Bonne nuit Chagrin

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Être libre pour quoi faire ? disait Sartre

Aimer pour quoi faire ? disait mon ami.

Voici deux délicieuses nouvelles qui vous condamnent à aimer la tristesse, la joie, le chagrin et la colère d'être amoureux. Pour que l'amour vous sourit ou vous réconcilie avec votre moitié, j'ai composé le dictionnaire de l'amour et des centaines de petits vers libres pour dire je t'aime.

Sachant qu'il y a mille façon de le vivre ou de le dire voici une nouvelle façons de l'écrire. Ici, les mots sont une alchimie qui donne l'essence à tous les parfums des sentiments.


Publié le : vendredi 8 janvier 2016
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EAN13 : 9782332725141
Nombre de pages : 210
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-72512-7

 

© Edilivre, 2016

 

Préface

Je vous parle d’un siècle, où les mots ne sont pas des mots… Mais de la musique, que dis-je de la peinture !

Je n’écris pas ! Je peins des mots, je les mets en scène en levant sous vos yeux le rideau rouge des mots !

Je ne fabule pas, je mets en place un décor, un paysage aussi vrai que nature, pour que les mots passent comme un vol d’oiseaux sous vos yeux !

A vous de voir, si leur vol vous dépose sur une île déserte, ou une marée humaine, pour finir sa course dans un coucher de soleil en quête d’infini !

« Voir plutôt que lire est ma seule certitude concernant l’écriture ! »

Devenez voyant, sans croire, sans hésiter, même si le doute vous trahit à travers ses mots !

Pour cela, analyser rien, laissez vous envahir par vos émotions, vos sensations inconnues pour libérer votre corps, votre conscience, et votre esprit !

Devenez le poète, l’enfant que vous êtes ! Ne retenez pas votre imagination !

Imaginez vous devant un tableau, contemplez le dans ses moindres détails, ses couleurs, ses formes, ses volumes, ses lumières plongées dans un clair-obscur.

Rentrez dans ce tableau, comme un personnage qui exprime toutes les sensations que vous ressentez, et toutes les émotions indicibles qui se dissimulent en vous.

Libérez vous, imprégnez vous de la quiétude de ce tableau pour vivre la béatitude de ces mots.

Soyez en osmose avec son univers, et couvrez votre corps de la lumière de vos émotions.

Laissez-la vous pénétrer de l’intérieur, et laissez cette couleur se diffuser dans tout votre corps, pour ne faire qu’un avec le paysage de votre tableau.

Je vous laisse quelques instants, pour contempler votre tableau ; le vrai, le juste, le beau, qui vous parle, comme un enfant, tout bas.

Il rit quand vous lui demandez qui il est ?

Et sourit, sans dire un mot, quand vous lui posez des questions.

Il lit dans vos yeux ; les voyelles, les consonnes, et les rend en musique, et en peinture jusqu’à lire votre âme comme un livre ouvert.

Il sait que votre cœur est un enfer ou un paradis vert ! Mais qu’il a seul la clé de votre bonheur.

Déjà, il vous invite au voyage ! À votre voyage !

Bienvenue mon frère, ma sœur, mon double, mon ombre, ma lumière.

Ma vie toute entière ne suffirait pas pour te dire combien je t’aime !

Mais pourtant, c’est ici et maintenant que tout commence… voici pour toi l’ami du romantisme, qui aimerait tant que tu ne lises rien, mais que tu voies tout, au-delà des mots, et des silences impromptus.

Son cœur peint l’amour du beau, l’amour inconnu, et l’amour fraternel par ce jeu des couleurs, qui imprègne ton corps, par ce jeu des consonnes et des voyelles qui frappent ton cœur, et ce silence qui résonne comme un cri ou une caresse dans ton âme.

Bonne nuit chagrin

Le vent est un chagrin qui se fait de notre vie un amant…

C’est pourtant, ce même vent qui m’a supplié de vivre longtemps,

C’est pourtant, ta main qui a réchauffé mon cœur, ce lac gelé,

C’est pourtant ta voix qui a adouci mes douleurs, cette fièvre d’aimer.

C’est pourtant, tes yeux qui m’ont permis de voir l’océan toujours plus grand,

C’est pourtant ton baiser, qui m’a déposé en été au mois de janvier,

C’est pourtant, ton sourire qui m’a donné envie de m’envoler vers d’autres saisons,

C’est pourtant ton rire qui m’a redonné la chance d’être heureux comme avant,

Au temps des envieux !

C’est pourtant, ton silence qui m’a conduit à mes rêves d’enfant !

C’est pourtant, ton ventre qui m’a donné un enfant…

C’est pourtant, lui qui m’a conquis !

Tes yeux esquissent la beauté du matin comme j’aime réveiller ton cœur au milieu du chagrin

Mais seuls tes mots de silences connaissent tes souffrances,

Mon cœur aime cette indifférence, qui chante sur sa branche comme des réminiscences.

Je devine quand son âme chante Ovide, Oreste, Phèdre !

Ils répondent à mon insolence, comme le vent répand son insouciance !

C’est vivre sur des plages insolites, aux paradis de tes yeux verts !

C’est aimer ce que les rois n’ont pas conquis !

C’est mourir sur de vieux nuages en exil !

C’est pleurer ce que l’on ne connaît pas !

C’est illuminer la nuit de sa pieuse Vie !

Alors l’amour sera ivresse et nos corps seront tendresse,

Pour que nos âmes se caressent.

L’amour est une chanson, qui nous fait danser et perdre la raison.

A l’horizon les déserts, et les fleurs de la passion,

Je monte dans des wagons rouges et noirs aux curieuses saisons jusqu’à la naissance du monde !

La pluie est comme l’amour la nuit, elle chante lentement son soupir à nos corps ivres !

L’amour est une plage, qui laisse nos empreintes au milieu d’un fleuve sauvage, où les saules pleureurs, les rochers rieurs cachent leurs trésors ensevelis comme un fruit défendu !

 

Bonne nuit Chagrin,

Allongé sur la terrasse d’un jardin, j’écoutais silencieusement le pépiement des oiseaux au-dessus d’un pommier, accoudé à ma silhouette immobile qui dormait sur ses courbes rêveuses et détachées par la lumière qui baignait sur l’herbe songeuse.

Je m’étalais dans ce silence qui rêvait d’entendre ses pas dans la chambre. Elle était partie à seize heures trente, dans un bruit sourd, moi encore allongé dans les draps défaits par nos étreintes, suspendu à ses lèvres, couvert de caresses haletantes et promptes de silences, où se répandaient le ruissellement puis les vagues de notre plaisir qui inondaient nos regards ruisselants.

J’étais venu dans ce jardin boire ce soleil natice de l’automne dans le creux de ma main. Je profitais de son absence pour vivre ce doux silence qui nous avait enlacés d’un baiser indéfectible.

Après ma sieste, je descendis en cuisine, terminer les derniers préparatifs. A son retour, la fête battait son plein. Sa sœur se dandinait sur des airs nostalgiques, accompagnés de rires, remplissant nos verres vides de lambrusco et nos têtes de souvenirs. Ainsi, le vin se mélangeait à nos lèvres comme un baiser qui enivrait nos corps dilués comme un parfum. Sa tête titubante de rêveries s’endormit dans mes bras en croissant de lune.

Le lendemain, nous montâmes les marches du palais royal, prêts à prendre d’assaut les œuvres posthumes de RENOIR, réputé pour ses nus. A mon regard innocent elles me sont apparues comme une révélation pour le moins troublante. La ressemblance de sa chair veloutée, de son innocence, de leur regard inavoué, était bouleversante. J’étais épris par mon étrange sentiment de complicité avec le peintre.

Mon regard ne se détachait pas de la lumière qui épousait ses formes délicieuses. Je contemplais la profondeur de ses yeux en forme d’amandes puis sa silhouette sinueuse émouvante de grâce et de beauté. Son dos rejaillissait dans le clair-obscur qui révélait l’infini des courbes de ce corps nu. Il n’en fallait pas plus pour que je tombe en admiration face à cette nouvelle grandeur que mes lèvres pourtant muettes ne purent dissimuler l’émoi.

La beauté de ses tableaux ressemblait tant à ma façon de l’aimer que je ressentis le vertige de mes sens, de mon cœur mis à nu. Plus rien ne pouvait me faire oublier sa beauté que je pensais jusqu’alors énigmatique, insidieuse, dans ses moindres mouvements aux positions renouvelées avec la même aisance de son innocence. Il me sembla vivre les émotions de la peinture comme étant une scène réelle, où le corps prend vie sous le poids des souvenirs et des rêves impalpables qui désormais entraient dans ma vie par la force des émotions, des couleurs, et la beauté de ses formes. Tout se mélangeait en une alchimie divine entre la vision du peintre et la réalité de mes souvenirs.

La peinture m’enivrait dans un mouvement de grâce qui semblait naître sous mes yeux, malgré la pause immobile des baigneuses. Leur élégance et leur regard les faisaient danser comme des nymphes autour de Dionysos. Non loin de me faire perdre la raison, elle m’avait rendu mon cœur. Ainsi mon regard se perdait, tantôt dans les tableaux, tantôt sur son visage, qui, avec une troublante ressemblance et un long mouvement de soprano, prenait toute sa place dans mon âme. Son socle reposait sur mon cœur comme un pinceau qui peint l’expression d’un visage sur les traits de son âme.

Quand je fus sorti de ce musée, j’étais dans l’envie irrésistible de la toucher, de la sentir comme un parfum, de la caresser comme on effleure une toile du bout du regard ou des notes du bout des doigts et qui nous emmènent sur des couleurs ineffables et des musiques impromptues jusqu’au bout du monde.

A présent, les yeux fermés, je pouvais peindre les traits de son visage, la courbe de ses yeux, la silhouette de son dos, la rondeur de son ventre enseveli de trésor, la couleur nacrée de sa peau blanche… J’ai compris dès lors que l’amour est un art comme la peinture et la musique. Ce chef d’œuvre, dont le maître n’est autre que celui qui en tombe amoureux ! Je ne pouvais voir que la beauté de ses traits, de ses lèvres douces et raffinées, ainsi que le reflet de sa peau satinée que j’embrassais par de longs baisers.

Et pourtant il nous fallait déjà rentrer, ses cours l’attendaient ! Elle m’emmena dans une course folle en direction de la Sorbonne. On se tirait par la main comme deux écoliers dans le métro parisien où la marée humaine se brisait comme une vague sur notre passage. Essoufflé, je compris l’importance de ce lieu lorsque j’aperçu un homme en uniforme bleu à l’entrée nous faisant signe de nous arrêter pour nous réclamer nos cartes d’étudiant de la faculté de lettres dont j’avais déjà quitté les bancs depuis des années. Elle n’eut pas de mal à prétexter un oubli de diplôme pour nous faire rentrer incognito dans ce sanctuaire de la connaissance aussi prestigieux que le Panthéon, aussi délicieux qu’un souvenir d’enfance, où les rêveries incessantes m’entrainaient loin de ces quatre murs blancs et de ce tableau noir, que les professeurs aimaient colorier de blanc.

Au milieu des étudiants en effervescence, on se faufilait de couloir en escalier, d’amphithéâtre en pupitre, sous les yeux effarés des professeurs. La cour avait l’avantage d’être particulièrement divertissante et d’une rare noblesse dans ses caractères de marbre et de bronze, faisant fleureter le désir de la connaissance avec celui de la contemplation oisive. En toute sérénité, les rêves défilaient ! Le temps s’éclaircissait sous les feuilles de l’automne que l’on foulait au bord des terrasses des cafés tapageurs, où les gerbes d’eau de la fontaine faisaient ruisseler les pavés par vagues ininterrompues. L’eau coulait sous nos pieds laissant ivres nos pensées qui se répandaient dans ce tiède matin blême, avec son cortège de rêves.

Invitation au voyage

C’était un dimanche qui ressemble à ces grands départs en vacances. Nous étions si pressés de partir que j’en oubliais de vivre. Quand le vrombissement de la voiture s’élança comme une balle de flipper dans le bois de Vincennes, avant de tomber dans les bouchons ; Comme un cri qui ne peut pas sortir, je serrais le volant et, parfois, je jouais des notes sur le tableau de bord d’où sortaient des musiques lancinantes comme dans les vieux transistors.

Les épais nuages gris défilaient comme une pelote de laine pendant que le manteau de nuages noirs se refermait à la périphérie de la ville. Mes yeux eux-mêmes tournoyaient dans ce ciel et cherchaient une sortie, un paradis entre la pluie et l’éclaircie, laissant mourir l’oubli.

Bien sûr, le paradis, d’être à deux, sans percevoir la fin inéluctable de ce long voyage, qui nous éloignait comme deux naufragés à la quête d’une île, ou d’un fruit défendu. Seuls les battements de son cœur ainsi que son visage calme et reposé, suffisaient à me combler.

Rien à dire, rien à faire, juste à contempler. Ne plus oublier que chaque instant était une source de beauté et de plaisirs insoupçonnés.

A la nuit tombée, nous sommes arrivés, les usines désaffectées s’amassaient sous nos yeux effarés, quand une galerie d’art fut notre première illumination. Une foule déambulait à travers les toiles aux couleurs vives. Nous ne prîmes pas le temps de nous arrêter, prétextant l’embarras d’une visite tardive et du ballet incessant des regards obliques des passants. Nous étions comme deux étrangers qui se perdaient dans la nuit noire qui repeignait déjà les murs de pierres de Pont Aven de son obscurité en filigrane.

Je rêvais de voir se dissimuler dans ses ombres aux tristes masures la lumière d’un phare ou la douceur des flammes. Je ne vis que le halot d’un réverbère accroché à un nuage. Le village s’encaissait dans la vallée, nous laissant descendre sur le lit d’un fleuve. On apercevait sur le pont ses courbes sinueuses et sa chevelure qui dansait sous la cime des arbres de novembre.

Sans voir âme qui vive dans un clair-obscur, un quai silencieux nous fit longer les maisons du vieux port, les vitrines de biscuits, dont des boîtes étaient rangées comme la boîte de pandore. Elles étaient aussi bien conservées, et illustrées que celles de nos grands-parents. Une lumière tamisée veillait sur elles. En poursuivant une route sinueuse et étroite, mon regard se figea sur un vieux moulin, qui se dressait comme l’ombre d’un fantôme, derrière les devantures illuminées. Enfin, les canots se resserraient sur la grève comme des tombes dans un cimetière. Pendant que les mâts se hissaient, les coques blanches des bateaux s’amarraient à la lune comme le bal des pendus sur une brume épaisse, où le vol des mouettes et des goélands était rythmé par le tintement des geôliers.

Dans cette atmosphère énigmatique, aux formes pittoresques, l’hôtel Mimosas nous tendait les bras. Il se tenait surplombant le port comme l’empire des lumières. Sa façade était fleurie et on sentait l’embrun de la mer et la douceur du fleuve se répandre dans la nuit !

Notre chambre était ornée d’une tapisserie fleurie et d’une douceur inégalée donnant toute sa volupté à un lit douillet. Une fenêtre éclairait la pièce rectangulaire offrant une jolie vue sur l’estuaire. Je posais hâtivement nos bagages pour apercevoir la vue de l’hôtel : nos regards s’illuminèrent sur la grève. Je déposais ma main sur sa hanche, effleurant son dos comme les ailes d’un ange, pour accueillir le silence de l’embrun sur nos étreintes subtiles et sous le halo de la lune en exil qui retenait son soupir.

Il était trop tard pour s’aventurer dans le village déjà trop loin de notre hôtel, et trop près de notre rêve. Son long regard se tournait à présent sur l’horizon et ne pouvant renoncer à me délecter de son silence, mes lèvres se déposèrent sur les siennes, laissant la nuit nous embrasser du coin du ciel. J’aurais aimé lui dire des mots doux, mais je restais ému par ce baiser aux pensées inavouées. Elle souriait pieusement et m’invita à descendre en terrasse boire un verre et fumer une cigarette sur la grève. Je l’attendis un instant sur le quai, l’air attendri, où je me plaisais à rêver des vieux marins qui avaient foulé la grève, en soufflant des nuages de fumée. Son sourire parachevait mes pensées nocturnes et je la rejoignis comme un marin, qui rentre d’un long voyage, le cœur soulagé et le corps fatigué.

« Kir breton ! Kir breton ! » Voici le toast de ces dames qui ont le cœur tendre et le pied marin. Je lui serrai sa main innocente, et ses doigts fins se prolongeaient avec délice dans le creux de ma main.

Le rêve pouvait enfin commencer !

Rêve éveillé

Après dîner, nous avons trouvé refuge dans notre chambre.

Les draps, d’une douceur câline, étaient illuminés par le feu des lampes. Doucement, son corps avançait sur cette mer de linge blanc. Sa silhouette glissait sur la banquise comme un navire, la nuque relevée, le dos rectiligne et creusé sur cette mer blanche. L’océan était lisse sur la fermeté de ses cuisses qui remontait le courant de la volupté de sa chair, soulevé par un voile.

J’avais la clé de son jardin d’Eden qui recèle de merveilles, où se dérobe les soupirs et les vastes plaisirs ! Comme une rose que l’on cueille à l’aurore, je la contemple d’un regard discret et fragile, croisant la beauté allongée sous l’apparence d’une fleur cristallisée, qu’on ose cueillir. Elle aimait faire glisser ses jambes fuselées, et on ne pouvait imaginer qu’elle dissimulait l’origine du monde sous ce charme qui opérait sur moi avec élégance. Son corps s’offrit en arrière, son mont de vénus était en exergue sur ses genoux ancrés et ses hanches généreuses s’allongeaient dans une grandeur émouvante et poignante. Elle entreprit diverses postures comme un cygne sur un lac gelé. Sa silhouette se façonnait dans le clair-obscur de la lune qui éclairait sa peau castine. Elle étendait son corps dessinant la courbe sinueuse de son dos, élargissant sa poitrine en offrande devant mes prières. Je contemplais l’encolure de ses hanches qui se resserrait sous la taille, et s’élargissant comme un fleuve sur son dos et la beauté de ses épaules qui surplombait sa poitrine mise à nue.

Mon regard suspendu à ses lèvres se perdit dans une folle étreinte de baisers brisant les murs de l’automne silencieux, laissant s’envoler dans un murmure les feuilles mortes dans le bleu de la nuit.

Le lendemain, le soleil baignait dans la chambre. J’écoutais les mouettes et le tintement des geôliers près de la fenêtre, lorsqu’elle sortit de la salle de bain à demi-nue. Elle avait pour habitude d’enduire son corps de crème. Sa peau blanche revêtait la vertu de l’innocence, quand elle posait son pied sur le dessus du lit, pour faire pénétrer minutieusement sa crème sur sa cuisse. C’était là, son rituel matinal auquel j’assistai avec contemplation sans perdre une goutte de sa volupté élégante et raffinée, comme un parfum d’été. Je m’enivrai de sa beauté. On était bien, et les mouettes dansaient sous le regard immuable de la grève.

Nous partîmes le vent en poupe à l’assaut du village bucolique, longeant les bordures de l’Aven, s’arrêtant devant chaque galerie comme des enfants radieux qui contemplent un manège de chevaux en bois brillant de mille feux. Nous remontâmes la rue illuminée, où les tableaux jonchés les vitrines. Parfois nos pas s’accéléraient quand on apercevait l’œuvre tant espérée, qui nous enivrait par ses couleurs vives et ses courbes moribondes, dont l’artiste faisait croître et décroître sous nos yeux effarés.

Sur cette chevauchée fantastique de tableaux, je sentais mon esprit rêveur voyager dans les peintures et les rues de Pont Aven. Insidieusement, nous nous éloignâmes des galeries et du centre-ville, comme deux âmes ivres, à la dérive de nos plaisirs s’échappant sur les rochers du fleuve.

Un, deux, TROIS… Nous sautions à cloche pied comme de clocher en clocher relié par un fil d’or qui surplombait les saules pleureurs. Nous empruntions ses passerelles, qui nous menaient aux jardins d’Eden. Nos reflets dans l’Aven se dessinaient dans les couleurs de l’automne. Nous étions Adam et Eve dans ce paradis perdu, où le fruit défendu n’est qu’autre que notre corps nu ! Nous nous perdions dans les rues, les passerelles, les jardins de Pont Aven, rythmés par nos folies, et nos envies qui ne laissèrent pas indifférents ses habitants !

Pour nous repentir, nous sommes allés dîner dans un vieux moulin, qui servait également de lieux d’exposition. Sa terrasse fleurie, nous épargna le bruit et les tableaux inquisiteurs. Je sortis une cigarette, sous son léger sourire complice. Soudain, je vis des étoiles s’illuminer dans l’iris bleu de ses yeux. Cette lumière m’attirait et me retenait dans la toile de mes sentiments, qui m’enivraient chaque seconde un peu plus, en écoutant le bruissement de l’eau qui se jetait dans l’Aven, puis dans la mer. Sous le regard avide mais sévère d’un pont de pierres, je goûtais avec saveur ce paysage inconnu qui s’élargissait vers l’estuaire pendant que d’autres bateaux ivres s’amarraient sur le quai. Je l’aimais et c’était là mon seul secret. Et, la nature qui s’en portait garante ferma les yeux comme pour retenir mon silence sur la grève allongée sous les arbres et mes rêves.

Enfin, je pouvais dormir en paix.

Ballade nocturne

Après ce festin, nous sommes rentrés à l’hôtel, qui donnait une vue impérieuse sur le port. Sur le coin d’une table, sous l’œil hébété d’une roussette. La veille, ce jeune requin pêché par des pêcheurs du port s’agitait comme un diable devant ces crabes qui le chassaient à coups de pinces durant tout le dîner.

C’était donc vrai ! On paie sa survie au prix de sa liberté ! Il suffisait de mettre ce prince des profondeurs dans un bocal à peine assez grand pour sa longue queue dorsale pour le rendre vulnérable sinon esclave d’un panier de crabes.

Il me semble qu’il en est de même pour les hommes. Chacun est retiré de sa profondeur, de son art, de son talent, s’il n’échappe pas au filet de notre société, qui se hâte de l’enfermer dans un bocal ou un aquarium selon son niveau social. Hélas, la grande illusion de la liberté contribue à la pêche miraculeuse de la société. Ses pensées cheminaient dans ma tête au même moment où j’avais à m’acquitter du plus petit des labeurs.

Mais pour moi, le plus pénible ! Celui d’écrire une carte postale ! Rien n’est plus ridicule et plus difficile que d’écrire sans intérêt, sans que le destinataire ne se heurte au non-sens de cette écriture. Certains exacerbent...

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