Bonjour Monsieur le Ministre!

De
Publié par

Une épouse loyale aux belles allures de princesse, un futur et bien probable Ministre des Oiseaux migrateurs au portefeuille variable, un négociant des tropiques transformé en "homme d'affaires" avisé qui demeure un néocolonial nullement ombrageux. Au travers de ces effigies parodiques, l'auteur a réuni les ingrédients les plus sulfureux afin de reproduire par le drame un espace total pour les antagonismes permanents. Au-delà de la raillerie, l'auteur dénonce les incohérences des systèmes politiques qui se bousculent dans une Afrique secouée par des rébellions et des batailles sanglantes.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
Lecture(s) : 343
EAN13 : 9782296168633
Nombre de pages : 129
Prix de location à la page : 0,0070€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

BONJOUR

MONSIEUR

LE MINISTRE!

Théâtre des 5 Continents Collection dirigée par Kazem Shahryari et Robert Poudérou Dernières parutions
190 -Claudine VUlLLERMET, J'avais vingt ans, 2007. 189 - Jean-Michel BAYARD, La part du lion, 2007. 188 - François CHANAL, Le silence des sables, 2006. 187 - Alain Lulla ILUNGA, Confidences à l'ombre ou Le procès Diallo, 2006 186 - Kazem SHAHRY AR!, Couleurs de femmes l'été, 2006. 185 - Moni GREGO, Un éclair entre deux éclipses, 2006. 184 - Thierry CHAUMILLON, Contentieux, 2006. 183 - Robert POUDÉROU, La brise-l'âme, 2006. 182 - Alain PASTOR, Petropolis 1942, 2006. 181 - Bathie NGOYE THIAM, Adina mon amour suivi de Le prince artiste, 2006. 180 - INONGO-VI-MAKOME, Muna anyambe (La fille de Dieu) suivi de Bwe 0 Ititi (Une petite lueur dans l'obscurité), 2006. 179 - Sebastian BARRY (trad. de l'anglais (Irlande) par ÉmileJean DUMA Y), Les fistons, 2006. 178 - Thérèse AOUAD BASBOUS, L'Une et l'Autre en Octobre, 2006. 177 - Jean-Marc BAILLEUX, Antichambre, Tragi-comédie des arts,2006. 176 - Christophe LE NEST, Comme si j'avais fermé les yeux..., 2006. 175 - Dansi F. Nouwligbèto, Zongo Giwa de la forêt déviergée, 2005. 174 - Cheikh Faty FAYE, Aube de sang, 2005. 173 - Pierre GROU, Chvéïk dans la mondialisation, d'après Jaroslav Hasek, 2005. 172 - Marie REBOLLO, Nos ancêtres les derniers hommes, 2005. 171 - Aicha Mohamed ROBLEH, La dévoilée, 2005. 170 - Gérard LEVOYER, Compagnons ou les enfants du trimard, 2005.

PIUS NGANDU

NKASHAMA

BONJOUR

MONSIEUR

LE MINISTRE

I

L'Harmattan

DU MÊME AUTEUR Romans et Récits La malédiction, Paris, Silex, 1983 (rééd. : Yaoundé, SilexNouvelles du Sud, 2000). Le pacte de sang, Paris, L'Harmattan, 1984. La mort faite homme, Paris, L'Harmattan, 1986. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne quatre-vingt-onze, Paris, L'Harmattan, ] 987. Les étoi/es écrasées, Paris, Publisud, 1988. Des mangroves en terre haute, Paris, L'Harmattan, 1991. Unjour de grand soleil, Paris, L'Harmattan, 1991. Le doyen Marri, Paris, L'Harmattan, 1994. Un matin pour Loubène, LaSalle-Québec, Hurtubise, 1991. Yakouta, Paris, L'Hannattan, 1994. Le fils du mercenaire, suivi de Yolena au large des collines, Paris..:... Vanves, EDICEF, 1995. Mariana, suivi de Yolena et de La chanson de Mariana, Paris, L'Harmattan,2006. Romans en ciluhà Bidi ntwilu, bidi mpelelu, Lubumbashi-Paris, Impala-SaintPaul, 1998. Tuntuntu, ntuntu, Baton Rouge-Paris, Éd. Giraf, 2003). Mulongeshi wanyi (nove!), Paris, Éditions Giraf, 2003. Théâtre May Britt de Santa Cruz, Paris, L'Harmattan, 1993, 160 p. Bonjour Monsieur le Ministre, Paris, L'Harmattan, 2007. La Rédemption de Sha Ilunga, Paris, L'Harmattan, 2007. L'Empire des ombres vivantes, Paris, L'Harmattan, 2007.
@ L'HARMATTAN, 2007

5-7, me de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan1~wanadoo.&
ISBN: 978-2-296-02878-4 EAN : 9782296028784

LES PERSONNAGES (dans l'ordre de leur entrée sur scène)
Ngoyi : Épouse loyale et distinguée, aux allures bien nobles, princesse d'un post-modernisme trop précoce. Nzuayi wa Nzuayi : futur (pour sûr) et probable Ministre des Oiseaux migrateurs, ès portefeuille variable. Petit Zizi: à ne pas confondre avec un Perroquet du même plumage. Bula-Bula: l'inévitable propriétaire en quête de gangsters naïfs et de courtisans à déplumer. Avaroupoulos: un négociant des tropiques, transformé en « homme d'affaires» néocolonial, nullement ombrageux. Nsekayonsa : probable future ex-concubine du Ministre, cotée au hit-parade hebdomadaire du magazine érotique de luxe. Sosomanyi : potentielle vedette du show business en culotte courte, trop courte pour une épithète aussi sensuelle. L'assemblée provinciale des femmes: une cohue ardente. Les Agents des Pompes funèbres: en qualité de compatriotes invétérés, numérotés en bourse, dignité nationale oblige! Le Maire: égal à sa réputation de fonctionnaire infatué. Monsieur Hannus : Adjoint au Maire, plus infatué encore. Timvi-Mukinza : un vénérable nom à décrypter, majestueux et magnifique (allez savoir pourquoi), mon cher collègue! Bong Dong: tel quel dans les dictionnaires concernant les fantômes macabres qui hantent nos insomnies. Mujondo : lui, il est bègue, mais son patronyme ne le désigne pas clairement. Imbia Ikele-ve: personne ne l'aurait vu disparaître dans les coulisses? Mbunda ya Nkaka: le féticheur attitré, maître ès-théories mystiques et autres saloperies du genre. Le Griot: romantique à souhait, aux talents sans aucun doute contestés, mais une véritable calebasse trouée. L'Officier: dictateur en herbe, il ne rêve qu'à son prochain (et hypothétique) Coup d'État.

NOTICE PRÉLIMINAIRE
Cher ami futur Ministre de la République lointaine,

Ce midi, le gouvernement de la Républicule a été remanié. Sans trop y croire, tu as eu la présence d'esprit d'écouter la Radio nationale, l'oreille attentive, bourdonnant d'angoisse et de grésillements aiguisés. Ton nom n'a pas été cité. Tu t'es senti les épaules lourdes. Lourdes! Tu avais serré les poings, la bouche écumant d'insulte acerbe. Cette Républicule, quelle poisse! Ils le savent pourtant, tu es le seul compétent pour résoudre les crises et prolonger les transes, grâce à ta petite femme qui louche. Tu te considères comme une épopée héroïque. Ton Messie Providentiel est tellement éclairé par ses songes qu'il en est ébloui. Peut-être te faudra-t-il penser à devenir un Messie et un Timonier. S'il n'y avait pas les baïonnettes! Dans deux semaines, au prochain remaniement, tu auras plus de chance. Je te recommande Bodio-Bodio, à cause de ses cornes de bouc et de ses sonnailles percutantes. Pas cette chiffe molle de Mbunda ya Nkaka. Un charlatan. Un escroc, je te dis. Il a servi tous les anciens ministrions, détourneurs des deniers et fouteurs de pagaille, et qui sont sur la touche. Des dizaines de milliers, tous avides de pouvoir. Des rapaces. Créons un vaste « Institut Supérieur des (futurs) Ministres Républicables », un I.S.M.R. international, l'espace privilégié d'un portefeuille hebdomadaire. Nous pourrons alors discuter de la réduction des missiles à moyenne portée, des dialogues sud-suz-zuit et nord-mort.
Courage, et vivent nous-mêmes! Oyéé ! Oyéé ! Oyéé !

Signé: Moi, NZUA YI wa NZUA YI, BOMA NDEKE TIKA 8080 W AP A KAZOLO KUPI KANYUNYI, Futur ministre plénipotentiaire à portefeuille variable.

TABLEAUI:
LE SOLEIL SE LÈVE À L'EST: J.VZUAYI AUSSI

(Il est six heures du matin, le soleil se lève à peine. Le salon, pauvrement meublé, chaises branlantes. Demiobscurité, et les premiers rayons du soleil. Unefemme assise sur un fauteuil délabré, la tête entre ses mains. Elle attend. Quoi? Le soleil? Le jour? Quelques coups frappés discrètement à la porte. Elle sursaute, puis hausse les épaules. Elle regarde dans un coin, là où trône une cage, enfermant un perroquet endormi. La porte s'ouvre en grinçant. Une ombre se profile au travers de l'encadrement. L'ombre tousse, et demande, avec une voix fausse). NZUA YI. - Oh! Ma petite chérie! Tu ne dors pas, jusqu'à cette heure-ci? (Lafemme hausse les épaules). Comme tu dois être fatiguée! Je parie que tu as passé la nuit à veiller dans la méditation et la piété (silence lourd pendant que I 'homme s'approche timidement, à pas comptés). Comment vas-tu? Toujours solide? Ma petite môme. Belle et souriante. Ton précieux sourire, ma chère! Quels délices! (Il avance les mains). NGOYI. - Ne me touche pas. Ne me touche surtout pas. Avec tes sales mains que tu introduis n'importe où. Ne me touche pas. Tu ferais une gaffe monumentale que tu regretterais toute ton existence sans succès. Pardon! NZUA YI. - Ne te fâche pas, ma petite femme. La jeune épousée des premiers jours! Ma Souveraine, tu te rappelles? Allons, pas cet esprit frondeur, et arrête la débandade générale dans ma propre demeure. Oublie l'effervescence de la jeunesse. Toi, tu me comprends si bien, Grande Dame, ma digne femme aimée. Alors, regarde. Souris au moins. Sinon je vais pleurer. Sourismoi, j'en aurai besoin (il simule et fait semblant de

14 chialer en parfait comédien). Hii, hii! Si tu ne me souris pas, je vais pleurer pour de bon. Alors, choisis, ou ton sourire, ou mes lamentations. Du bluff! NGOYI. - Ton pitoyable scénario ne parviendra jamais à essuyer de mes yeux les larmes que j'ai versées... NZUAYI. - Des torrents, je parie. Oh ! L'existence est bien triste pour ma femme. Elle doit te sembler bien pénible, et je suis un parfait salaud pour montrer du culot et te torturer ainsi. Des lacunes lamentables dans une biographie prestigieuse comme la mienne. Et tu as enlaidi tes beaux yeux. Ils avaient pleuré. Je dois être impayable! NGOYI. - Tu es allé trouver d'autres yeux plus beaux que les miens, non! Tu t'es amusé toute la nuit. Mais ne viens plus te moquer de ma peine et simuler tes comédies. Et ne cherche pas à me ridiculiser. Tu m'as suffisamment tourmentée dans ma chienne de vie. Ma solitude, je l'assumerai jusqu'au bout. Tu m'as laissée dans la peur trop longtemps. NZUA YI. - Que dis-tu là ? Jamais une femme n'a été faite pour végéter dans l'abandon des nourritures terrestres. Elle ne pourrait pas survivre au naufrage. N'oublie pas ce principe de l'Évangile, car Dieu luimême s'est donné la peine de descendre sur la terre un jour, rien que pour prêcher à la femme de ne plus jamais se sentir délaissée afin de ne pas dilapider le bénéfice des dots exorbitantes exigées par des beauxparents voraces. Et bien au contraire, il conviendra d'essuyer proprement les pieds de son homme. Au besoin en déroulant ses cheveux parfumés. Alors tu le vois bien, tu n'as pas de solitude à assumer ni de peur à endurer. J'avais juré de te rendre heureuse, de t'apporter ici toute la félicité possible et impossible. Surtout, ma petite femme, la béatitude impossible.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.