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Jennie Hunter avait toujours eu un don particuier pour se tirer aisément des situations déicates. Ce pouvoir a déserta toutefois de façon aussi soudaine qu’inopinée un jour du premier de ’an, orsqu’un bouquet de ys et de gypsophies a toucha à a tête avant de retomber entre ses bras ouverts. Cea se produisit orsque a toute jeune épouse de son demi-frère, tournant e dos à ’assistance, ança son bouquet de mariée. Jennie doutait fort que ce soit à e fruit du hasard : depuis ses îançaies avec Cameron, Aice avait maintes fois tenté de ui présenter ’âme sœur, en ’occurrence ’un ou ’autre de ses amis céibataires. Une main ourde et moite s’abattit sur son épaue, ’arrachant à ses pensées. — Ne t’inquiète pas, Jennie, ce sera bientôt ton tour. Ee se tourna vers son cousin Bernie et e gratiîa d’un sourire distant. Combien de fois avait-ee entendu a formue, ce jour-à ? Baissant es yeux sur e bouquet, ee se maudit du rélexe qui ui avait fait e rattraper au ieu de s’en écarter. La majorité des jeunes femmes de ’assistance auraient aimé être à sa pace ; es regards qu’ees ui ançaient, tandis que es invités se rassembaient pour dire au revoir aux jeunes mariés prêts à monter en voiture, étaient éoquents. Ne sachant où poser e bouquet, Jennie e garda à a main et regarda Aice et Cameron ancer queques
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derniers baisers avant eur grand départ vers une autre vie. Une vie de coupe… En dépit d’une bonne dose de cynisme à ’égard du prétendu grand amour, Jennie ne put réprimer un soupir. Aice était magniîque, dans cette robe ongue inspirée e des modèes du XX sièce. Superbe ui aussi, dans un smoking beu nuit, Cameron dévorait du regard ’éue de son cœur. Rien que de très norma, somme toute. L’univers du jeune marié n’était-i pas censé graviter autour de cee à aquee i venait d’unir sa vie ? Un rire raieur franchit ses èvres, et Jennie s’empressa de e dissimuer sous un toussotement avant de fendre ’assistance, pour sauer à son tour es nouveaux mariés. Après avoir embrassé son demi-frère, qui ne se départait pas d’un sourire béat, ee se tourna vers Aice. Cee-ci remarqua aussitôt qu’ee tenait à a main son bouquet et ne chercha pas à cacher sa satisfaction. — J’espère que tu vas bientôt rencontrer, toi aussi, ton prince charmant, Jennie, ança cee qui était désormais sa bee-sœur, en a serrant dans ses bras. Ceui qui, pour ton pus grand paisir, mettra ta vie sens dessus dessous ! Jennie avait justement décidé, peu de temps aupara-vant, que e sens de sa vie était parfait te que et qu’i ne ui restait pus qu’à espérer que rien ni personne ne vienne e modiîer. Ee cigna des paupières sous ’assaut de souvenirs pour e moins perturbants et eut du ma à refouer un ong soupir mais, quand Aice s’écarta d’ee, ee avait retrouvé son assurance habituee et rayonnait du arge sourire que tout e monde attendait d’ee. Les jeunes mariés partirent, dans un nuage de confettis, un concert de botes de conserve et de vœux de bonheur. Lorsque eur voiture descendit ’aée du uxueux petit hôte situé dans a campagne angaise, Jennie soupira onguement. Voià qui était fait !
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Les invités aaient à présent manger et boire, retrouver de vieies connaissances et se déchaner sur a piste de danse avec un enthousiasme qu’is regretteraient sûre-ment e endemain, orsque certaines photos ou vidéos circueraient sur es réseaux sociaux. Quant à ee, ee mourait d’envie de trouver un coin tranquie où ee pourrait se déchausser et boire assez de champagne pour oubier ses iusions perdues.
Fasciné par e baancement de ses hanches, ’éégance de sa démarche, i a regarda tourner es taons et s’éoigner. Ee donnait ’impression de se dépacer sur un nuage, avec une grâce et une sensuaité inînies. Aors que d’autres ’auraient brandi avec îerté, ee tenait nonchaamment e bouquet de a mariée et, en dépit de ses taons hauts, traversait avec aisance ’aée de gravions. A côté d’ee, es autres jeunes femmes sembaient pataudes et disgracieuses. Ses cheveux bond cendré, coupés assez court pour révéer sa nuque déicate, ui efleuraient es joues à chaque pas. Ce cou gracie ’attirait irrésistibement mais, bien entendu, i ne céderait pas à son envie, tout au moins pas ce soir… Aors qu’ee rejoignait un groupe de convives, i ’entendit rire et, ’espace de queques secondes, eut ’impression que ce son cristain couvrait tous es autres. Rien de bien étonnant à cea : ee s’épanouissait dans es réceptions. C’était d’aieurs son statut de reine des soirées ondoniennes qui ui avait permis de se créer très vite une cientèe orsqu’ee avait décidé de fonder sa propre entreprise dans ’événementie. Toute a bonne société avait à cœur d’assister aux fêtes qu’ee organisait et, en peu de temps, ee était devenue très à a mode. Avec un soupir, i songea que a voir ici conîrmait ses pires craintes, ses pensées es pus noires. Certes, i aurait
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aimé se tromper mais ee n’appartenait apparemment pas à a race des femmes prêtes à s’engager pour une vie entière ! Sans doute n’avait-ee pas consciemment cherché à e berner, mais cea n’y changeait rien : i avait été abusé et i ui en coûtait de ’accepter. D’ordinaire, i ui sufîsait d’un simpe regard pour juger cees ou ceux auxques i avait affaire. Comment diabe s’y était-ee prise pour anéantir cette sorte de sixième sens, e eurrer ainsi ? Lorsqu’ee se dirigea vers ’entrée de ’hôte, i se dépaça aîn de ne pas a perdre de vue. La retrouver ne s’était pas avéré facie, ee n’avait guère occupé e devant de a scène ces derniers temps. Le mariage de son demi-frère avait été providentie, d’évidence ee y assisterait mais, comme Cameron Hunter avait souhaité un mariage intime, découvrir e ieu où devaient se dérouer es festivités avait représenté une vraie gageure. Quittant e mur de verdure derrière eque i se dissi-muait, i resserra d’un geste machina e nœud de sa cravate. Les jeunes mariés partis, i pouvait maintenant passer à ’action et se mettre en quête de ce qu’i était venu chercher. Même si cette idée avait jaii en ui orsqu’i avait posé es yeux sur ee, i ne souhaitait pas trouver une revanche mais be et bien a vérité. Qui était Jennie Hunter ?
Soudain, a fatigue ’envahit et ee se sentit épuisée. Le bouquet qui pendait au bout de son bras ui semba peser très ourd et e sourire qu’ee arborait depuis e début des festivités înit par ui provoquer des crampes. Cependant, i s’évanouit brutaement orsqu’ee aperçut a personne qui s’avançait vers ee. Tante Barbara osciait sur ses taons, d’une hauteur pourtant raisonnabe. — Ma nièce préférée ! ança-t-ee d’une voix pâteuse, ouvrant es bras à a jeune femme, qui ne put ui échapper.
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Dès que possibe, Jennie s’écarta d’ee : e goût immo-déré de sa tante pour es fonds de teint orangés n’incitait guère aux contacts. Gentiment, Jennie ui passa e bras autour des épaues. — Viens, aons chercher Marion… Marion, sa bee-mère, n’avait pas son parei pour gérer avec aisance ce genre de situation. Au cours de ces douze dernières années, ee avait été son seu référent materne et Jennie aimait penser que e ien qui es unissait aurait pu être ceui qu’ee aurait eu avec sa propre mère si cee-ci avait vécu assez ongtemps pour a voir devenir adute. Ou putôt, s’évertuer à essayer de devenir adute, rectiîa-t-ee intérieurement. Se frayer un chemin dans ’assistance avec tante Barbara s’avéra pus compexe qu’ee ne ’avait imaginé et ee fouia a foue du regard, en quête du visage serein et apaisant de Marion. Nues traces de cee-ci mais ee reconnut de oin a sihouette de son père, à a réception de ’hôte. Debout devant a réceptionniste, occupée au tééphone, i attendait de pouvoir s’entretenir avec ee. Tante Barbara se rappea aors à son souvenir, evant sur ee un regard rendu lou par es mutipes ibations à a santé des jeunes mariés. — Tu es une chic îe, Jennie, vraiment, et tu trouveras bientôt chaussure à ton pied, j’en suis sûre. Jennie se mordit a èvre pour ne pas se mettre à crier et, décidant qu’un parent en vaait bien un autre, se dirigea vers son père. — Dennis ! s’excama tante Barbara avant de fondre sur ui, d’une démarche de pus en pus vaciante. Jennie eut du ma à matriser son envie de rire : voir Dennis Hunter, P.-D.G. de Hunter Industries pris au piège d’une des céèbres étreintes orangées de sa sœur était irrésistibe. Croisant son regard par-dessus ’épaue de tante Barbara, ee y ut un message qu’ee ne connaissait
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que trop : Qu’as-tu encore fait, cette fois ? Un sourire indugent y tempérait cependant ’exaspération. — Je savais que tu apprécierais a surprise à sa juste vaeur, ironisa-t-ee avec une moue amusée. — Tu es une gamine infernae, maugréa-t-i entre ses dents. Queques accents de musique parvinrent de a sae de ba et Barbara pivota sur ses taons avec une maadresse qui ît grimacer Jennie et son père. Néanmoins, ee parvint à gagner e saon de réception d’une démarche à peu près normae. Dennis Hunter baissa aors un regard consterné sur es revers de sa veste banche et entreprit, à ’aide d’un mouchoir, d’en effacer es traces orangées. — Je me demande comment tu t’y prends pour sortir indemne des étreintes de cette chère Barbara, grommea-t-i. Je m’y fais prendre à chaque fois… — J’ai îni, avec e temps, par mettre au point une tactique imparabe. Si tu es très genti avec moi, j’accep-terai peut-être un jour de te a révéer. — Hum… Et combien me coûterait ce geste généreux ? — Rien du tout. Jennie se rapprocha de son père et ui posa un baiser sonore sur a joue. — Ne t’ai-je pas promis, e jour où tu m’as prêté ’ar-gent pour monter mon affaire, que je ne te demanderais pus jamais rien ? La réponse de Dennis, bien qu’ininteigibe, sonna cairement dans ’esprit de Jennie : i était bien oin d’y croire encore! Interrompant ses vains efforts de nettoyage, i détaia d’un regard acéré sa tenue. — En dépit de mes réserves concernant es vêtements vendus dans des friperies, je dois avouer que… I ne înit pas sa phrase mais sa mimique exprima une certaine admiration. — De nos jours on appee cea e vintage, papa. Tout comme es bouteies rangées dans ta cave, certaines
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choses s’améiorent avec e temps et tu en es un parfait exempe ! Levant es yeux au cie, i ne put cependant s’empêcher de sourire. — Quee insupportabe gamine tu fais ! — Tu t’ennuierais si ce n’était pas e cas, rétorqua-t-ee. Les bras croisés, ee e dévisagea queques instants en sience avant d’ajouter : — J’ai a curieuse impression que tu t’apprêtais à me gratiîer d’un compiment. Pourquoi t’arrêter en si bon chemin ? Dennis toussota avant de reprendre a paroe. — Eh bien, en fait, je me réjouissais que ma toute nouvee bee-îe ait insisté pour que tu portes cette robe. En effet, Aice s’était montrée résoue à avoir e dernier mot sur e sujet et nu n’avait pu ’en dissuader. Propriétaire d’une friperie en vogue, ee avait apporté une attention toute particuière à a tenue de ses demoisees d’honneur, Jennie et Coreen, aquee était son associée. Queques mois pus tôt, Jennie s’était éprise, au premier regard, de cette robe qui faisait partie de eur stock. I ui avait été impossibe de résister à ce modèe en satin pere, d’un rafînement et d’une éégance qui frisaient a perfection et qui, de surcrot, sembait avoir été taié pour ee. — Que dommage de aisser cette robe au fond de ton armoire ! s’était excamée Aice, au moment des préparatifs du mariage. Jennie s’était bien gardée de préciser à Aice que a fameuse robe ne ui était pas inconnue et qu’ee ’avait portée,une seue fois. Pour être honnête, ee aurait dû ui avouer qu’ee aurait préféré arborer, e jour de a noce, n’importe que oripeau putôt que ce vêtement, mais ces rélexions auraient entrané des questions auxquees ee ne se sentait pas prête à répondre. Dennis s’écaircit a voix, a ramenant à a réaité.
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— En d’autres termes, tu… eh bien… Son père avait toujours eu du ma à s’exprimer. — En fait, i essaie de te dire qu’i te trouve magniîque ! Jennie sentit un bras ui enserrer a taie et se tourna vers sa bee-mère qui a dévisageait, souriante. I y avait des semaines que Jennie ne ’avait vue aussi détendue. Marion avait dû organiser ce mariage en un temps record : Cameron refusait d’attendre pus ongtemps pour épouser ’éue de son cœur et tenait absoument à se marier un premier de ’an. « Pour commencer ’année en beauté ! » avait-i précisé. Voyant sa bee-mère se tourner vers a baie vitrée et regarder, non sans une certaine nostagie, ’aée au bout de aquee venaient de disparatre es nouveaux mariés, Jennie ui pinça affectueusement a joue. — Is vont être très heureux ensembe et tu e sais très bien ! Marion soupira puis eut un petit rire. — Voià bien e probème, quand on devient parent : que que soit eur âge, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour ses enfants. On dirait qu’un radar intérieur s’aume automatiquement e jour de eur naissance et qu’i est impossibe, par a suite, de ’éteindre ! C’était ce que Jennie avait attendu de son père, après e décès de sa mère : que ce radar continue à cignoter de temps en temps et i ui avait fau patienter deux ans avant qu’i ne se remette à scintier de tous ses feux et qu’ee retrouve sa pace dans e cœur de cet homme meurtri. Marion soupira. — Je ne peux pas m’empêcher de penser que Cameron déjeunera moins souvent avec nous, e dimanche. C’est si ridicue de ma part, si égoïste… — Permets-moi de ne pas partager ton avis, protesta Jennie d’un ton jovia. J’ai goûté a cuisine d’Aice, je suis donc en mesure de te certiîer que tu verras très souvent Cameron !
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Ees rirent de concert avant que Marion ne se rapproche d’ee. — Et toi, Jennie, es-tu heureuse ? s’enquit-ee, sondant son regard. Prise au dépourvu, a jeune femme se raidit, incapabe de décider ce qu’ee aait répondre. Personne ne ui posait jamais ce genre de question, on ui demandait putôt où ee avait acheté ses chaussures ou qui était son coiffeur mais nu ne s’aventurait sur un terrain aussi personne. En généra, es gens voyaient en ee un être superîcie, une créature futie, uniquement capabe de soigner son apparence et d’organiser des cocktais. Pendant des années, ee avait attendu que quequ’un daigne poser sur ee un autre regard, attendre autre chose d’ee. Ce quequ’un avait îni par se présenter et… Ee secoua a tête en un geste à peine perceptibe, qui n’échappa cependant pas à Marion. — Tu as ’air fatiguée, observa cee-ci, e front soucieux. Que se passe-t-i ? Je te trouve bizarre depuis ton retour du Mexique, ma chérie. Les sourcis froncés, ee marqua une courte pause avant de poursuivre, pus bas : — Est-ce à cause d’un homme ? Jennie haussa es épaues et détourna e regard, préférant ne pas avouer à sa bee-mère qu’en fait ses vacances à Acapuco s’étaient transformées en un séjour à Paris. Cette révéation ne ferait qu’attiser a curiosité de ses parents. — En effet, je suis fatiguée, c’est à cause de ce virus attrapé à mon retour. J’ai eu du ma à en venir à bout. Dennis hocha a tête. — Nous t’avons d’aieurs à peine vue pour Noë… Croisant es bras, ee es considéra d’un air fausse-ment sévère. — Mais je vais mieux maintenant, donc vous pouvez cesser tous es deux de me harceer de questions ! Son père saua cette remarque d’un écat de rire.
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— S’i te pat, épargne-moi cette moue boudeuse, Jennie. Ee pouvait produire son petit effet quand tu avais huit ans mais ce n’est pus e cas maintenant. Jennie, qui n’avait pas eu conscience de sa mimique, serra aussitôt es èvres. — Ceci te convient-i mieux ? — Incontestabement. Dennis essaya, en vain, d’accompagner cette réponse d’un regard sévère. — Merveieuse Jennie ! ança Marion avec un rire éger. A nue autre pareie… La principae intéressée fronça es sourcis avant de redresser e menton. Pourquoi se tenir sur a défensive ? Après tout, i s’agissait d’un compiment. — J’aimerais que ’on prenne conscience que j’ai beaucoup changé, ces dernières années, marmonna-t-ee, pressée de dévier ’attention des siens. Tout e monde ne peut pas en dire autant… Ee ponctua ces mots d’un regard éoquent vers tante Barbara qui revenait vers eux, titubant presque à présent. Marion saisit a perche que ui tendait sa bee-îe. — Je ne pense pas que Barbara soit en mesure de rentrer chez ee en voiture, dit-ee à son mari. I va faoir trouver une soution. La réponse de Dennis se résuma à un grognement dubitatif puis i se rapprocha du comptoir de a récep-tion, où ’empoyée venait de mettre în à sa conversation tééphonique. Après avoir échangé avec ee queques phrases, i revint en grimaçant vers Marion et Jennie. — Nous avions choisi ce petit étabissement en pensant qu’i serait possibe d’y oger sans probème pour a nuit, maugréa-t-i entre ses dents. Or i semberait que toutes es chambres soient occupées par nos invités… Jennie se tourna vers ’escaier, se disant que ’heure était peut-être enîn venue pour ee de se retirer dans sa chambre. Ensuite, si ee jugeait avoir besoin d’un
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