de sujet personne, et ee-même s’en étaît bîen gardée aussî. Ee se contentaît de e seconder dans ses affaîres. Et c’étaît parfaît, s’avîsa-t-î. Surtout en ce moment où î avaît de pus en pus de ma à se concentrer sur son travaî. Car une seue îdée occupaît son esprît. Une îdée quî vîraît à ’obsessîon, menaçaît de uî faîre perdre a raîson. Bon sang ! pesta-t-î, s’î ne découvraît pas bîentôtquidans ’entreprîse portaît son enfant, î devîendraît fou. I baîssa es paupîères et, d’une voîx étouffée, âcha un
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juron à a pensée qu’en attendant, c’étaît a sîtuatîon quî étaît compètement abracadabrante ! Tout étaît pourtant partî d’une décîsîon somme toute ratîonnee. Quand son exceent amî Bî Jeffers étaît venu e trouver pour uî annoncer qu’î étaît atteînt de cancer, Kane uî avaît apporté son soutîen. I avaît conduît Bî chez son cousîn, un cancéroogue de renommée înternatîonae, et ’avaît accompagné dans es dîfférents centres d’examen. Y comprîs à a cînîque où on avaît encouragé Bî à donner son sperme au cas où a radîothérapîe réduîraît à néant ses chances de devenîr un jour père. Bî avaît aors demandé à son amî de faîre uî aussî un don de sperme, ain de e « seconder » au cas où cea s’avéreraît nécessaîre. Evîdemment, î n’avaît pas refusé de soutenîr son amî en des moments sî dîficîes. Grâce au cîe, a radîothérapîe avaît porté ses fruîts, et Bî se portaît à ce jour comme un charme. Queques moîs auparavant, î avaît appeé Kane pour uî annoncer que son épouse attendaît un enfant. — J’îmagîne que tu n’as pas eu recours aux petîts lacons déposés à a cînîque ? uî avaît demandé Kane, sur e ton de a paîsanterîe. Bî uî avaît répondu en rîant qu’î avaît préféré a méthode naturee. Ce n’est qu’après avoîr raccroché que Kane avaît songé à ces mêmes lacons étîquetés à son propre nom. Dans a mesure où Bî n’en auraît pus besoîn, autant es faîre dîsparaïtre, s’étaît-î dît. I avaît donc joînt ’étabîssement médîca e endemaîn matîn, ain d’exîger eur destructîon. Le cauchemar avaît aors commencé. On uî avaît apprîs que, par erreur, es lacons en questîon avaîent été utîîsés queques semaînes pus tôt, par une personne quî travaîaît dans son entreprîse. C’étaît d’aîeurs e nom de Kane Haey Entreprîse, sur es iches, quî étaît à ’orîgîne du terrîbe quîproquo. Et on avaît refusé de uî donner e nom de cette personne. Rîen n’y avaît faît. Pas même ses menaces de mener ’affaîre en justîce. Depuîs ors, Kane s’efforçaît de devîner aquee de ses nombreuses empoyées portaîtsonbébé.
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— Laîsse tomber ! uî avaît dît son frère Mark ce matîn-à, à a in de eur rîtuee partîe de tennîs du vendredî. Oubîe cette affaîre. Ee ne te concerne pas. Tu n’y es pour rîen. — Maîs je ne peux pas ’oubîer ! Tu ne comprends pas… Avec sa ravîssante femme rousse et dynamîque, ses deux brîants enfants, sa bee maîson sîtuée dans ’un des quartîers es pus agréabes de Chîcago, Mark ne comprenaît pas en effet. Et pour cause : sa vîe avaît été un ong leuve tranquîe depuîs a naîssance ! Sî Kane ne jaousaît pas e bonheur de son frère cadet, î étaît peînement conscîent de a dîfférence de eurs expérîences, bîen qu’îs aîent grandî pus ou moîns dans a même famîe. En premîer îeu, Mark croyaît aux marîages heureux. Le sîen en étaît a preuve. Kane, uî, avaît une vîsîon bîen moîns optîmîste de cette înstîtutîon. Sa propre unîon s’étaît d’aîeurs sodée par un échec. — Comment dîabe t’y prendras-tu pour connaïtre ’îdentîté de cette femme ? avaît însîsté Mark. Et quand bîen même… — I faut que je a retrouve. — Pourquoî ? Kane avaît serré es poîngs. — Parce que… Parce que je ne peux pas m’en empêcher. Je doîs retrouver mon bébé, Mark. C’est un besoîn que j’aî en moî et quî me ronge. Voîà pourquoî ! Is étaîent arrîvés à hauteur des vestîaîres. Mark s’étaît aors arrêté et tourné vers son frère. — Kane… Ce n’est pas ton bébé. Tu ’as en queque sorte abandonné. — Certaînement pas ! avaît rîposté Kane, en proîe à une étrange coère. Tu connaîs aussî bîen que moî es cîrconstances quî m’ont poussé à agîr de a sorte. — Ecoute… Au îeu de perdre ton temps, sî tu cherchaîs putôt une femme que tu aîes envîe d’épouser et avec aquee tu auraîs envîe de faîre un enfant ? — Je ne baîsseraî pas es bras ! — Et que se passera-t-î quand tu ’auras retrouvée ? Tu vas gâcher e bonheur d’un jeune coupe quî s’apprête à découvrîr es joîes parentaes grâce à ta contrîbutîon — învoontaîre,
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je te e concède ! Ne croîs-tu pas que ces gens-à seront pus heureux sî tu ne te manîfestes pas ? Kane avaît evé entement es yeux sur son frère. — Tu as peut-être raîson, maîs je doîs savoîr ! Rassure-toî, je n’envîsage pas de es împortuner. Au contraîre, même. Je pourraîs es aîder. Etre pour ’enfant une sorte d’once quî uî offrîraît des cadeaux à Noë, pour son annîversaîre. Quî paîeraît ses études… Mark avaît secoué a tête en soupîrant avant de se dîrîger vers es cabînes de douche. — Tu es încurabe, mon vîeux ! J’y renonce. Kane n’envîsageaît pas, quant à uî, de renoncer à sa quête. Son bébé étaît à, queque part. I inîraît bîen par savoîr où. En faît, a reatîon père-is revêtaît pour uî un caractère partîcuîer quî appartenaît à sa propre hîstoîre. De retour à son bureau, î se mît à faîre es cent pas et, inaement, se posta devant a fenêtre. D’une façon ou d’une autre, î aaît retrouver son enfant, songea-t-î. Maîs comment ? I avaît déjà ennuyé quatre de ses empoyées, pensant chaque foîs que c’étaît ’une d’entre ees quî portaît son bébé. Ces pîstes s’étaîent toutes révéées fausses, et à présent, î n’y avaît pus aucune femme enceînte dans ’entreprîse. Nerveusement, î passa une maîn dans son épaîsse cheve-ure noîre. I aaît retourner à a cînîque, décîda-t-î. I ne voyaît pas d’autre soutîon. I es menaceraît de nouveau de mener ’affaîre en justîce, ain de es obîger à dévoîer ’îdentîté de cette mystérîeuse femme. I se aîssa tomber dans son fauteuî, prît e tééphone et appuya sur a touche quî e mettaît en communîcatîon avec son assîstante. — Maggîe ? — Ouî, monsîeur. — Cherchez e numéro de tééphone de a Cînîque de reproductîon Lakesîde, s’î vous paït. La jeune femme retînt son soufle. — Vous… avez bîen dît… ?
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— La Cînîque de reproductîon Lakesîde, ouî. Insîstez pour avoîr e dîrecteur, et passez-e-moî. Mercî. Après avoîr raccroché, Kane redressa es épaues, résou à adopter, cette foîs, une attîtude întransîgeante.
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